Chapitre deux : Un autre monde

Remus ne dormait pas. Il lui avait toujours été impossible de dormir les périodes de pleine lune. La lune s'était couchée et, sa chambre ne donnant pas sur la rue, il était plongé dans les ténèbres. Pourtant, il ne ressentait pas le besoin d'allumer les lumières. Depuis son enfance, depuis l'attaque, il était nyctalope. L'un des rares avantages à être un loup-garou, se dit-il avec un rire amer.
Il jeta un coup d'œil à sa pendule : six heures et demi. Autant aller préparer le petit-déjeuner ! Il sortit de sa chambre et, passant devant la porte voisine, il se rapprocha. Il avait cru entendre quelque chose dans la chambre de Sirius.
Un sanglot…
Annabelle pleurait.
« Alohamora ! »
La porte s'ouvrit et il passa le seuil.
« Mademoiselle Mistin ? » tenta-t-il.
Les sanglots cessèrent brusquement et il perçut clairement une brusque inspiration de l'autre côté des rideaux du lit. Il lui faisait peur, c'était clair. Mais il ne pouvait pas faire autrement. Il ne devait pas perdre à l'esprit qu'il ne savait rien d'elle. Elle n'était peut-être pas la moldue innocente qu'elle paraissait.
« Annabelle, reprit-il, je descends déjeuner. Je vais laisser la porte ouverte. Si vous voulez manger aussi, la cuisine est au sous-sol. Vous ne pouvez pas vous tromper. »

Les hurlements avaient duré toute la nuit. Toutes ces longues heures, Annabelle était restée tétanisée de terreur. Chaque cri lui faisait perdre un peu plus son bon sens. Comment de tels sons pouvaient-ils exister ? Dans quelle maison était-elle tombée ? Si elle devait vivre ainsi, elle eut peut-être mieux fait de rester chez David. Là bas, au moins, elle savait de quoi elle avait peur !
Les cris avaient fini par cesser. Et un petit moment plus tard, elle entendit la voix de son geôlier comme au travers d'un cauchemar. De ce qu'il lui dit, elle ne comprit qu'une chose : elle n'était plus enfermée. Dès que la porte se referma, elle jaillit de son lit. Posant son oreille contre la porte, elle l'entendit descendre l'escalier. Elle attendit quelques minutes puis essaya d'ouvrir la porte. Celle-ci ne résista pas. A pas de loup, elle rejoignit l'escalier.
Personne !
Elle descendit doucement, s'arrêtant chaque fois qu'elle faisait grincer une marche. Deux étages plus bas, elle reconnut le hall d'entrée que les lampadaires extérieurs éclairaient faiblement.
« Le maître veut de la lumière. Depuis quand les monstruosités comme le maître ont besoin de lumière ? »
Elle ne connaissait pas cette voix. Affolée, elle chercha à se cacher. Mais cette pièce était complètement nue. Elle vit alors s'approcher une petite créature que la lumière ne lui permettait pas de distinguer. Mais ce n'était certainement pas un être humain ! La créature entendit le cri qu'elle avait involontairement poussé et leva le regard vers elle.
« C'est pour elle que le maître veut de la lumière ! Encore un sang-de-bourbe ou un traitre-de-sang, sûrement ! Pauvre Kreacher* ! Pauvre Kreacher !
– Kreacher ? »
La voix de Lupin retentit depuis l'escalier et Annabelle le vit apparaître un instant plus tard.
« Oh, Annabelle, vous avez décidé de vous lever. »
Aussi effrayant et étrange que lui paraissait son geôlier, elle fut soulagée de voir un véritable être humain. Elle reporta son regard vers Kreacher. Elle devenait probablement folle ! Elle avait du rêver sa terreur de la nuit précédente et ce Kreacher devait être simplement un nain que son esprit dérangé prenait pour Dieu savait quoi. Elle entendit Lupin murmurer quelque chose qui ressemblait à du latin et le lustre au milieu du hall, supportant de nombreuses bougies, s'illumina d'un coup.
Kreacher n'était pas un nain ! Elle n'aurait pas su dire ce qu'il était. Une petite créature – il arrivait au milieu de la cuisse de Lupin à son côté – à l'air extrêmement vieux – une quantité conséquente de poils blancs surgissaient de ses oreilles de chauve-souris au large nez de cochon et aux yeux gris injectés de sang… Son regard était à la fois menaçant et méprisant.
« Kreacher, dit Lupin d'un air sévère. Il me semblait t'avoir demandé de me trouver des chandelles.
– Kreacher les cherchait, maître.
– Va donc mourir dans le grenier sale traître ! grommela l'homme. Suivez-moi Annabelle ! »
Elle hésita. Mais entre suivre Lupin ou rester avec Kreacher, elle préféra la première solution.

Pendant qu'il préparait un petit-déjeuner, Remus ne pouvait s'empêcher de jeter de fréquents regards à la jeune femme. Elle avait l'air complètement perdue. Pour lui, soit elle n'avait jamais vu personne utiliser de la magie, soit elle était une comédienne consommée, possibilité qu'il ne rejetait pas complètement.
A mieux y regarder, elle semblait n'avoir pas plus dormi que lui.
« Annabelle ? »
Elle leva vers lui de grands yeux noisette. Son visage reflétait la peur et l'incompréhension. Cela le peina. Même si cela simplifierait les choses, il ne souhaitait pas qu'elle ait peur de lui.
« Je vois bien qu'il y a des choses que vous ne comprenez pas, reprit-il. Demandez-moi ce que vous voulez, je répondrai à ce que je pourrai.
– Qu'allez-vous faire de moi ? » fut la première question pleine d'appréhension.
Il soupira.
« Je ne sais pas encore. Aucun mal ne vous viendra de moi si vous ne me menacez pas, je peux vous le jurer, que vous soyez ce que vous paraissez ou non.
– Où suis-je ?
– Dans une maison de Londres dans laquelle vous n'auriez jamais du être capable de pénétrer.
– Qui est Kreacher ? Je n'ai pas rêvé, n'est-ce pas ?
– Je ne pense pas. Kreacher est ce qu'on appelle un elfe de maison, une créature dont la seule ambition est de travailler pour les hommes. Il était le serviteur de mon meilleur ami à qui cette maison appartenait.
– Qu'est-ce que vous tenez à la main ?
– Je pense que vous l'avez déjà deviné : c'est une baguette magique et je suis un sorcier. »
Il y eut une pause pendant laquelle Annabelle sembla digérer cette dernière réponse.
« Ce que j'ai entendu cette nuit… Qu'est-ce que c'était ? »
Il hésita et fut délivré de répondre par un tapotement précis à la porte d'entrée au-dessus d'eux.
« Restez ici ! » ordonna-t-il d'un ton sévère.
Sa baguette à la main, il accourut à l'entrée. Seul un membre de l'Ordre pouvait trouver cette maison – exception faite de la jeune femme dans la cuisine – pourtant aucun d'entre eux ne devait venir dans cette maison pour les deux jours à venir, sachant combien il était dangereux.
Et malgré cela, il reconnut son visiteur – ou plutôt ses visiteurs – à qui il ouvrit la porte immédiatement.
« Severus ? Dobby ? balbutia-t-il. Que faites-vous ici ?
– Le professeur Dumbledore m'a demandé de m'occuper de l'interrogatoire de votre prisonnière, répondit sèchement Snape** que la tâche ne paraissait pas enchanter. Et il a envoyé cet elfe vous aider à la garder, pendant ces nuits où vous êtes… différent.
– Mais je pensais que vous n'aviez plus de veritaserum.
– Je suis legilimens, Lupin, rappelez-vous-en ! »
Sur la demande de Snape, Remus le mena à la cuisine où Annabelle regardait la tasse de thé posée devant elle, immobile. Comme elle était belle ! La lumière des chandelles éclairait son visage d'une lumière tremblotante. C'était sans aucun doute la plus belle femme que Remus ait jamais vue.
Elle regarda s'approcher les deux hommes et la peur semblait l'avoir partiellement quittée. Elle sursauta en voyant Dobby entrer à leur suite.
« Annabelle, dit Remus. Je vous présente le professeur Severus Snape qui est ici pour vous interroger.
– Professeur ? répéta-t-elle. Professeur de quoi ? Vous êtes un sorcier vous aussi ? »
Snape lui lança ce regard froid dont il avait le secret et s'assit en face d'elle en demandant à Remus de sortir.
« Je préfèrerais rester Severus… »
Ils se défièrent un instant du regard mais Snape parut se rappeler que contrarier le lycanthrope ces jours-ci n'était probablement pas une bonne idée.

Lupin avait répondu aux questions d'Annabelle avec douceur et, semblait-il, sincérité. Il l'avait laissée le temps d'aller répondre à la porte et il ne lui était pas venu à l'esprit de s'enfuir. Pendant sa courte absence, elle essaya de juger ce qu'elle avait entendu. Elle ne savait pas bien si elle avait perdu son esprit suite aux mauvais traitements qu'elle avait subis ces dernières semaines ou si elle se trouvait bien dans la maison d'un sorcier qui employait un elfe de maison. Une chose était sûre, elle n'avait pas à avoir peur de cet homme.
Il revint rapidement, accompagné d'un autre homme. Probablement un peu plus jeune que Lupin – un peu moins de quarante ans, jugea-t-elle – les cheveux longs, noirs et gras, un nez long et busqué, il la regardait d'un air méfiant. Il avait le même regard, en fait, que Lupin la nuit où elle était entrée ici. Il portait une longue cape noire sur une longue robe noire, ressemblant à l'idée qu'elle se faisait d'un jésuite.
Derrière les deux sorciers – car si Lupin était un sorcier, ce nouveau venu en était évidemment un également – venait une petite créature. Elle sursauta en réalisant qu'il ne s'agissait pas de Kreacher. Combien y en avait-il donc dans la maison ?
Lupin présenta l'homme en noir comme un professeur, ce qui l'étonna. Ce Snape demanda à Lupin de sortir pour l'interroger mais son geôlier, pour une raison qu'elle ignorait, refusa. Snape finit par céder et se tourna à nouveau vers elle, tandis qu'elle remerciait Lupin du regard. Elle n'aurait pas aimé rester seule avec ce professeur.
« Votre nom ? demanda Snape sèchement.
– Annabelle Mistin. » répondit-elle.
Il la regardait droit dans les yeux et elle avait l'impression qu'il lisait au plus profond de son âme. Elle n'avait jamais éprouvé une telle sensation, comme s'il lui serait absolument impossible de cacher la moindre de ses pensées.
« Êtes-vous une sorcière ?
– Pas que je sache. » fut sa réponse prudente.
Son interlocuteur fronça les sourcils.
« Avez-vous déjà entendu parler de Celui-Qui-Ne-Doit-Pas-Être-Nommé ?
– Comment voulez-vous que je le sache si vous ne me donnez pas son nom ?
– Voldemort ! » intervint Lupin.
Snape frémit à ce nom mais ne la quitta pas du regard.
« Jamais entendu parler ! »
Elle commençait à retrouver ses esprits. Si tout l'interrogatoire se déroulait ainsi, elle n'avait probablement rien à craindre.
« Comment êtes-vous entrée ici ?
– Par la porte.
– Ne vous moquez pas de moi ! grinça Snape. Comment avez-vous trouvé la maison ?
– Je ne comprends pas ce que vous voulez dire… balbutia-t-elle, retrouvant sa peur sous le regard insistant de cet homme.
– Vous permettez, Severus ? demanda Lupin, avant de se tourner vers Annabelle. Que fuyiez-vous avant-hier soir ? »
Elle hésita sous le double regard des sorciers.
« J'étais poursuivie par les hommes de David Hinksey. Ils avaient lancé ses chiens après moi et ils étaient sur le point de me rattraper… »
Elle raconta alors comment elle avait aperçu la maison et y était entrée, espérant leur échapper. Quand elle eut fini, elle vit les deux hommes échanger un regard et Snape hocher la tête.
« Qui est David Hinksey ? reprit Lupin
– Vous n'avez jamais entendu parler de lui ? demanda-t-elle surprise. C'est le fils de John Hinksey, l'acteur. »
Apparemment, ils ne connaissaient pas plus l'un que l'autre.
« Pourquoi ses hommes étaient-ils après vous ?
– C'est une longue histoire…
– Nous avons tout notre temps, dit Snape.
– Nous avons quelques heures devant nous, en tout cas. » corrigea Lupin.
Et, comme ils la regardaient tous deux, elle entreprit de leur raconter l'histoire de sa vie.

* Kreacher ~ Kreatur
** Severus Snape ~ Severus Rogue