Note de l'auteur : voici le premier chapitre. Je dois dire que ça fait un drôle d'effet d'être "publiée" pour la première fois ^^.
Enfin bref, revenons à l'histoire. J'ai essayé de me renseigner un maximum, sur la géographie et la chronologie, pour coller le plus à l'œuvre originale de M. Tolkien (j'aime les films de P. Jackson, notamment le visuel des personnages mais je me base principalement sur le livre). Seuls Motsognir et Grer sont à moi (le premier étant dans la mythologie nordique le nom du père des Nains). J'ai utilisé le plus possible les noms anglais, plus authentiques, exceptés pour la Comté et Grand'Cave, pour des raisons esthétiques. Merci à Tolkiendil pour les précieuses informations !
Et bonne lecture !
Chapitre 1 - Faire taire l'ennui
Le Roi du peuple de Durin observa le paysage qui s'étendait à ses pieds. Les montagnes derrière lui et devant, les prairies verdoyantes d'Arthedain avec ici et là quelques villages et forêts constituaient son panorama. Le soleil bas de fin de journée éclairait la scène, touche final à cette vision de paix et de sérénité.
Voilà plusieurs semaines qu'avec quelques membres du Conseil et quelques dizaines de nains, Thorin II Oakenshield était parti de la cité de Nogrod pour explorer les monts sud de l'Ered Luin.
Lorsque les nains d'Erebor s'étaient installés dans les Montagnes Bleues, certains d'entre eux avaient préféré partir à la découverte de richesses plutôt que de demeurer dans les deux grandes cités naines qui accueillaient le peuple exilé. Après plusieurs années, ils avaient fini par s'installer et une nouvelle ville avait vu le jour. Bien qu'entretenant un contact régulier avec cette partie éloignée de son peuple, Thorin avait pris la décision, approuvée par le Conseil, de renforcer ce lien. Voir son peuple exilé assombrissait suffisamment son cœur, sans qu'il ait envie de continuer à le voir séparer ainsi. Des projets de route et de commerce étaient nés. Le nombre de messages entre les monts du Nord et du Sud avaient augmenté tout comme la circulation entre les cités. Pour finir, Thorin avait insisté pour s'y déplacer en personne.
Ce qu'il avait vu l'avait plus que satisfait. Malgré la distance, son peuple restait uni, soudé et loyal. La nouvelle ville, baptisée Motsognir, était construite sur les contreforts est des montagnes. Elle était placée de façon à permettre le commerce avec le Sud de l'Eriador, principalement des Hommes. Sans oublier la Comté et ses habitants, les Hobbits, même si en vérité, il était très facile de les oublier. Thorin avait eu l'occasion d'en rencontrer certains lors de ses voyages précédents et d'après le Conseil de Motsognir, ils entretenaient quelques relations, en particulier avec le Pays de Took. Durant toute sa visite, le descendant de Durin avait pu apprécier l'architecture de la ville et sa prospérité. Il restait cependant quelques détails à régler. Pour cela, il attendait qu'une troupe de nains, composé de commerçants et de forgerons venant de Nogrod et Belegost arrivent. Ce qui ne se ferait pas avant plusieurs jours, voire quelques semaines. Thorin se voyait donc contraint d'attendre. Or, Mahal le savait, attendre simplement sans rien d'autre à faire ne faisait pas partie des activités du Roi des nains.
A l'âge de 24 ans, il avait vu et affronté le feu du Dragon. S'en était suivi une errance de plusieurs années, sans foyer, travaillant pour les Hommes, faisant de son mieux pour protéger la population en exil. Puis l'installation dans les Montagnes Bleues, qui ne se fit non sans heurts. Aurait pu suivre une période de tranquillité, si ce n'est la mort de Thror, décapité par le grand Azog. Ce crime déclencha une longue guerre entre les Nains et les Orques. Lors de la bataille d'Azanulbizar, Thorin n'avait que 53 ans. Pourtant, l'horreur des batailles et le chagrin qu'il connut à cette époque lui donnèrent l'impression d'avoir 200 ans de plus. Le retour dans l'Ered Luin avait été difficile. Il avait fallu presque tout reconstruire, que ce soit les routes, les bâtiments mais aussi le commerce avec les populations alentour. Assez de travail pour détourner le prince héritier des blessures de son cœur. Et il y avait eu le départ de Thrain, son père. Nommé Roi, à l'âge seulement de 95 ans, Thorin avait vu ses responsabilités s'alourdir. Il avait pris son rôle très au sérieux et d'aucun dans la population naine n'était peu fière de l'avoir comme chef.
Et voilà qu'à l'aube de ses 170 ans, il devait attendre. Lui, un nain fait pour l'action et le devoir, se retrouvait avec du temps libre, ce qu'il n'avait pas eu depuis son enfance. Si les premiers jours s'étaient avérés un délice, Thorin s'était rapidement aperçu que, non seulement son éducation et son rang l'empêchaient de se conduire comme un nain insouciant et oisif, mais surtout qu'il s'ennuyait. Pour la première de sa vie, et quelle vie, le Roi goûtait l'amertume de la monotonie.
Après en avoir discuté avec les membres du Conseil qui gouvernait la ville, il avait proposé ses services pour négocier tel ou tel contrat, organiser la vie dans la cité, régler les différends entre les citoyens. Il n'avait essuyé que des refus, certes déguisés pour éviter tout incident diplomatique. Le voyant tourner en rond, désœuvré et frustré de la situation, l'un des conseillers, Grer, lui parla de la Comté.
- Une terre d'abondance et de douceur, cultivée par le peuple le plus jovial et accueillant d'Arda. Vous verrez, Votre Majesté, cet endroit n'a pas son pareil pour oublier les soucis et vous faire goûter les plaisirs de la vie. De plus, les Hobbits semblent des gens simples au premier abord, mais croyez-moi, ils peuvent vite vous étonner, avait-il lancé avec un clin d'œil, après l'une des séances du Conseil.
Thorin avait ri, croyant à une plaisanterie. Mais les heures qui suivirent lui parurent des jours, et n'ayant toujours rien à faire et plus de temps libre qu'il n'en avait jamais eu, il s'était décidé. Après tout, pourquoi pas ? Une visite dans le pays du Petit Peuple représentait déjà plus d'action que de rester dans cette ville, certes charmante mais n'ayant pas besoin de lui. Il y aurait de l'herbe à pipe de première qualité en abondance, de la bière, et, d'après ses souvenirs, les Semi-Hommes étaient d'agréable compagnie. Il annonça son choix au Conseil, prépara ses affaires et accompagné uniquement de ses deux fidèles amis, Balin et Dwalin, il quitta Motsognir le lendemain à midi.
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A plusieurs jours de marche de là, un jeune Hobbit était victime des mêmes affres que l'héritier de Durin.
Après la mort de sa mère, Bilbo Baggins avait été envoyé par son père passer quelques temps parmi sa famille maternelle, dans leur résidence à Tuckborough. La présence de ses cousins lui avait redonné goût à la vie, lui permettant de faire doucement son deuil. Mais voilà plusieurs mois qu'il était arrivé et même l'esprit aventureux des membres de la famille Took n'arrivait plus à le distraire. Son oncle ne le laissait pas participer aux tâches de la maison, prétextant qu'il était un invité. Quant aux affaires que devait régler la famille Touque, en tant que famille du Thain, chef de la Comté, il s'en trouvait exclu. Enfin, si ses proches parents s'étaient évertués à l'amuser et le trainer dans leurs escapades au début, ils étaient tous soit plus jeunes que lui, soit plus vieux. Du haut de ses 26 ans, le jeune Baggins se trouvait coincé entre l'enfant qu'il n'était plus vraiment et le futur adulte en lui. Le résultat de tout ceci était qu'il était présentement assis sous un chêne de Tuckborough, un livre sur les genoux qu'il ne prenait même plus la peine de faire semblant de lire, toutes ses pensées cherchant une activité qu'il le sortirait de cet ennui.
Son secours lui arriva par le biais d'un de ses cousins, Adalgrim.
- Mon cher Baggins, j'ai une nouvelle qui risque fort de t'intéresser, lui annonça-t-il tout en prenant place à ses côtés.
Bilbo sursauta, tellement plongé dans ses ruminations qu'il ne l'avait pas vu arriver. Il lui lança tout d'abord un regard blasé, puis comprenant soudainement ce que son cousin venait de lui dire, il se redressa légèrement, impatient d'en connaître la teneur.
Adalgrim sourit face à son attitude et enchaîna :
- Je sais que depuis que tu as appris que nous avons quelques contacts avec les nains des Montagnes Bleues, tu meurs d'envie d'en rencontrer n'est-ce pas ?
Bilbo approuva vivement.
- Eh bien c'est ton jour de chance !
- Des nains viennent à Tuckborough ? demanda le jeune Hobbit, d'un ton enthousiasme. Son esprit curieux rugissait en lui et dans sa ferveur il agrippa le bras de son cousin, les yeux brillants, dans l'attente de sa réponse.
- Non, pas à Tuckborough mais oncle Isembard a entendu par un de ses amis que des Nains s'étaient arrêtés à Grand'Cave. Apparemment, ils y resteraient jusqu'au solstice d'été et envisageraient de faire un passage ici, ainsi qu'à Bywater et Hobbiton. Qu'en dis-tu ?
Le visage de Bilbo se fendit d'un grand sourire et tout son être frémissait d'excitation.
- Je dis que j'ai une soudaine envie d'aller rendre visite à la famille Burrows à Grand'Cave.
Le Touque éclata de rire et tout en se levant s'exclama :
- Allons donc rendre visite à ces chers Burrows alors !
Et les deux Hobbits, l'air aussi jovial que peuvent avoir deux jeunes Hobbits à l'esprit aventureux avant de partir en escapade, rentrèrent à la résidence, babillant sur les préparatifs du voyage.
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Assis devant les restes d'un repas copieux, une chope pleine à la main et sa pipe dans l'autre, profitant de l'ambiance bruyante et joyeuse de l'auberge, Thorin se dit que venir ici avait été une des meilleures idées de sa vie. Le trajet pour atteindre la Comté et la première ville sur leur chemin, Grand'Cave, n'avait duré que quelques jours. Mais au fur et à mesure des heures qui l'éloignaient de l'Ered Luin, le Roi s'était senti de plus en plus léger. Après tout, que craignait-il ? Aucune attaque en vue, les villes de son peuple étaient bien administrées et entre de bonnes mains, il partageait ses journées avec ses deux meilleurs amis, profitant d'une nature expansive et sereine. Même l'ombre que représentait parfois Erebor dans son esprit s'était envolée. Balin lui avait fait remarqué qu'il ne l'avait jamais vu aussi détendu et que cela faisait plaisir à voir. Quant à Dwalin, il ne cessait de le taquiner, lui disant que s'il continuait comme ça, il allait finir par leur annoncer qu'il renonçait à son statut de Roi et s'installait comme fermier.
- En plus, Dis serait obligée de te succéder. La moitié de la population mâle tomberait amoureux d'elle, tandis que l'autre tremblerait face à son caractère explosif, ajoutait-il en mimant tantôt l'adoration, tantôt l'effroi.
Thorin riait en répliquant :
- Parce que ce n'est pas déjà le cas ?
Leur périple continua sur cette note légère. Ils arrivèrent à Grand'Cave peu avant la mi-juin, alors que la ville se préparait à fêter le solstice d'été. Ils se présentèrent à l'auberge de la Fontaine Sans Fin, bien connue pour ses réserves gargantuesques de bière de toutes sortes. Bien qu'ils donnèrent leurs vrais noms, aucun ne mentionna qu'ils étaient d'une lignée royale et encore moins que l'un d'entre eux était réellement Roi. Leur venue attisa la curiosité des Hobbits, qui d'abord méfiants, les accueillirent à bras ouverts, lorsqu'ils indiquèrent partir à la découverte des plaisirs de la région. A partir de là, chacun eut pour but de les divertir et les trois Nains furent rapidement grisés, autant par l'atmosphère festive que par l'alcool qui coulait à flot.
Thorin se réveilla le lendemain dans un lit un peu étroit mais confortable. S'étirant avec délice, il décida d'en profiter un peu. Pendant un instant, ses pensées vagabondèrent jusqu'à Nogrod et son sens du devoir le titilla, lui intimant de rentrer et se remettre au travail. « Quel travail ? pensa-t-il alors. Celui d'attendre que ces foutus Nains débarquent pour terminer les transactions ? »
Son humeur de nouveau au beau fixe, il se leva, s'habilla et se dirigea vers la salle commune pour prendre le petit-déjeuner. Il remarqua au passage que Balin était déjà levé et ne résista pas à l'envie d'aller secouer Dwalin. Les grognements et menaces de ce dernier achevèrent de lui remonter le moral. Il rejoignit l'ainé des deux frères avec qui il discutait de leur programme de la journée, pendant que l'aubergiste lui déposa une assiette. Balin lui annonça qu'il allait profiter du marché, et Thorin réfléchit par où commencer son exploration, tout en prenant une bouchée de l'omelette servie. Etait-ce la nourriture hobbite ou le goût de la liberté qui rendait son repas si succulent ? Il ne chercha pas de réponse. Dwalin finit par descendre, toujours un peu ronchon mais son humeur s'améliora en mangeant.
L'estomac plein, ils sortirent de l'auberge. Balin se dirigea vers les commerçants installés sur la grande place du village, tandis que son frère alla rejoindre deux Hobbits. Ces derniers avaient évoqué des soucis avec l'abattage d'un arbre mort qui menaçait leur maison et le farouche guerrier s'était proposé pour les aider. Thorin déambula alors, hésitant à suivre l'exemple du premier, quand il remarqua une certaine agitation dans les champs près de Grand'Cave. En s'approchant, il découvrit des Hobbits en plein préparatif d'une fête. Le solstice d'été était dans six jours. A sa vue, certains lui souhaitèrent bonjour, auquel il s'empressa de répondre. Il posa quelques questions sur la fête, riant de leurs plaisanteries. Adossé contre une clôture, le Roi soupira d'aise, se laissant aller à des conversations aussi frivoles que légères sur le nombre de pintes qu'un Hobbit moyen pouvait boire ou sur les feux d'artifice prévus pour l'évènement.
Il remarqua une jeune fille, le visage concentré, essayant d'accrocher des lanternes dans le chêne surplombant le pré. Malgré sa petite taille et le fait plus qu'indéniable qu'elle ne pourrait pas atteindre les branches les plus hautes, elle ne baissa pas les bras et s'obstina. Cet entêtement fit sourire Thorin, lui rappelant deux jeunes Nains de sa connaissance aussi bornés. Il l'observa encore quelques minutes avant de s'avancer :
- Puis-je vous apporter mon aide, mademoiselle ?
La jeune Hobbite, surprise, se retourna vers lui. Sans attendre de réponse, Thorin lui prit délicatement les lampions des mains et les installa tranquillement. La jeune femme le laissa faire, d'abord sans rien dire, puis, prenant de l'assurance, lui donnant quelques indications sur l'endroit où les déposer.
- Merci beaucoup, maître Nain, lui dit-elle une fois le travail accompli.
- Tout le plaisir était pour moi, répondit-il, tout en lui adressant un sourire charmeur, mademoiselle…
- Hum, L-Lobelia, messire, bafouilla-t-elle en rougissant. Se reprenant, elle poursuivit : il est bientôt l'heure du déjeuner, nous accompagneriez-vous, Maître Thorin ?
Se rendant compte de l'effet qu'il lui faisait et ne trouvant aucun mal à en profiter un peu, il accepta l'invitation. Il passa le reste de la journée à aider aux préparatifs, se mêlant aux discussions, tout en taquinant de temps en temps la jeune Lobelia.
