Je suis désolée pour ce retard impardonnable. x(

Bonne lecture, quand même!


Le second: Vieille.

- Rangez vos livres, prenez une feuille, interrogation surprise, annonça le professeur de biologie en entrant la classe de première A.

Plusieurs râles se firent entendre çà et là, mais Myers-sensei resta impassible. De son regard jaune foudroyant, elle les invita tous à se taire avant d'écrire en grand au feutre noir sur le tableau : « Interrogation de biologie ».

- Putain, fais chier, marmonna Sinbad entre ses dents. T'as révisé, Ju-

- Pour éviter toute tentative de tricherie (L'institutrice annihila le jeune homme de son regard), j'inviterai Sinbad-sama, s'il le veut bien, à échanger sa place avec Kôgyoku-san.

Les deux intéressés se regardèrent un instant, et si Sinbad lui offrit son plus beau sourire, la jeune fille se contenta de le toiser son aménité.

Elle était très étrange aujourd'hui, remarqua Judal. Ses cheveux roses, d'habitude lisses et impeccablement coiffés, étaient aujourd'hui relâchés sur son dos et dégringolaient telle une longue cascade imprenable. Il devina qu'elle ne les avait pas coiffés avant de venir, mais d'où pouvaient bien lui venir ces grosses cernes qui soulignaient ses yeux d'ordinaire si pétillants ? La pauvre, elle avait sûrement passé une très mauvaise nuit… En le voyant la regarder, elle lui adressa un petit sourire d'encouragement et s'installa à la table voisine. Sinbad, lui, atteint dans son orgueil, se contenta de faire voltiger ses cheveux violets derrière sa tête (déclenchant par la même occasion les cris d'émerveillement des fangirls) avant de gagner son tout nouveau siège.

- Pisti-san, Sharrkan-san, si vous voulez bien faire de même, continua Myers.

Le jeune homme nommé Sharrkan se leva sans prononcer le moindre mot, tandis que Pisti fulminait contre le fait d'être séparée de son amie. Apparemment, Myers connaissait assez bien ses élèves pour savoir lesquels avaient le plus de chance de réussir à tricher… Certes, le jeune homme était parfaitement innocent, mais la blonde, elle, un peu moins.

- Il n'y a que six questions, vous ne devriez pas avoir de mal à répondre, ajouta l'institutrice en commençant à distribuer les sujets. Vous avez une heure.

Judal observa la première question qui s'affichait sur son sujet. Trop simple, pensa-t-il fièrement en griffonnant sa réponse sur sa feuille.

Une demi-heure passa, et le jeune homme posa enfin son stylo avant de se masser douloureusement le bras. Il avait déblatéré ses cours qu'il avait appris par cœur au complet, sans omettre le moindre détail. Il avisa les autres élèves du regard : ils étaient tous plongés dans leurs feuilles et leurs bras bougeaient à une vitesse fulgurante. Sinbad jouait avec son stylo, Pisti griffonnait dans un coin de son sujet, et Kôgyoku… Il fronça les sourcils lorsque son regard se posa sur la jeune fille.

Elle avait croisé les bras sur la table et enfoui sa tête dedans, comme si elle était profondément endormie. Placée dans un coin de la table, sa feuille était totalement vierge.

- Euh… Kôgyoku? chuchota-t-il.

Myers-sensei, installée à son bureau, releva la tête. Une seconde trop tard, car Judal était déjà plongé dans une relecture intensive de sa copie.

- Vous avez fini, Judal-san ?

- Oui, sensei.

Toute la classe retint son souffle et jeta un regard horrifié au jeune homme. À leurs yeux, il s'agissait d'un extra-terrestre étant venu de Saturne, ou quelque chose dans le genre. Comment avait-il pu finir aussi vite ?! Ses résultats dans cette matière, quoique bons, n'étaient quand même pas si fantastiques d'ordinaire ! Vraiment… ?

- Vous remettez votre copie ? questionna-t-elle une nouvelle fois.

- Non, je me relis.

La sensei baissa une nouvelle fois la tête sur le livre qu'elle lisait. À la vitesse de la lumière, son brouillon se retrouva sur la table de sa voisine, qui leva ses yeux embués de fatigue vers le bout de feuille chargé de mots. Elle retint un cri de surprise en réalisant qu'il s'agissait des réponses aux questions de l'interrogation. Judal lui lança un regard railleur derrière ses lunettes et lui fit signe de bien cacher la feuille, ce qu'elle fit en la fourrant entre son support et sa trousse, de manière à pouvoir lire ce qui était écrit sans se faire prendre.

Prenant soin de changer quelques tournures de phrase et en raccourcissant certains paragraphes, elle réussit à répondre à quatre questions avant que leur sensei ne les invite à poser leurs stylos et à remettre leur copie.

- Kôgyoku-san, Sinbad-san, vous pouvez retourner à vos places respectives. Pisti-san, Sharrkan-san, faites de même s'il vous plaît.

Une cacophonie sans nom débuta en classe, et ce qui fit grincer les dents de Judal. Visiblement énervée, Pisti bouscula Sharrkan en passant devant lui avant de s'asseoir à côté de son amie, et Sinbad grommela qu'il avait à peine répondu à la première question. Kôgyoku, quant à elle, regagna son siège sans placer le moindre mot, un sourire niais sur le visage.

Le jeune homme ne put s'empêcher de sourire à son tour: cette fille était vraiment particulière.


X


- T'as pas dormi de la nuit, ou quoi?

- Ça se voit tant que ça?

Judal avisa les cernes violacées de son amie, avant de lâcher :

- Oui. Carrément. T'aurais pu te maquiller, au moins !

Kôgyoku lui lança un regard ébahi, comme si ce qu'il venait de dire n'avait pas le moindre sens. En même temps… Elle, se maquiller ? Non, c'était tout simplement impossible. Elle abhorrait tout ce qui servait à masquer les imperfections, ne fusse qu'un simple petit bouton. Le vernis à ongles passait, mais le reste… La pause de déjeuner devait avoir commencé depuis près de dix minutes et ils s'étaient trouvés un coin tranquille pour déjeuner sans qu'ils ne soient importunés – ils n'avaient pas réellement eu le temps de discuter de la journée. Assis sur l'herbe fraîche d'hiver, ils avaient tous deux dégusté leur contenu de leurs bentôs avant de poser les deux boîtes de côté.

- Je sais pas si tu t'en rends compte, mais comme ça, t'as l'air d'une vieille dame.

Silence.

Éclat de rire.

- Putain ! Avoue, elle est bonne celle-là ! VIEILLE DAME !

Rêvait-elle, ou Judal était-il réellement en train de se foutre de sa gueule ? Il se tenait littéralement les côtes, et quelques larmes causées par son hilarité roulèrent sur son visage. La jeune fille gonfla les joues et s'écria : « JE N'AI QUE SEIZE ANS ! », avant de se jeter sur lui et de lui tirer rageusement les cheveux.

- Vieille dame, vieille dame ! continuait-il de la même manière qu'un enfant raillerait quelqu'un.

- Tais-toi !

Ils roulaient littéralement dans l'herbe, accrochés l'un à l'autre, le tout dans une tornade rose et noire qui semblait tout dévaster sur son passage.

- Hé mais att- Merde, mes lunettes !

- J'AI SEIZE ANS !

- Oui, oui, vieille dame !

Accoudée à la fenêtre de la classe de première A, Pisti soupira en regardant le spectacle qui s'offrait à elle.

- Eh bah…