Chapitre 2


Disclaimer: Cette série ne m'appartient pas, blablabla...

Note: Je remercie Elida et Lélé pour leur review (et les autres aussi, évidemment, mais elles le savent déjà ^^).

En fin de compte, je crois que cette fic comportera plus de trois chapitres. Tout dépend, mais ça me semble assez bien parti.

Bonne lecture!


Dean sentit une main lui effleurer le visage. Il gémit. La main se retira pour revenir quelques instants après avec un tissu humide lui essuyer le visage et nettoyer la blessure au front.

Puis monter un peu et gratter avec douceur le sang séché sur ses cheveux.

Il y eut dans le lointain une sorte de grondement et le sol trembla.

Puis ça s'arrêta net.

Il se sentit tiré par les épaules, ouvrit les yeux, ou plutôt un œil. Et regarda. Une tête disproportionnée le fixait avec des yeux qui brillaient dans la semi-pénombre.

- Vous parlez américain ?

Un homme était assis à côté de Dean. Il avait la voix aigüe et un accent chantant assez surprenant.

- Américain ?

- Oui…murmura Dean.

- D'Amérique ?

« Il est débile ? », songea Dean.

- Oui…murmura t-il à nouveau.

Tandis qu'il essayait de rassembler ses esprits, d'identifier les membres de son corps - hormis sa tête – qui lui provoquaient cette douleur sourde, électrisante, l'homme reprit la parole.

- Moi aussi, avant. J'ai été vivre à Madrid, en Espagne. Et puis je suis revenu en Amérique, ici, au Minnesota, pour tourner dans un film de Carlson. Ça n'a pas marché, mais je reste quand même.

Dean entendait le bruit de sa propre respiration.

Sifflante, irrégulière.

- Où suis-je ?

Le visage sourit.

- Chez Zeus.

D'ac-cord.

Soudain un autre visage apparut, qui se pencha également sur lui. Celui d'une femme à la peau mate, d'une quarantaine d'années, les cheveux enfouis dans un bandana aux couleurs vives.

Elle s'agenouilla, lui toucha la tête puis lui prit la main gauche et la leva. Celle-ci avait un gros bandage. Elle porta son regard sur l'homme à la grosse tête et dit quelque chose dans une langue inconnue de Dean.

L'homme acquiesça. Elle regarda une dernière fois Dean, puis se leva pour s'en aller. Ensuite, il y eut le bruit d'une lourde porte qu'on ouvrait et refermait.

- Vous ne voyez que d'un œil…Mais vous pourrez bientôt voir avec l'autre. C'est ce qu'elle a dit.

Zeus sourit à nouveau.

- Je dois nettoyer vos blessures deux fois par jour et demain je changerai votre bandage à la main. Le pansement que vous portez à la tête peut attendre encore un peu. C'est ce qu'elle m'a dit aussi.

A nouveau ce grondement, accompagné d'une secousse.

- Voici ma maison, mon domicile, ajouta Zeus. Une partie désaffectée du métro, un ancien tunnel de travail. Je vis ici depuis cinq ans, et personne ne le sait. A part bien sûr quelques personnes, comme elle…Pas mal, hein ?

Il éclata de rire et s'empara d'une béquille en aluminium à l'aide de laquelle il se hissa.

- Je ne peux pas me servir de mes jambes. Mais j'ai de larges épaules et je suis très fort.

Zeus était nain. Entre un mètre dix et un mètre vingt. Il avait une tête énorme en forme d'œuf. Et ses épaules étaient effectivement très larges, tout comme ses bras.

Mais son corps se résumait presque à cela. Son bassin était minuscule et ses jambes guère plus que des tiges.

Il boitilla vers un mur plongé dans l'obscurité et en retira quelque chose. Quand il se retourna, il avait une seconde béquille.

- On vous a tiré dessus.

Dean le fixa d'un air absent. Sans blague…Quelle révélation. Comme s'il ne le savait pas. Comme s'il ne le sentait pas, surtout.

- Par chance, c'était une arme de petit calibre. La balle vous…

- 'Soif, l'interrompit Dean.

Les discours de l'homme lui paraissaient interminables. Il se foutait de savoir pourquoi il vivait sous un putain de métro. Il avait la gorge en feu, il avait mal, il voulait dormir. Et par-dessus tout, il voulait sortir d'ici, appeler son frère. Mais pour cela, encore faudrait-il qu'il soit capable de se lever.

Zeus émit une sorte de grognement, claudiqua derrière Dean, et revint avec un verre d'eau.

Il glissa sa main gauche sous la tête du jeune Winchester, la suréleva doucement , et porta le liquide à ses lèvres.

- Doucement, doucement, marmonna t-il, craignant que Dean ne s'étrangle à mesure qu'il avalait de minuscules gorgées sans prendre le temps de respirer.

Il retira le verre à moitié plein, sa main, et poursuivit son explication :

- Je disais donc : la balle vous a traversé la main et a rebondi contre votre crâne…Vous étiez dans l'égout, c'est là que je vous ai repêché.

Dean le regarda de son œil valide, incapable de réfléchir décemment à la situation et tâchant de s'adapter, comme pour sortir d'un sommeil profond, s'extraire d'un rêve interminable et rejoindre la réalité.

La douleur irradiait de sa tête, lui semblait se propager dans ses bras, son ventre, ses jambes, partout, à mesure qu'il sortait de son engourdissement. Un battement sourd et régulier qui se muait progressivement en une aiguille chauffée à blanc. Essayant de se fondre en lui.

Zeus dut remarquer la grimace du jeune homme, car il s'enquit :

- Vous souffrez ?

« Perspicace, pensa Dean, qui essaya sans succès de contrôler le tremblement de sa jambe droite. J'ai super mal, et je crève de froid. »

Comme il préférait économiser ses forces un maximum, et par respect pour le nain qui lui avait tout de même sauvé la vie, il se contenta de répondre par l'affirmative.

- Hmm…fit Zeus, fronçant les sourcils, comme s'il s'agissait là d'une vérité première qui reléguait Platon au rang de philosophe de comptoir.

- Mais vous avez de la chance. Vous devriez ressentir la douleur trois voire dix fois plus. C'est grâce à ses trucs. Elle est tsigane et a des pouvoirs de guérisseuse. Moi, je ne suis pas tsigane mais je m'entends bien avec eux. Ils me donnent des choses, je leur donne des choses. Donnant-donnant. Comme ça on se respecte et on ne se vole pas entre nous… (Il ricana, puis redevint sérieux). Ce sera comme moi avec vous, Inspecteur Simmons.

- Inspecteur ?

Dean le regarda, surprit.

- C'est ce qu'indique le badge qu'il y avait dans votre veste : inspecteur Simmons.

Zeus s'appuya sur ses béquilles et indiqua une direction de la main.

Les vêtements de Dean avaient été mis à sécher à côté, sur un porte-manteau improvisé. Par terre, soigneusement étalés pour sécher eux aussi se trouvaient l'un de ses badges d'agent fédéral, son portefeuille, et les cadeaux qu'il avait acheté à Sam, en piteux état : Une petite palette de maquillage, une clef USB pour remplacer celle qu'il lui avait cassé (tout ce qui touche de près ou de loin l'informatique le haïssait, ce n'était pas de sa faute), et la montre qu'il l'avait vu un jour observer dans un magazine. Ce n'était pas exactement la même, mais elle lui ressemblait beaucoup. Avant de séjourner dans l'eau dégueulasse des égouts, en tout cas.

Dean détourna le regard, la gorge serrée. Sam…il devait le chercher partout. Dean se sentit plus mal encore lorsqu'il songea que son frère ne pourrait le joindre avant un long moment. Son portable était entre les mains des hommes qui l'avaient enlevés. Ses pensées dérivèrent un instants sur ces derniers. Il essaya de se rappeler…Italiens pour la plupart, dont il ne connaissait strictement rien et ne gardait qu'un très vague souvenir. Ce dont il était certain, c'est qu'ils ne se trouvaient pas sur la liste des suspects, ou coupables. Pas même celle des connards liés aux coupables.

Le jeune homme avait toutes les peines du monde à rester conscient, à réfléchir. Les élancements dans sa main, sa tête, étaient de plus en plus fréquents, et il commençait à se demander si le nain n'avait pas omis de lui préciser certaines blessures. Comme celles qu'il sentait au niveau des jambes.

En tous cas, sortir d'ici avant le lendemain était inenvisageable. A moins que…

Dean tourna lentement la tête en direction de Zeus, entrouvrit les lèvres pour parler. Et n'en eut pas l'occasion tout de , tel un acrobate, s'était laissé tombé de toute la hauteur de ses béquilles pour s'asseoir face à lui, comme avant. Comme s'il avait apporté une chaise.

- On a un problème, inspecteur. Vous aimeriez très certainement que j'avertisse quelqu'un. Sans doute la police, et un médecin. Mais vous ne pouvez pas encore marcher et je ne peux prévenir personne car on découvrirait où j'habite. Vous me comprenez ?

- Oui…

Une note d'inquiétude perça dans la voix du nain :

- Hem…Je vous ai sauvé la vie, on est d'accord ?

Dean ne gaspilla pas le peu d'énergie qui lui restait à répondre à l'évidence. Il commençait doucement à lui taper sur les nerfs avec ses questions débiles. Et c'était la dernière chose dont il avait besoin.

- Parce que…vous êtes inspecteur, alors…Enfin vous me comprenez ? Vous n'allez pas me dénoncer alors que j'ai sauvé vos fesses, pas vrai ?

Dean réussit à afficher un pauvre sourire.

- 'Quiétez pas.

Et il ferma les yeux. Dormir…il voulait dormir, ne plus jamais se réveiller.

Cette douleur…elle ne lui laissait aucune seconde de répit.- Si…

Sa voix était faible, étranglée. Il s'éclaircit difficilement la gorge, et reprit, entrouvrant un œil :

- Si demain je…peux pas…marcher, vous…pourrez me porter…m'…m'aider…à…dehors ?

Zeus le dévisagea comme si un troisième œil venait d'apparaître sur son visage.

- Vous êtes dingue ?

Dean n'était pas en état de lui afficher le regard qu'il réservait à Sam pour les plus grands moments de débilité de ce dernier, c'était légèrement difficile avec un œil. Encore moins en état de répliquer quoi que ce soit. Il détestait déjà la voix qu'il venait d'employer il y a deux secondes, ce n'était pas pour se couvrir de ridicule en protestant quelque chose du genre: « Mais non…je…suis…au top de…ma forme ! Vous…êtes av…veugle ou qu…quoi ?», soufflant comme un bœuf entre chaque mot.

Mais il pouvait le regarder. Il le regarda.

Instantanément, l'expression ahurie de Zeus s'effaça.

Il se renfrogna, baissa les yeux sur ses chaussures et grommela :

- Ok, ok…Mais le mieux c'est de toute façon que vous vous reposiez. Avec un peu de chance, dès demain vous serez capable de vous lever et d'aller où bon vous semble.

Dean se détendit légèrement.

Soudain Zeus fit le geste inverse et se retrouva perché sur ses béquilles

- Je vous quitte pour le moment. Vous pouvez dormir sans crainte, vous ne risquez rien ici.

Et d'un coup de balancier il s'évanouit dans l'obscurité, ne laissant derrière lui que son écho puis un bruit de bois qui craquait, le même que celui qui avait suivi le départ de la Tsigane : une lourde porte qu'on ouvrait et refermait.

Dean, étendu sur le dos, découvrit alors qu'il avait un oreiller sous la tête et une couverture sur lui.

« Merci », murmura-t-il.

Il entendit à nouveau le grondement sourd et sentit le sol trembler au passage du métro, à distance.

Puis la fatigue eu raison de lui, il ferma les yeux, cessa de penser à Sam et au reste.


- Ok. Donc, si je comprends bien, vous voulez juste savoir où est mon frère, c'est ça ? Juste parler à Dean ?

Le regard de Sam alla de Thomas à Jeff. Revint sur Thomas.

Ce dernier acquiesça et croisa les bras sur sa poitrine.

Sam essaya de parler à nouveau, mais les mots ne franchirent pas ses lèvres.

Il s'éclaircit la gorge, parut hésiter et demanda prudemment :

- Est-ce que…je pourrais avoir de l'eau ?

- Non, s'empressa de répondre Jeff, sèchement. Après, si tu fais ce qu'on te demande. Si tu réponds à la pu-tain-de-que-stion.

Sam serra les dents. Il détestait ce ton débile que Jeff avait employé à la fin de sa pu-tain de phrase. Ton qui était censé l'intimider, mais ça, il ne le saurait sans doute jamais.

Il ravala bravement une grimace de souffrance alors qu'il déglutissait, réprima l'insulte qui se pressait à ses lèvres, et se contenta de répondre au sourire goguenard par un regard qui aurait fendu en deux un bloc de titane.

Il ne quitta pas Jeff des yeux, lequel se penchait un peu en arrière, puis en avant, comme pour s'étirer - Sam était à des années lumières de saisir l'exacte intention de Jeff : Les pectoraux et les biceps du géant gonflaient au rythme des efforts qu'il faisait pour l'impressionner - et remarqua quelque chose qu'il n'avait pas vu jusqu'alors : Jeff portait un pistolet au niveau de la ceinture. Il disparaissait dans son pantalon, seule la crosse dépassait.

Ce qui n'empêcha pas Sam de le reconnaître: magnum .44 automatique - un « automag » comme ils disent avec délectation dans les séries policières. Dean en possédait un. En fait c'était la première arme qu'il s'était payé lui-même, qu'il n'avait pas obtenu de son père, ou Bobby. Il ne l'avait pas acheté parce qu'elle était plus efficace que les autres armes en sa possession. Ni à cause d'un complexe phallique ou du syndrome de Clint Eastwood, ni parce qu'il voulait avoir le flingue le plus cool de tout l'Etat.

Dean l'avait acheté pour une simple et unique raison : Ce jour là, il était malade comme un chien. Et il avait besoin de savoir que s'il ne réussissait plus à mettre un pied devant l'autre, que s'il agonisait, bras et jambes en miettes, il toucherait sa cible et la toucherait assez pour l'envoyer au tapis et qu'elle y reste. Tirez une balle de .32 dans le bras de certaines personnes - ou créatures, dans le cas des Winchesters - et elles se mettent juste en colère. Tirez leur dessus au même endroit avec l'automag et elles demandent un prêtre. Une seule fois, Dean ne l'a pas utilisé contre une créature surnaturelle : Son adversaire, un sociopathe, zéro de QI et à peine plus grand que le Kansas, a voulu qu'il lui prouve qu'il était un dur. Il avait sauté de sa voiture, il était à deux mètres de Dean et il approchait vite, quand Dean a tiré une cartouche qui a traversé tout droit le bloc-moteur. Il a regardé sa Cordoba comme si Dean venait d'abattre son chien et il a failli pleurer.

Mais la vapeur qui s'échappait du métal déchiré l'a convaincu qu'il existait dans le vaste monde des choses plus dures qu'eux deux.

Le silence dura à peine plus de deux secondes, mais Thomas, plus nerveux que jamais, le brisa comme s'il risquait d'attenter à sa vie :

- On ne lui fera pas de mal, je le jure. Tout ce qu'on veut c'est… (Il fit un pas en avant, s'accroupit à moitié, mains sur les genoux, de façon à ce que son visage soit au même niveau que celui de Sam) … C'est que vous laissiez tomber cette enquête, ok ? Vous oubliez tout ça, vous oubliez les flics, et tout se passera bien pour vous. Tout ce qu'on te demande, Samuel, c'est de nous dire où est Dean. Où il est supposé dormir. Où vous étiez supposé vous retrouver. Si vous deviez vous retrouver…Ce dont je suis à peu près certain. C'est ton anniversaire demain, non ?

Sam n'eut pas conscience qu'il venait de cesser de respirer « C'est ton anniversaire demain, non ? ». Un frisson glacé descendit le long de sa colonne vertébrale.

Ce que ce…psychopathe, cet ignoble pédophile insinuait avec le sourire d'une hyène découvrant une carcasse, c'est qu'ils en savaient bien plus sur lui, son frère, qu'il n'avait pu l'imaginer. Ils avaient réussi à savoir qu'ils enquêtaient sur eux, eh bien non, ce n'était pas tout. Ils connaissaient aussi leurs noms et leur lien de parenté. Tout cela, Sam l'apprit quelques minutes après avoir repris conscience dans la cabane. Il l'apprit pendant que Jeff le harcelait de questions tout en dessinant des entailles sur son dos, son torse, fier du cutter qu'il serrait dans sa main, ravi du pouvoir qu'il croyait exercer sur lui.

Ce dont il venait de prendre conscience, c'était que ces deux hommes ne devaient certainement pas agir seuls, pour êtres si bien informés. Et si les quatre pédophiles étaient liés, finalement ? Et s'ils étaient beaucoup plus nombreux ? Et s'il s'agissait d'hommes concernés par les disparitions mais n'ayant rien à voir avec les quatre pédophiles de l'enquête ? Si certains d'entre eux avaient mis la main sur son grand frère ?

Le jeune Winchester ferma les yeux deux ou trois secondes, s'efforça de chasser l'idée de son esprit. Non. Mille et une raisons pouvaient être la cause du silence de Dean : Batterie à plat, portable cassé…Ce n'était pas rare. Et puis…Alloway et Clayton ignoraient que l'endroit où lui et Dean « vivaient » actuellement était un motel, savaient encore moins où il se situait. Mais…mais s'ils connaissaient leurs noms, leurs vrais noms, et tout le reste, ils étaient supposés savoir qu'ils dormaient dans des motel justement et…

Sam leva les yeux vers la fenêtre, l'esprit tourmenté de mille autres questions auxquelles il ne percevait pas l'ombre d'une réponse.

La nuit commençait à tomber. Où que puisse être Dean, il aurait dû l'appeler…

- Alors ? Tu te décides ? On ne va pas y passer la nuit, s'impatienta Alloway.

Il se redressa, transperçant Sam de ses yeux bleu comme pour essayer de lire à travers lui la réponse à sa question cruciale.

- Bien sûr…je vous fais confiance, dit enfin Sam, la voix dégoulinante de sarcasmes. Vous expliquerez gentiment à mon frère que violer des gosses, c'est votre problème et qu'il n'a pas à mettre son nez là-dedans. Lui, évidemment, s'empressera de dire 'Amen' à tous ce que vous ordonnerez. Il comprendra aussi sans problème ce que vous m'avez fait. Et après, vous nous laisserez tranquillement repartir chez nous, c'est ça ?

Le sourire de Thomas s'était effacé à mesure que Sam parlait. Les lèvres plissées comme s'il venait de mordre dans un citron, il tourna la tête vers Jeff. Ce dernier n'avait pas esquissé le moindre geste signifiant qu'il avait suivit la conversation, qu'il compatissait au trouble de son acolyte, visiblement perdu dans la contemplation d'un objet. Face à une petite table en bois, près de la fenêtre, il caressait un Ithaca du bout des doigts. Lentement, comme s'il désirait vivement s'en servir, tout en se demandant si c'était une bonne idée. L'arme qui était dans le sac à dos de Sam.

Arme que ce dernier n'avait jamais autant désiré tenir entre ses mains. Il n'était pas vraiment au meilleur de sa forme, n'était même pas certain de pouvoir mettre un pied devant l'autre plus de trois mètres sans s'écrouler. En admettant qu'une simple menace ne suffise pas et qu'il ait besoin de s'en servir, cette arme était parfaite. La seule chose qui soit mieux que l'automag pour le type à l'agonie, qu'il soit ou non incompétent total en arme à feu, c'est un fusil Ithaca calibre .12 à crosse de pistolet. Si vous n'arrivez pas à toucher votre cible avec ça, c'est que vous êtes officiellement aveugle.

- Ok…lâcha brusquement Jeff, faisant volte-face. Donc tu ne veux pas coopérer.

La voix n'était pas menaçante. Il ne semblait que constater une évidence.

Sam hésita une fraction de seconde, et secoua la tête.

- Non, je… je…

« Je remarque juste que vous me prenez pour un parfait débile ». Pensée qu'il jugea préférable de garder pour lui.

- …Je ne peux pas vous aider, même si j'en avais l'intention.

- Oooh…Comme c'est étonnaaant… ironisa Jeff d'une petite voix traînante.

- Je ne sais pas où se trouve mon frère, répliqua Sam, s'efforçant de maîtriser le tremblement de sa voix.

Jeff hocha lentement la tête, les lèvres si serrées qu'elles en disparaissaient presque. Puis il jeta un coup d'œil à Thomas, qui le lui relança. Tennis oculaire.

- Une petite séance adoucissante devrait l'aider à comprendre, dit le géant, sur un ton mielleux que Sam n'apprécia que très modérément.- Tout à fait d'accord, murmura le médecin. émit une sorte de grognement satisfait et s'avança vers une grande armoire. Il l'ouvrit, se hissa sur la pointe des pieds pour atteindre l'espace le plus haut. Quand il se tourna vers Sam il tenait un pot de miel en plastique souple, en forme d'ourson, à la main.

- J'espère que tu aimes ça, lui lança t-il avec un rictus qui n'avait rien de rassurant.

Sam fit jouer une nouvelle fois les liens qui entravaient ses poignets. Et ne réussit qu'à les faire pénétrer un peu plus profondément dans sa chair.S'il avait répondu à Jeff, il lui aurait dit qu'il détestait ça. Cette matière gluante, archi sucrée, au goût proprement immonde. Une fois, il avait été forcé d'en ingurgiter une cuillerée entière, sous la demande – qui devint rapidement ordre – de son père. Il avait mal à la gorge, et sans médicaments adéquats sous la main, son père avait songé qu'un peu de miel pourrait calmer la douleur. Sam aurait pu lui donner raison, si son estomac n'avait pas aussitôt protesté.

Le jeune Winchester observait chaque mouvement que faisait Jeff, le vit avec angoisse s'avancer vers lui avec son ourson à la main. Désormais, conserver un air impassible n'était plus dans ses moyens. L'angoisse dans ses yeux était presque les deux hommes en face de lui le remarquaient parfaitement.

La main droite de Jeff dévissa le couvercle et le balança à travers la pièce, sans cesser de fixer Sam avec un rictus répugnant.

Et il s'avança encore, jusqu'à ce que ses jambes touchent les genoux de Sam.

- Attendez ! Je vous ai dis la vérité, d'accord ? Qu'est-ce que vous voulez ?

Sam détesta la supplique qu'il perçut dans sa propre voix. Mais la peur lui montait à la gorge avec un goût amer et métallique. Ces types étaient complètement dingues. Non pas qu'il s'en rendait seulement compte mais…Du miel. Ils allaient l'obliger à avaler du miel jusqu'à ce que…ce que quoi ? Qu'il s'étouffe ?

Seul un ricanement méprisant lui répondit.

Puis ce fut au tour de Thomas d'approcher. Il se plaça derrière le prisonnier, effleura le dossier de la chaise, baissa les yeux sur les mains liées, avant de les poser sur Jeff.

Ce dernier fit un léger mouvement du menton, indiquant par là au médecin qu'il pouvait commencer.

- Attendez ! répéta Sam. Non ! Qu'est ce que v…

Il n'eut pas l'occasion d'achever sa phrase. Le bras droit de Thomas venait de s'enrouler autour de son cou, et serrait. Sa tête fut tirée en arrière et le bras remonta, appuyant ses cervicales contre la barre en bois qui surmontait le dossier de la chaise. Son cou protesta et la douleur ne se fit pas attendre. Mais il savait que ce n'était rien en comparaison de ce qui l'attendait. Il essaya désespérément de relever la tête mais l'étau autour de sa gorge se resserra, et il commença à manquer d'air. Ses yeux affolés croisèrent ceux de Jeff. Le sourire de ce dernier s'agrandit, et il agrippa Sam au niveau de la mâchoire. Ses longs doigts s'enfoncèrent violemment dans ses joues. Sam essaya de s'y soustraire, sans plus de succès. Les doigts broyèrent mandibule et maxillaire, ses zygomatiques, l'obligeant à ouvrir la bouche.

Une fois que sa prise fut assurée, Jeff retira sa main droite et sortit l'ourson en plastique de sa poche, tout en accentuant la pression de sa main gauche sur les mâchoires. Thomas pinça les narines de Sam, et l'ourson se retrouva la tête à l'envers au-dessus de la bouche ouverte.

La main de Jeff, qui entourait le ventre rond de l'ours, se mit à le presser frénétiquement.

Le sang qui coulait du nez de Sam glissa au fond de sa gorge. Puis le miel lui remplit la bouche, épais, écœurant.

- Avale ! Avale-ça connard ! siffla Jeff.

Sam étouffait, la gorge obstruée et le nez hors de contrôle.

Il avala. Une fois, deux fois, trois fois.

A la troisième, sa gorge lui fit l'impression de se fermer complètement. Le sucre la brûlait. Il essayait de respirer et n'y parvenait pas. Le passage était bloqué par une colle douceâtre, cauchemardesque.

Il en avait jusque dans le nez, que Thomas avait libéré quand il avalait pour la deuxième fois. Il dégoulinait de ses narines.

Il savait qu'il ne tiendrait plus longtemps.

Les papillons blancs qui dansaient devant ses yeux devinrent noirs.