Chapitre Un
Plutôt ce jour-là…
J'ai toujours été très ouvert et franc concernant mes sentiments sur les planètes avec les arbres. Car vraiment, à moins que vous ne soyez un horticulteur ou que vous ne fassiez une fixation au stade anal sur votre sapin de Noël, les arbres se ressemblent tous. Alors chaque fois que je vais quelque part et ne vois rien d'autre que des arbres, je râle, souffle et ronchonne sur ce fait. Carter se lancera dans son discours sur l'oxygène et le dioxyde de carbone, et j'ai entendu ce fichu discours tant de fois que je pourrais le réciter moi-même, mais ça semble tellement mieux quand c'est elle qui le dit que jamais je ne l'interromps.
Mais il y a quelque chose que je déteste encore plus que les arbres – et non, ce ne sont pas les planètes de sable, bien qu'elles aient aussi leurs mauvais côtés. Ce sont les indigènes trop accueillants. Surtout les indigènes accueillants qui sont trop affectueux avec Carter. Bien sûr, je trouve que tous ceux qui la regardent se montrent trop affectueux, mais il y a certaines personnes qui sont plus que trop affectueuses et c'est difficile pour un type trop protecteur, jaloux et possessif comme moi de l'accepter – considérant que je ne peux pas du tout être ouvertement affectueux avec Carter. Elle accepte l'attention sans être démontée, avec une facilité qui prouve simplement combien elle est habituée à recevoir ce genre d'attention des hommes. Elle a confié une fois à Daniel qu'une des raisons pour lesquelles elle aime sortir avec nous trois est le fait que nous faisons peur aux autres hommes. Apparemment, quand tous les quatre entrons quelque part, les hommes ne sont pas certains duquel de nous est avec elle, mais ils sont certains que c'est l'un de nous.
Le jour commence à se terminer comme des centaines d'autres depuis que nous avons commencé à nous balader à travers la galaxie. La Porte était située en plein milieu d'une forêt. Cela nous prit trois heures pour nous rendre à la ville. C'était en fait plus un camp, pour autant que j'étais concerné, mais Daniel a insisté que c'était une cité et Carter déclara que c'était une ville et personne ne s'embêta à la contester, mais là n'était pas le problème. Le problème est qu'après avoir marché à travers un sous-bois touffu et épineux pendant trois heures dans une forêt si dense que nous croyions que c'était la nuit, nous émergeâmes dans la ville et découvrîmes immédiatement qu'il pleuvait à verse. A cet instant, même les abominablement joyeux qu'étaient Daniel et Carter reconnaissaient qu'ils étaient malheureux. Teal'c n'avait pas prononcé les mots en soi, mais je pouvais dire par la façon dont il grondait continuellement qu'il ressentait la même chose. J'aurais suggéré que nous fassions demi-tour et que nous rentrions chez nous sauf que je ne voulais pas être responsable d'une marche forcée de trois heures pour retourner à la Porte.
Peu de temps après avoir émergé dans le chemin boueux qu'ils appelaient une route, nous fûmes accostés – accueillis selon Daniel – par des individus adorables avec des armes en bois qui ressemblaient plutôt à de très gros perce-trous. Ne sachant pas exactement quel dommage ils pouvaient faire, je n'étais pas prêt à les contrarier. Je supposai qu'aussi longtemps qu'ils voulaient nous emmener quelque part au sec où nous pourrions nous asseoir, je pourrais les supporter nous faire la fête comme si les aliens que nous étions le méritions par tous les droits.
Pendant que nous étions assis dans une salle beige décorée avec, pour autant que je pouvais dire, des globes de boue, nous passâmes par les absurdités habituelles à propos de qui nous étions et d'où nous venions. Les gardes – comme Daniel reconnut, à contrecœur, qu'ils étaient – furent impressionnés par notre histoire. Je n'étais pas impressionné par leur hospitalité, mais je m'inclinai devant l'estimation de Carter que nous ne devrions pas argumenter aussi longtemps qu'ils nous laissaient garder nos armes. Elle marquait effectivement un point – être retenus prisonniers avec une arme automatique en bandoulière sur ma poitrine n'était pas vraiment si mal. Même pas quand le problème commença – non pas que, pour nous, être retenus prisonniers soit tout à fait hors de l'ordinaire. Si nous sommes ensemble, indemnes et armés, je suppose que nous sommes tous bien.
Je crois que le problème commença vraiment quand les grosses légumes se montrèrent. Et j'utilise le terme 'grosses légumes' à dessein. Il y en avait quatre, vêtus dans ce qui ressemblait, d'une manière suspecte, à de grands sacs-poubelle mis en valeur par des bandes adhésives. Ils étaient aussi plutôt petits, même Carter les dominait d'au moins trente centimètres. En plus d'avoir des a priori contre eux parce qu'ils étaient petits et manquaient de bon goût en matière vestimentaire, l'un d'entre eux chatouilla mon point sensible. Il sourit de son sourire graisseux, râleur et libidineux à Carter et commença pratiquement à baver. Lorsqu'il se détourna et dit ce que je jugeai être un commentaire totalement inapproprié à ses amis à propos de mon second, j'aperçus Carter faire les gros yeux. C'était quelque chose qui ne ressemblait tellement pas à Carter que je fus forcé de rire. Malheureusement, mon sourire les fit penser que nous voulions être amis.
Le plus louche d'entre eux congédia ses amis et commença à parler à Carter comme si elle était la seule présente. « Je suis le Chancelier Loh'ran. Je serais enchanté de vous montrer notre cité. »
Daniel se pencha sur moi. « Je vous avez dit que c'était une cité. »
« C'est uniquement parce qu'ils n'ont jamais vu une vraie cité. » Je luttai contre l'envie urgente de lui tirer la langue, car j'étais censé agir comme un adulte.
Loh'ran tendit son bras vers Carter. Elle me regarda avec un visage pathétique et suppliant. Je voulus insister pour qu'elle prenne mon bras à la place, mais je ne pouvais pas gérer ce qui en découlerait de Daniel si je le faisais. A la place, je haussai les épaules ; il ne me semblait pas être une menace suffisante pour s'inquiéter. Carter ne cacha pas sa grimace quand elle passa son bras sous le sien, se penchant légèrement pour se faire. Il sourit fièrement. « Nous commencerons avec la place du marché. »
Loh'ran mena Carter dans un tour assez détourné ce qui, je savais, était tout spécialement destiné à la garder près de lui. Fidèle à lui-même, Teal'c garda une surveillance minutieuse à la fois de nos hôtes et de notre environnement. Daniel buvait les conneries historiques apparemment inépuisables que Loh'ran distribuait. Carter avait un sourire factice plaqué sur son visage et tentait de retirer son bras de la prise de Loh'ran. Chaque fois qu'elle s'écartait, il s'arrêtait brusquement de bouger jusqu'à ce qu'il ait à nouveau une prise sur elle. Je traînai des pieds d'un air malheureux derrière lui, lançant des regards meurtriers à leurs bras liés. Je n'aimai vraiment pas ça quand des aliens qui me rappelaient une bande de nains typiques des films de série B draguaient Carter devant moi. Je me consolai du fait qu'elle ne semblait pas aimer cela non plus et le fait que s'il essayait quelque chose, je pourrais lui flanquer la raclée avec une main liée dans mon dos.
Le dernier arrêt de notre tournée fut l'école. Eh bien, Loh'ran l'appela une école. Daniel l'appela un bâtiment dédié à l'éducation. Je l'appelai une cage de Plexiglas. Il y avait une centaine d'enfants à l'intérieur, courant, jouant et riant. Ils ne semblaient certainement pas s'en faire d'être enfermés. C'était la première fois que j'avais vu un sourire sincère sur le visage de Carter depuis des semaines. En fait, nous étions tous en train de regarder les enfants avec des sourires idiots. C'est simplement difficile de ne pas sourire quand vous faites face à tant d'enthousiasme débridé.
Je remarquai presque immédiatement que Loh'ran avait le même sourire idiot que le reste d'entre nous. Excepté que le sien n'était pas dirigé vers les enfants – le sien était dirigé vers Carter. Je secouai la tête et me demandai où la Porte des étoiles était. Nous avions fait des tours et des détours tant de fois au cours de notre tournée que j'étais complètement désorienté. Carter savait probablement exactement où la Porte était. Je décidai qu'après avoir flanqué Loh'ran par terre, j'ordonnerais à Carter de nous ramener à la Porte pendant que Teal'c et moi nous nous battrions contre l'armée qui nous tomberait dessus après que j'aurais mis à terre leur chef.
Carter sortit brusquement de sa rêverie et regarda autour d'elle d'un air inquisiteur. « Loh'ran, il y un sacré nombre d'enfants ici. La cité ne semble pas assez grande pour loger eux tous et leurs parents. »
« Les plus jeunes sont très bien soignés jusqu'à ce que le temps arrive pour eux de rejoindre notre société. » Loh'ran continua de sourire à Carter et elle ne voulut visiblement pas avoir à continuer de le regarder aussi elle baissa la tête.
Eh bien, moi, d'un autre côté, je sais quand quelqu'un esquive une question et j'en avais simplement assez qu'il touche Carter. Je marchai vers eux, m'insinuant assez près de Carter pour qu'elle recule. Je souris du succès de mon plan. Je me tenais exactement entre eux. « Est-ce que vous êtes en train de dire que vous enfermez les enfants en cage jusqu'à ce qu'ils soient adultes ? »
Loh'ran sembla perturbé par le fait que Carter est hors de portée. « Ils n'ont aucun désir de partir. Les enfants sont heureux. »
Carter s'était lentement éloignée de nous deux et se tenait de l'autre côté de Teal'c le temps que je me retourne. Loh'ran referma rapidement la distance et tendit son bras pour prendre celui de Carter. Elle me regarda, me suppliant silencieusement de l'aider. J'avais des problèmes avec les enfants et Carter avait marqué un point sur le manque d'adultes pour expliquer leur nombre, mais je savais que j'aurais des ennuis si je commençai une guerre avec eux sans plus de preuves que notre dégoût général de Loh'ran. Je haussai à nouveau les épaules et cette fois, Carter me fit une grimace en liant son bras avec le sien.
Nous marchâmes pendant un petit moment pour retourner vers le premier bâtiment où nous avions été. « Vous n'êtes pas heureuse, Samantha. »
Je marchais derrière Loh'ran, le singeant alors qu'il parlait. Daniel me mit son coude dans les côtes. Je l'ignorai, m'amusant à me moquer de Loh'ran. Daniel dit quelque chose à Teal'c. Teal'c en retour souligna que si Loh'ran se mettait en colère, Carter serait la cible la plus probable. Je me ressaisis immédiatement. Daniel eut un petit ricanement.
« Pas du tout, Loh'ran. Je suis très heureuse. » Pendant une milliseconde, les yeux de Carter passèrent par-dessus Loh'ran et se soudèrent aux miens. Non dite, non consommée, et illégale, apparemment notre relation, qui consistait uniquement à quelques mots forcés des années plus tôt et les coups d'œil occasionnels plein de désir et même les étreintes encore plus rares, était suffisante pour la rendre heureuse. Je souris comme un idiot. Daniel continua de ricaner.
« Je vois de la tristesse dans vos yeux. Vous êtes un soldat ? » Carter hocha la tête. Loh'ran sourit d'un air suffisant. « Alors, vous avez vu la mort et la destruction, la guerre, la douleur et beaucoup de choses déplaisantes. Vous en avez causé vous-même, n'est-ce pas ? »
Carter baissa les yeux, et je me sentis mal pour elle. C'était difficile à expliquer, mais en tant que soldat, je compris. Je pourrais être heureux aussi, si j'oubliai mon passé, mon fils et l'échec de mon mariage, et la plus grande partie de ma carrière militaire. Quand Carter disait qu'elle était heureuse, j'entendis le qualificatif non mentionné – qu'elle était aussi heureuse qu'elle pouvait l'être. « Je suis heureuse, Loh'ran. J'ai choisi ma vie et j'ai accepté le chemin qui m'a menée là où je suis. »
« Mais vous n'êtes pas aussi heureuse que quand vous étiez une enfant, quand vous pouviez tout imaginer. Vous n'avez jamais imaginé que quelque chose de déplaisant vous arriverait. Il n'y avait aucune décision difficile. »
Carter en fait grimaça et s'écarta. Elle montra de la tête un des bâtiments sur le chemin. « Que disiez-vous que ce bâtiment était ? » Daniel, Teal'c et moi-même entourâmes Carter, notant la détresse chez notre coéquipier. Ce n'était pas une conversation qu'elle voulait avoir avec elle-même, encore moins tout haut avec un public.
Loh'ran ignora sa question et son changement de sujet. « Nous avons une vie heureuse ici, par choix. Les enfants dépassent de loin en nombre les adultes. Les enfants sont heureux parce qu'ils ne connaissent pas la douleur qui peut exister. Notre monde est rempli d'innocence. N'aimeriez-vous pas avoir ce vrai bonheur à nouveau, Samantha ? »
Carter prit une profonde respiration et soupira. « Eh bien, nous ne pouvons pas revenir en arrière, aussi nous devons avancer, n'est-ce pas ? »
Je ne me souciais plus à cet instant d'être diplomate ou non. « Carter, j'ai besoin de vous parler, tout de suite. » Je montrai le chemin. « Teal'c, Daniel, vous continuez de marcher avec Loh'ran. Nous vous rattraperons. » Daniel sembla confus, toujours essayant de lire dans toute chose. Teal'c hocha la tête et fixa Loh'ran jusqu'à ce que, à contrecœur, il commence à marcher de nouveau.
Carter me jeta un coup d'œil et me gratifia d'un sourire qui n'atteignit pas ses yeux. « Merci, monsieur. »
Je vérifiai pour m'assurer que personne ne regardait avant de tendre ma main et de relever son menton. Il y avait de la tristesse dans ses yeux, sans aucun doute plus qu'avant, à cause de la culpabilité que Loh'ran lui avait jetée. Je voulus la réconforter, la serrer dans mes bras, lui assurer que Loh'ran avait tort. Malheureusement, Loh'ran avait raison. Je ne l'avais jamais vraiment remarqué, mais contrairement à beaucoup d'entre nous, Carter manquait cruellement de cette innocence puérile. Pour toute la compréhension qu'elle avait des sciences, je savais qu'elle aurait tout échangé pour retourner en arrière. « Vous ne devriez pas vous sentir mal pour les choix que vous avez faits, Carter. Vous avez sauvé des millions de vies des douzaines de fois. »
Elle hocha la tête alors que son visage se contorsionna pour refouler les larmes. « Oui, monsieur. » Sa voix fut à peine un murmure et je détestai que par quelques mots bien choisis, Loh'ran l'ait blessée si profondément.
Je jetai un coup d'œil au-devant sur le chemin et vis notre groupe à une bonne distance. Teal'c et Daniel faisaient du bon travail pour ne pas regarder en arrière vers nous. « Faites-moi confiance, Carter, quand vous aurez des enfants, vous irez bien. C'est comme si tout est à nouveau neuf. L'ardoise est effacée et vous verrez à travers leurs yeux. » Je ne mentionnai pas que la culpabilité revenait un million de fois plus fortes si votre enfant mourait par votre propre stupidité. Je n'avais pas besoin de le faire ; elle l'entendit de toute façon et je réalisai que je n'avais fait qu'empirer les choses.
En bon soldat qu'elle était, elle le dédaigna. « Oui, eh bien, je me ferai engrosser dès que nous rentrerons chez nous alors. » Elle commença à marcher à nouveau, sans même voir le choc sur mon visage du fait qu'elle m'ait emprunté ma technique pour dévier les sujets douloureux en faisant une plaisanterie.
Je la rattrapai en quelques enjambées. Je me penchai, glissai mon bras autour d'elle, et murmura de la voix la plus lascive dont j'étais capable. « Qui dit que vous devez attendre pour être rentrée à la maison ? »
Elle s'arrêta nette et me regarda, son propre choc refoulant la peine. « Quoi ? »
Je fus heureux d'avoir réussi à lui faire pousser un petit cri et d'avoir eu une occasion rare de la toucher. Aussi je pris mon expression la plus innocente. « Loh'ran semble très entiché de vous, Major. »
Elle me frappa durement sur l'épaule et s'éloigna avec raideur. Je souris alors que je la rattrapai, content de moi de l'avoir distraite. C'était ma mission dans la vie – je ne pouvais pas la rendre heureuse, mais au moins, je pouvais l'empêcher de pleurer.
