Chapitre Deux

16 Mai 1536

Bien qu'Henry était généralement un lève-tôt, quelqu'un qui aimait se lever peu après l'aube afin de pouvoir manger un rapide petit déjeuner et puis sortir pour une ballade à cheval matinale avec quelques compagnons privilégiés avant de devoir rentrer pour diriger son attention sur les affaires d'Etat qui l'attendraient quand il reviendrait, il était rarement éveillé aussi tôt dans la journée, quand le ciel était encore sombre et avant que la plupart des habitants de la cour, y compris les valets de la Chambre Privée qui l'assistaient, ne soient réveillés. Mais l'heure précoce n'était pas la seule nouveauté, sa solitude était également une nouvelle expérience pour lui.

En tant que Roi, il devait être assisté à chaque instant. A moins qu'il ne partage le lit avec sa femme, l'un des valets de sa Chambre Privée dormait sur une paillasse à côté de son lit, armé d'un poignard et prêt à entrer en action pour le défendre si une personne qui lui voulait du mal entrait dans la pièce, une tradition qui remontait à une époque antérieure, quand les Rois ne pouvaient pas toujours être certains de pouvoir dormir en toute sécurité dans leur lit. Et le matin, ce valet était responsable du réveil et de l'appel de ses autres domestiques pour qu'ils puissent veiller à ses besoins pendant qu'il se lavait, s'habillait et rompait le jeûne, sa routine étant ponctuée de rituels qui s'étaient développés sur des centaines d'années pour garantir que ceux qui veillaient aux besoins personnels du Roi étaient conscients de l'honneur de leur position, même si leurs tâches pouvaient être modestes.

Il était très rare qu'il soit autorisé à être seul; s'il dormait dans ses appartements, alors ses domestiques l'encadraient dès qu'il sortait du lit. Mais s'il passait la nuit dans le lit d'Anne, alors ses dames de compagnie se hâtaient de veiller à leurs besoins quand ils se réveillaient.

Il n'avait plus partagé le lit d'Anne depuis la nuit où il était venu dans ses appartements pour trouver des festivités impromptues en cours, ceux qui y participaient se taisant dès qu'il était entré, comme des enfants qui s'étaient fait surprendre à quelques mauvais coups, quelque chose qui lui avait donné l'impression qu'ils le voyaient comme un ogre, comme un parent strict qui était venu les punir pour leur conduite, et il avait été irrité qu'ils puissent lui donner cette impression, presque comme s'il avait eu tort de les interrompre. Il n'était pas comme son père avait été, un homme austère et sans joie qui aurait indubitablement émis une réprimande sévère s'il avait trouvé les jeunes gens de sa cour en train de prendre part à leurs propres festivités, des festivités qu'il aurait considérées comme malséantes, loin du reste de la cour et sans avoir été correctement chaperonnées. Il était encore jeune, il aurait dû être au coeur d'une telle fête, au lieu d'être celui dont la seule présence avait suffi à lancer un voile sombre sur la gaieté, les réduisant au silence aussi abruptement et les laissant mal à l'aise.

Il leur en avait voulu pour leur capacité à lui faire ressentir cela et il avait été déterminé à leur montrer que s'ils l'avaient rejeté, en l'excluant de leur cercle jeune et vital et en assumant qu'il était incapable de s'amuser comme eux, alors ils se méprenaient beaucoup.

Cette nuit-là, Anne et lui avaient dansé la volta ensemble, après quoi il l'avait prise dans ses bras, aboyant l'ordre que tous les autres présents devaient quitter la pièce immédiatement, après quoi il avait porté Anne, légèrement pompette et hilare après le vin qu'elle avait bu, jusqu'à sa chambre pour être avec elle une fois encore.

Bien qu'il ne l'aurait jamais admis à voix haute, même à Brandon, son plus proche ami, leur rapport sexuel l'avait un peu effrayé cette nuit-là. C'était comme s'ils avaient été tous les deux possédés, leur besoin tellement intense qu'ils avaient été poussés à s'arracher leurs vêtements au lieu de perdre de précieuses secondes à les ôter comme il fallait.

Il n'avait jamais eu besoin de quelqu'un aussi désespérément qu'il avait eu besoin d'Anne à cet instant.

Plus tôt dans la soirée, il n'avait eu aucune intention de coucher avec elle et réfléchissait déjà à quand Brandon et lui partiraient pour l'une de leurs excursions de chasse, les excursions qu'il utilisait comme couverture lorsqu'il ressentait le besoin de trouver une jolie femme consentante avec qui être... non pas qu'Anne ait jamais eu le sens de profiter de sa discrétion et de l'opportunité que cela lui donnait de fermer les yeux et de maintenir un peu de dignité en prétendant qu'elle n'était pas au courant du fait qu'il avait d'autres femmes, ce qui signifiait que personne d'autre à la cour ne songerait à lui mentionner le sujet... Mais quand il l'avait vue cette nuit-là, tournoyant dans les bras d'un de ses courtisans pendant qu'ils dansaient, quand il l'avait vue aussi heureuse dans son propre cercle d'amis, loin de la formalité rigide du reste de la cour, et plus vivante qu'elle ne l'avait été en sa présence dernièrement, il avait été obligé de la posséder, totalement, de se rassurer qu'elle était encore à lui.

Et elle l'avait été, tout comme il avait été à elle, du moins pendant quelques temps, quelques précieux moments où le reste de la cour, le reste du pays et le reste du monde s'étaient estompés, ne laissant plus qu'eux.

Ils auraient pu être les deux seules personnes du monde encore en vie.

Elle l'avait effrayé cette nuit-là, après qu'ils aient terminé et ils avaient été couchés côte à côte, haletant après leur effort.

Ce n'était pas qu'Anne lui avait qu'elle voulait à nouveau concevoir, concevoir un fils; il y avait peu, s'il y en avait, de choses qu'Henry voulait plus que le fait qu'elle puisse venir le voir pour lui dire que leur fils grandissait dans ses entrailles et que, avec la grâce de Dieu, il pourrait s'attendre à un Prince de Wales dans neuf mois, le fils dont il avait besoin pour assurer la sécurité de l'Angleterre, pour garantir la survie de sa dynastie et la continuation du travail de son père. Il n'avait pas reproché à Anne de souhaiter cela et il avait été content de voir que, peu importe ses imperfections en tant que Reine, au moins elle comprenait que c'était son devoir de lui donner un héritier fort. Mais il avait été dérangé par la sauvagerie dans ses yeux alors qu'elle continuait, l'expression désespérée, presque sans espoir sur son visage pendant qu'elle parlait.

"Mais je ne peux pas."

"Pourquoi?" Il se tourna pour la regarder alors, se demandant comment elle pouvait en être aussi sure, étant donné que cela ne faisait pas encore deux ans depuis la naissance d'Elizabeth. Sa fausse couche de l'année dernière avait été un coup dur pour tous les deux, il mentirait s'il essayait de le nier, ou de prétendre qu'il n'était pas fâché ou déçu de l'échec d'Anne, mais de telles tragédies étaient loin d'être du jamais vu. D'autres femmes avaient perdu des bébés et, dans de nombreux cas, elles avaient quand même été capables de porter des fils résistants par la suite, comme si rien d'anormal ne s'était jamais produit. Durant un instant, il s'était demandé si sa femme était sur le point de lui avouer qu'un médecin ou une sage-femme lui avait dit qu'elle souffrait de dégâts, soit de quand Elizabeth était née ou soit quand elle avait perdu leur second enfant, et qu'elle ne pouvait plus espérer concevoir et porter un fils, se demandant s'il devrait la réconforter si c'était le cas ou être colère contre elle, mais les prochains mots qui quittèrent sa bouche l'horrifièrent.

"Tant qu'elles seront en vie, je ne pourrais pas concevoir de fils." Son ton était mort, presque rêveur tandis qu'elle parlait, comme si ses paroles n'étaient pas vraiment destinées à ses oreilles, comme si c'était une pensée qu'elle n'avait jamais eu l'intention d'exprimer tout haut, du moins pas en sa présence, mais il pouvait voir que c'était une pensée qu'elle avait déjà eue auparavant, peut-être à plusieurs reprises.

Il se recula un peu d'elle, voulant pouvoir la regarder dans les yeux et discerner sa réaction, se demandant comment elle en était venue à cette idée, se demandant si elle croyait qu'elle avait été maudite pour l'empêcher de porter un fils. Dieu savait qu'elle avait beaucoup d'ennemis, des personnes qui priaient indubitablement pour qu'Anne ne puisse jamais porter un fils vivant. "Qu'êtes-vous en train de dire?"

Anne l'embrassa avant de répondre, toujours avec le même ton à moitié mort. "Katherine et sa fille."

Il la repoussa loin de lui, incapable d'en croire ses oreilles, espérant à moitié qu'il avait seulement imaginé qu'elle avait prononcé ces mots, fait une telle suggestion. Elle ne pouvait pas être sérieuse! "Etes-vous en train de dire que vous voulez que je les tue?" demanda-t-il, espérant qu'elle le nierait, qu'elle lui assurerait que ce n'était pas le cas, qu'elle ne demandait pas qu'il fasse tuer une Princesse d'Espagne, une femme bonne, si ce n'était obstinée, avec qui il avait vécu de nombreuses années, qu'elle ne lui demandait pas de faire tuer sa propre fille, son premier enfant vivant.

Il voulait désespérément croire qu'elle ne lui demanderait jamais ça.

Anne ne répondit pas et quand il la regarda dans les yeux, il se demanda si elle avait compris, ou même entendu, sa question. Il y avait une touche de folie dans ses yeux tandis qu'elle se couchait au-dessus de lui, traînant une série de baisers le long de son corps, comme si quelque chose dans son esprit s'était brisé, comme si la femme qu'il aimait était morte et avait laissé derrière elle quelqu'un capable de demander à un homme de sacrifier la vie de sa fille afin de gagner un fils.

Leur fils avait été conçu cette nuit-là.

Non! Se rappela énergiquement henry. Le garçon qu'Anne avait perdu ne pouvait pas avoir été son fils. Le Dr Linacre avait dit qu'il y avait des signes de déformation et il était sûr qu'il n'y avait aucune chance pour qu'il ait pu engendrer un enfant endommagé... presque sûr.

Il ne pouvait pas nier que le moment de la conception de l'enfant correspondait à la date à laquelle il avait été avec Anne – et ce n'était certainement pas une date qu'il était susceptible d'oublier! – de la même façon qu'il ne pouvait entièrement rejeter la possibilité que, bien qu'il était un homme fort, en bonne santé et viril, il aurait pu engendré un fils qui n'était pas aussi fort ou aussi parfait que lui, tout comme une mère magnifique et un père séduisant pouvaient s'accoupler et produire des enfants qui avaient des traits ordinaires, ou comme un homme et une femme tous deux intelligents pouvaient s'accoupler et créer un enfant qui n'était pas béni des cadeaux de ses parents, pas plus qu'il ne pouvait rejeter la possibilité que le choc d'Anne face à sa chute ou après l'avoir trouvé avec Jane sur les genoux avait pu causer des dégâts à l'enfant dans ses entrailles, un enfant qui, autrement, serait né sain et sauf.

Peut-être que le Dr Linacre s'était simplement trompé lorsqu'il avait dit qu'il y avait des signes de déformation; l'enfant avait semblé bien formé quand Henry l'avait vu, minuscule bien sûr, bien trop minuscule pour vivre, mais parfait, des traits délicats du visage jusqu'aux doigts menus de chaque mains fragiles. Quand il l'avait vu, avant qu'il ne sache pour Anne, Henry avait imaginé que si le bébé avait vécu, il aurait véritablement été son image vivante, comme Anne l'avait suggéré, un vrai Tudor, et il avait été chagriné pour le fils qui n'avait jamais eu une chance de naître, ressentant une montée de fureur envers Anne pour avoir explosé avec une telle passion quand elle l'avait trouvé avec Jane; il n'y avait pas de mal à ce qu'il avait fait avec Jane mais la rage irrationnelle et inconvenante d'Anne à leur vue avait tué leur enfant.

Est-ce que le garçon lui aurait ressemblé s'il avait vécu, ou est-ce qu'Anne lui aurait présenté un 'fils' dont le visage portait le cachet de la paternité de Smeaton, ou Norris ou Brereton?

Il souhaitait pouvoir être certain que l'enfant mort n'était pas de lui, qu'il puisse avoir la certitude que ce qu'il avait dit à Brandon concernant l'impossibilité que l'enfant perdu d'Anne ait été le sien était la vérité, mais il ne pouvait s'empêcher de douter du fait qu'il y ait jamais eu une possibilité qu'il ait été engendré par un autre homme.

Il avait besoin de croire qu'Anne était coupable mais il n'arrivait pas à chasser les doutes de son esprit.

Edward Seymour avait laissé entendre que si ce n'était pour le fait qu'Anne ne bénéficiait plus du soutien de Cromwell, elle aurait peut-être encore profité de son ancienne position au pouvoir, aurait peut-être encore occupé une place dans ses bonnes grâces, tout comme Sir John avait suggéré que si le bébé avait vécu, Anne serait encore Reine.

Ils ne croyaient pas sincèrement qu'Anne était coupable, leur silence quand Jane avait questionné leurs observations avait été clair, mais avaient-ils raison?

Si Anne était innocente, alors il ne pouvait pas signer son arrêt de mort, ni ceux des hommes accusés avec elle.

S'il le faisait, s'il autorisait qu'ils soient tués alors qu'ils n'avaient pas vraiment commis de crime, alors il ne pourrait s'attendre à ce que Dieu leur fasse, à Jane et lui, une faveur lorsque le moment viendrait pour eux de se marier. Il ne bénirait jamais leur union avec un fils si cette union n'était rendue possible que par le meurtre d'Anne. Tous les enfants que Jane porterait, si elle était autorisée à en concevoir un seul, seraient morts nés, leurs vies emportées comme acquittement pour le sang qui aurait été versé pour ouvrir la voie à l'union de leurs parents. Ils seraient maudits, bien plus qu'Henry ne l'avait été avec Katherine alors qu'il avait au moins péché dans l'ignorance avec elle, et pris des mesures pour rectifier la situation quand il avait fini par comprendre le grave péché qu'il avait commis.

Si Anne était innocente et qu'il autorisait son exécution, il n'y aurait aucun moyen de revenir en arrière.

Cela aurait dû être tellement facile pour lui de signer l'arrêt mais quelque chose retenait sa main. Même lorsqu'il souleva la plume, déterminé à essayer à nouveau et ne pas être vaincu par la force qui l'empêchait de signer, elle était lourde et gênante dans sa main, et il semblait que le simple fait d'écrire son nom exigerait un effort herculéen de sa part.

Etait-ce la façon de Dieu de lui parler, de lui dire qu'Anne était innocente et de l'empêcher de la condamner injustement et, ainsi, de se damner lui-même, ou est-ce que ses doutes provenaient du fait que, malgré tout ce qu'il s'était passé, toute la souffrance et la misère qui avaient découlées de son besoin d'avoir Anne pour femme, et malgré le fait qu'il avait trouvé une dame qu'il aimait vraiment, une partie de lui tenait toujours à Anne, une partie de lui répugnait à l'idée de demander sa mort, souhaitant l'épargner, peu importe les crimes qu'elle avait commis contre lui?

Avait-il envie qu'elle soit innocente?

Henry essaya de se rappeler ce qu'il avait ressenti quand on lui avait d'abord dit que le comportement d'Anne était préoccupant, et plus tard quand on lui avait dit que Smeaton avait avoué. Il était en colère, certainement, et blessé. La connaissance de la trahison d'Anne l'enrageait, la pensée que la femme qu'il avait aimée autrefois l'avait rendu cocu le blessait et l'humiliait mais il ne pouvait nier qu'il avait ressenti quelque chose d'autre aussi…

Du soulagement.

Il avait pris sa décision de se débarrasser d'Anne après qu'elle ait fait une fausse couche, cette seconde perte pour la succession et une perte pour laquelle elle avait osé le blâmer, revendiquant que cela ne serait jamais arrivé si elle ne l'avait pas trouvé assis avec Jane. Si elle avait pleuré, si elle l'avait supplié de lui pardonner d'avoir perdu leur garçon, il pensait qu'il aurait peut-être eu un peu pitié d'elle, qu'il l'aurait consolée pour leur perte partagée, mais au lieu de cela, elle s'était retournée contre lui, en l'accusant.

Elle avait eu l'air tellement pathétique alors, son visage pâle et tiré et ses cheveux humides de sueur, sa chemise de nuit pendant lâchement sur son corps maigre tandis qu'elle était recroquevillée sur le lit, souffrant toujours après sa fausse couche, blanche à cause de la perte de sang, ses traits tirés par la peur face au savoir certain que quand elle avait perdu son fils, elle avait perdu l'une des dernières attaches qui les liaient, de même que la sécurité de sa position d'épouse et de Reine d'Angleterre. Quand il l'avait regardée, il avait à peine reconnu la femme magnifique qui l'avait captivé si longtemps, la femme dont il reconnaissait et était encore fier de la beauté même alors qu'il ne l'aimait plus comme avant, même lorsqu'il avait commencé à trouver la compagnie des maîtresses et même des putains plus agréables que la sienne, sachant qu'au moins elle avait toujours l'air charmante et royale en public, même si son comportement n'était pas celui qu'il attendait de sa Reine.

Anne ne serait jamais moche, mais il y avait eu quelque chose d'insupportablement ordinaire chez elle cette nuit-là et, alors qu'il l'avait regardée, il avait imaginé ce que ses courtisans chuchoteraient sur lui si elle apparaissait à son bras, ressemblant à cela, et ce que les ambassadeurs rapporteraient à leurs maîtres dans leurs dépêches. Ils riraient tous de lui derrière son dos, se moquant de lui, amusés par la pensée que le Roi d'Angleterre avait pratiquement mis son pays sans dessus dessous, risquant une guerre contre l'Espagne et même l'excommunication, tout cela pour pouvoir épouser une femme qui n'était pas la plus belle du monde, une femme qui était née comme une simple fille de chevalier, une femme qui refusait de se conduire avec la dignité d'une Reine et qui insistait pour faire des scènes malséantes à propos de ses infidélités, refusant d'accepter que c'était le droit d'un Roi de prendre son plaisir quand et avec qui il le désirait, une femme qui ne lui avait donné qu'une fille vivante et qui semblait incapable de porter un fils.

Cette nuit-là, des pensées sur tout le mal qu'il s'était donné pour gagner l'amour d'Anne et sa main en mariage l'embarrassèrent profondément, maintenant que tous ses glorieux rêves sur comment cela serait quand ils pourraient enfin être ensemble n'avaient rien donné.

Il avait dû être envoûté pour consentir à se donner un mal aussi extraordinaire, seulement pour une autre femme!

Cromwell avait été compatissant mais pragmatique quand il avait expliqué que, étant donné les circonstances, il ne serait pas facile d'annuler son mariage avec Anne, à moins d'être prêt à prendre la décision drastique de revenir sur ce qu'il avait dit concernant l'invalidité de son mariage avec Katherine, reconnaissant que l'autorité de l'Evêque de Rome surpassait celle du Chef Suprême de l'Eglise et acceptant l'ancien verdict sur la Grand Affaire, quelque chose qui invaliderait automatiquement son mariage avec Anne, comme il avait été fait durant la vie de Katherine, faisant de la petite Elizabeth une bâtarde et restaurant Mary, sa fille aînée, fière et têtue, en tant que princesse. Cela aurait résolu le problème d'Anne, le libérant pour épouser Jane mais c'était quelque chose qu'Henry savait qu'il ne pourrait jamais faire. Après tout ce qu'il s'était passé, il ne pouvait supporter la pensée de ramper vers Rome comme un enfant se repentant de sa désobéissance.

La sorcellerie était une déclaration qui était susceptible d'être accueillie comme ridicule par la vaste majorité des gens, qui méprisaient de telles superstitions, et c'était une allégation qui était très difficile à prouver. C'était une habileté invisible et, hormis le Diable, seule la sorcière elle-même pouvait véritablement connaître sa culpabilité comme un fait. Anne était certainement assez intelligente pour savoir qu'elle ne devait pas laisser traîner des preuves de sombres pratiques là où elles pourraient être trouvées et utilisées contre elle, et pour veiller que toute activité interdite ait lieu en secret, bien loin des yeux de témoins potentiels. S'il essayait de déclarer qu'elle l'avait ensorcelé, le peuple se moquerait de lui.

Dans d'autres circonstances, le fait que la soeur d'Anne avait été son amante autrefois, aurait suffit à lui permettre d'annuler leur mariage, citant un degré proche et interdit d'affinité, but l'expression de Cromwell avait été grave alors qu'il conseillait de ne pas entreprendre ce type d'action, faisant remarquer à contre cœur que c'était quelque chose qui était très susceptible d'attirer le ridicule sur la tête d'Henry.

Avec Katherine, il avait été amené à croire que son mariage avec Arthur avait été non consommé et que la dispense du pape suffisait pour rendre leur mariage, qui aurait autrement été interdit, légitime. C'était une erreur de sa part, mais c'était une erreur honnête, faite de bonne foi après avoir été induit en erreur. Il était jeune à l'époque, pas beaucoup plus âgé qu'un garçon et ne pouvait pas être blâmé si ceux qui le conseillaient lui avaient donné un mauvais conseil, même s'il avait été bien trop empressé d'accepter leur verdict alors qu'il souhaitait de tout son cœur pouvoir épouser la belle princesse Espagnole qui avait été la femme de son frère aîné. Avec Anne, il ne pouvait pas revendiquer qu'il n'était pas conscient du fait qu'il avait été l'amant de sa soeur, il ne pouvait pas non plus revendiquer d'avoir été ignorant du fait que son affinité à Anne par l'intermédiaire de Mary Boleyn était un obstacle au mariage; après tout, il avait cherché une dispense auprès de l'Evêque de Rome pour leur permettre d'être ensemble. Comme il avait épousé Anne, malgré la connaissance de leur affinité, il aurait l'air d'un imbécile – Cromwell n'avait peut-être pas utilisé le mot mais Henry était certain que l'autre homme le pensait – s'il essayait de citer cette même affinité comme raison pour laquelle leur mariage devrait maintenant être annulé.

Contrairement à la plupart des hommes de son statut, le père d'Anne n'avait pas arrangé un mariage pour sa plus jeune fille avant qu'elle n'ait atteint sa féminité – Henry pensait qu'il aurait fait de Thomas Boleyn un duc s'il pouvait fournir une preuve que des fiançailles, même hésitantes, avaient été convenues durant l'enfance d'Anne, une preuve qui aurait invalidé son mariage avec elle sans lui nuire – donc il ne pouvait pas revendiquer un précontrat.

Les lèvres de Cromwell s'étaient courbées en un demi sourire désabusé tandis qu'il faisait observer qu'ils avaient peut-être fait un travail trop consciencieux pour sécuriser la position d'Anne en tant que Reine en vertu de la loi Anglaise et en vertu du droit canonique de l'Eglise d'Angleterre pour qu'elle soit facilement détachée de cet emplacement, mais quand Henry avait insisté qu'il s'arrangerait pour que cela soit fait, il avait promis qu'il trouverait un moyen, demandant seulement que jusqu'à ce qu'un moyen soit trouvé, Henry ne donne pas à Anne, sa famille ou ceux qui la soutenaient une raison de croire que sa position était en danger, par peur qu'ils trouvent peut-être un moyen de contrecarrer leurs efforts s'ils étaient au courant de leur existence. Il était essentiel qu'Anne soit poussée à croire qu'elle était pardonnée pour sa fausse couche et qu'Henry fasse tout ce qu'il pouvait pour détourner les soupçons qu'il pouvait envisager l'idée de s'en débarrasser, surtout puisque cela ne ferait aucun bien à la réputation de Jane si elle était pointée du doigt comme étant la raison de la rupture du mariage royal. Il y avait peu qu'il n'aurait pas fait si cela voulait dire protéger Jane.

Henry avait dû jouer son rôle, apparaître en public avec Anne à son bras, s'assurer de la traiter cordialement et courtoisement quand d'autres étaient présents et de continuer à publiquement soutenir sa position comme étant sa Reine – il pouvait imaginer quel choc désagréable cela avait été pour Chapuys, qui n'avait jamais été capable de dissimuler ni son aversion d'Anne ni son soutien ardent de Katherine et Mary, de se faire dire, en des termes non équivoques, que toute alliance entre l'Angleterre et l'Espagne serait conditionnelle de l'acceptation écrite de l'Empereur d'Anne comme Reine d'Angleterre! – au moins assez longtemps pour que Cromwell trouve une solution au problème qu'elle posait.

Cela avait-il été sa solution?

Cromwell avait-il vu la réponse à leur dilemme quand Brandon avait confié à Henry que des rumeurs circulaient à la cour sur la conduite d'Anne, insinuant que ses relations avec certains courtisans qu'elle divertissait dans ses appartements étaient source d'inquiétude? Il avait dû savoir que si des preuves qu'elle avait commis un adultère pouvaient être trouvées, une offense de trahison dans son cas, alors personne n'aurait pu condamner Henry pour avoir ordonner son exécution, tout comme il aurait su que, alors qu'Anne aurait pu représenter une menace pour la validité de son prochain mariage durant le reste de sa vie, même si leur union était annulée, tout comme Katherine avait jeté une ombre sur son mariage avec Anne tant qu'elle avait été en vie, une fois que les deux femmes qui s'étaient appelées ses femmes étaient bel et bien mortes, la validité de son troisième mariage, de même que la légitimité des enfants de ce mariage, serait indéniable.

Autant qu'il aurait aimé croire que les paires siégeant au jugement quand Anne passait devant le tribunal ne l'auraient jamais condamnée pour un crime qu'ils pensaient qu'elle n'avait pas commis, pas même pou gagner ses faveurs, Henry n'arrivait pas à repousser cette possibilité. Il savait bien que la priorité des vingt-six nobles qui agissaient en tant que juges aurait été de le satisfaire, même si le satisfaire voulait dire qu'ils devaient déclarer coupable une femme innocente de crimes capitaux, la condamnant à une mort de traître. S'ils avaient cru que c'était ce qu'il voulait, ils auraient eu peur de faire autrement, par crainte qu'eux aussi puissent se retrouver accuser avec elle.

Il avait su que ce serait le cas, su que s'ils croyaient qu'il voulait qu'ils rendent un verdict coupable, ils le feraient. Quand le Duc de Buckingham avait été jugé pour trahison, tout ce qu'il avait dû faire pour s'assurer que les paires le jugeant en viennent au verdict qu'il désirait, plutôt qu'à celui que Wolsey recommandait et avec lequel Henry n'était pas du tout d'accord, avait été d'envoyer Brandon chez Norfolk pour faire passer des allusions appuyées sur le résultat escompté du jugement de Buckingham, accompagné par des menaces légèrement voilées sur ce qu'il pourrait se passer s'il échouait à tenir ses engagements.

Il ne s'était peut-être pas arrangé pour envoyer un message similaire aux paires siégeant au jugement du cas d'Anne mais s'il était connu qu'il se lassait d'Anne et qu'il ne serait pas déplu d'avoir une excuse aussi parfaite pour se débarrasser d'elle, il ne pouvait repousser la possibilité qu'ils aient pu penser le satisfaire en lui fournissant cette excuse, une excuse que personne en Angleterre ne pourrait le blâmer d'avoir prise même sans leur avoir demandé.

Avaient-ils pensé qu'Anne était innocente, avec certains d'entre eux votant pour sa culpabilité avec beaucoup de répugnance, par peur de s'attirer la colère de leur Roi s'ils refusaient de le faire, et avec ceux qui avaient volontiers voté pour sa culpabilité, poussés par la rancune et un désir de se débarrasser d'elle, même s'ils pensaient qu'elle était innocente des crimes dont elle était accusée?

Cela semblait plausible, bien trop plausible à son goût.

Ce qu'il avait entendu à Wolf Hall ne cessait de lui revenir à l'esprit, les quelques phrases qui avaient ébranlé sa foi en la condamnation d'Anne. Edward Seymour croyait clairement que si elle n'avait pas perdu le soutien de Cromwell, Anne n'aurait jamais perdu sa place en tant que Reine, et Sir John ne l'avait pas contredit. Ils croyaient qu'Anne était innocente, il le savait, mais avaient-ils raison?

Anne pouvait-elle être innocente?

Il avait besoin de savoir, et si Edward Seymour avait raison pour le rôle de Cromwell, alors il ne pouvait pas croire avec toute confiance que son Chancelier et ancien secrétaire n'essayerait pas de le duper avec une excuse à point, en promettant que l'investigation avait été consciencieuse et le jugement irréprochablement équitable. Si Cromwell avait menti alors, même si Henry avait été rassuré par ce qu'il avait entendu, Dieu ne serait pas berné et Il les punirait quand même, lui et Jane, pour la mort d'Anne.

Il ne pouvait pas faire confiance à Cromwell.

S'il voulait des réponses, alors il devait aller les chercher lui-même.


La nervosité de Cranmer fut apparente dès qu'Henry entra dans son appartement. L'archevêque de Cantebury, qui avait été un ecclésiastique obscure moins d'une décennie plus tôt et qui devait son ascension au fait qu'il avait pu fournir à Henry des conseil inestimables lorsqu'il était question de sa Grande Affaire, se leva précipitamment quand Henry entra, faisant une profonde révérence mais, malgré le fait que Cranmer gardait la tête baissée, Henry put voir que ses yeux étaient bordés de rouge et que ses joues étaient striées de larmes séchées, une indication claire qu'il avait pleuré, probablement pendant un certain temps.

Il affectionnait Anne et avait une haute opinion d'elle, Henry le savait; il la connaissait depuis de nombreuses années, depuis qu'il avait commencé à servir sa famille comme chapelain et il n'était pas surprenant qu'il trouvait pénible l'idée de ce qui allait lui arriver. Autant que cela irritait Henry de penser que qui que ce soit puisse témoigner de la sympathie pour Anne et se lamenter de son destin vu les circonstances, avec Cranmer, c'était compréhensible.

"Votre Eminence." Le salua Henry sur un ton pincé avant que Cranmer ne puisse dire un mot pour l'accueillir, faisant les cent pas dans la pièce durant environ une minute avant de reprendre la parole, essayant de décider de ce qu'il devrait dire, de trouver les mots justes qui lui donneraient les réponses dont il avait besoin. "Vous avez tenu le rôle du confesseur de la Reine, n'est-ce pas?" Dit-il enfin, rencontrant le regard de l'autre homme. "Je veux… J'ai besoin de savoir…"

"Mais Votre Majesté," protesta Cranmer avant qu'il n'ait pu finir d'exprimer sa requête, alarmé par la direction de la conversation et essayant d'y mettre un terme avant qu'elle ne puisse continuer sur ce chemin. "Peu importe ce que Sa Majesté a pu me dire, elle l'a dit dans la confidence. Je ne peux briser le sceau du confessionnal, pas sans sa permission!"

"Je ne vous le demande pas." Aboya impatiemment Henry, irrité. "Je veux savoir ce que vous ressentez par rapport à tout cela, Votre Eminence. Les accusations faites concernant le comportement de la Reine, le procès, tout cela. Il n'y a pas de mal là-dedans." Expliqua-t-il, essayant de mettre ses pensées en mots. "Croyez-vous que la Reine est coupable des crimes pour lesquels elle a été condamnée?"

Cranmer était un homme intelligent, un homme avec une connaissance fine de la théologie qui lui permettait de voir des solutions qui ne seraient peut-être jamais venues à l'esprit d'un autre ecclésiastique, même un ecclésiastique qui occupait une position élevée dans la hiérarchie du clergé et qui déclarait être très habile dans les questions théologiques, mais il n'était pas du tout un bon menteur. Son visage était un livre ouvert à quiconque le regardait, et il était loin d'être habile pour dissimuler ses émotions. Il avait été le confesseur d'Anne et, même s'il ne pouvait répéter ce qu'elle lui avait dit quand elle s'était confessée et avait reçu l'absolution pour les péchés qu'elle avait commis et même si Henry répugnait de lui demander, si Anne avait confessé avoir commis un adultère – et elle avait certainement dû le confesser, par peur de tomber soudainement malade et de mourir avec un tel péché infâme sur la conscience, damnant son âme à l'Enfer pour l'éternité – et que Cranmer savait qu'elle était coupable, son visage le révélerait, même si sa langue ne le faisait pas.

"Je… Je…" bredouilla nerveusement Cranmer tandis qu'il essayait de décider de ce qu'il devrait dire, son besoin d'exprimer la vérité entrant en conflit avec sa peur d'offenser son maître s'il disait quelque chose qu'il ne souhaitait pas entendre. Comment pourrait-il dire au Roi d'Angleterre qu'il ne croyait pas en sa justice, tout du moins pas dans ce cas particulier? "Je ne peux croire que Votre Majesté aurait procédé à son encontre si vous ne croyez pas qu'elle soit coupable." Prononça-t-il, enfin, à la hâte, priant intérieurement pour qu'Henry soit satisfait de sa réponse et qu'il ne l'interroge pas davantage. S'il le faisait, Cranmer était terrifié qu'il puisse dire quelque chose qui attiserait la colère du Roi contre lui et attirerait son courroux sur sa tête, qui semblait un peu moins attachée à ses épaules depuis qu'Anne, sa patronne, était tombée en disgrâce.

"Ce n'est pas ce que je vous ai demandé." Dit sévèrement Henry, ses soupçons soulevés par le choix des mots de Cranmer, le fait qu'il avait parlé de lui et non d'Anne.

"Non, Votre Majesté." Approuva Cranmer, n'osant pas rencontrer son regard, craignant ce qu'il pourrait y voir.

"Je ne vous demande pas si vous croyez que je crois que la Reine est coupable," dit lentement Henry, faisant de son mieux pour réprimer son impatience croissante envers l'archevêque nerveux qui se tenait devant lui. "Je veux savoir si vous croyez ou non qu'elle est coupable."

"Je…" bégaya Cranmer, la vérité et son désir de voir la justice pour Anne exigeant une réponse, tandis que sa peur d'Henry en dictait une autre.

"Oui ou non, Votre Eminence." Lui dit Henry sans ménagement, devinant ce que l'autre homme voulait dire et qu'il avait peur de le dire. Il n'avait pas envie de l'entendre mais il en avait besoin. Il se força à faire un petit sourire encourageant à Cranmer, pour montrer à l'archevêque effrayé qu'il pouvait parler sans crainte, même s'il pensait qu'Henry ne voulait pas entendre ce qu'il avait à dire. "C'est aussi simple que cela."

Rassemblant son courage, Cranmer prononça le seul mot qu'il avait envie de dire: "Non."


Henry n'avait mis un pied dans la Tour de Londres que deux fois avant aujourd'hui, la première fois avant son couronnement, quand Katherine et lui étaient restés dans les appartements royaux quelques nuits avant d'être couronnés, comme la tradition l'exigeait, une période qu'il se souvenait comme d'une grande célébration, avec sa nouvelle liberté qui lui montait à la tête comme du champagne. Et puis des années plus tard, avant le couronnement d'Anne, il n'avait pas voulu qu'elle dorme seule, surtout étant donné sa condition physique délicate, et il était resté avec elle dans les appartements royaux, qui avaient été remis à neuf pour l'occasion.

Il n'avait jamais visité les donjons ni les cachots où les prisonniers étaient gardés, et il n'avait jamais souhaité le faire, tout du moins pas avant maintenant.

Maître Kingston avait clairement été surpris quand Henry était arrivé à la Tour, surtout lorsqu'il avait vu qu'il n'était accompagné que par un seul domestique. Quand Henry lui avait exprimé le but de sa visite, accompagnant l'explication d'un ordre que les exécutions des quatre hommes devant mourir demain soient repoussées jusqu'à nouvel avis, les yeux de l'autre homme s'étaient écarquiller de façon impossible mais il n'avait pas osé discuter, ni même questionner les raisons de sa décision, baissant simplement la tête en reconnaissance de l'ordre, promettant qu'il ferait ce qu'Henry commandait, et puis menant le chemin à travers le corps de garde, conduisant Henry dans la cour jusqu'à l'aile où les prisonniers étaient gardés.

La fenêtre d'Anne était parmi celles qui donnaient sur la cour, Henry le savait, même s'il ne savait pas quelle fenêtre était la sienne. Quand il avait découvert ce qu'elle avait fait... ce qu'il croyait qu'elle avait fait... il avait eu envie de donner l'ordre pour qu'elle soit enfermée dans le donjon le plus moite, humide et fétide de la Tour et il avait fallu un peu de persuasion de la part de Cromwell, qui croyait que cela serait mal vu par le peuple si elle était traitée comme cela, surtout avant qu'elle n'ait vraiment été jugée et déclarée coupable, pour qu'il ne se laisse fléchir et donne les ordres pour qu'elle soit logée dans des habitations relativement confortables et pourvue de domestiques, comme il convenait à son rang de Reine.

Il garda la tête baissée alors qu'il suivait Maître Kingston à travers la cour, craignant à moitié qu'Anne puisse regarder par sa fenêtre et qu'elle puisse l'apercevoir, qu'elle puisse même l'appeler, l'implorer d'écouter ses protestations d'innocence, de se souvenir de l'amour qu'ils partageaient autrefois et d'avoir pitié.

Il ne voulait pas la voir, pas maintenant.

Il n'y avait qu'une personne qu'il voulait voir pour le moment.

Il avait été révolté quand il avait appris que George Boleyn était soupçonné d'être l'amant de sa soeur, la pensée de l'accouplement entre frère et sœur le rendait malade. Il avait été surpris quand Brereton avait été nommé, comme il n'avait jamais cru que son valet était particulièrement apprécié par Anne et ne bénéficiait pas de sa confiance, ni qu'il chérissait des sentiments affectueux pour elle. Au contraire, il aurait eu tendance à dire qu'ils se détestaient. Il avait été indigné quand il avait entendu parler de Smeaton, sa fierté le mordant à la pensée qu'Anne avait pu passer de lui, le Roi d'Angleterre, aux bras d'un musicien ordinaire. Toutefois, des quatre hommes nommés et déclarés coupables d'avoir été les amants d'Anne, Norris était le pire pour lui, le coup qui faisait le plus de mal et pour plus longtemps.

Henry Norris était un de ses amis et il l'avait été depuis qu'il était petit garçon.

De tous les hommes de la cour, il aurait fait partie du peu de courtisans à qui Henry aurait dit pouvoir faire absolument confiance. Cela avait fait mal d'apprendre que quelqu'un avec qui il avait appris à s'entraîner dans sa jeunesse, quelqu'un qui avait monté et s'était battu à ses côtés, avait pu le trahir comme cela.

Quand Norris avait demandé sa permission pour courtiser Madge Shelton, une jeune femme qui avait été la maîtresse d'Henry durant une brève période et pour qui il avait encore une certaine affection, malgré le fait que leur liaison ait été courte, Henry avait donné son accord sans hésitation, croyant que son ami était un homme bon et honnête, un homme qui serait un mari gentil et aimant pour Madge. Cependant, malgré le fait qu'il avait la permission d'Henry et malgré le fait qu'Anne semblait encourager le parti pour sa cousine, Norris avait pris son temps concernant la demande en mariage, passant une grande quantité de son temps dans les appartements d'Anne, courtisant en apparence Madge mais semblant être plus intéressé par Anne elle-même, ne manquant jamais une opportunité de la vanter pour son travail concernant la réforme religieuse et pour discuter du sujet, pour lequel il avait un intérêt acharné, avec elle.

Henry avait entendu ces rumeurs mais les avait balayées de la main initialement, pensant que même si Norris ne lui avait pas été aussi fidèle, il penserait plus vite à voler que de commencer à flirter avec la femme de son ami et souverain, encore moins à aller plus loin que cela, et il était l'un des derniers hommes de la cour susceptibles d'attirer l'attention d'Anne. Il n'avait jamais imaginé qu'il devait ressentir la plus petite pointe d'alarme face à la quantité de temps que Norris passait dans les appartements d'Anne.

Il avait été consterné et amèrement fâché quand il avait appris par Cromwell qu'il avait eu tort de faire autant confiance à Norris, de savoir qu'un homme qu'il avait appelé son ami l'avait cocufié, qu'il avait été disposé à le trahir en couchant avec sa femme et, encore plus que cela, disposé à risquer que s'il mettait Anne enceinte, son bâtard puisse un jour s'asseoir sur le trône.

Alors que Maître Kingston le menait le long d'un couloir tapissé de cachots de chaque côté, Henry put entendre des cris étouffés de protestations de quelques occupants, qui rechignaient à être gardés prisonniers et qui étaient inquiets d'apprendre quel serait leur sort. Ces cachots étaient réservés pour les prisonniers de haute naissance, dont le statut les protégeait d'être emprisonnés dans les donjons comme les personnes ordinaires et c'était ici que tous ceux, sauf un, qui avaient été arrêtés avec Anne étaient gardés.

En plus des quatre hommes qui étaient déclarés coupables d'avoir été les partenaires d'adultère d'Anne, un crime de trahison pour lequel il était prévu qu'ils meurent, Sir Thomas Wyatt et le père d'Anne, le Comte de Wiltshire, étaient aussi arrêtés et, bien qu'aucune charge n'avait été retenue contre aucun des deux comme l'investigation n'avait découvert aucune preuve contre eux, Cromwell avait recommandé que les deux hommes soient gardés dans la Tour, au moins pour l'instant, par peur que, s'ils étaient libres, ils puissent prendre la parole pour défendre Anne et rallier le peuple à sa cause, un risque qu'ils ne pouvaient pas se permettre.

La dernière chose dont ils avaient besoin, c'était que le peuple soutienne Anne encore plus qu'il ne le faisait déjà.

Henry plissa légèrement le nez lorsque ses narines furent assaillies par une odeur piquante. Cette partie de la Tour était peut-être nettoyée à une fréquence assez régulière, mais il y avait toujours une odeur de déchet humain venant des fosses d'aisance, une odeur qui lui donna des hauts le cœur, même s'il résista de façon déterminée à la vague de nausée qui s'abattit sur lui.

Il ne pouvait qu'imaginer comme les prisonniers de la Tour trouveraient cela amusant, s'ils apprenaient que l'estomac de leur Roi était si délicat qu'il ne pouvait pas supporter l'odeur de sa propre prison, la prison dans laquelle de nombreuses personnes, y compris sa propre femme, étaient bannies quand elles le mécontentaient, sans vomir.

"Voici l'endroit, Votre Majesté." Dit respectueusement Maître Kingston, faisant une profonde révérence alors qu'il s'arrêtait devant l'une des portes des cachots. Devant le signe de tête d'Henry, il frappa sur la porte avec le poing, un geste de respect que le statut du prisonnier à l'intérieur exigeait, attendant un moment jusqu'à ce que Norris donne une réponse, il ôta le lourd verrou qui sécurisait la porte et l'ouvrit.

"Votre Majesté!" Norris sauta sur ses pieds lorsqu'il vit Henry, faisant une petite révérence et restant debout, attendant la permission avant de se rasseoir, quelque chose qu'Henry trouva absurdement amusant.

Si Norris n'osait pas s'asseoir en la présence d'Henry sans sa permission, aurait-il vraiment osé faire l'amour à sa femme?

"Vous pouvez nous laisser, Maître Kingston." Dit fermement Henry, ne voulant aucun témoin pour cet entretien.

Quand il avait pris la décision de venir à la Tour pour voir Norris, il n'avait pas su exactement ce qu'il voulait faire; s'il voulait interroger l'autre homme dans l'espoir de l'attraper en train de mentir, ce qui prouverait sa culpabilité, ou s'il voulait le supplier de le rassurer que les allégations contre lui et, par extension, contre Anne étaient fausses. Voulait-il entendre qu'Anne était coupable ou qu'elle était innocente? Voulait-il être rassuré qu'il pouvait signer l'arrête de mort d'Anne avec une conscience tranquille ou voulait-il se faire dire qu'il devait aller directement dans son appartement et donner l'ordre qu'elle soit libérée immédiatement, l'emmener loin de ce terrible endroit? Toutefois, maintenant qu'il était face à face avec Norris, maintenant qu'il voyait comme il était encore intimidé en sa présence, il savait ce qu'il voulait dire, et il savait que ce n'était pas quelque chose pour laquelle il voulait la présence de quelqu'un d'autre.

"Bien évidemment, Votre Majesté." Répondit docilement Maître Kingston, avec une autre révérence. Il sortit du cachot, reculant dans le couloir mais il hésita avant de fermer la porte, ne voulant clairement pas enfermer son Roi dans le cachot.

"Fermez la porte!" aboya Henry vers lui, sa patience à bout. Il voulait des réponses et il ne voulait pas les attendre plus longtemps qu'il n'y était obligé.

"Oui, Votre Majesté. Je serai à l'extérieur si vous avez besoin de quoi que ce soit." Dit Maître Kingston, fermant la porte derrière lui avec un bruit métallique ferme.

"Votre Majesté..." commença Norris aussitôt qu'ils furent seuls, son ton teinté d'espoir désespéré, comme un homme en train de se noyer qui venait juste d'apercevoir une branche qu'il pourrait utiliser pour se sortir des eaux prêtes à réclamer sa vie et qui était terrifié que s'il osait ne serait-ce que respirer, un vent cruel pourrait pousser cette branche hors de sa portée. "Votre Majesté, je vous jure que je n'ai jamais..."

"Taisez-vous." Lui dit sévèrement Henry. S'il avait voulu écouter des protestations suppliantes et larmoyantes d'innocence, il aurait été voir Anne. "Je ne suis pas venu ici pour cela."

"Alors pourquoi Votre Majesté est venue?" demanda Norris, dérouté.

"Vous avez été condamné à mort." Lui dit Henry sans ménagement. "Je suis enclin à être miséricordieux, et vous permettre de mourir par décapitation, au lieu de l'alternative... bien que je puisse changer d'avis." Ajouta-t-il, attendant un moment pour donner à Norris le temps de digérer la menace avant de continuer. Norris pâlit légèrement à la suggestion qu'il serrait peut-être forcé d'affronter la terrible mort d'un homme ordinaire mais il ne dit rien, et il n'implora pas pour en être épargner, au nom de leur ancienne amitié ou pour une autre raison. "Je pense qu'il est prudent de dire que vous n'avez plus rien à perdre, n'est-ce pas?" Norris acquiesça avec incertitude, ne sachant pas si Henry attendait une réponse plus explicite de sa part. "Ne le diriez-vous pas, Sir Henry?" répéta fermement Henry, n'étant pas satisfait par la réponse muette de l'autre homme. Il avait besoin de l'entendre le dire, de savoir que Norris comprenait pleinement ce qui était en jeu.

"Oui, Votre Majesté." Approuva doucement Norris, un éclair de souffrance traversant son visage à la pensée de ses enfants, qui n'avaient pas eu la permission de lui rendre visite depuis son arrestation – même s'ils avaient pu obtenir la permission, il ne leur aurait pas permis de venir. Il ne voulait pas que sa famille se souvienne de lui dans ce terrible endroit, ni qu'ils fâchent le Roi et qu'ils amènent le doute sur leur loyauté en donnant l'impression d'être trop compatissant avec un traître, même si ce traître était leur père.

"Vous êtes veuf, n'est-ce pas, Sir Henry?" demanda Henry, même s'il savait parfaitement bien que c'était le cas; Norris le lui avait dit lui-même quand il était venu chercher la permission de courtiser Madge. "Vos enfants..." Il fit un bruit désaprobateur, avec une sympathie feinte. "Je suis sûr que votre mort sera une grande perte pour eux – de même que la perte de vos propriétés." Comme Norris avait été disgracié pour trahison, tous ses biens étaient confisqués par la Couronne, ce qui signifiait que ses enfants n'auraient aucune revendication sur la fortune considérable de leur père pour leur appui futur. Une fois que Norris mort, sa famille serait sans le sous à moins qu'Henry ne décide d'être généreux et miséricordieux envers eux et leur permette d'hériter d'une portion des biens de leur père – il ne serait certainement pas enclin à être généreux avec les enfants d'un traître si leur père n'était pas prêt à coopérer avec lui maintenant.

"Oui, Votre Majesté." Répéta Norris, essayant de cacher la souffrance que cette pensée lui causait. Etant les enfants d'un traître déclaré coupable, ses fils et sa fille seraient des proscrits, n'étant pas les bienvenus à la cour et incapables de faire leur fortune là-bas. Comme ils seraient également privés de leur héritage, leur avenir serait lugubre, à moins que l'un de ses parents les plus éloignés ne soit prêt à intervenir et les prendre en charge, en sponsorisant leur éducation et en les aidant à se construire un avenir.

Henry l'observa en silence pendant quelques minutes avant de reprendre la parole et, quand il le fit, sa voix étant plus gentille, presque amicale. "Il y a une alternative, Sir Henry," commença-t-il, se forçant à sourire. "Tout ce que je vous demande c'est que vous m'avouiez vos crimes. Parlez-moi de quand vous étiez l'amant de la Reine – non, ne dites rien pour l'instant." Dit-il fermement, voyant de l'expression sur le visage de Norris qu'il était prêt à nier l'accusation. "Laissez-moi finir, ensuite il sera temps pour vous de parler. Si vous m'avouez vos crimes, en privé, alors je suis prêt à vous offrir une grâce totale. Je ne veux rien entendre sur les autres," ajouta-t-il, juste au cas où Norris répugnait à l'idée de parler contre n'importe lequel des autres hommes qui étaient accusés, sachant qu'il ne voudrait pas les condamner, quoi qu'il arrive. "Vous étiez autrefois mon ami Sir Henry, et je n'ai aucun doute que c'est la Reine qui vous a séduit, non l'inverse – croyez-moi, je sais comme elle peut être tentante lorsqu'elle le veut." Ajouta-t-il avec un sourire ironique, essayant de donner l'impression qu'il le pensait, comme s'il pouvait véritablement pardonner un homme qui avait été l'amant d'Anne, indépendamment de leur ancienne amitié. Il avait besoin que Norris le croit. "Si vous m'avouez vos crimes, en privé, alors vous pourrez quitter cet endroit, dans l'heure, en homme libre. Je ne vous confisquerais même pas vos propriétés. Ce sera comme si rien de tout cela ne s'était passé."

Alors qu'il faisait l'offre, il essaya de repousser les chuchotements de sa conscience, la voix persistante qui lui murmurait que même si Norris n'avait jamais couché avec Anne, même s'il n'avait jamais même pensé à le faire, l'offre était tellement tentante pour un homme confronté à la hache du bourreau, qu'il serait loin d'être surprenant s'il avouait quand même, disant à Henry ce qu'il voulait entendre dans l'espoir de pouvoir y gagner sa liberté.

Si Norris avouait, il l'accepterait comme un fait.

Si Norris avouait, il saurait qu'Anne était coupable et il pourrait oublier qu'il avait nourrit des doutes sur la question. Il retournerait à son bureau, signerait son arrêt de mort; autorisant Maître Kingston d'organiser sa mort en quelques jours et cela serait la fin du sujet. Il pourrait tourner la page, épouser sa Jane avant la fin du mois, et ensuite ils seraient heureux ensemble.

"Non." La voix de Norris fut douce mais déterminée quand il répondit.

"Que voulez-vous dire 'non'?" demanda Henry, n'arrivant pas à croire ce qu'il avait entendu, que Norris pourrait refuser une offre aussi généreuse que celle qu'il venait de lui faire, mais on ne pouvait se méprendre sur ce que l'autre homme avait dit. "Vous comprenez ce que je viens d'offrir..."

"Je comprends, Votre Majesté." Dit fermement Norris, sachant qu'il jetait à la poubelle sa chance de liberté et de regagner ses biens mais que sa conscience ne lui permettrait pas de faire autrement. "Je ne peux vous avouer car je n'ai commis aucune offense contre Votre Majesté. Je n'ai jamais été l'amant de la Reine et je préférerais mourir mille morts plutôt que de mentir et être la ruine d'une personne innocente – et c'est ma conviction que Sa Majesté ne vous a jamais fait injure. Les accusations sont fausses, totalement fausses! Vous devez certainement savoir que Sa Majesté ne songerait jamais à vous trahir de la sorte!"

"Sir Henry..."

"Non, Votre Majesté." Le coupa Norris. "Je ne mentirais pas pour sauver ma peau."

"Vous êtes un imbécile!" fit amèrement remarquer Henry, allant jusqu'à la porte et frappant dessus pour faire savoir à Maître Kingston qu'il voulait sortir. Il n'arrivait pas à croire ce qu'il venait d'entendre, que Norris, ou n'importe quel homme, pourrait décliner une offre aussi généreuse que celle qu'il venait de lui faire.

Il devait mentir... mais pourquoi mentirait-il?

Si Norris était coupable, alors peut-être qu'avant le procès, il aurait pensé avoir une chance de convaincre les juges de son innocence et de gagner sa liberté sans avoir à confesser les crimes terribles de trahison qu'il avait commis contre son Roi, pensant qu'il était assez intelligent et convainquant pour parvenir à les influencer et à leur faire croire qu'il n'aurait jamais pu commettre une telle offense, lui permettant de s'échapper avec sa vie, sa propriété et son bon nom intact, mais le procès était fini maintenant. Norris avait été déclaré coupable, comme les autres, et il savait qu'il ne pouvait plus avoir une chance de grâce maintenant.

Il n'avait plus rien à perdre et tout à gagner s'il acceptait l'offre généreuse qui lui était présentée.

S'il était coupable, alors il avouerait sûrement quelque chose, n'importe quoi tant que cela satisfaisait Henry et lui gagnait sa liberté.

Il n'y avait qu'une raison à laquelle Henry pouvait penser sur le pourquoi Norris refuserait une telle offre généreuse, et la pensée était loin d'être commode.


"Sa Majesté a fait quoi?!" Cromwell n'en croyait pas ses oreilles. "En êtes-vous absolument certain?"

L'homme qui se tenait devant lui avait une taille et un poids moyens, avec des cheveux et des yeux bruns, vêtu de couleurs simples et discrètes, pas un homme qui se démarquerait dans une foule, ce qui était précisément la raison au pourquoi Cromwell l'avait recruté pour être l'un de ses espions, ses yeux et oreilles à la cour quand il ne pouvait pas être dans les environs, et en particulier quand il ne pouvait pas savoir ce que le Roi faisait.

Il hocha la tête. "Oui, mon seigneur. Sa Majesté était absent hier soir, comme vous le savez."

"Oui." Cromwell acquiesça brièvement. On lui avait dit quand le Roi avait quitté le chateau et il avait deviné qu'il allait à Wolf Hall, un rebondissement qui lui plaisait. Si le Roi était à Wolf Hall, gaiement distrait par Maîtresse Seymour, alors il ne montrerait pas un vif intérêt pour les procès ou les exécutions imminentes et il n'aurait pas le temps de repenser à ce qu'il se passait, une situation que Cromwell était assez satisfait de laisser continuer.

"Il est revenu tôt ce matin, avant l'aube, et puis il est resté dans son bureau pendant un certain temps avant de se rendre à la Tour."

"Seul?" demanda sévèrement Cromwell.

"Il était accompagné d'un autre homme, mon seigneur, l'un des valets de sa chambre. Je tiens d'un des sentinelles de la Tour qu'il s'y est rendu pour parler à Sir Henry Norris."

Cromwell se renfonça dans son fauteuil, croisant les doigts alors qu'il réfléchissait à ce qu'on venait de lui dire, sentant une sensation de nœud dans le creux de son estomac. Il y avait très peu de raisons au pourquoi le Roi souhaiterait aller à la Tour, encore moins au pourquoi il voudrait parler à Norris, aucune ne présageant quelque chose de particulièrement bien pour lui, là tout de suite.

Si le Roi avait commencé à douter du verdict rendu sur Anne et les hommes accusés avec elle, s'il commençait à croire qu'il avait été trompé, qu'Anne était innocente et que certains de ses courtisans, des hommes qui travaillaient pour lui et qui avaient sa confiance, avaient conspirés pour donner l'apparence qu'elle avait commis des crimes contre lui, des crimes qui mériteraient sa mort, sa colère serait terrible et Cromwell savait très bien que c'était sur lui qu'elle se déverserait.