Titre : Le 2 mai
Rating : T
Disclaimer : JK Rowling !
Bêta Correctrice : Regan_Potter
Beaucoup de divorces sont nés d'un malentendu. Beaucoup de mariages aussi.
Tristan Bernard
Mon cœur avait explosé de bonheur le jour où il était venu demander à mon père la main d'une de ses filles. Certes, ce n'était qu'un mariage d'intérêt, mais moi je l'aimais. Je l'aime depuis le jour où je suis rentrée à Poudlard. Lorsque du haut de mon tabouret, j'avais croisé son regard gris avant que le Choixpeau ne me tombe sur les yeux. Bien entendu, il était déjà fiancé à Parkinson, et n'accordait son intérêt qu'au héros du monde sorcier : Harry Potter. Le seul qu'il considérait comme son égal. Mais cela ne m'empêchait pas de tout faire, pour qu'enfin il me remarque.
Lorsque ses fiançailles furent annulées, durant sa sixième année, je me souviens d'avoir sauté sur mon lit comme une folle, et de m'être roulée dessus en mordant mon oreiller pour étouffer mes cris de joies. Ce n'était pas très Serpentard, mais le bonheur menaçait de faire exploser mon cœur, et je ne pouvais me confier à personne. Encore moins à ma sœur, qui nourrissait elle aussi de tendres sentiments pour notre Prince.
Etrangement, depuis cette rupture officielle, Draco fut encore plus inaccessible qu'avant. Un mur semblait l'entourer en permanence. Seuls ses plus proches amis, comme Nott, Zabini, et malheureusement Parkinson, pouvaient encore l'approcher. Et uniquement Potter réussissait encore à le faire réagir.
Les rumeurs courraient que notre Prince était sérieusement épris d'une jeune Sang-mêlé et que la raison de la séparation puisait sa source dans cette romance. Néanmoins, en l'absence de preuve concrète ou d'aveux de la part de Malfoy, je m'acharnais à porter des œillères et ignorais cette mise en demeure que jamais son cœur ne m'appartiendrais.
Puis, la guerre vint gronder et frapper à notre porte, chacun devait faire face à ses propres décisions. Confrontés à nos peurs, à nos doutes, il fallut trancher.
Refusant de mourir pour des idéaux qui n'étaient pas les miens, je décidais de rester loin de tout cela. Simple spectatrice d'un combat qui déterminerait notre avenir, bien décidée à tenir mon rang quel qu'en fut l'issue.
Cependant, lorsque j'appris que lui, se battrait aux côtés de Potter, mon admiration crût encore plus, et la crainte de le perdre causa ma déraison. Mue par l'énergie de mon amour à son encontre, je me lançais à corps perdu à ses côtés, dans une bataille que je pensais perdue d'avance.
Mais Voldemort est mort.
Potter l'a vaincu.
Et la vie reprit son cours.
Le ministère banalisa cette funeste journée. Désormais chaque année, le 2 Mai, nous célébrons la victoire d'un jeune adolescent sur l'incarnation du Mal. Et les héros de cette guerre sont conviés en grande pompe à diverses cérémonies, toutes plus fastueuses les unes que les autres. Certains, comme ma famille ou d'autre Sang-Pur en profitent pour redorer leur blason. Mais la plupart des invités se font discrets ou carrément invisibles, comme les membres restant du célèbre Golden Trio, de l'Ordre du Phœnix ou encore comme Draco Malfoy.
Draco…
Durant deux longues années, on n'entendit plus parler de lui.
Puis un soir, presque par hasard, Père le rencontra à Gringotts et l'invita à dîner. Ma joie et l'espoir se disputèrent à l'angoisse et à l'attente. Ce soir là, je sortis ma plus belle robe et me coiffais avec soin. Je me devais d'attirer son regard. Qu'il se rende enfin compte que j'existais !
Il arriva à l'heure. Magnifique et charmant. Il baisa la main de Mère et nous fit ses hommages, en digne gentleman. Son regard s'attarda un peu plus que convenu sur Daphné, et tout deux se mirent à converser de leurs années à Poudlard. Je sentais le démon de la jalousie commencer à me broyer le cœur. Minaudant à ses côtés, ma garce de sœur ne cessait de me lancer des œillades victorieuses, tandis qu'il lui faisait une cour discrète et galante.
Il faut dire qu'avec sa taille haute, ses grands yeux verts, et sa longue chevelure d'ébène, Daphné avait toujours attiré les regards. Mais j'étais persuadée que de nous deux, j'étais celle qui conviendrais le mieux à notre Prince ! Elle et moi étions comme la lune et le soleil ! Plutôt petite, blonde aux yeux bleu, j'avais tout les atouts pour devenir une parfaite Malfoy !
Et je n'hésitais pas à m'introduire dans leur conversations, sous le regard furibond de ma sœur, et celui appréciateur de Draco. Son regard voyageait entre elle et moi, nous comparant sobrement.
Durant le repas, Père évoqua la guerre. Ses pertes, les deuils, mais aussi le courage, les sacrifices et son issue victorieuse, louangeant les exploits de notre invité, mais aussi et surtout de notre sauveur à tous : Potter. Le regard braqué sur mon Prince, je remarquais bien vite qu'à l'évocation de ce sujet son visage s'était durci, ne laissant apparaître qu'un masque impénétrable, et un regard perdu dans le lointain.
- Saviez-vous que ma fille était elle aussi sur le champ de bataille ?
S'enorgueillissait Mère, prête à tout pour nous montrer sous son meilleur jour. Et nous faire apparaître comme une famille des plus respectables, afin que tous oublient notre passé de partisans de l'ombre. Elle avait bien compris que le jeune Malfoy était célibataire, et espérait bien pouvoir marier l'une de nous à un aussi beau parti.
Rougissante, je baissais la tête, en espérant qu'enfin il me reconnaîtrais comme une égale, et qu'il s'intéresse à moi.
- Vraiment ? Décidément, vous me surprenez Daphné.
Son visage s'était détendu, et il adressa à ma sœur un sourire triste.
Un étau glacé vint m'enserrer le cœur et les poumons, manquant de les briser… j'avais envie de pleurer.
- Oh, Daphné aussi a participé à la guerre, mais c'est Astoria qui était sur le champ de bataille !
Reprit Mère babillant des détails inutiles, racontant des anecdotes, elle qui n'y était pas. Etonné, Draco leva un sourcil. Il nous balaya du regard, nous jaugeant silencieusement encore une fois, avant de changer délibérément de sujet, s'enquérant auprès de mes parents de question diverses auxquelles je ne prêtais plus aucune attention.
La tête dans mon assiette, je n'osais plus lever les yeux, de peur de croiser les siens.
Quelques heures plus tard, il prit poliment congé, échangeant une virile poignée de main avec Père, et embrassant délicatement les mains des femmes.
Ses doigts s'attardèrent quelques secondes de plus contre les miens, tandis que je plongeais toute entière dans son regard d'acier qui m'évaluait une ultime fois.
Il partit sans se retourner, me laissant rougissante et le cœur affolé.
Le lendemain, tous les journaux titraient sur le jeune Malfoy. A la une de la Gazette du Sorciers, un article attira mon attention.
L'héritier Malfoy revient après deux ans d'absence !
Durant deux années le fils de Lucius Malfoy, mangemort et bras droit de Celui-dont-on-peut-désormais-prononcer-le-nom : Draco Malfoy, avait volontairement disparu.
Rappelons que le jeune homme avait ouvertement défié son père et son camp, se rangeant au grand étonnement de tous, du côté de notre héros : Harry Potter. Se battant même à ses côtés durant la Grande Bataille.
Des rumeurs racontent que son revirement serait dû à l'amour d'une jeune femme.
Qui était t'elle ? Quel drame s'est joué ? Autant de questions qui resteront sans réponses.
Et comme beaucoup de ceux qui ont survécu à ce terrible combat, le jeune héritier s'était fait discret, le temps de panser ses blessures, et d'apprendre à revivre.
Mais désormais de retour à Londres Draco Malfoy, le célibataire à la tête de la plus grosse fortune d'Angleterre, compte bien se poser et est prêt désormais à fonder une famille….
Biographie et Plus de détails en page centrale.
R. Skeeter
Les mains tremblantes, je reposais le journal sur un guéridon et m'affalais sans aucune grâce sur le canapé. J'entendais ma sœur et ma mère commenter fébrilement l'article, cherchant à démêler le vrai du faux.
Deux semaines plus tard, Draco Malfoy faisait sa demande à Père.
Six mois plus tard, le monde sorcier célébrait notre union.
Submergée de bonheur, je vivais immergée dans un fin nuage de coton blanc. Je ne prêtais guère attention au monde qui m'entourait, à ton absence qui aurait dû m'alerter, à ta froide indifférence lorsque je demandais ton avis, au fait que jamais tu ne me fis la cour… Tout simplement à ton désintérêt total face à l'organisation de ce mariage.
Engoncée dans ma lourde robe de taffetas nacré, décorée de motif en dentelles compliqués, je rayonnais ! D'adorables chérubins portaient ma longue traîne sur le tapis de la cathédrale, la nef abondait de notables, d'amis, de famille, de curieux, de héros de la guerre aussi… Tous venus rendre hommage à leur allié. Mais moi, je n'avais d'yeux que pour mon futur mari. Imposant et digne, alors que j'étais si fébrile, il se tenait le dos bien droit face à la nef, attendant ma venue.
Sur le jubé, le Chœur entonnait la marche nuptial, pendant que je m'approchais à petit pas de l'abside, et du prêtre qui prononcerait l'union tant attendue. L'angoisse étreignait mon cœur. Lorsque je fus à sa hauteur, il me prit la main pour me placer à ses côtés mais il ne m'accorda pas un seul regard. Durant toute la cérémonie, il fixa un point quelque part derrière moi. Son attitude me décontenançait et bien malgré moi, je commençais à redescendre de mon nuage rose. Munie d'une sombre appréhension, je réussis à me contorsionner rapidement pour voir ce qui accaparait ainsi l'attention de mon futur époux. Au second rang se trouvait Hermione Granger. Seule... L'air affecté…
Une crampe vint me tordre l'estomac, alors que je me remémorais l'article du journal et les rumeurs racontant que Draco se serait épris d'une jeune Sang-mêlée. Le prêtre continuait son monologue. Un peu perdu, je réussis à me rappeler que Granger était une fille de moldu. Bien que la peur continuait à me vriller les entrailles, je tentais de reprendre contenance, et me convaincre que tout n'était que le pure fruit de mon imagination. Que de toute manière celle qui se tenait à ses côtés aujourd'hui, ce n'était pas elle, mais moi !
Puis, vint le moment de l'échange des vœux. Alors que j'y mettais toute ma ferveur et mon désespoir, je pus sentir l'absente totale de passion dans ses mots. Tout était mécanique, comme s'il se débarrassait d'une corvée. Ce qui devait être le plus beau jour de ma vie se transformait lentement en une ignoble parodie.
Puis vint l'habituel :
- Si quelqu'un s'oppose à cette union qu'il parle maintenant ou qu'il se taise à jamais !
Un tressaillement infime de la part de Draco me fit relever la tête. Les portes de la cathédrale venaient de s'ouvrir grinçant sinistrement en brisant le silence. Une sourde inquiétude planait dans la salle. J'étais tétanisée et la tension était palpable. Mais le nouveau venu se contenta d'adresser un regard noir au futur marié avant de partir s'asseoir aux côtés d'Hermione Granger, agitant la main négligemment l'air de dire « Continuez, continuez »
Draco semblait paralysé. C'est comme si quelque part, il avait espéré que quelqu'un empêche notre cérémonie d'avoir lieu ! Paniquée à l'idée de me voir plantée devant l'autel, je serrais un peu plus fort ses mains. Se ressaisissant, son regard croisa le mien, totalement dénué d'amour, seulement du chagrin et une excuse au fond des yeux. Je compris réellement à ce moment là que son cœur me serait à jamais inaccessible. Puis, il hocha la tête en direction du prêtre et la noce reprit son cours. Mais je suivis le reste dans un épais brouillard, me retenant de pleurer.
L'échange des anneaux.
La traversée de l'église.
Puis la traditionnelle photo sur le parvis.
Le lendemain, celle-ci figurait en première page de la Gazette…
Un bonheur de papier glacé.
Après la nuit où Scorpius fut conçu, plus jamais il ne me toucha. Se contentant du paraître. Aux yeux de tous, nous étions un couple soudé, heureux… Alors que le manoir ne m'avait jamais semblé aussi lugubre, ma vie aussi pathétique… Je m'accrochais désespérément à cet espoir futile, qu'un jour peut être…
