Disclaimer : Rien à moi, tout à Kishimoto Masashi.
Rating : M
Dernières notes : Un tout petit peu plus d'action que dans le chapitre précédent et nettement moins de nostalgie. Un grand merci à Mayura-8 pour sa bêta-lecture, ainsi qu'à tout ceux qui ont lu le premier chapitre et laissé un commentaire. En tout particulier à ceux à qui je n'ai pas pu répondre personnellement. Les critiques constructives sont toujours les bienvenues.
Bonne lecture.
CHAPITRE 2 : Magie des Neiges (1)
Iruka avait déroulé sur la petite table les rouleaux médicaux pour pouvoir mieux les étudier. Après une bonne heure de lecture, il était en mesure de passer à la pratique. Les quelques poissons qu'il avait mis de côté feraient l'affaire. Il s'aménagea sous l'auvent extérieur qui abritait le bois pour la cheminée, un coin pour s'exercer. Il ne voulait pas troubler le repos de l'Anbu durant son entraînement.
Iruka profita des premiers rayons de soleil apparus depuis plusieurs jours pour commencer. Les arêtes de poisson étaient idéales pour maîtriser le flux de chakra et reformer le cartilage. C'était un exercice ou il fallait être concentré et minutieux.
Il déposa d'abord un premier poisson, ouvert de tout son long et révélant son ossature brisée à différents endroits. Iruka ferma les yeux, prit une profonde inspiration et fit le vide dans son esprit. C'est alors qu'une douce lumière bleue se mît à luire dans le creux de ses mains. Il plaça ensuite ses paumes au-dessus du poisson et visualisa les dégâts avant de se mettre à l'œuvre.
Le chakra coula le long de ses doigts pour se répandre sur l'ossature du poisson. A chaque arête ressoudée, Iruka ressentait une petite impulsion lui signalant la réussite de l'opération. Au bout d'un certain temps, la fatigue s'empara de lui. Il s'arrêta et ouvrit les yeux afin d'évaluer la qualité de son travail. Il grimaçât lorsqu'il vit que celui-ci était loin de ce qu'il espérait. Le cartilage qu'il avait reformé était grossier et semblait fragile.
Iruka poussa un long soupir de résignation, il saisit un autre poisson tout aussi mal en point que le premier et répéta la même opération.
La journée allait être longue.
xoxoxoxoxo
Iruka était frigorifié et épuisé. Il avait passé toute son après-midi sous l'auvent à s'entraîner. Maintenant, il avait aussi faim que froid, en plus d'être de mauvaise humeur car il allait devoir manger du poisson à chaque repas durant le reste de la semaine. L'adolescent était surtout frustré de n'avoir réalisé aucun progrès significatif. Si sa mère avait été encore en vie, elle aurait su trouver les mots pour l'encourager et le conseiller.
Seulement voilà, elle n'était plus là.
Une fois de retour à l'intérieur de la cabane, il prit le temps de se préparer un thé bien chaud avant de s'emmitoufler dans une couverture épaisse, puis il se replongea dans l'étude des jutsus médicaux.
Le feu crépitait doucement dans le foyer et le corps du jeune homme engourdit par le froid reprenait vie petit à petit. Il ne fallut pas longtemps avant que le sommeil ne le terrasse.
Lorsque, plus tard, il se réveilla en sursaut, il faisait déjà nuit et le feu était presque éteint. Iruka s'étonna de se retrouver allongé sur le plancher de la cabane. Il avait dû glisser de la table durant son sommeil car certains rouleaux avaient fait de même. Le chûnin se redressa tant bien que mal, encore à moitié endormi.
Il ramassa d'abord les rouleaux qui étaient tombés par terre pour les replacer sur la table, puis il ajouta quelques buches de bois dans le foyer. Pour terminer, il vérifia à sa droite, si l'Anbu allongé sur son futon était toujours endormi.
Tout semblait normal. Rien d'autre n'avait bougé, rien n'avait changé.
Alors, pourquoi avait-il eu ce sentiment étrange d'être observé ?
Il avait dû rêver. Il resserra la couverture autour de lui et se recoucha sur le plancher. Il savait que le lendemain il serait tout courbaturé. Son futon commençait sérieusement à lui manquer.
xoxoxoxoxo
Il était déjà trop tard quand Iruka sentit la lame du kunai sur sa gorge. Comme réveil, il avait connu mieux. Il garda les yeux fermés, en se maudissant de ne pas avoir été plus prudent. Il aurait pourtant dû sentir le chakra de son agresseur, ou deviner au déplacement de l'air, la présence de l'autre ; cependant, il était trop fatigué pour s'en apercevoir et se comporter comme un véritable ninja. Désarmé et complètement seul au milieu de nulle part, Iruka attendit sa mort mais, étrangement, celle-ci ne vint pas.
"Qui es-tu ?" entendit-il dans un souffle rauque.
Le chûnin reconnut la voix de l'Anbu qu'il avait recueilli. Il ouvrit aussitôt les yeux. Au-dessus de lui se tenait effectivement l'homme aux cheveux d'argent. La scène aurait pu lui paraître incongrue s'il n'était pas menacé par un kunai. L'œil visible de l'Anbu le fixait étrangement. Il avait l'air tellement fatigué, à bout de force, sans doute à cause de la fièvre. Iruka tenta d'oublier l'espace d'un instant la lame contre sa gorge et la panique qui menaçait de le submerger pour essayer de raisonner le blessé.
"C'est... c'est moi... Iruka," répondit l'adolescent en se forçant de ne pas trembler.
Malgré sa frayeur et son cœur menaçant de lâcher à tout moment, sa voix resta égale.
"Je ne connais aucun Iruka," répondit le soldat d'élite en exerçant une pression un peu plus forte de la lame sur la gorge du jeune garçon.
"Vous avez pourtant dit hier que c'était un beau prénom pour un shinigami."
Cette fois la lame lui entama la peau et il sentit son propre sang couler le long de son cou.
"Tu n'es pas un shinigami," gronda dangereusement l'homme masqué.
"Je n'ai jamais prétendu en être un, répliqua le jeune garçon sur le même ton neutre, c'est vous qui pensiez être mort."
L'Anbu se mit alors à ricaner sombrement. Iruka s'était attendu à mourir et non pas à ce qu'on se moque de lui.
"Je ne vois pas ce qu'il y a de drôle," fit-il remarquer un peu vexé.
"Tu as du cran pour quelqu'un qui va mourir."
"Ça ne vous avancerez à rien de me tuer," objecta encore l'adolescent.
"Vraiment ? Et pour quelle raison ?"
"Parce que je suis la personne à qui vous devez la vie."
Pendant un bref instant, Iruka sentit l'hésitation du soldat d'élite à travers les tressautements de la lame sur sa peau, à moins que ce ne fût la manifestation de sa faiblesse physique. L'adolescent décida néanmoins de poursuivre.
"C'est moi qui vous ai trouvé errant dans la neige près de ma cabane, il y a quatre jours. C'est moi qui vous ai soigné et qui change vos bandages depuis. C'est moi qui vous ai nourri pendant que vous étiez inconscient."
Il s'arrêta de parler. Il avait de plus en plus de mal à trouver son souffle et la pression exercée sur son gosier ne l'aidait pas vraiment.
"J'ai entendu une voix," murmura le jeune homme au bout d'un certain temps.
Sa main trembla légèrement mais resta toujours en place.
"Vous ne vous souvenez pas vous être réveillé hier ? Nous avons parlé un peu," continua l'adolescent plein d'espoir.
"J'ai fait un rêve," dit encore l'homme masqué comme s'il n'avait rien entendu.
"Ce n'était pas un rêve, vous avez parlé avec moi, Iruka," insista encore le jeune garçon.
Il profita de la confusion et de l'hésitation de l'Anbu pour avancer lentement sa main et la poser sur celle de l'homme masqué, puis il y diffusa son chakra par vagues successives. Le shinobi d'élite se laissa alors piégé par le flux et le reflux de l'onde apaisante. Incapable de lutter contre l'engourdissement qui le gagnait, il lâcha le kunai avant de s'effondrer lourdement sur le plancher à côté de l'adolescent.
Ce dernier poussa un soupir de soulagement et porta sa main tremblante à sa gorge afin d'évaluer la blessure. Quand il se fut assuré qu'il ne mourrait pas d'une hémorragie, il se tourna lentement vers le jeune homme. Une immense vague de compassion le gagna lorsqu'il le vit au bord de l'évanouissement.
"Vous avez encore besoin de repos pour reprendre des forces, Anbu-san."
Iruka se redressa ensuite et aida le soldat d'élite à se relever, puis il le conduisit jusqu'au futon où il le recoucha avec précaution. Il dégagea de son front fiévreux, quelques mèches de cheveux argentées, d'un geste doux.
"Ici, vous êtes en sécurité, vous n'avez rien à craindre de personne."
"Est-ce que je suis encore en train de rêver ?" demanda l'homme masqué avant de se rendormir.
L´adolescent ne répondit pas, il se contenta de rabattre la couverture sur le corps fatigué.
xoxoxoxoxo
L'aprés-midi qui suivit, quand l'état de l'Anbu fut stabilisé, Iruka sortit de la cabane pour effectuer une reconnaissance des alentours. L'adolescent était inquiet malgré ce qu'il avait dit à son patient, rien ne prouvait qu'il était en sécurité.
Jusqu'à présent, la neige et son clone s'étaient chargés de recouvrir leurs traces; cependant, le jeune garcon ignorait si les assaillants de l'Anbu étaient toujours à sa recherche, ni même s'ils étaient encore en vie. Il y avait plusieurs possibilités, soit l'homme masqué les avait tous exterminé, soit il avait préféré un repli stratégique pour assurer sa survie et le succès de sa mission.
Dans tous les cas, Iruka devait vérifier que personne ne serait en mesure de trouver le refuge de l'Anbu.
Avant de sortir dans le froid, l'adolescent s'était habillé chaudement puis il avait récupéré dans la petite cache d'armes, située sous le plancher de l'habitation, suffisamment de fils de chakra et de parchemins explosifs pour tendre quelques pièges. Il s'était également équipé de quelques kunai et shuriken, en plus de son arc et de son carquois remplit de flèches.
Une fois à l'extérieur, il avait commencé par tendre une série de pièges. Grâce au fil de chakra qu'il avait emporté avec lui, il avait pu tisser une toile reliant plusieurs parchemins explosifs entre eux, qu'il avait disposé ensuite sur le périmètre de la clairière où la cabane avait été construite. A cela, il avait crée un autre réseau de fils de chakra, en parallèle à celui des parchemins explosifs, qui le préviendrait de toute intrusion dans le périmètre protégé.
Il avait jugé ces quelques précautions nécessaires, car il ignorait ce qu'il pourrait se produire durant son absence.
Après un dernier coup d'œil sur son patient endormi, Iruka avait quitté la cabane, non sans laisser derrière lui, un clone veillant à sa sécurité.
Tandis qu'il cheminait vers l'endroit où il avait rencontré l'Anbu pour la première fois, mille questions tournoyaient dans sa tête. Que ferait-il si jamais il rencontrait les ennemis de l'homme masqué ? Serait-il capable de se défendre contre eux ? Pourrait-il tuer de sang froid si les circonstances l'exigeaient ?
A l'heure actuelle, il lui était impossible de donner une réponse à son propre questionnement. Iruka doutait déjà de lui-même et devoir s'occuper de l'Anbu sans pouvoir être capable de le protéger correctement durant sa convalescence, était une responsabilité supplémentaire qui le terrifiait.
Il arriva finalement au détour du bosquet d'arbres où le loup lui était apparu et comme il l'avait très justement supposé, il n'y avait plus aucune trace de leur passage.
L'adolescent forma ensuite, avec ses mains, les sceaux nécessaires à la création de nouveaux clones de l'ombre. Lorsque la fumée se fut dissipée, deux représentations de lui-même se tenaient debout face à lui. Avec ses réserves de chakra bien entamées, il ne pouvait pas en créer plus.
"Je veux un compte-rendu sur toute activité suspecte dans les alentours," leur avait-il dit avant de leur ordonner de se disperser.
Les deux clones disparurent dans les arbres, chacun ayant pris une direction cardinale différente, le nord et l'est. Pour sa part, Iruka partit à l'ouest.
Il parcourut quelques kilomètres ainsi, scannant la zone avec son chakra. Devant lui s'étendait le même paysage boisé recouvert de neige. Rien d'anormal, jusqu'à ce qu'il débouche à l'orée d'une clairière où il s'arrêta soudainement. De là où il se trouvait, il pouvait voir les vestiges d'une bataille. La neige en avait recouvert la plupart des traces mais l'écorce calcinée des arbres en bordures prouvait que c'était récent.
Prudemment, Iruka s'avança d'un peu plus près. Il n'y avait pas seulement des traces de brûlure mais également quelques kunai et shuriken disséminés sur toute la clairière et recouverts partiellement de neige. Alors qu'il progressait plus à découvert, son pied glissa sur une plaque de verglas. Du moins, ce fut ce qu'il crut au début car on y regardant un peu mieux, il s'aperçut qu'il s'agissait en fait d'une plaque de verre.
Iruka fronça les sourcils. Il regarda de nouveau les traces de brûlure sur les arbres. Il savait qu'il fallait de très fortes températures pour transformer le silice contenu dans le sol en verre mais même le plus puissant katon ne pouvait atteindre les mille cinq cents cinquante degrés requis.
Il avait vu cela une fois, quand son père l'avait emmené campé dans la forêt de la Mort. Lors de leur deuxième nuit, un orage avait éclaté et la foudre avait frappée près de leur campement, abattant au passage un arbre et transformant le sable de la petite source, près de laquelle ils s'étaient établis, en verre. Seulement, il n'y avait pas eu d'orage ces derniers jours mais une tempête de neige. L'adolescent ne savait vraiment pas quoi en penser.
Il poursuivit son exploration de la clairière et découvrit avec une certaine frayeur qu'il n'y avait aucun corps ou même de restes humains. Rien non plus qui laissait supposer que des cadavres avaient été déplacés.
Ce que craignait Iruka venait de se vérifier. Ce n'était plus qu'une question de temps avant qu'on ne les trouve.
xoxoxoxoxo
Kakashi ouvrit l'œil difficilement. Il avait l'impression que sa paupière droite pesait une tonne, sans parler de son mal de crâne et du Sharigan qui pulsait douloureusement derrière sa paupière gauche. Il éprouvait également quelques difficultés pour respirer, un moindre mal comparé aux restes. C'était même plutôt bon signe, qu'il souffre autant, cela voulait dire qu'il était encore en vie. Il réussit à maintenir sa paupière droite ouverte, suffisamment longtemps pour contempler ce qui l'entourait.
Il ne reconnaissait pas l'endroit mais il était évident que quelqu'un s'était occupé de lui et de ses blessures, puisqu'il pouvait sentir des bandages lui enserrer une grande partie de son corps. De plus, il était au chaud, bien emmitouflé sous une couverture, à l'abri du vent et de la neige, avec pour seul bruit le crépitement d'un feu de cheminée. Au-dessus de sa tête, des bouquets d'herbes étaient suspendus au plafond.
Un chose était sûre, il n'était pas à Konoha. Mais, dans ce cas, où pouvait-il bien être ?
Lentement, il tourna la tête sur le côté et c'est là qu'il vit un jeune garcon plongé dans la lecture d´un rouleau. Celui-ci ne devait pas être âgé de plus de quinze ou seize ans. Il avait le teint mate, de longs cheveux bruns rassemblés en une queue de cheval, avec quelques mèches lui tombant sur le front. Il était vêtu d'un kimono aux couleurs sombres et possédait sur le visage une cicatrice singulière qui lui marquait les joues et le nez.
L'adolescent fronçait des sourcils tandis qu'il était concentré dans l'étude de son rouleau. De temps en temps, ses doigts glissaient le long du parchemin et ses lèvres remuaient légèrement comme s'il lisait.
Au bout d'un certain temps, le jeune garçon cessa sa lecture et leva les yeux dans sa direction. Il resta d'abord silencieux, se contentant de le dévisager de son regard de biche pendant un long moment. On aurait dit qu'il le jaugeait.
"Comment vous sentez-vous ?" Demanda-t-il enfin.
"Mal, répondit Kakashi d'une voix enrouée, mais je suppose que si je suis encore en vie c'est grâce à toi."
Le jeune garçon ne répondit pas imédiatement, il sembla hésiter un instant avant de se lever mais au lieu de rejoindre l'Anbu et de s'agenouiller près du futon, il préféra s'arrêter près de la commode et conserver ainsi une certaine distance.
"Vous savez qui je suis ?"
Kakashi secoua la tête.
"Vous ne vous souvenez pas vous être réveillé à deux reprises ?" Demanda encore l'adolescent.
L'Anbu fouilla dans sa mémoire mais il n'avait conservé aucun souvenir de ses réveils précédents. Il secoua encore la tête.
"Vous me permettez de vous examiner ?"
Il y avait quelque chose à la fois d'étrange et de familier avec ce gamin, que Kakashi ne parvenait pas à saisir. Finalement, il hocha la tête et le jeune garçon s'approcha de lui.
"Comment t'appelles-tu ?" Demanda Kakashi alors que la main de son sauveur providentiel était sur son front.
"Umino Iruka."
"Et tu vis tout seul, ici, Umino Iruka ?"
"En temps normal, je n'habite pas ici," se contenta de répondre l'adolescent.
Kakashi fronça son sourcil visible. Le gamin n'était pas très coopératif.
"La fièvre a presque disparu," ajouta ce dernier en se relevant.
Il se rendit ensuite jusqu'au foyer central pour récupérer la bouilloire en fonte qui chauffait. Puis, il remplit d'eau une tasse en céramique et ajouta dedans quelques herbes qu'il avait coupé d'un bouquet suspendu au plafond.
"Est-ce que ça fait longtemps que je suis là ?" Demanda encore Kakashi en le regardant faire.
"Je vous ai trouvé, à quelques kilomètres d'ici, il y a cinq jours."
Cinq jours ! Ce n'était pas possible, il était resté cinq jours inconscient alors qu'il devait rentrer au plus vite à Konoha. Il voulut se redresser mais son corps se chargea de lui rappeler à quel point, il avait été au-delà de ses limites. Le jeune garçon retourna auprès de lui et d'une pression douce exercée par ses mains, le dissuada d'aller plus loin.
"Vous n'êtes pas en état de vous relever, lui fit remarquer celui-ci, tout ce que vous allez réussir à faire c'est rouvrir vos blessures. Du moins, celles que j'ai réussi à fermer."
Kakashi ne pût que se laisser retomber sur le futon car il n'avait aucune force pour repousser l'adolescent.
"Je ne peux pas attendre d'être rétabli," argumenta-t-il.
"Konoha devra bien se passer de vous pendant quelques temps et attendre votre retour," répliqua Iruka en réorganisant les coussins sous la tête de l'Anbu.
Kakashi se figea.
"Comment sais-tu que je viens de Konoha ?"
Iruka aurait très bien su décrire les mécanismes défensifs qui venaient de se mettre en place chez le blessé.
"Je sais reconnaître un Anbu de Konoha quand j'en vois un, parce que je suis moi-même un chûnin de Konoha," expliqua-t-il à la place.
"Rien ne me prouve que tu dis vrai. Tu pourrais très bien être un espion."
Iruka fit de son mieux pour ne pas soupirer ou lever les yeux au ciel. Tous les mêmes ces Anbu, des paranoïaques. Bon, vu les circonstances, il ne pouvait pas lui en vouloir de se montrer méfiant.
"En effet, rien ne vous prouve que je dis la vérité mais pour le moment vous n'avez pas vraiment le choix. Que vous me fassiez confiance ou non, vous n'êtes pas en état de partir d'ici."
Il lui tendit ensuite la tasse qu'il lui avait préparé un peu plus tôt.
"Buvez," ajouta-t-il.
L'Anbu hésita un moment avant de la prendre finalement mais il ne but pas pour autant son contenu. Cette fois-ci, Iruka ne pût dissimuler son agacement.
"Ce n'est pas empoisonné, si j'avais vraiment voulu votre mort, je vous aurais laissé dans la neige," lui fit-il remarquer en se relevant.
À peine avait-il tourné le dos, qu'il entendit le bruit de la tasse posée sur le plancher. Il se retourna pour voir que l'Anbu avait tout bu avant de se rendormir. Il avait sous estimé la paranoïa de celui-là. Un masque sous un autre masque. Il était évident qu'il n'allait pas boire devant lui et lui révéler ce qu'il mettait tant d'ardeur à cacher.
Iruka poussa un soupir de lassitude. Il aurait dû s'en douter.
xoxoxoxoxo
La chasse avait été fructueuse. Iruka était assez content de lui, deux lapins en quelques heures n'était pas si mal, compte tenue de l'hiver rigoureux qui balayait le pays du Feu. Un peu de viande était la bienvenue et changerait des râmens instantanés et du poisson qu'il mangeait depuis quelques jours à chaque repas.
C'est vrai que, mis à part préparer des soupes pour l'Anbu, il n'avait pas vraiment eu le temps de faire autre chose. La surveillance constante des blessures et de la fièvre du soldat l'avait empêché de cuisiner comme il l'aurait souhaité. Maintenant que le blessé avait repris conscience, Iruka avait jugé qu'il était temps pour lui de reprendre une alimentation plus consistante.
Quoi de mieux pour commencer par un bon ragout de lapin ?
A peine rentré, il s'attela à la tâche et en moins d'une heure, les morceaux de lapin mijotaient avec les quelques légumes qui lui restaient. Quand le ragout fut prêt, le jeune garçon remplit copieusement un bol et le porta à l'Anbu qui venait de se réveiller.
"J'espère que vous avez faim," lui dit-il avec enthousiasme.
L'homme masqué le dévisagea d'un air morne.
"Qu'est-ce que tu as préparé qui sent si bon ?"
"Du lapin. Vous n'avez pas peur que je vous empoisonne ?"
Il y eut un semblant de haussement des épaules de la part du shinobi allongé.
"Si je meurs par ta faute, mon fantôme viendra te hanter pour le reste de ta vie."
Iruka esquissa un petit sourire malicieux. Paranoïaque mais avec un certain sens de l'humour. Il vint ensuite s'agenouiller à côté de l'Anbu.
"Si vous me le permettez, je vais vous aider à vous redresser."
Kakashi comprit que l'adolescent attendait son accord avant de faire quoique se soit. Il en fut assez surpris mais compris enfin pourquoi l'attitude du jeune garçon lui avait parut familière la veille.
L'homme aux cheveux d'argent n'avait vu que très rarement ce genre de comportement, car il n'y avait plus personne assez proche de lui ou de famille encore en vie pour s'occuper de lui à ses retours de missions.
Il savait simplement que Konoha avait mis en place un protocole qui permettait aux familles d'Anbu de recevoir une formation destinée à accueillir leur shinobi d'élite dans les meilleures conditions et faire face aux éventuelles situations post-traumatiques. Elles étaient ainsi éduquées et entraînées non seulement pour assurer un bon retour aux Anbu mais également pour assurer leur propre sécurité. Il y avait eu, malheureusement par le passé, beaucoup trop d'histoires tragiques de familles massacrées par un de leur membre Anbu, après une mission difficile. Plus il observait le garçon, plus il lui était évident que celui-ci avait suivi cet entraînement.
Finalement, il hocha la tête et le jeune garçon se pencha aussitôt sur lui pour l'aider à se redresser. Ce fut à ce moment là que l'homme aux cheveux d'argent vit la coupure sur la gorge de l'adolescent, à moitié cachée par le col de son kimono. Il profita de la proximité soudaine pour faire courir ses doigts dessus. Iruka se figea imédiatement, n'osant plus faire le moindre mouvement, ni même respirer.
"C'est moi qui t'es fait ça, n'est-ce pas ? Quand je me suis réveillé la dernière fois ?"
"Oui," réussit à souffler l'adolescent.
"J'aurais pu te tuer."
Il n'y avait aucun doute qu'il l'aurait fait s'il s'était sentit en danger ou menacé d'une quelconque manière. Il était indéniable que le jeune garçon avait fait ce qu'il fallait pour le maîtriser et ainsi sauver sa propre vie.
"Vous ne l'avez pas fait. Vous étiez trop affaiblit par vos blessures."
Les doigts de Kakashi continuaient de parcourir la blessure encore toute fraîche.
"Ce n'est pas ça qui m'en aurait empêché si je l'avais voulu. Non, tu as dû faire ou dire quelque chose qui m'a arrêté avant que je te tranche la gorge."
"Vous vous êtes évanoui à cause de la fièvre, je n'ai rien eu à faire de plus."
Kakashi sourit sous son masque. Etrangement, il avait du mal à le croire.
"Oui, ça doit être ça, fit-il en retirant ses doigts, quoiqu'il en soit, je suis désolé."
Iruka lui adressa un sourire et termina de le redresser en le calant avec les coussins.
"Je suis bien content que vous ne m'ayez pas tué, lui dit-il en lui donnant son bol puis il ajouta, vous devriez manger avant que ça ne refroidisse."
xoxoxoxoxo
Pour la première fois depuis son sauvetage et son arrivée dans la cabane, six jours auparavant, Kakashi pût se lever tout seul, sans l'aide de personne. C'était déjà un bon début. Son hôte lui avait laissé une paire de béquilles qu'il avait lui-même fabriqué, afin qu'il puisse se déplacer pendant son absence, en cas de nécessité.
Il s'appuya dessus, se stabilisa, testa la solidité de ses jambes sur les béquilles, puis il commença à marcher. La tête lui tournait et son corps était tout endolori mais c'était normal, surtout après avoir passé plusieurs jours dans un état comateux, si près de la mort.
Tout compte fait, il ne s'en sortait pas si mal, malgré un appauvrissement en chakra qui, selon lui, tardait à se reconstituer. Kakashi avait eu de la chance de rencontrer ce shinobi de Konoha au milieu de nulle part. Sans lui, il aurait succombé au froid et à l'épuisement, bien avant l'empoisonnement ou l'hémorragie.
L'Anbu ignorait ce que le chûnin faisait ici, si loin du village mais il n'allait pas s'en plaindre car, sans sa présence, son cadavre serait à l'heure actuelle, recouvert par la neige ou pire encore, autopsié par les ninjas de la Roche qui le poursuivaient.
Pour le moment, Kakashi n'avait pas envie d'y penser, il voulait juste sortir pour respirer l'air froid de l'hiver. De plus, à l'extérieur se trouvait le jeune garçon qui lui avait sauvé la vie. Progressivement, l'Anbu traversa l'unique pièce de la cabane avant d'atteindre la porte, puis il sortit.
Iruka était effectivement devant la cabane, en train de s'entraîner au tir à l'arc. Kakashi resta quelques instants immobile et silencieux, détaillant le moindre mouvement du jeune homme et admirant sa concentration sans faille. Le chûnin décocha finalement la flèche qui se planta directement dans une vieille souche d'arbre à plus de trente mètres de lui.
"Joli tir !" s'exclama Kakashi.
Iruka se tourna vers lui, les joues rouges et les yeux brillants. L'Anbu n'aurait su dire si c'était à cause du froid ou bien de son compliment mais en tout cas, le résultat était fascinant. Le jeune homme lui adressa ensuite un sourire avant de le remercier.
"Vous ne devriez pas rester dehors, debout dans le froid," lui fit remarquer Iruka avec un froncement de sourcil réprobateur.
"Je sais mais j'avais envie de prendre l'air."
Le jeune chûnin se mordilla la lèvre inférieure, il semblait hésiter.
"Ce n'est pas raisonnable de faire ça dans votre état, vous n'êtes pas assez couvert. Je ne tiens pas à ce que vous attrapiez, en plus de tout le reste, une pneumonie."
Kakashi sourit sous son masque.
"Très bien, que suggérez-vous, docteur ?" plaisanta l'Anbu.
Une expression peinée s'afficha brièvement sur le visage d'Iruka.
"Je ne suis pas docteur," lui répondit-il.
Kakashi plissa son œil visible. Sujet sensible. Intéressant. Il penserait à approfondir le sujet plus tard.
"Peut-être mais ça n'empêche pas que tu es aussi compétent qu'un médecin de Konoha."
En disant cela, un nom vint brûler les lèvres de Kakashi. Il ne faisait aucun doute pour lui qu'Iruka lui faisait penser à cette personne qu'il avait tant aimé.
Le chûnin baissa le regard.
"Je vais aller faire du thé," dit-il finalement.
Kakashi lui adressa un sourire sous son masque et le suivit à l'intérieur de la cabane.
L'adolescent avait eu raison de lui dire qu'il n'était pas assez couvert, il était resté à peine quelques minutes dehors et il était déjà frigorifié. Une couverture atterrit doucement sur ses épaules, tandis qu'il se réinstallait sur le futon. Iruka en rabattit une autre jusqu'à sa taille et réarrangea les coussins derrière son dos. Pendant qu'il s'affairait, il ne desserra pas les lèvres, même si le regard qu'il lui adressait, semblait signifier "je vous l'avais bien dit". Cela amusa grandement Kakashi mais il jugea plus judicieux de ne pas le montrer.
Quelques minutes plus tard, Iruka s'agenouilla à ses côtés et lui tendit une tasse de thé.
"Vous devez vous ménager si vous voulez reprendre des forces rapidement. Vous avez beaucoup de chance d'être encore en vie," lui rappela celui-ci d'une voix douce.
"Je sais mais le temps me manque. Je dois rentrer à Konoha au plus vite."
Le chûnin le regarda droit dans son œil visible.
"Quand bien même vous seriez en état de partir d'ici immédiatement, vous ne pourriez jamais atteindre Konoha avant la tempête qui s'annonce."
Kakashi fronça le sourcil d'incrédulité.
"Une tempête ? Quoi encore ? Et quand ça ?"
"Pour demain, s'empressa de répondre Iruka, peut-être même pour cette nuit, si le vent continue à souffler ainsi. J'ai bien peur aussi qu'elle ne dure plus longtemps que la précédente."
Devant le masque d'impassibilité de l'Anbu, l'adolescent continua.
"J'ai passé suffisamment d'hiver ici pour reconnaître le moindre changement de temps et je peux vous assurer que même si vous étiez en pleine possession de vos moyens, vous ne pourriez jamais rejoindre Konoha à temps. Il faut compter un peu plus d'un jour et demi, pour rallier le village, à condition de ne pas s'arrêter en chemin et de garder la même vitesse. Ce qui veut dire que même si vous partiez maintenant, vous finiriez par être rattrapé par la tempête."
Kakashi resta silencieux quelques instants, pensant à ce qu'il venait de dire.
"De plus, votre niveau de chakra est encore trop bas pour faire une invocation," ajouta Iruka.
L'Anbu leva son œil visible vers lui, surpris et intrigué qu'il ait deviné ses pensées.
"Comment sais-tu à quoi je pense ?"
Le chûnin frotta de son index la cicatrice qui ornait les joues et le nez de son visage.
"C'est logique. L'unique moyen de délivrer votre message dans les temps et de faire appel à votre invocation."
"Seulement, je n'ai pas assez de chakra pour le faire, c'est bien ça ?"
Iruka redevint aussitôt grave et acquiesça.
"Le poison vous a trop affaibli, si vous prenez le risque d'invoquer maintenant, j'ai bien peur que vous ne succombiez à l'épuisement de votre chakra."
Kakashi baissa le regard sur sa tasse de thé.
"Je ne peux qu'attendre et patienter," dit enfin amèrement l'Anbu.
"J'en ai bien peur mais si ça peut vous rassurer, dites-vous que c'est toute la région qui va bientôt être bloquée et que plus personne ne pourra faire le moindre pas."
Kakashi n'avait rien dit sur sa mission au chûnin et celui-ci avait suffisamment de jugeote pour ne rien demander.
"Pour le moment vous êtes en sécurité. Reposez-vous et guérissez. Je vais voir ce que je peux faire pour vous aider à récupérer votre chakra plus vite," ajouta Iruka avant de se lever.
L'Anbu regarda l'adolescent remettre du bois dans le foyer.
"Tu dois te douter que je n'étais pas en visite touristique dans la région lorsque tu m'as trouvé," reprit Kakashi après un moment de silence.
"Je ne suis pas habilité à connaître les détails de votre mission," répondit Iruka avec prudence en regardant pas dessus son épaule.
"C'est vrai mais je suppose que tu dois quand même te poser des questions sur ma présence ici."
Iruka prit un air inquiet et se retourna vers le blessé.
"J'ai retrouvé la clairière où vous vous êtes battu et il n'y avait aucun corps."
Kakashi le dévisagea avec cette impassibilité qui le mettait mal à l'aise.
"Ils sont en vie, Iruka, je n'ai pas pu les tuer. Si j'ai pu survivre, eux aussi, ce n'est qu'une question de temps avant qu'ils ne me retrouvent ici."
L'adolescent se gratta de nouveau sa cicatrice.
"Je le sais bien, c'est pour ça que j'ai brouillé les pistes, au début de votre arrivée ici. J'espérais ainsi les tenir éloigné suffisamment longtemps pour que vous puissiez guérir. La tempête qui se prépare nous accorde encore un peu de répit mais tôt ou tard et s'ils y survivent, ils finiront par découvrir cet endroit."
"Nous devrons partir juste après la tempête."
"Oui, mais vous ne serez jamais prêt."
"Il va donc falloir se préparer à se battre ici."
"Sauf, si j'arrive à vous cacher d'eux."
"C'est risqué, ils s'en prendront à toi s'ils s'aperçoivent que tu leur mens et que tu ne leur donne pas ce qu'ils veulent."
"C'est un risque que je prends."
Il avait dit ça sans réfléchir, par habitude ou par réflexe mais il s'était rendu compte qu'il le pensait sincèrement.
