Chapitre 2 : Mensonge et dissimulation

Le rythme cardiaque de Shizuru s'accéléra. Pourquoi donc devait-ce être lui qui comprenne tout ? Parfaitement consciente que chacune de ses réactions était passée au peigne fin et analysée par Kurama, elle garda le silence pendant quelques instants. Puis, optant pour une semi vérité, elle dit :

- Je… je voulais justement parler… enfin j'hésitais…

Entre tous, ce fut le moment que choisit Kuwabara pour arriver en hurlant :

- Devinez où Yusuke nous emmène aujourd'hui !

Kurama eut une envie violente d'étriper Kuwabara. Son aura crépita, menaçante, face à celui qui venait de couper Shizuru à un moment primordial. Kuwabara recula, surpris :

- Mais… qu'est-ce qui te prend, Kurama ?

Puis, retrouvant le sourire :

- Tu veux te battre ?

- Oui, moi aussi ! beugla Yusuke, qui venait d'arriver.

Au final, ce fut Hieï, qui descendait aussi à ce moment-là, qui déclencha le début des hostilités en attaquant Kuwabara de front. Kurama se détendit et se prêta au jeu avec tous les autres. Shizuru, s'efforçant de paraître normale, rit de bon cœur, priant pour que son aura ne prenne pas le dessus et que cette mise en œuvre de tant de force spirituelle n'enclenche aucune réaction chez elle. Puis, elle s'adressa à Keiko en soufflant lentement la fumée :

- Il nous emmène où ça ?

Keiko sourit :

- À Disneyland Tokyo ! Tu viens avec nous, hein, Shizuru ?

Shizuru soupira bruyamment puis éclata de rire.

- Il faut bien quelqu'un pour vous surveiller…

La journée se passa dans la joie et la bonne humeur. Loin de ses tracas quotidien, Shizuru parvint à oublier ce qui l'obnubilait, retrouvant son insouciance d'antan. Elle profita pleinement de l'activité, refusant de penser à autre chose que l'instant présent. Tout au plus fut-elle attentive à ne pas se retrouver seule avec Kurama. Et ce fut trop vite, bien trop vite à son goût qu'ils rentrèrent à la maison familiale. Kurama n'avait pas essayé de lui parler pendant la journée, considérant sans doute qu'il aurait tout le temps de le faire plus tard, quand il n'y aurait personne pour les déranger. Mais maintenant qu'elle sentait ce moment approcher, Shizuru se sentait de plus en plus tendue.

Délégant la tâche culinaire à son frère, Shizuru monta dans sa chambre. Elle voulait juste se changer, ses vêtements ayant été trempés durant une attraction aquatique et n'ayant pas encore tout à fait séché. Finalement, elle décida de fumer une cigarette avant de redescendre. Machinalement, elle tendit la main vers la poignée de sa fenêtre pour l'ouvrir, puis sursauta en voyant, à trois mètres d'elle, le petit Koenma flottant dans les airs. Comprenant qu'il était là pour elle et qu'il ne voulait pas avertir les autres, elle lui ouvrit et il pénétra sa chambre, prenant sa forme adulte. Il la salua chaleureusement, dans les règles :

- Bonsoir, Shizuru. Tu vas bien ?

La jeune femme le regarda d'un air ironique, et répondit, un sourire frondeur aux lèvres :

- Je vais aussi bien que peut aller un être au statut indéfini…

Koenma la regarda tristement.

- Ton statut a été défini par le monde spirituel.

- Et ? demanda Shizuru, retenant son souffle.

- Tu connais la réponse, je pense… tu es classée au rang A.

- Je suis humaine, Koenma. Les classements des démons ne me concernent pas...

Le ton était celui utilisé par les adultes pour détromper un enfant. Elle n'y pouvait rien, ça avait jailli sans qu'elle puisse retenir quoi que ce soit. Elle n'avait pas développé ses pouvoirs, elle avait veillé à ce qu'ils restent au stade embryonnaire. Elle ne pouvait être aussi loin sur la pente du danger !

- Si. Ton pouvoir est une habilité naturelle, qui ne nécessite pas d'être perfectionnée. De plus, nos classements ne s'appliquent pas seulement aux démons, mais à tous ceux qui ont des pouvoirs.

Un rire froid résonna dans la pièce. Shizuru voulait garder contenance, mais jusqu'à la pointe de ses doigts était glacée.

- N'importe quoi ! Si c'était le cas, je serais de rang A depuis ma naissance, et tout ceci aurait été repéré depuis longtemps. Si quelqu'un voulait m'attaquer, il ne ferait qu'une bouchée de moi.

Koenma lui lança un regard empreint de compassion.

- C'est exact. Je me suis mal exprimé. Ton pouvoir semble être une capacité innée qui sommeillait au fond de toi et qui semble être arrivé à maturation ces derniers mois. Mais comme tu es humaine, nous n'avons aucune certitude à t'offrir, il ne s'agit que de suppositions.

Shizuru ferma les yeux. Alors elle était bel et bien une femme aux pouvoir surnaturels… Avec toutes les règles que cela impliquait. Mais Koenma continuait :

- Ce que je ne comprends pas, c'est la raison qui t'a poussée à tout nous cacher. Pourquoi ne t'es-tu pas adressée à Botan, ou même à moi ? Nous nous connaissons suffisamment… non ?

Shizuru le regarda gentiment, sentant qu'il était peiné. Elle détestait se livrer, mais elle pouvait bien l'éclairer un peu...

- J'y ai souvent pensé. Mais j'ai eu peur. Peur de votre réaction. Je refuse, comme Yusuke, d'être sous surveillance, ou pire, de devoir vivre ailleurs que dans mon monde d'origine à cause de stupides pouvoirs qui se sont soudainement développés.

- Ces « stupides pouvoirs » sont loin d'être négligeables, tu sais.

- Et je ne veux pas être récupérée par le monde des ténèbres, répliqua Shizuru avec force. Je veux rester Kuwabara Shizuru, une jeune coiffeuse un peu mystérieuse qui parle aux esprits, sans problèmes de forces ni d'équilibre, ni de fous qui veulent juste m'affronter pour tester ma puissance… Je veux demeurer libre de toute contrainte.

Une façon plus ou moins élégante d'expliquer qu'elle ne voulait surtout pas devenir détective spirituel, ou ce genre de stupidités tout juste bonnes pour Yusuke. Koenma sourit et lui tendit la main :

- Je me doutais que ton caractère particulièrement émancipé te dicterait ta conduite. Je n'étais pas surpris que tu n'aies parlé à personne – car tu n'as parlé à personne, n'est-ce pas ? – et l'annonce de ce qui est arrivé dans ta cuisine hier n'est que l'élément déclencheur. Nous nous en serions aperçu un jour ou l'autre, tu sais. Si je suis venu en masquant ma force – j'espère que les autres ne m'auront pas remarqué – c'est pour te proposer de me suivre. Je t'emmène tout de suite dans le monde spirituel et…

- Non ! s'écria Shizuru. C'est justement ce que je ne veux pas, Koenma ! Ne gâche pas tout ce que…

- Laisse-moi terminer, Shizuru. Je ne t'emmène pas définitivement. Un procès en bonne due et forme a été instruit contre toi, mais j'ai réussi à faire émettre des clauses qui, une fois remplies, te rendront la liberté à laquelle tu tiens tant.

- Un procès ? Mais…oh non… et quelles clauses ? demanda Shizuru, atterrée que les choses aient déjà été aussi loin. En quoi était-ce criminel d'avoir des pouvoirs ? Était-ce parce qu'elle ne les avait pas déclarés ?

- Tu me suis maintenant, pour suivre un entraînement intensif. Tu apprends à utiliser et à canaliser ton pouvoir, puis tu reviens ici avec le statut d'alliée potentielle qui tient à vivre sa vie comme elle l'entend et a les pouvoirs d'affirmer son opinion face à tous, comme Yusuke et Kurama.

Tentant de comprendre l'ensemble des implications de ce que lui disait Koenma, Shizuru écrasa sa cigarette.

- Je vais prévenir mon frère, puis je...

- Non. Tout ceci doit rester secret, parce que je ne suis pas censé t'entraîner. Je vais t'apprendre plus que ce qu'il le faudrait. Tu es censée pouvoir te défendre, pas résister à ceux qui viendront vérifier plus tard ta position. Mais c'est justement contre eux que je veux te protéger. Si tu deviens assez forte pour être dissuasive, ils te laisseront en paix. Les souris ne s'aventurent jamais trop loin dans la tanière du chat…

Au début heurtée par la véhémence de Koenma – tout de même, son frère allait s'inquiéter si elle ne lui expliquait rien – Shizuru finit par sourire. Même si elle détestait le tour qu'elle allait jouer à Kazuma, elle comprenait le raisonnement… La force pour avoir la paix… La puissance pour tenir à distance tout envoyé des autorités spirituelles… Évidemment… Elle regarda Koenma dans les yeux et dit simplement :

- Merci.

Elle attrapa sa main, et sans autre forme de cérémonie, Koenma l'emmena.


Kurama commençait à se demander ce que fabriquait Shizuru. Tout de même, il ne fallait pas une demi-heure pour juste changer de vêtements ! Il avait été attentif à ses mouvements toute la journée, et se doutait qu'elle profiterait de n'importe quel prétexte pour s'écarter du groupe. Mais pourquoi ? À cause de ce qu'il lui avait demandé après le petit-déjeuner ? Il y avait pourtant bien quelque chose qui n'allait pas ! Malgré sa perspicacité, Kurama n'arrivait pas à comprendre. Au bout de trois quarts d'heure, il se leva, marquant son impatience. Sans rien expliquer à qui que ce soit, il quitta le salon, espérant que les autres penseraient qu'il allait chercher quelque chose dans la chambre d'amis. Le yohko se dirigea vers la chambre de Shizuru. Il toqua doucement. Pas de réponse. Il recommença plusieurs fois, puis, craignant qu'il lui soit arrivé quelque chose, ouvrit la porte. La pièce était vide, la fenêtre grande ouverte, le rideau voletant au gré de la douce brise nocturne.

- Ce n'est pas vrai…

Kurama vit volte-face et redescendit rapidement. Ainsi Shizuru avait vraiment un problème, il ne s'était pas leurré. Et il n'avait même pas été capable de lui venir en aide.

Quand Kurama réapparut dans le salon, il se sentait stupide. La sensation d'avoir manqué quelque chose de primordial ne le quittait pas. Il y eut un petit silence à son entrée, puis il demanda à Kuwabara :

- Ta sœur avait-elle des projets particuliers pour ce soir ?

Le concerné le regarda avec un air bovin, choqué par la question de Kurama, avant de répondre, rappelé à l'ordre par un coup de coude de Yukina :

- J'en sais rien ! Je suis pas son baby-sitteur !

Il ne servait à rien de relever, ni de prendre la mouche. Toutefois, le sang-froid de Kurama en prit un sérieux coup. Il expliqua calmement :

- La fenêtre de sa chambre est ouverte, et elle n'est plus là.

Dans un ensemble assez synchronisé, tous ceux qui étaient présents se concentrèrent sur leur force spirituelle pour percevoir l'aura de Shizuru... qu'ils ne trouvèrent pas dans la maison – ni dans un rayon de cinquante kilomètres, leur assura Hieï, qui était le plus sensible aux auras. D'un coup, Kuwabara avait perdu son sourire. Comme un fou, il se précipita dans la chambre de sa sœur en gueulant son prénom, tandis que les autres appelaient la jeune femme, ou tentaient encore et encore de ressentir une quelconque trace de sa présence. Très vite, ils durent se rendre à l'évidence : Shizuru n'était plus parmi eux.

Ils tentèrent de joindre Botan, sans succès. Finalement, ce fut Kurama qui osa formuler l'hypothèse à laquelle personne ne pensait :

- Et si cette fameuse énergie perçue hier était liée à tout ceci ? Shizuru avait-elle des ennemis dans le Makai ?

Kuwabara, incapable de rester calme, répondit brutalement :

- Bien sûr que non ! Ma frangine n'a jamais été dans le Makai sans moi !

C'était évident. Pourquoi Shizuru avait-elle disparu, alors ? La même idée traversa l'ensemble du groupe au même moment : Shizuru avait été enlevée. Hieï finit par dire :

- Moi je me demanderais plutôt ce que toi tu as fait pour qu'on enlève ta sœur...

Et Kuwabara de recommencer à crier, en argumentant qu'il n'y était pour rien si des cinglés s'en prenaient à eux. Toutefois, ça ne collait pas. Kurama ne répondit rien, mais envisagea plusieurs angles d'approche du problème. Si un démon du Makai – et vraisemblablement un rang S, puisqu'ils ne l'avaient même pas senti – en voulait à Kuwabara, pourquoi enlever Shizuru et non Yukina ? Et puis... quel démon aussi puissant qu'un rang S pouvait en vouloir à la sœur d'un humain avec de faibles capacités spirituelles ? Non pas que Kuwabara n'ait pas de valeur, mais il ne possédait pas la puissance de Yusuke, par exemple... Rien ne tenait, leur logique n'avait aucun sens. Lentement, Kurama secoua la tête. Il finit par hasarder :

- Quelles sont les capacités spirituelles de Shizuru ?

Ce fut la timide Yukina qui répondit d'une voix attristée :

- Elle voit les esprits.

- Elle a donc vu quelque chose qu'elle ne pouvait pas voir, conclut Hieï.

Tous hochèrent la tête. C'était la meilleure explication qu'ils pouvaient trouver. Et elle était de loin la plus crédible de toutes. Maintenant, demeurait la question cruciale : qu'avait bien pu voir Shizuru pour être arrachée ainsi à son foyer ?

De façon assez inattendue, ce fut Keiko qui demanda :

- Que veulent cacher les démons, habituellement ? Quels secrets ne veulent-ils pas voir révélés ?

Tous les regards convergèrent vers Kurama et Hieï. Le démon-renard réfléchit à la question, avant de songer qu'il aurait détesté qu'un humain perce sa couverture. Hieï, pour sa part, répondit froidement :

- Les démons ne se ressemblent pas. Il n'y a pas de mode d'emploi ou de généralités applicables à tout le monde. Chaque démon défend ses propres intérêts, et crois-moi, ils sont parfois en parfaite opposition.

Yusuke se leva, coupant court à la discussion. Interloqué, Kuwabara le regarda :

- Qu'est-ce que tu fais ?

Un sourire sardonique étira les lèvres de Yusuke. Ils n'avaient que trop traîné dans le Ningenkai. S'ils voulaient efficacement tenter de retrouver Shizuru, il fallait qu'ils partent tout de suite, tant que ses traces étaient encore fraîches et repérables. Les capacités de Kurama leur seraient d'une grande utilité. Et puis, Yusuke se sentait plutôt confiant : qui résisterait aux plus grandes pointures du monde spirituel ?

- Ça me semble évident. Pendant que tu te morfonds ici, je vais aller chercher Shizuru.

Kuwabara n'essaya même pas répliquer. L'aide de Yusuke, il l'acceptait avec plaisir. Il attrapa sa veste et se retourna vers Yukina :

- Je ne serai pas long, promis.

Kurama et Hieï se regardèrent un instant, puis sur un haussement d'épaules de Hieï, ils emboitèrent le pas aux deux humains. Il n'y avait pas de quoi s'affoler, ce n'était qu'une question d'heures... Shizuru et son agresseur, quel qu'il soit, ne leur échapperaient pas bien longtemps.


Quand Koenma s'arrêta devant le palais de son père, Shizuru se sentit plus que jamais hors contexte. Un immense doute lui serrait les entrailles, et chaque nouveau pas loin de chez elle lui pesait plus. Elle espérait sincèrement que son abruti de petit frère ne s'inquiéterait pas trop. Si toutefois il se rendait compte de sa disparition... Shizuru secoua la tête, comme pour se remettre les idées en place. Voilà qu'elle devenait sentimentale ! Son frère réaliserait forcément qu'elle n'était plus là. Elle soupira. Koenma se tourna vers elle :

- Ne soupire pas, Shizuru... Je t'assure que c'est la meilleure solution qui soit. J'y ai longuement réfléchi, tu sais.

Shizuru fut touchée par l'attention de Koenma, mais rien n'y fit : elle avait toujours la gorge serrée. Un horrible pressentiment lui soufflait qu'elle avait pris la mauvaise décision, et qu'elle allait être arrachée à son monde natal pour toujours. Venus, son salon de coiffure, ne verrait jamais le jour. Elle ne pourrait plus jamais rire avec ses amis humains. Elle ne...

- Essaye de te détendre. Tu verras, tout se passera bien.

Shizuru ne mit pas la parole de Koenma en doute, mais ne parvint pas pour autant à le rassurer d'un sourire. Machinalement, elle porta une énième cigarette à ses lèvres et tira une bouffée. Elle suivit Koenma à travers les couloirs du palais, en se demandant pourquoi il lui était interdit d'entraîner quelqu'un. Pourquoi est-ce que tout devait rester secret ? Pourquoi est-ce que les explications de Koenma lui semblaient aussi embrouillées ? Ils se retrouvèrent finalement dans une pièce que Shizuru identifia rapidement comme le bureau de Koenma. Elle réalisa à ce moment qu'elle ne savait pas vraiment ce qui leur était arrivé, à eux tous qu'elle avait appris à connaître. Obnubilée par sa propre vie, par ses propres projets, et surtout par ses propres secrets, elle en avait oublié qu'ils restaient des... oui, des amis, dont elle aurait dû mieux prendre des nouvelles. Trop occupée à éviter tout ce qui la reliait au Makai, elle avait tenté de faire abstraction du fait qu'ils étaient tous plus ou moins des démons, pour seulement retenir ce côté amical qu'elle côtoyait quotidiennement, avec son frère. Quelle importance avait Koenma, actuellement ? Oh, elle se souvenait qu'il avait eu de nombreux problèmes avec son père, le fameux Roi des Enfers, mais guère plus...

- Koenma...

Elle n'eut pas le temps d'aller plus loin. Botan faisait irruption dans la pièce, et après un regard réprobateur, la serrait dans ses bras.

- Shizuru ! Comment as-tu osé nous faire ce coup-là ?

Répondant à l'étreinte, la jeune femme ne répliqua rien, se contentant d'un simple :

- Botan. Je suis contente de te revoir.

Koenma intervint à ce moment-là, comme s'ils n'avaient guère le temps pour des retrouvailles en bonne due et forme.

- Heureusement que tu es arrivée à temps, Botan.

La concerné protesta vigoureusement :

- Je n'aurais pas laissé Shizuru seule face aux juges !

- Les juges ? Mais... je pensais qu'il n'y aurait pas de procès ?

L'étonnement de Shizuru devait faire peine à voir, parce que Botan s'écria chaleureusement que tout allait bien se passer, tandis que Koenma serrait son épaule en disant :

- Je suis désolée si je me suis mal exprimé. Tu ne peux échapper à ce procès, mais je ne peux pas me permettre de t'y soutenir, au vu de ma position actuelle, qui est censée être neutre.

Botan lui fit un grand sourire :

- En revanche, moi, par ma qualité de guide du fleuve, habilitée à connaître le monde des humains, je suis ton parfait témoin !

Shizuru finit par demander :

- Koenma, qu'est-ce que tu as comme position, exactement ?

- Je m'occupe de seconder Enki.

C'était donc ça ! Décidément... voilà qu'il évoluait dans les hautes sphères, ce qui lui interdisait sans doute de se mêler des affaires de justice. Aux regards coupables qu'échangèrent les deux, Shizuru comprit qu'ils ne lui avoueraient pas ce qu'ils faisaient de dangereux. Elle comprenait parfaitement qu'ils jouaient gros pour lui venir en aide. Un sourire las étira ses lèvres.

- Une humaine morte de trouille et deux gamins fautifs... quelle équipe magnifique.

Botan ne lui fit même pas le plaisir de réagir et lui répondit du tac au tac :

- C'est pour ça que tout va bien se passer, Shizuru. Les juges n'ont aucune chance face à toi !

Shizuru se laissa surprendre. Ainsi, Botan était persuadée qu'elle avait de quoi écrabouiller ceux qui lui intentaient ce procès ? Certes, ça faisait plaisir, mais... ça ne signifiait rien.

- Qui m'intente ce procès ? De quel droit ?

Elle était plus calme, tout d'un coup. Allumant une nouvelle cigarette, elle regarda Koenma sans trembler.

- Ce n'est pas une personne qui t'intente ce procès. C'est ta force spirituelle qui t'a fait repérer. De ce fait, pour nous, tu es hors-la-loi car possédant la puissance d'un démon de classe A vivant sur Terre sans être déclarée. Le principal chef d'accusation repose là-dessus.

- Je ne relève pas d'un tel tribunal !

- C'est là le point sur lequel tu pourras jouer. Selon notre dispositif, c'est le cas, du simple fait que tu as des pouvoirs. Mais ta nature humaine t'offre une possibilité d'échapper à tout ça...

Shizuru demeura silencieuse un instant, pesant le pour et le contre. Finalement, elle demanda tranquillement :

- Qu'arrivera-t-il si je ne me présente pas à ce procès et que je pars en formation avec toi ?

- Il faut que tu apparaisses à ce procès. Pour montrer que tu ne te dérobes pas. Il faudrait que tu minimises ton statut et que tu gagnes un mois. Et là, je t'entraînerai.

- Comment est-ce que je suis supposée gagner un mois ?

- En invoquant un vice de procédure, puisque tu es humaine et que tu peux dire que tu ne relèves pas de leur juridiction. Le temps que tout se mette en ordre, tu seras... aussi dissuasive que tes amis.

- J'en serais très étonnée.

- Alors tu le seras.

- Quelle est la véritable raison pour laquelle tu refuses que je mette Kazuma au courant ?

Penaud, Koenma finit par répondre. Il avait toujours su qu'elle ne se contenterait pas d'une explication évasive, mais au moins, il avait essayé.

- Tu connais toute l'équipe. Déjà, ils sont incapables de garder un secret. Ensuite, ils n'accepteront jamais de laisser une amie se présenter à un procès de ce genre. Ils ne voudront pas que tu coures le moindre risque.

- Je prends donc un risque en me présentant à ce procès.

- Oui. Mais crois-moi, il est minime, à côté de ce qu'une arrivée en fanfare de l'équipe Urameshi provoquerait. Cela les placerait non seulement dans une attitude hors-la-loi qui serait désastreuse pour leur image, mais surtout pour la stabilité du Makai. Que ceux qui ont tout fait pour rétablir un système juste outrepassent leurs droits serait synonyme de chaos.

Shizuru leva un sourcil, sceptique.

- Tu les connais. Ils me trouveront, et ce sera encore pire.

Un sourire éclaira le visage enfantin de Koenma.

- Tu me sous-estimes... Ils ne te trouveront pas de sitôt. Je te l'assure.

- Qu'as-tu fait ?

- Tout comme j'avais dissimulé mon aura en arrivant, j'ai placé un sceau sur toi, pour que ton aura ne puisse plus rayonner naturellement autour de toi. Elle est retenue en toi. Tu ne laisses donc plus de traces.

Tout en se faisant la promesse d'aller au plus vite, pour retourner chez elle au plus vite, Shizuru continua la pensée de Koenma :

- Je suppose que mes capacités potentielles sont entravées, alors ? Pourquoi est-ce que je ne garderais pas le sceau, question de retourner me la couler douce dans le Ningenkai ?

Koenma ne pouvait pas décemment lui dire que c'était un sceau qu'il avait mis au point depuis peu, et qu'il n'en connaissait pas encore tous les effets secondaires. Il se contenta de lui sourire et de lui dire une partie de la vérité :

- Ce sceau est instable. Il est impossible de contenir réellement les pouvoirs d'une classe S ou A. Mais il sera parfait le temps du procès.

Shizuru avait l'impression qu'elle ne voyait que des failles dans tout ce qu'on lui disait. Koenma, lui, ne cachait pas sa satisfaction : il avait réponse à tout.

- Et si on remarque que tu es celui qui m'a placée sous un sceau ?

- Il faudrait d'abord qu'on remarque le sceau. Ce qui ne devrait pas être le cas.

Shizuru ne répliqua plus rien, à court de récriminations. Le regard presque victorieux qu'échangèrent Botan et Koenma ne lui échappa pas, mais elle l'ignora. Elle savait qu'elle aurait dû les remercier et se détendre un peu, mais elle en était incapable. Tout allait trop vite, et même si elle n'appartenait pas à cette catégorie de personnes qui aimaient tout contrôler dans leur vie, elle n'aimait pas disparaître dans la nature sans laisser de traces. Il faudrait qu'elle trouve un moyen de prévenir discrètement Kazu de ne pas s'en faire.

Botan lui attrapa gentiment le coude et la poussa légèrement.

- Ne traînons pas, ou nous serons en retard. Je resterai près de toi, ne t'inquiète pas.

La maîtresse du fleuve se tourna vers Koenma avec un sourire :

- Koenma, on te retrouve directement après, d'accord ?

- Tout sera prêt pour notre départ.

Shizuru s'efforça de rester calme et demanda posément :

- Où irons-nous ?

- Dans un endroit perdu du Makai.

Génial. Shizuru parvint à garder contenance et suivit Botan pour ne plus y penser. Sur le seuil de la porte, elle se retourna une dernière fois :

- Je suppose que je dois te remercier.

Koenma eut un grand sourire, parce qu'il comprenait les doutes et les inquiétudes de Shizuru. Il la connaissait suffisamment pour ne plus être affecté par ses manières indifférentes, ou parfois rudes.

- Tu me remercieras plus tard, Shizuru. Quand tu seras de retour dans le Ningenkai.

Et enfin, Shizuru se détendit. Finalement, Koenma l'avait comprise. Un bref sourire apparut sur son visage, puis elle passa la porte.


Je n'ose même pas vous dire depuis combien de temps je dois mettre à jour cette histoire. Quoi qu'il en soit, voici enfin la suite, et j'espère conserver un rythme de publication plus régulier (je vais viser un chapitre par mois, parce que je sais pertinemment que je ne tiendrai pas un délai plus court). Je voudrais remercier tout particulièrement Nelja, dont le commentaire m'a vraiment fait chaud au cœur. En espérant que cette suite vous plaise !