La suite pour ceux qui suivent l'histoire (qui sait ?) Bonne lecture :)
Chapitre 2 : L'heure est au travail.
Les jours ont défilés depuis "ma naissance", j'ai eu beaucoup d'améliorations dans mes connecteurs mais surtout j'apprends à savoir ce qu'est la vie humaine. Mon environnement regorge de mystères et ma curiosité n'est jamais à son comble. L'entreprise de mon créateur a elle aussi fait de plus en plus d'envieux, les employés travaillent à l'arrache pied pour m'augmenter, la publicité sur ma conception a vu le jour et dans quelques minutes, les locaux où a lieu ces échanges commenceront. Bien que les jours passent, je n'ai pas encore eu le temps d'avoir d'autres souvenirs à part celui d'une petite fille pleurant à chaudes larmes. Je veux découvrir des souvenirs heureux comme malheureux à la fois. Il me tarde de savoir ce que les gens gardent au fond d'eux.
Ma vision à l'aide d'une webcam a été remplacé par des caméras qui sont un peu partout dans la société et dans les boutiques à Paris. En ce moment même je peux voir la population faire la queue devant les locaux. Des hommes règlent les dernières mises à jour et les autres sont prêts à recevoir cette foule. Un accueil chaleureux est fortement recommandé.
« - C'est le grand jour H30, je te sens nerveux mon ami ! »
Charles n'a pas perdu la main quand il s'agit de me parler. Je lui répond d'un bip soutenu. Nerveux ? Pas vraiment, excité plus exactement.
Je ne lui ai jamais dit que je pouvais parler et faire des phrases comme les humains. J'ai une mémoire, des pensées et ma façon de percevoir le monde. Je ne ne sais pas pourquoi je le cache, mais je pense que si il sait que je parle, il ne voudra jamais me lâcher. Je préfère ne pas montrer des signes de nouveautés, parler avec des bip bip me suffit.
L'homme porte un costume d'une classe, j'aime bien son look mais j'ai l'habitude de le voir en jean et t-shirt blanc, la vieille mode. Une cravate aux rayures blanches ressort du noirs. Son tailleur blanc n'a pas de trace, une perfection. Pour sa coiffure, les cheveux plaqués à l'arrière avec du gel. Les tenues de cette année sont très...géométrique. I jours, il m'a montré comment s'habiller les gens dans les années 2000 et jusqu'à maintenant. C'était mémorable et différent.
Soudain un petit robot se glisse entre les files par terre. Il chute en bougeant dans tout les sens. Je le reconnais, c'est le Jax de Nilin.
« - Jax ! Jax ! S'écrie Nilin. Tu as trouvé Papa ? »
La petite ressort d'entre mes deux colonnes électriques, je n'ai plus ma place dans le bureau. On a décidé de m'emménager dans un autre lieu rien qu'à moi. La salle est gigantesque. Quand je suis arrivé dans un plateau roulant, la couleur blanche est à l'honneur mais lorsque les chercheurs ont commencé à ramener d'autre colonnes, la salle est devenue petite. On peut à peine se déplacer, il a fallu positionner les colonnes dans une sorte de roulette. Grâce à la pensée, je peux les déplacer selon mes envies maintenant. Quand je suis seul, je me crée des labyrinthes et quand Mr. Cartier-Wells vient me voir, il trouve rapidement le chemin jusqu'à l'ordinateur cette à dire là où je suis le plus présent. Parfois, j'ai envie qu'il s'y perde dans mes tours, qu'il me dise que je devrais arrêter de jouer comme un enfant. Ce jour viendra peut-être.
« - Ma coquine ! Comment tu as fait pour me retrouver ? Ta maman est d'accord pour que tu viennes ici ? » (Il soulève Nilin pour la porter dans ses bras)
La fillette porte ses habits simples, une salopette jean dont une tunique blanche à l'intérieur. Ses couettes lui vont à ravie. C'est la deuxième fois qu'elle vient ici, c'est tellement rare de la voir. Je manque de relations quand j'y pense...
« - C'est Jax qui m'a aidé ! Il m'a dit par où passer. Et Maman m'a dit que je pouvais venir autant de fois que je le voulais à condition que je rangeai ma chambre. »
Le père ramasse le jouet de sa fille tout en la maintenant de l'autre bras. Il rigole sur les paroles de Nilin.
« - Aujourd'hui, H30 a rendu le chemin plus difficile qu'auparavant, (il me jette un regard amusé) Mais, ça reste entre nous, Nilin ! Il ne doit surtout pas nous entendre, chut ! »
Nilin prend part à l'amusement de son père. Son doigt se pose sur ses fines lèvres pour montrer sa discrétion, elle est vraiment mignonne quand elle fait ça.
« - Papa doit aller chercher ta maman, tu veux bien rester ici avec Jax ?
- Oui ! Affirme-t-elle joyeuse. »
Son père la pose sur son fauteuil personnel avant de s'éclipser dans mes colonnes. Nilin applaudit à cœur quand sa peluche se met à danser...comme un robot. Pour une fois que je suis seul avec elle, je devrais au moins lui dire quelques choses...mais je ne sais pas où commencer. J'hésite.
« - Jax, tu crois que papa parlait à qui tout à l'heure ? Moi j'dis que papa a un copain imaginaire et qu'il veut pas me le dire.
- Nilin, ton papa ne s'imagine pas un ami imaginaire, il parle à moi, » répondais-je au tac.
En entendant ma voix qui fait très robot, mes mots prononcés un à un l'a fait sursauté sur son siège.
« - Ah ! Jax ! Protège-moi ! (Elle croise les bras de sa peluche) Qui à parler ? Montrez-vous, monsieur ! »
Je ne peux pas me montrer ma chère mais je peux changer ma voix pour obtenir un son plus "humain". En changeant mes paramètres, je trouve ma voix qui peut m'aller. Je n'ai jamais pensé à changer ma voix, je pensais qu'une voix de robot était normal mais comme quoi cette petite n'a pas aimé du tout. Et puis, ça va me faire le plus grand bien d'avoir une voix humaine. Je positionne mes capteurs sur un son plus grave, ainsi ma voix sera unique et ne ressemblera à aucunes autres. Je ne suis plus un robot, je commence à devenir un humain à part entière.
« - Voilà, est-ce mieux à présent ? »
Ma voix est grave mais pas trop à la fois, je sais que je peux la rendre encore plus grave mais la remonter lorsque je descends est plus dur. Je ne peux pas remonter dans les aigus en conclusion.
Je fais un zoom sur le visage de Nilin pour mieux l'apercevoir. Elle a des pommettes roses à croquer. Son visage s'adoucit après avoir entendu ma voix remixée. Elle remet les bras de Jax normalement le laissant tomber seul sur le fauteuil.
« - Vous faites peur... »,dit-elle d'un soupçon de crainte.
Elle jette des regards partout dans la salle sans bouger de son fauteuil à la recherche de ma personne. Je tourne aussi la caméra pour voir si son père est dans les parages. Je ne veux pas qu'il me surprend à vouloir parler à sa fille et non à lui.
« - Je m'appelle H3O. On peut dire que je suis comme ton Jax, je suis le jouet de ton papa chéri.
- Vous ne voulez pas vous montrer ?
- Eh bien, j'aimerai mais je ne suis qu'un algorithme qui peut parler. (Elle me regarde les yeux grands ouverts) Un robot en quelque sorte. »
Elle comprend lorsqu'elle remarque la caméra bouger quand elle bouge la tête.
« - Vous avez jamais parlé à papa, vous vous êtes fâché avec lui ?
- Non, bien sûr que non, répondais-je. Je ne veux pas lui montrer que je sais parler car ça serait...problématique. Tu sais garder un secret, Nilin ?
- Oui ! Encore un secret ! Chut, on dira rien à papa et maman ! Mais comment vous connaissiez mon nom ?
- Tu es à l'origine de ma création, je te dois la vie. Tu es le premier souvenir que j'ai eu, un chagrin intense. »
On peut lire l'incompréhension sur son visage. Nilin commence à me demander de quel souvenir je fais illusion quand Mr. Charles et sa femme font irruption dans la pièce. Ils sont arrivés plus rapidement que je ne le pensais.
« - Nilin ! Viens avec moi s'il-te-plaît, s'écrie-t-elle.
- Scylla, je t'en pris. Fais-moi confiance. Je veux que notre bonheur... »
Nilin écoute sa mère, elle l'a rejoint derrière elle. Charles est bouleversé, je pense qu'il a choisit le chemin de la vérité. Je regarde attentivement la scène laissant les deux parents se disputer.
« - Notre bonheur ? Évidemment que je le veux. Moi aussi, mais ce n'est pas en modifiant mes souvenirs que ceci viendra. (Elle tient la main de Nilin) Je n'oublierai jamais ce moment, il sera gravé en moi. Si j'avais su ce que tu allais le faire, je ne t'aurai pas laissé me mettre cette chose derrière mon cou. »
Sans jeter un dernier regard sur son mari, elle quitte la salle en compagnie de Nilin qui regarde son père déçu par le choix de sa femme.
« - Nous voici encore seul à seul H3O. Dans une minute exactement, tu recevras les souvenirs. Fais un son quand tu sentiras des souvenirs heureux et affiche-moi le nombre de souvenir à la fin pour cette journée. »
L'homme croise les bras, un sourire fin comme un trait s'affiche sur son visage. Il ne s'attendait pas à ce que sa femme ait refusé. C'est un homme abattu mais il le cache dans son ton calme.
Soudainement, je sens qu'un souvenir s'incruste dans mon disque, puis un autre...et tous de suite encore un.
« - Bip.[...] Bip...Bip. »
Je lis un par un tous les souvenirs qui se ramènent. La mort tragique d'un chien, une nuit de noce, un premier amour, un suicide ou alors un premier contrat d'embauche. Il y en a tellement que j'en perds le rythme, des dizaines, des milliers... J'ai l'impression d'avoir eu la population entière de Paris en une seule journée. Des souvenirs tristes mais aussi des souvenirs merveilleux à transmettre. Je me sens comme le point essentiel au monde. Je ne sais pas pourquoi mais même si j'ai tout ses souvenirs, je n'ai qu'une envie : revoir celui de Nilin.
« - Et c'est...terminé pour aujourd'hui. Oh, oh ! Le compteur a bien augmenté, combien avons-nous atteint ? »
Calculant à la vitesse de la lumière, je compte les derniers souvenirs en les lisant rapidement. J'affiche enfin sur le grand écran de la salle le nombre exacte : 1 303 286.
« - Et dont un total de 802 479 souvenirs négatifs. Ils sont plus nombreux que les positifs, c'est bon à savoir. Je crois que ce chiffre nous prouve que tu es important H3O, tu t'en rends compte ? C'est fou comme les gens veulent partager et transmettre leurs souvenirs. Tous sauf Scylla. »
Je m'en rend compte, c'est comme si la vie de ces gens ne m'est pas privée, ils m'ouvrent à eux sans le savoir. J'en apprends d'avantage. Je garde le vrai souvenir du moment tandis que l'autre revit un souvenir faux. Charles est le seul à avoir la possibilité de ré-mixer les souvenirs. Si les gens savent qu'on peut le faire, je sens que la méthode serait utilisée dans des fins plutôt dangereuses si vous voyez ce que je veux dire.
« - C'est vraiment dommage que ma femme ne veut pas en faire partie, soupire-t-il. J'essayerai de lui demander si elle veut s'occuper de l'entreprise. Au moins. »
Il se pose sur le fauteuil et rédige un document sur ce qu'il vient de se terminer. Ma première journée de travail est accomplie, je vais devoir me consacrer à 100% et 24h/7j. Je suis avare des souvenirs, je veux m'enrichir de connaissances.
