Note : Profitant des vacances, le nouveau chapitre est arrivé plus vite que prévu. Merci à celles et ceux qui ont reviewé, mis en fav ou follow cette deuxième partie de Patient Wolf. Ça nous fait plaisir à toutes les deux ! ^^

Bêta : la seule et l'unique, SomeCoolName.

Rating : M

Bonne lecture !


La culture britannique a toujours été considérée comme l'une des plus sophistiquées de la civilisation moderne. Il est difficile de surpasser cette classe que les Anglais affichent en toute circonstance, cette façon de regarder le monde comme si rien ne peut les atteindre tout en imposant leur avis avec une franche bienveillance. Les Britanniques ont inventé le concept de gentleman et ce n'est pas un hasard ; contrairement à leurs voisins américains, eux savent réfléchir avant d'agir, déguster un verre de scotch tout en tenant en joue un criminel notoire que l'on vient de mettre au tapis. C'est pourquoi Harry détestait partager une mission avec la succursale outre-atlantique de Kingsman.

Les agents portaient leurs costumes avec des santiags, tiraient sur tout ce qui bougeaient comme s'ils se trouvaient dans un de leurs blockbusters à succès et se vantaient sans cesse et peu subtilement de la taille de leur sexe - la vue de leur voiture de fonction poussait Harry à mettre leurs dires fortement en doute. Mais ce que Galahad détestait le plus était cette manie de mâcher constamment un chewing-gum. Malheureusement, dans une salle de réunion où étaient avachis les agents américains en attente des informations données par Merlin, Harry remarqua qu'Eggsy osait lui aussi user de sa bouche dans un mâchement vulgaire. Il devait bien avouer que son regard ne venait que depuis très récemment atterrir sur les lèvres fines du jeune homme et voir cette bouche, qu'il osait embrasser désormais, mastiquer sans aucune honte l'énervait prodigieusement.

Ainsi, un soir, alors qu'ils s'installaient autour de l'échiquier, sur la demande miraculeuse d'Eggsy, pour débuter une nouvelle partie dans le bureau du deuxième étage et alors que sa recrue lui tendait un verre d'un Martini qu'il savait parfaitement réalisé, Harry remarqua le mouvement frénétique qu'exécutèrent les mâchoires d'Eggsy avant que celui dernier ne cracha son chewing-gum - bruyamment, qui plus est - dans la corbeille près de la porte. Harry toussa un remerciement et attendit que sa recrue s'installe face à lui pour lui parler.

"Eggsy, j'ai remarqué que tu ne lâchais plus ton paquet de chewing-gum ces derniers temps."

Le jeune espion acquiesça et déplaça son pion.

"Ouais. J'ai eu un check-up à l'agence et faut que je reduise la clope si je veux pas foirer mes tests physiques. Du coup, chewing-gum."

"Ce n'est pas la solution la plus élégante."

"C'est la seule que j'ai trouvé. J'supporte pas les patchs."

Harry prit une gorgée de sa boisson et se leva, oubliant momentanément le jeu. Il se dirigea vers une armoire branlante, calée par un exemplaire de L'Homme moderne qu'il avait reçu avec une commande d'ouvrages i ans, l'ouvrit et en tira une boîte en bois clair dont le couvercle vitré laissé entrevoir le contenu. Cet humidoir appartenait à son père et il en avait hérité avec sa cave et sa collection de papillons. Rarement, il en prenait un, humait son odeur corsée ou douce avant d'en couper le bout avec la guillotine en argent gravée aux armes de sa famille. Toutefois, il veillait toujours à avoir un cigare à portée de la main au cas où.

"Lorsque j'ai dû arrêter de fumer des cigarettes pour la même raison que toi - sauf que mon instructeur avait été beaucoup plus catégorique que Merlin - je me suis rabattu sur les cigares. Avec la boisson adaptée, un scotch de préférence ou un Cabernet Sauvignon mais le Martini fera également l'affaire, un cigare procure beaucoup plus de plaisir qu'une cigarette."

Il posa la boîte ouvragée sur le petit bureau de la même essence, repoussant l'échiquier à plus tard. Eggsy se redressa afin de voir les différentes variétés que possédaient Harry. D'un doigt, celui-ci retournait les longues tiges recouvertes de cellophane afin de voir les bagues et de sélectionner ceux qui conviendraient le mieux à sa recrue.

"Les variétés dépendent de la forme ou de la taille que prend le cigare. Un Corona, par exemple" continua Harry en soulevant un tube épais au bout rond "fait 15 cm pour une bague de 42. La bague donne l'idée du diamètre du cigare." Il le reposa et en ôta un autre torsadé. "Le Culebra est fait de trois Panatelas tressés les uns aux autres afin de lui donner l'apparence d'une corde épaisse. Vu sa forme, il est réservé aux habitués qui en apprécient la force. Pour toi qui débute, un Panatela simple, plus long et fin que le Corona, sera parfait."

Le cigare était, en effet, assez long, d'une vingtaine de centimètres. Deux anneaux dorés étaient placés à chaque extrémité. Harry en récupéra un pour lui-même après en avoir tendu un à Eggsy qui le contemplait sous toutes les coutures. Il le fit tourner entre ses doigts, le renifla comme si c'était un bâton d'encens bas de gamme pour finalement le pincer comme il le ferait avec une cigarette.

"Comment on fait ?"

Le ton clairement intéressé de sa recrue eut le mérite de tirer à Harry un sourire bienveillant. Il récupéra la guillotine en argent et montra à Eggsy comment retirer la cape d'un coup sec puis lui offrit afin qu'il le fasse lui-même. Eggsy s'exécuta avec attention, prenant soin comme Harry lui avait indiqué, de ne placer la lame là où le cigare rencontre la cape qui retient la tête avant de presser fermement sur la guillotine, sans hésiter.

"Putain. J'ai l'impression d'être dans le Parrain." commenta-t-il en plaçant le cigare coupé entre ses doigts avant de dire dans un mauvais accent italien, "Je vais vous faire une offre que vous ne pourrez pas refuser". Harry soupira.

"Un jour, je t'apprendrai l'italien. Bien, maintenant, l'allumage. Le choix du briquet est important car un mauvais allumage peut endommager le goût du cigare. Le mieux demeure un briquet au butane, tel que celui que tu gardes constamment sur toi."

Eggsy releva rapidement la tête, apparemment surpris quelques secondes que son mentor ait fait attention à ce genre de détail, puis sortit le zippo.

"C'est un cadeau de ma mère" expliqua le jeune homme en l'ouvrant. "On avait pas trop de thunes une année pour Noël mais elle voulait quelque chose que je puisse garder."

"C'est une belle attention." Harry s'approcha, s'assit sur le coin de la table face au jeune homme qui s'était reculé, et posa une main sur l'épaule de sa recrue qui frotta sa joue contre ses doigts. Harry la retira et continua la leçon. "Le pied du cigare est la partie que tu dois allumer. Tiens la flamme sous le pied sans le toucher et fais tourner le cigare quelques fois sur lui-même jusqu'à ce que le pied soit chauffé de manière égale. Cela chauffera le tabac et rendra l'allumage plus facile."

Eggsy ouvrit son briquet et obéit aux instructions d'Harry qui hocha légèrement la tête. Il fit pareil avec le sien, profitant de la flamme d'Eggsy, attrapant ensuite son poignet pour le monter avec le briquet jusqu'au cigare qu'il avait mis entre ses lèvres. Il tira dessus, la flamme éloignée du bout, sans avaler la fumée. L'extrémité devint incandescente, l'odeur du tabac plus forte, faisant plisser le nez d'Eggsy. Harry tira une nouvelle bouffée, la tint quelques seconde dans sa bouche avant de souffler la fumée, la tête relevée pour éviter qu'elle n'atterrisse sur le visage du plus jeune.

"À toi. N'oublie pas qu'un cigare n'est pas une cigarette, Eggsy. Tu ne dois pas avaler la fumée mais en savourer le goût avec ta langue. Ensuite, toutes les 30, 45 secondes, tourne le afin d'en faire tomber la cendre et pour en maintenir l'allumage. Un bon cigare peut durer des heures."

Sa position permettait à Harry de surplomber sa recrue qui fit ce qu'il venait de lui expliquer, mettant le cigare entre ses lèvres désirables, respirant la fumée avant de tousser comme un débutant. Galahad rit et reprit le cigare des mains d'Eggsy pour le poser, à côté du sien, dans le cendrier brisé, trophée de sa première arrestation. Harry regarda le jeune homme dont les yeux brillaient de larmes de douleur et en essuya une qui coulait sur sa pommette. Le geste les fit frissonner tous les deux. Son pouce dévia de la joue vers les lèvres qui n'avaient pas arrêtées de l'appeler depuis qu'ils étaient rentrés de leur réunion inter-agence. Il caressa doucement la peau sensible, son doigt retraçant la courbe inférieure de la bouche d'Eggsy.

"Tu l'as pris trop loin et la fumée a envahi tes poumons quand tu as commencé à tirer. Tes lèvres doivent se poser juste à l'extrémité. Pas plus que ça."

Sa voix devint rauque lorsqu'il enfouit son pouce de quelques centimètres dans la bouche chaude. Eggsy écarquilla les yeux, surpris par la tournure que prenait la leçon jusqu'à ce que son mentor vit, dans ce regard azur impétueux, le désir conquérir chaque recoin. Alors, descendant de la table, il vint se poser debout face au jeune homme, sa main gauche sur son épaule alors que son pouce entrait un peu plus.

Harry avait toujours aimé les fellations. C'est ce qu'il préférait dans le sexe. Il aimait en faire comme en recevoir, sentir le poids d'un membre entre ses lèvres comme l'effet que pouvait lui faire les caresses d'une langue. Aussi, lorsqu'Eggsy creusa les joues autour de son pouce et qu'il fit passer sa langue le long, le membre d'Harry se durcit. Il s'approcha, écarta les jambes d'Eggsy pour se placer entre elles et agrippa plus fort l'épaule de sa recrue. Il avait ôté son costume en arrivant et ne portait qu'un simple t-shirt blanc au-dessous duquel Harry pouvait voir les formes du torse musclé. Il posa son front sur la tête d'Eggsy et respira son odeur alors qu'un autre doigt pénétrait sa bouche. La langue d'Eggsy joua avec, les entourant avant que ses dents ne rappent contre la peau fine. Ils haletaient tous les deux, des pensées féroces envahissant l'esprit du plus vieux. Il voulait subitement plus, il voulait utiliser ce qu'il conservait dans le tiroir fermé à clé de sa table de nuit. Il voulait Eggsy sous lui et soumis et ce fut le gémissement que poussa le plus jeune lorsque l'espion le bloqua contre son torse qui sortit Harry de ce moment d'égarement.

Il se relâcha, enleva doucement ses doigts dans un bruit humide de la bouche d'Eggsy qui gémit une nouvelle fois. Il se redressa et récupéra le cigare afin de l'éteindre - un gentleman ne perdait jamais son sang-froid. Eggsy se leva et, à son tour, envahit l'espace personnel de l'autre homme. Il chercha ses lèvres dans un baiser rapide et lui prit la main.

"Harry… Ta chambre. S'il-te-plaît."

Le plus âgé bloqua son regard dans celui de sa recrue. Il y lisait tout - son désir, sa fougue, cette insolence naturelle qui le poussait à toutes les folies - mais Harry y vit surtout une chose, un éclat faible mais pourtant bien là qui lui fit mettre les deux paumes à plat sur le torse d'Eggsy pour le repousser. Pas prêt.

"Non, Eggsy."

"Hein, pourquoi ?"

Harry se recula encore, contourna le siège dans lequel Eggsy s'était promptement rassis après son refus, énervé et la respiration haletante, clairement frustré. Il ouvrit la porte, prêt à partir, et salua sa recrue d'un signe de tête.

"Quand, Harry ?"

Certaines questions n'avaient pas de réponse précise, aussi, Harry quitta la pièce sans un mot.