Chapitre 2 :
La Forêt Interdite lui remémorait une infinité de souvenirs. Elle était majestueuse et semblait endormie, mais en réalité les moindres murmures sonnaient comme un infernal rappel. Le blond à la peau diaphane et aux iris argentées ne tarda pas à rejoindre Harry, les joues rosies par le froid et ses cheveux platines formant une auréole autour de son crâne. Il était simplement vêtu de la robe de sorcier noire de l'école avec épinglé à sa poitrine droite l'écusson des Serpentards, qu'il abordait fièrement.
Il se dégageait du fils Malfoy la même assurance que dans les mémoires du rouge et or, ainsi que le même air hautain et une voix glaciale et traînante. Harry sentit Draco s'asseoir à ses côtés et lever les yeux vers le ciel nuageux. Son cou de cygne était emmitouflé dans une épaisse écharpe verte et ses lèvres minces étaient encore humides.
« - Alors, qu'est ce que tu devais me dire de si terrible ? », attaqua l'apollon de glace.
Sans rentrer dans les détails, le brun à la cicatrice expliqua à son ami les raisons de sa présence en ces lieux. Tout d'abord, il raconta que les successions de meurtres avaient mis la puce à l'oreille du directeur qui était persuadé que leurs origines provenaient d'une créature sans foi ni loi, ne jurant que par le sang et la désolation. Ensuite, il aborda le sujet qui lui trottait dans le cerveau :
« - J'ignore depuis combien de temps tu secondes Snape, mais je voudrais savoir si tu avais remarqué quelque chose d'étrange, si tu te sentais épié, ou si tu as aperçu un indice quelconque qui pourrait m'orienter sur une piste complémentaire et précise. »
Draco resta silencieux, préférant laisser le jeune homme terminer.
« - Je suis à la poursuite de ce que nous appelons un Pécheur Draco », avoua le brun mal à l'aise par cette révélation, « J'ai obtenu une formation adéquate pour les chasser et les décimer avant qu'ils ne blessent d'autres gens. Celui qui au sein de notre école est particulièrement inassouvi car il a augmenté son rythme d'assassinat à une vitesse vertigineuse. Les Pécheurs se nourrissent de l'essence et de la vitalité des péchés capitaux que nous ressentons, et plus un être y est sensible, plus la bête en fait une cible potentielle. »
« - Je vois », répliqua le vert et argent les sourcils froncés, « Mais qu'est ce qui te permet d'affirmer qu'il s'agit d'un Pécheur ? »
« - L'intuition », répondit vaguement Harry.
L'identité des Chasseurs de Primes, bien qu'illustre et réputée, devait impérativement demeurer un minimum secrète. Le brun se refusait d'effrayer le blond en lui narrant tout les épisodes et tragédies qu'il avait dû affronter pour devenir ce qu'il était à présent : un Traqueur au sang froid exceptionnel. Présentant une position de défense de la part du Survivant, l'ange de marbre n'insista pas. Le Gryffondor poursuivit son récit tout en réfléchissant à voix haute :
« - Habituellement, ces créatures sont plutôt discrètes et opèrent de manière intelligente en évitant les écarts qui pourraient les incriminer. Hors celle-ci, n'a pas l'air de se préoccuper d'être localisée ou non. J'en conclu qu'elle a une confiance absolue en ces facultés et qu'elle ne craint pas l'affrontement. Tu as forcément entendu parler de ces séries de crimes Draco...pourrais tu me fournir des détails, même des a priori sur ce que tu as vu, entendu, constaté, ressenti. La moindre parcelle d'information est essentielle et primordiale pour que mon expertise puisse évoluer. »
L'éphèbe blond parut chercher ses mots et enchaîna de sa voix traînante et moqueuse :
« - Je suis arrivé à Poudlard début Septembre, quelques jours après la rentrée et la répartition. Dumbledore a accepté de me loger dans la chambre de l'aile Est, voisine des cachots. Lorsque la première dépouille a été découverte, j'étais dans le laboratoire ésotérique de mon parrain et je n'ai rien entendu : ni cris, ni larmes, ni hurlements de désespoir. Les seules divulgations que j'ai réussi à ouïr provenaient d'un entretien entre le professeur Flitwick et Dumbledore, ils redoutaient une agression critique. Ils n'en connaissaient ni l'auteur ni la nature, mais face au désastre du spectacle ils se doutaient de la sévérité de la situation. Le second crime a eu lieu à la fin du mois : une élève de Serdaigle il me semble. Éventrée comme la précédente et d'après les échos en salle des professeurs, ils ne parvenaient pas à distinguer si le corps était à l'envers ou non. Ils l'ont trouvé dans une mare d'entrailles et de boyaux, agonisant et encore vivante. C'était une des plus célèbres de sa promotion de part son génie mais aussi son intellect démesuré. »
« - Et le premier cadavre, tu as des renseignements le concernant ? », s'informa Harry.
« - Pas vraiment », hésita le blondinet en passant ses longs doigts blancs dans sa chevelure, « je sais juste que c'était une fille en pleine floraison et épanouie. Une Gryffondor. »
Le brun se gratta le menton, ses prunelles de jade vertes concentrées en un point inexistant. Le deuxième corps était en relation avec le péché de l'orgueil, cela coulait sous le sens. Une jeune Serdaigle un peu trop prisée et félicitée, a vu sa tête enfler et l'arrogance et l'impertinence prendre possession de sa rationalité. Une proie alléchante pour n'importe quel Pécheur. Pour le premier meurtre, il pouvait aisément deviner que la luxure devait commencer à pointer. Une séduisante Gryffondor en pleine floraison...un gibier encore innocent mais toutefois terriblement appétissant.
Les deux sorciers échangèrent tout le reste de la matinée : Draco parla des autres homicides avec émoi et trouble. Harry analysa que le Pécheur, en plus d'être tape-à-l'oeil, procédait selon un cycle bien défini. En effet, il semblait avoir un faible pour le péché de l'orgueil, un met divin. Il se focalisait ensuite sur la luxure puis la colère pour aboutir sur l'avarice et l'envie. La paresse et la gourmandise venait clôturer la spirale infinie et machiavélique, puis il repartait de plus belle à la conquête de l'orgueil. Il défiait n'importe quel élève, sans viser un sexe ou une maison en particulier, tant que celui-ci était le symbole le plus représentatif du péché convoité.
Leur conversation les laissa nauséeux et moroses. Finalement, le noble Malfoyen se redressa annonçant qu'il devait impérativement être présent à la démonstration du maître des potions pour le cours des sixièmes années. Il posa sa main sur l'épaule du Gryffondor, comme pour l'encourager et le stimuler, puis il repartit d'un pas prétentieux et gracieux vers le château. Le Survivant resta seul un long moment, à ruminer ce qu'il venait d'apprendre. Un cycle comme un rituel et un être maléfique cruel et meurtrier qui accélère le processus. Le brun se leva et se dirigea à son tour en direction de l'entrée principale de l'école. Il allait devoir de nouveau se plonger dans ses inépuisables et incontournables lectures quotidiennes.
Il n'avait pas l'habitude de tomber sur un Pécheur ingénieux. Aucun de ses ouvrages ne mentionnaient de cycle ou de rites en relation avec les créatures. Décidément, il fallait que ça tombe sur lui : le seul Pécheur anormal de la planète et c'était lui qui devait l'exterminer. Harry eut néanmoins un sourire en coi : traquer les démons lui prodiguait des sensations fantastiques et la montée de l'adrénaline n'était en rien comparable avec une autre drogue. Il passa le reste de la journée dans sa chambrette, à étudier et écrire, tant et si bien qu'un elfe de maison dût lui rappeler que se nourrir était tout aussi vital que l'élaboration, et le labeur.
Les premiers signaux de la soirée vinrent se manifester par les battements d'ailes de sa chouette blanche, qui hululait de frustration à l'idée de devoir rester enfermée toute la nuit. Avec un soupir, le brun ouvrit les battants de la lucarne en spécifiant à Hedwige de ne pas trop s'aventurer dans les confins des abysses nocturnes. Il se frotta les yeux de fatigue et décida d'aller se dégourdir les jambes.
« - Lumos », souffla t-il dans la pénombre des corridors inquiétants. Il avança prudemment sous le regard pâle et blême de l'astre lunaire qui s'élevait dans le ciel violet. Il traversa ainsi tout l'édifice pour terminer sa route en face des cachots.
Un rai de lumière sous la porte indiquait que quelqu'un s'y trouvait actuellement. Harry frappa et entrebâilla l'accès de la salle aux potions. Il ne fut pas surpris d'y rencontrer un Malfoyen profondément endormi sur une des tables de la salle de classe, la respiration sereine et la tête enfouie entre ses bras. Il était paisible et en parfaite opposition avec l'atmosphère que dégageait les sombres fosses. Il était entouré de philtres, de multiples récipients de toutes tailles, d'ingrédients aux apparences louches et d'interminables parchemins. Redoutant que le blond n'attrape froid à s'endormir n'importe où, le brun tenta en vain de le réveiller. Sans succès.
Se glissant alors derrière lui et le saisissant par la taille, le brun chuchotant quelques mots parvint à soulever le corps inerte du Serpentard. L'aile Est n'était pas loin des cachots mais le rouge et or dût puiser dans ses ressources musculaires pour porter un Malfoy au pays des rêves et dans les bras de Morphée jusqu'à sa chambre. Elle était à l'exact identique que celle d'Harry, à l'exception des couleurs : au lieu d'être chaudes et pleines d'allégresses, elles étaient froides et sans vie.
Un bruit furtif résonna à l'oreille affûtée et aiguisée du Survivant. Une respiration saccadée et haletante paraissait extrêmement bruyante dans le silence du château. D'un mouvement brusque, le Chasseur se rua vers la porte et se précipita dans les boyaux obscurs de Poudlard, l'œil aux aguets. Toujours sur le qui vive, Harry fit appel à tout ses sens pour identifier la provenance du souffle. L'ayant localisé au niveau du deuxième étage, le Gryffondor se mit à courir en direction de la provenance du bruissement auparavant entendu. Il déboucha dans la Tour d'Astronomie, plein Nord, où les rayons d'argents de la lune dessinaient des ombres chinoises menaçantes contre les murs de pierre.
Une forte odeur d'hémoglobine et de fer s'infiltra dans le nez du jeune homme. Son odorat en alerte, il se laissa guider sur les toits. Le spectacle lui glaça les membres et le paralysa : pendue à une des gargouilles du château la onzième victime du Pécheur, la gorge déployée et béante, se vidait de ses dernières gouttes de vie. Le teint blafard et cireux, les œils exorbités dans leurs orbites et un rictus de peur sur le visage, l'élève de Poufsouffle aux cheveux ondulés et châtains était d'ores et déjà aux portes de l'enfer.
« - Harry ! »
La voix dans son dos le força à regarda sous ses pieds. Le visage aux traits harmonieux et délicats de Draco apparurent, tirés par l'anxiété et l'épouvante.
« - Ne monte pas Draco, surtout ne bouge pas ! Je descends ! »
Avec souplesse, Harry se glissa par l'ouverture par laquelle il était passé pour se faufiler dans le froid post-hivernal. A peine ses pieds eurent touché la terre ferme, que le vert et argent se blottit dans ses bras, le corps encore tremblant. Le brun lui caressa tendrement les cheveux et le dos tandis qu'une odeur d'orange amère parfumait les deux êtres entrelacés. L'élocution à moitié étouffée, apollon de glace confia au rouge et or qu'il l'avait vu sortir de sa chambre pour se mettre à filer vers la Tour d'Astronomie. Il lui avait emboîté le pas pour finalement le voir grimper avec l'agilité d'un chat sur le toit.
Sa voix se brisa quand il voulut entamer le sujet à propos de l'odeur de plasma : il était sous le choc. Harry le comprenait car même lui parfois sentait la peur et la frayeur s'approprier son organisme. La seule solution était de patienter calmement que le jeune homme s'apaise. Les minutes défilèrent longues et préoccupantes tandis que la fragrance du sang séché et de la décomposition imprégnait leurs vêtements. Petit à petit les tremblements de la beauté diaphane cessèrent et ses muscles crispés se détendirent, et Draco se détacha de l'étreinte du brun. Dans un grand remue ménage, les professeurs Chourave et Flitwick apparurent en chemises de nuits et bonnets de travers, accompagnés du vieux sorcier aux cheveux argentés.
Sous la coupe étoilée, le corps du malheureux Poufsouffle ressemblait à une masse de chiffon difforme. Sans mot dire, le professeur Dumbledore à l'aide d'incantations décrocha le cadavre de son perchoir et le fit flotter en apesanteur jusqu'à l'intérieur du château.
« - Harry, je désirerais te parler un moment si tu le veux bien. », lança le vieil homme.
« - Mais...et le défunt ? », s'enquit Draco d'un ton encore mal assuré.
« - Ne vous en faites point monsieur Malfoy, je ne peux pas effacer les horreurs de cette nuit de votre mémoire mais la dépouille en revanche retournera à la famille. Il est inutile de nous attarder dessus puisque les symptômes et les raisons de sa mort sont identiques aux précédentes. »
Dans un mouvement de sa longue cape bleu nuit, le professeur tourbillonna sur lui-même avant de se retirer de la Tour. Harry le suivit, renfermé dans une espèce de mutisme. Il n'avait pas été assez attentif ni assez rapide et le Pécheur avait de nouveau réussi son coup. Et quasiment sous son nez par dessus le marché. Le Gryffondor serra les poings jusqu'à s'en blanchir les phalanges. Il avait préféré privilégier la santé du blond vert et argent au lieu de la sécurité des élèves de l'école et c'était impardonnable. Ils pénétrèrent dans le bureau du directeur qui prit place dans son canapé face à la cheminée désormais éteinte :
« - Harry, je t'avais prévenu que je pourrais tolérer un autre meurtre dans l'enceinte de l'établissement. Et bien, je crois qu'il est temps d'appliquer ma décision. Je fermerais les portes de Poudlard dès demain. »
Il paraissait résigné et décidé, cependant Harry nia en bloc la décision de l'aïeul.
« - Professeur si vous clôturez Poudlard cela ne résoudra rien, bien au contraire. Le Pécheur ira chasser ailleurs, là où il sera impossible de déceler sa présence et il perpétuera ses infamies. Sceller les portes de Poudlard rendra sa liberté de mouvement à la créature et croyez-moi elle partira se nourrir là où nul n'aura les tripes de l'extirper. Je sais que c'est dur professeur mais ici j'ai toutes mes chances de découvrir son identité et d'en venir à bout, même si cela engendre des sacrifices. Je suis désolé d'avoir à vous annoncer cela mais il est impératif que l'école reste ouverte et dans un fonctionnement correct. J'ai failli cette nuit mais cette erreur ne se reproduira pas et ce je vous le garantis. »
Le brun à la cicatrice avait exposé son raisonnement d'un ton ferme et ne reviendrait sur ses propos pour rien au monde. Il avait fait le serment de protéger les étudiants de Poudlard et il vaincrait le Pécheur, même si il était nécessaire d'avoir d'autres victimes pour remonter la piste. C'était un risque à prendre. Sans attendre la réponse de Dumbledore, Harry quitta la pièce sans se retourner et regagna l'aile Sud. Il s'y enferma et s'allongea sur le lit, délaissant son jugement et sa lucidité. Il devait se focaliser sur ses intuitions et abandonner son esprit. Entendre l'instinct du Chasseur de Primes et agir en conséquences.
Il lui fallait changer de tactique, se fondre dans la peau de sa future proie. La diabolique créature fauchait les mortels selon un ordre bien conçu et devenait chaque jour de plus en plus incontrôlable. De plus, aucun de ses livres ni même témoignage n'évoquait un cas similaire ce qui ne rendait pas la traque aisée.
« - Raisonne, médite et calcule bon sang Harry ! », se persuadait le jeune homme.
L'échec cuisant en cette nuit de Novembre le hantait et tout ce qu'il voyait à travers le rideaux de ses yeux clos était le faciès sans vie du garçon. Le lendemain, le rouge et or s'assit dans la Grande Salle aussi bondée qu'à l'ordinaire. Si il n'en avait pas été témoin, on aurait dit qu'aucun infanticide n'avait été commis. Le même brouhaha incessant, le vacarme des assiettes qui s'entrechoquent, les bavardages en fond sonore et les rires encore innocents des premières années lui donnaient la migraine. Draco vint s'installer à sa droite, un café encore chaud entre les mains.
Ses prunelles opalines et pâles essayaient de croiser son regard vert étincelant et Harry sentit une vague de chaleur lui comprimait les reins lorsqu'il intercepta les pupilles du Serpentard. Sa gorge s'assécha, bouleversé par l'impact que seules les iris de Draco Malfoy pouvait avoir. Une fougue et une véhémence exceptionnelle mélangeant attraction et intensité. Le brun n'avait jamais éprouvé ni expérimenté ses sensations qui lui étaient totalement inconnues.
Elle naissaient du plus profond de ses entrailles et le traversait de part en part par des ondes torrentielles, comme des lames forgées. Depuis qu'il avait goûté au contact du corps de Draco contre le sien, Harry sentait une infinie de vibrations voluptueuse qui en demandaient davantage. C'était incontrôlable et s'était propagé en l'espace d'une soir. Le Serpentard finit par se lever et suivit le mouvement de foules des élèves qui se hâtaient vers les salles de cours. Le rouge et or à la cicatrice s'apprêta à les imiter mais son regard fût attirer par un mot plié en 4 et rédigé à la plume. Il le déplia et reconnut le style d'écriture manuscrite :
« Je t'attendrais dans ma chambre au crépuscule. Amitiés sincères. Draco ».
Le brun sentit une secousse dans sa poitrine : le blond avait-il découvert ce changement en lui ? Savait-il que son parfum avait envoûté le Gryffondor et que le jeune homme se remémorait chaque seconde les pressions qu'avaient échangé et partagé leurs enveloppes respectives ? Le Chasseur de Primes fourra le mot doux dans sa poche et sortit de la Grande Salle pour se rendre à la bibliothèque de l'école. Il avait décidé de flâner entre les rayons sans but particulier et cet endroit le réconfortait. Il déambula au hasard parmi les étagères tout en songeant avec un sourire comment son amie Hermione avait pu se repérer dans le labyrinthe littéraire. Il dépassa les espaces réservés à la magie noire et aux défenses contre les forces du mal. Il ralentit en contournant ceux en relation avec la botanique et s'intéressa au rayonnage sur les runes et la nécromancie.
Son apprentissage en tant que Chasseur – Traqueur s'était développé sur le terrain mais il s'était consolidé des bases solides de part ses relectures et les thèmes abordés. Soudain le brun remarqua une étagère dédiée aux antiques archives qui se composait essentiellement de coupures de journaux divers. Une multitude de boîtes en cartons rangées par ordre alphabétique proposait des thématiques différentes et variées. Le jeune homme s'empara de plusieurs d'entre elles et commença à les fouiller avec entrain. Il avait des périodiques de toutes les époques et de tout les âges, en noir et blanc ou en couleur, animé ou inerte. Certains relataient des narrations rocambolesques, d'autres répétaient une interview comme dans une pièce de théâtre avec rythme mécanique.
Ils étaient également classés du plus ancien au plus récent, proposant un panel de renseignements, autant chez les moldus que chez les sorciers. A force de sonder le contenu des boîtes et de lire une quantité d'articles, Harry finit par distinguer une chronique qui attira son attention. L'éditorial traitait de désastres qui dataient de 7 ans, soit à la fin de sa dernière année d'étude, et que lui-même avait oubliés ou ne s'était pas senti captivé par ses rumeurs de quartiers. Son combat contre la mage noir l'avait vidé et il avait inspiré pendant une période relativement courte à une vie sereine et placide, loin des conflits des médias.
Or, ce n'étaient pas les catastrophes citées au quatre coin de l'Angleterre qui firent réagir le Gryffondor mais une photo tirant vers les tons gris représentant une ruelle déserte sous une pluie battante et faiblement éclairée car un lampadaire. Une ombre se tenait accroupie et de dos, encapuchonnée. Elle était penchée au-dessus d'un corps sans vie, les deux mains posées sur un trou béant à la gorge, cherchant sûrement à contenir le flot de sang noir qui en sortait. Une légende était inscrite en lettres italiques en dessous de la photographie mais demeurait illisible.
Et c'est lorsque la silhouette tourna son visage en sa direction que les pièces du puzzle se mirent en marche. Harry aurait reconnu ses iris dures et métalliques entre milles. Qu'est ce que Draco revêtu comme un Chasseur de Primes faisait dans les rues de Londres plusieurs semaines après la victoire de l'Ordre ? Était-ce une des raisons de sa subite disparition ? Avec frénésie, le rouge et or continua d'écarter les paragraphes qu'il estimait futiles avant de contenir un cri de victoire. En première page d'un chroniqueur, le blond faisait face au journaliste avec défi, tenant son avant-bras gauche sanguinolent tandis qu'une étincelle à peine perceptible flamboyait dans ses pupilles argentées et brumeuses.
Le Gryffondor observa avec attention la blessure que tentait de dissimuler l'éphèbe de glace et il grimaça en reconnaissant une vilaine morsure large et parsemée de marques de crocs acérés et pointus. Le Survivant sentit une onde électrique lui parcourir l'échine : il ne pouvait pas se mentir plus longtemps. Il détenait les preuves que Draco avait été un Chasseur et qu'il s'était fait agresser par une bestiole aux dents tranchantes. La réunion nocturne dans la chambre du blond aux yeux gris allait finalement prendre une toute autre tournure, et il tardait au brun de lever le voile sur la vérité.
