2.

Le plus massif pirate de l'Arcadia n'en menait pas large face au regard de son capitaine honoraire qui pourtant ne disposait plus que d'un œil !

- Je ne puis vous en dire plus, capitaine, insista le colosse, penaud comme un chaton pris la truffe dans une coupelle de crème. J'étais à mon poste, là où Toshiro, Alphang et Sabu nous avaient placés. Je devais attendre et récupérer le petit, encore une fois… Et j'ai failli, encore une fois ! Je suis prêt à subir toute punition. Je peux me rendre de moi-même aux fers !

- Comme si tu n'étais pas indispensable à ce bord ! protesta Albator. Au parlement, tu n'as pas abandonné le poste indiqué. Ce n'est pas de ta faute si Alphang n'est pas sorti à temps…

Albator se détourna et quand il reprit la parole, sa voix s'était légèrement altérée.

- Je n'ai pas pu connaître cet Alphang, mais il me manque… Quoi qu'en dise Kei, il faudra que nous revenions à nouveau vers Gaïa, mais pas tout de suite, semble-t-il. Filons vers Jupiter, d'après Toshiro, en vingt ans, Gaïa a rassemblé tout un arsenal d'une puissance de frappe démoniaque ! Ce serait pas mal de mettre toute cette ferraille hors d'état de marche !

- A tes ordres ! se ragaillardi Yattaran.

Et se fixant un objectif pour ne plus penser au rejeton avec lequel il n'avait rien pu partager, Albator se concentra sur son futur immédiat.

- Où allez-vous, capitaine ?

- Je vais voir les fleurs de Toshiro et d'Alphang.

Quittant son appartement, il ne vit pas l'hologramme de Nami, lui-même trop fraîchement revenu à la vie que pour maîtriser un environnement à la fois familier et différent – beaucoup trop changé et douloureux.


Ôtant son gant, Albator caressa les fragiles pétales des fleurs blanches qui se balançaient sous la brise artificielle du parc.

- Mais quel lieu magnifique et inattendu !

- Le petit jardin pas secret d'Alphang, fit Toshiro.

- Oh, Toshiro ! Tes borborygmes qui sont de véritables discours pour moi. Je les retrouve avec tant de plaisir ! Et ton petit plant est devenu un magnifique parterre à perte de vue !

- Je n'y suis pour rien.

- Oui, je sais, c'est l'œuvre d'Alphang ! Tout le monde en parle et je ne sais rien… Avec qui pourrais-je bien en parler ? Mimee elle aussi s'est tenue en retrait durant tant d'années ! N'y a-t-il donc personne ? ! Je ne vais quand même pas aller mendier auprès de chacun à bord des bribes d'histoires pour ensuite les regrouper ! ?

- Tu as bien trop de fierté pour cela, mon vieil ami.

- Je n'ai pas changé en vingt ans de sommeil. Cent ans m'ont transformé, je ne reviendrai pas en arrière ! Cet Alphang a peut-être eu tort de me ramener. Car je suis plus décidé que jamais et je ne ferai aucun quartier à ceux qui ont assassiné mon fils !

La prunelle marron du grand pirate borgne et balafré s'enflamma.

Toujours dans son ombre, occupée à se ressourcer auprès de la puissance infinie de Barok le Dragon écarlate, l'hologramme de Nami demeura transparent au possible et impuissant à communiquer.


Son ami affalé dans un fauteuil de son salon, Mimee s'était approchée.

- L'écho de tes talons aiguilles, quel son agréable !

- Et qu'a dit Doc Zéro te concernant ? interrogea la Nibelungen.

- Il m'a examiné, je suis en aussi parfaite condition qu'avant d'être blessé. Cette Matière Dorée a fait du bon travail. Les dieux seuls savent ce dont elle aurait pu être capable si Alphang avait vécu !

Avec élégance, Mimee s'assit, remplissant les verres de vin.

- Alphang aurait dû ranimer la Terre, balayer la malédiction de la Matière Noire. Il aurait peut-être pu sauver Yama du sort qui l'attend.

- De quoi ? ! glapit Albator.

- Sorti de la glace, Doc a vu l'état de dégénération progressif de ses cellules. Il est en sursis. Dans quelques semaines, ce sera fini. Je suis désolée, Albator !

Albator hurla.

- Mais ce n'est pas possible que je sois revenu pour que tous les êtres les plus chers… gémit-il ensuite. Il reste l'équipage, bien sûr, et je me suis voué à les protéger autant que cet Arcadia.

Albator se saisit du pied en fer forgé du verre lui-même en cristal fin, le vidant d'un trait.

- Me voici à nouveau seul. Cela me redevient familier. Je vais pouvoir repartir au combat en sacrifiant tout.

- Albator ! protesta la Nibelungen.

- C'est ainsi !

Et sans attendre qu'on le resserve, il se saisit de la bouteille pour verser dans son verre le vin chaud et réconfortant.