« Je suis tellement désolé que tout se finisse comme ça. Je rêvais de mieux pour nous deux, tu sais ? Mais il y a des choses qu'on ne peut pas prévoir apparemment. Des fois où on ne peut pas faire autrement.
J'espère qu'un jour tu auras la force de me pardonner pour ce que je te fais subir.
Savoir en plus que ce n'est que le début du calvaire pour toi me déchire le cœur comme jamais. Mais tu te rendras vite compte que le pire fait parti du passé et que les jours meilleurs t'attendent, juste là, après que tu m'auras relégué dans un coin de ta mémoire afin de vivre plus libre que jamais.
Il y a tant de choses pour lesquelles j'aimerais te remercier, si tu savais. Ta patience, tes sourires, ton amour. Comment peut-on se sentir aussi complet et vivant rien qu'en étant au côté d'une personne ?
Il n'a rien eu de plus beau dans ma vie que ce petit monde que nous avons construit ensemble. Cet amour qui se diffusait dans notre vie et qui aurait pu nous suffire jusqu'à notre fin.
Malheureusement, avant que la mort ne nous sépare, c'est la maladie qui m'arrache à tes bras.
C'est pour ça que je t'écris tout ça avant de ne plus pouvoir le faire comme je le souhaite, avant que les mots ne forment plus aucune suite logique dans ma tête aux pensées volatiles.
Ca me tourmente d'être conscient de tout ça Mathieu, tu ne peux même pas imaginer à quel point. Je me dis parfois que ce serait peut-être bien mieux si je mourrais rapidement. Un bête accident ou quelque chose dans le genre et tu serais libre. Tu n'aurais plus à me supporter, tout ce que je t'impose depuis quelques mois s'arrêterait et tu pourrais vivre libéré du poids que je suis.
Je sais que tu m'aimes et que le jour où tu lira ces mots, si tu les lis, tu me haïras d'avoir pu oser écrire ça. Je t'en demande pardon Mathieu mais j'ai besoin d'exprimer tout ça. C'est le seul flot de pensées qui ne m'échappe pas, et il me torture.
Je suis incapable de te le dire droit dans les yeux alors je préfère l'écrire en les imaginant posés sur moi avec leur douceur et leur bienveillance habituelle.
Je sais que j'approche de plus en plus rapidement du paroxysme de mon trouble. Pour l'instant tout va relativement bien mais je sens que ça va s'accélérer. J'en suis désolé Mathieu. J'aimerais pouvoir maîtriser tout ça, comme toi je pense, et rester le plus possible avec toi.
Mais voilà, je ne contrôle plus rien.
Je suis incapable de te laisser sortir. Plus que jamais, j'ai besoin que tu me restes avec moi, que tu me rassures. Je me sens comme un enfant. J'ai un besoin permanent de contact, de chaleur humaine. J'en ai besoin pour m'extirper de mon brouillard interne.
Ce brouillard qui se densifie insidieusement jour après jour et qui ne se lèvera jamais.
Comment fais-tu pour rester à mes côtés ?
J'aurais été toi, j'aurais cherché à me débarrasser de moi par tous les moyens : placement dans une maison de repos, sédatifs, internement dans un hôpital psychiatrique. Balle dans la tête.
Pardonne-moi Mathieu. Je te prends et monopolise ta vie à mesure que la mienne m'échappe. J'en ai honte.
J'ai honte de te maintenir à mes côtés, même si j'en ai besoin, même si je te dis de me laisser seul face à mon esprit troublé, même si tu me dis qu'il est absolument hors de question que tu me laisses tomber.
Toi qui passe ton temps à me prendre dans tes bras, à m'accompagner avec douceur pour continuer à me faire vivre, à me passer mes crises avec une patience, une tendresse et une compréhension infinies, il est temps que je prenne à mon tour soin de toi pour ce futur que tu vivras sans moi.
Je ne sais pas encore comment mais je vais mourir bientôt Mathieu. Je suis peut-être presque fou mais je suis aussi encore un peu réaliste, grâce à toi. Je vais mourir bientôt. Il ne peut pas en être autrement.
C'est bien la seule certitude que j'aie, une évidence tenace qui se confirme chaque fois que je sens tes doigts fermés sur mes poignets pour arrêter un nouveau geste inconscient de ma part.
Mon esprit est de moins en moins en adéquation avec le reste de mon corps. Je vis à côté de moi, dans un monde à part, et ne me rends compte de rien. Tu l'as bien vu toi aussi et je pense que tu te doutes que c'est ce qui causera ma fin. Moi aussi c'est ce que je pense.
Mais au moment venu, je n'en saurai plus rien.
C'est évident mais tu vivras encore après moi. En écrivant ça je sais très bien ce que tu me répondrais si je disais tout oralement. Tu me dirais que tu ne seras vivant que d'un point de vue biologique parce que le chagrin aura annihilé toute étincelle d'envie de vivre, celle qui anime le corps et initie le mouvement, la volonté de vivre.
Mais le fait est que tu vivras après moi. Et que, justement, il faudra que tu trouves quelque chose qui saura ranimer cette fragile étincelle.
Il faudra que tu te trouves quelqu'un.
Je t'imagine déjà indigné rien qu'à cette idée mais je t'en supplie écoute-moi, tu verras que j'avais raison. Une vie ne s'arrête pas à la mort d'une autre, même si je suis persuadé que je serais détruit si tu venais à disparaître.
Mais c'est toi qui vas te retrouver seul. Au moins pendant un temps.
Tu trouveras quelqu'un qui saura te redonner le sourire.
Tu trouveras quelqu'un avec qui tu pourras longuement converser sans jamais d'incohérences ou de délires.
Tu trouveras quelqu'un que tu n'auras pas à veiller comme on doit veiller un enfant.
Tu trouveras quelqu'un de mentalement sain qui ne t'imposera pas sa condition et ne t'abandonnera pas.
Quelqu'un à l'opposé de ce que je suis.
Le prochain saura t'aimer comme tu le mérites. Comme je ne peux plus le faire, en dépit de tous mes efforts.
J'aurais voulu t'épargner tout ça Mathieu. Je brise ton sourire, je le vois bien.
Pardonne-moi, encore.
Ca ira sans moi, tu verras. Ca finira par aller. Il faudra juste que tu te souviennes de l'amour que j'aie pour toi.
-Antoine ? Qu'est-ce que tu fais dans le noir ? Je t'ai entendu parler alors je suis venu voir ce qu'il y avait. … Qu'est-ce qui ne va pas ?... Pourquoi tu pleures, amour ?... Antoine, tu es avec moi ?»
Voilà à quoi se réduisent mes courtes nuits depuis que tu n'es plus là.
Tout tourne dans la nuit et m'empêche de trouver le repos.
J'entends le bruissement de ta voix murmurer dans l'obscurité de la cuisine tout ces mots que j'aurais préféré ne jamais entendre. Ta voix tremblotante me promettant le bonheur dans les bras d'un autre.
C'est à mon tour de te demander pardon Antoine.
Tu avais raison. Il y a des fois où on ne peut pas faire autrement.
I'm back. :3 Pardonnez ce texte écrit d'un seul coup et pas retravaillé. u_u J'avais envie de le publier comme ça. J'espère que ça vous a plu, au moins un minimum.
On s'retrouve bientôt. krkrkr
DaBisous (à ceux qui ont la référence: oui j'ai été contaminé par ces vidéos)
