Chapitre 2
Imrahil monta vivement sur le chemin de ronde, suivi d'Amrothos et d'Eomer. La princesse resta près de Lothiriel et l'enserra de ses bras, pressentant visiblement un danger.
La plaine était obscure; mais un groupe de petites lumières s'avançait à vive allure.
« Que les soldats se préparent, ordonna Imrahil. Mais qu'ils restent à l'intérieur des murailles pour l'instant. Il n'y a peut-être aucun danger. »
Les flammes se rapprochèrent, jusqu'à ce qu'ils puissent distinguer des hommes revêtus d'armures luisantes, au visage et à la chevelure sombre. Certains montaient de grandes bêtes, à peine discernables dans la pénombre. Ils s'arrêtèrent hors de portée de flèches; cependant, l'un d'eux s'avança encore un peu. Il était enveloppé d'un manteau rouge, si bien qu'il semblait couvert de sang jusqu'aux genoux.
« La grande Ombre est tombée, mais nous sommes toujours là! cria-t-il en guise de salutation. Vous pensiez sans doute rentrer tranquillement chez vous, couverts de gloire, d'honneur et de présents, et profiter de votre victoire; mais vous semblez avoir oublié que vous êtes toujours nos vassaux! »
L'homme eut un sourire sardonique.
« En punition de cet oubli, nos tributs seront doublés: une épée et une cotte de mailles par guerrier, ainsi que quinze livres d'or, que vous nous livrerez demain, au coucher du soleil. Ai-je besoin de vous rappeler ce qui arrivera si vous désobéissez à votre seigneur? »
Derrière lui, les hommes se mirent à rire en agitant leurs armes.
Sans se donner la peine de répondre, Imrahil descendit des remparts et se dirigea vivement vers ses appartements, sans même jeter un regard vers sa famille. Dans la pénombre, Eomer perçut ses traits rigides et ses yeux brûlants, de honte et… de colère impuissante?
Tandis que le Prince et Amrothos -qui lui avait emboîté le pas sans un mot- disparaissaient à l'intérieur, lançant des ordres d'une voix inhabituellement dure, Eomer se tourna vers le reste de sa famille, n'osant parler, mais désireux de comprendre.
« -Le clan des Harirhs, dit la princesse en soupirant. Ils avaient l'habitude de venir camper devant le château pour réclamer un tribut, en or ou en armes; mais ils n'étaient pas revenus depuis la chute de l'Ombre. Je pensais qu'ils s'étaient rendus au Gondor.
-N'y a-t-il aucun moyen de les attaquer? demanda Eomer. Si je me fie au nombre de torches, ils ne sont qu'une centaine.
-Bien des fois, nous avons tenté de les vaincre, dit la princesse avec un soupir. La dernière fois que nous avons tenté de les attaquer, ce fut un bain de sang, et mon mari faillit y laisser la vie. Car les Harirhs amènent avec eux des bêtes monstrueuses, des nanrahs, comme ils les appellent. Elles montent la garder tout autour du camp, et leur veille autant que leur férocité empêche toute victoire par les armes. Ils n'ont jamais tenté de rentrer ici; ils ne font que menacer de massacrer tous ceux qu'ils rencontreront hors du château- et ils l'ont déjà fait, hélas, quand nous avons tenté de refuser leur chantage!»
Elle tourna tristement la tête vers la porte où avait disparu Imrahil et Amrothos.
« Veuillez m'excuser, Eomer-Roi», dit-elle très vite, avant de s'éloigner à grands pas. Eomer la soupçonna de chercher à dissimuler son trouble, ce qui n'était pas le cas de Lothiriel: la jeune fille s'était appuyée contre la muraille, le visage pâle, les yeux pensifs.
«-Pauvre père, murmura-t-elle. Lui qui espérait enfin des jours de paix, le voici à nouveau avec une lourde responsabilité!
-Que va-t-il faire? demanda Eomer.
-Sans doute envoyer une lettre au Gondor, pour demander l'aide du roi Elessar; puis réunir le Conseil et rassembler le tribut réclamé, car il reste moins d'une journée avant que les attaques ne débutent dans les villages…
-N'y a-t-il vraiment aucun moyen de vaincre ces bêtes, puis les Harirhs? » demanda Eomer. L'inactivité lui pesait soudain, et la pensée que des ennemis se tenaient tout près le poussait à agir d'une manière ou d'une autre.
« Nous l'ignorons, répondit Lothiriel avec lassitude. Si quelque chose peut venir à bout des nanrahs, cela est peut-être connu dans le Sud, mais pas ici.»
Ils restèrent un instant en silence, tandis que, dans le silence vespéral, montait indistinctement le brouhaha du camp de leurs assaillants.
A suivre...
Je me suis inspirée de mots arabes « feu» et « tigre» pour créer les mots « Harirh» et « nanrah».
