Un petit week-end prolongé m'a tenu éloigné du traitement de texte et de ff (de retour j'ai découvert que tout le monde avait drôlement bien bossé!)... mais c'est lundi (non, c'est pas nécessairement raviolis...), on retourne au turbin :) !

Un grand merci à janeandteresa, Sweetylove30, Laurore et filament-de-lune pour vos commentaires.

Enjoy!


Le lendemain matin, le fauteuil de Van Pelt était sinistrement vide, et si Rigsby avait passé la nuit avec elle, le fait de ne pas la voir assise à sa place habituelle avait fait apparaitre une boule d'angoisse au creux de son estomac.

La matinée se déroulait pourtant en douceur. Quelques coups de téléphone, les mises à jour des dossiers. Rien que de bien banal.

L'entrain était sans aucun doute amoindri avec cette histoire d'enquête qui planait. La rumeur courrait que l'agent de l'Inspection des Services ne tarderait pas. Pour l'Administration, tout devait être tiré au clair rapidement.

Une enquête éclair, sous pression, n'augurait jamais rien de bon pour les agents impliqués. Dans les scénarios catastrophes que Rigsby envisageait, Van Pelt risquait au mieux un blâme, au pire une radiation.

Une carrière brisée ? A cause de leur amour ? La boule se resserra.

Pourtant, dans les journaux, l'incident de la veille était remisé aux pages intérieures des faits divers. Etonnant dans la mesure où la police était impliquée.

Van Pelt avait juste eu du bol.

Un camion de livraison s'était renversé en plein centre-ville qui était en travaux. Mauvaise signalisation d'une chaussée défaillante. Le véhicule transportait des poulets. Ca avait été un véritable carnage : des plumes, du sang et des cadavres éparpillés sur plusieurs mètres à la ronde, pile en face de l'hôtel de ville et à quelques dizaines de mètres d'une école. Les quelques rares volatiles à s'en être sortis s'étaient baladés en ville le reste de la soirée. La police avait abandonné l'idée de les rassembler et avait laissé pisser. Il y avait même des chances que certaines volailles aient finies sur une table pour le dîner. Objectivement, c'était plus spectaculaire de véritablement grave mais sur le coup, c'était la municipalité qui en prenait pour son grade dans l'édition du matin.

C'était reculer pour mieux sauter, les journalistes allaient vite se lasser de ces poulets et voudraient probablement s'en farcir d'autres… le CBI par exemple. Ils ressortiraient alors cette course poursuite et la « fin funeste » - selon l'expression consacrée – de celui qui avait essayé de l'étrangler.

Mais cela donnait un répit pour préparer l'offensive, préparer les réponses à tous ceux qui trouvent que la police faisait mal son travail ou qu'elle était trop violente... Les mêmes qui venaient pleurer et s'émouvoir, un machiatto au lait de soja à la main, qu'on n'arrive pas à trouver le chancre qui leur a volé leur Ipad…

Rigsby bailla ostensiblement. Cela coupa le fil de sa réflexion. Il se gratta l'arrière du crâne après s'être étiré.

- Mal dormi ? Demanda Cho.

- Non, tard… Grace avait besoin de parler… Ca lui a fichu un sacré coup, cette suspension…

Une voix leur parvint dans leur dos.

- Je présume que « Grace », c'est l'agent Van Pelt ? C'est beau de voir qu'on peut compter sur ses collègues... A tout hasard, Vous n'avez pas évoqué "l'affaire" j'espère...

Cho et Rigsby se retournèrent et virent un homme métis d'une quarantaine d'années. Il se tenait solidement sur ses deux jambes légèrement écartées, dans un costume noir ajusté au millimètre. Des motifs légèrement moirés apparaissaient à la lumière, ils élargissaient les épaules déjà carrées de l'homme.

Il fit un pas en avant, souriant, en tendant la main droite. Une chevalière trônait à son auriculaire.

- David Bonnefeuille, Inspection Générale des Services.

Cho et Rigsby serrèrent la main de Bonnefeuille par politesse mais sans y mettre le cœur nécessaire. D'ailleurs, ils ne prirent même pas la peine de se lever.

- Madeleine Hightower est dans son bureau ? Demanda Bonnefeuille en désignant une pièce plus loin.

- Faites comme chez vous, fit Rigsby boudeur… Comme d'hab'...

L'homme s'avança un peu et se pencha légèrement sur Rigsby. La carrure de l'homme enveloppait quasi-entièrement le policier. L'haleine de Bonnefeuille sentait la cannelle remarqua Rigsby.

- Je préfèrerais que nous partions sur de bonnes bases, agent Rigsby… Je sais que vous ne portez pas l'IGS dans votre cœur… En plus, c'est votre petite amie qui est en ligne de mire mais croyez-moi… vous avez, tous, plus à y perdre qu'à y gagner à me chercher des poux...

Bonnefeuille se redressa et réajusta son costume en tirant un coup sec sur les pans avant de sa veste. Il se dirigea vers le bureau de Hightower lentement. Comme s'il était le patron.

Rigsby eut un sourire blasé alors qu'il remuait la tête.

- Qu'est ce qu'il t'a dit ? Demanda Cho.

- D'après toi ?

- Qu'il fallait pas jouer aux cons avec l'IGS ?

- Tout juste… I must break you, fit Rigsby en prenant l'accent russe d'Ivan Drago.

- C'est trop cliché… fit Cho en revenant sur son ordinateur. Depuis le temps, ils pourraient changer de disque… ils manquent cruellement d'imagination.

- Ouaip… fit Rigsby en décrochant son téléphone et en composant le numéro de Van Pelt.

.

oOo

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Lisbon rêvassait dans son bureau. Pour une fois que Jane s'était tenu tranquille, c'était Van Pelt qui la mettait en porte-à-faux.

Elle se mordit la lèvre inférieure. Elle était trop sévère avec Van Pelt. Elle savait que si Grace avait utilisé la force, quelle qu'elle soit, c'est qu'elle avait eu une bonne raison. Et si le type était mort… Non… il devait y avoir une autre explication. En tous cas, elle pourrait compter sur son soutien…

En regardant par la vitre de son bureau, elle vit un homme presque aussi large que haut traverser le couloir en direction du bureau de Hightower, frapper à la porte et entrer dans la foulée.

L'IGS.

Ces mecs dégageaient toujours quelque chose de particulier, un truc malsain. Elle en savait quelque chose. Elle les avait pratiqués. A une autre époque.

Van Pelt devrait être forte, prendre sur elle, être claire et ne pas se laisser porter par ses émotions. Sinon, ils en feraient de la confiture. Et sans morceaux.

Ils allaient la travailler au corps, posant cent fois la même question, lui demandant de spécifier les mêmes détails, retournant la question en l'envers et la reposant. Ils allaient attendre, la faire attendre, jouer avec ses nerfs, insinuer des choses, les formuler et les retirer immédiatement, l'impliquer dans des affaires qui n'ont rien à voir, voire même imaginaires. Juste pour la tester. Ils auront étudié sa vie, son parcours, sa carrière, étudié qui elle voit, avec qui elle sort – ils n'auraient pas à aller loin sur ce coup là - ses relations avec ses collègues et s'ils avaient fait correctement leur boulot – ce qu'ils avaient fait, à n'en pas douter – ils connaîtraient même le nom du type qui glisse son courrier dans sa boite aux lettres tous les matins. Ils étaient redoutables, professionnels et ils aimaient ce qu'ils faisaient. De vraies charognes.

Elle-même devait jouer profil bas. Maintenant qu'elle et Jane étaient plus ou moins "un couple" - cela lui fit bizarre de ne serait-ce penser ce mot -… Depuis cette nuit sur la route, en revenant de San Diego (1).

Un poids sur sa poitrine s'était envolé ce jour là, un creux quelque part dans son cœur s'était comblé. Allez savoir pourquoi…

On frappa à la porte.

- Oui ! Fit-elle.

.

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Bonnefeuille était entré chez Higtower comme chez lui.

Elle était à son bureau, lisant un dossier. Elle ne leva pas la tête. Il referma prestement la porte et s'y adossa. Il la regarda quelques instants sans rien dire puis il baissa les stores qui donnaient sur l'espace de travail du CBI. Elle redressa la tête, les yeux légèrement plissés et lui dit.

- Komon ou ye ?

Il sourit. Elle n'avait pas oublié le haïtien qu'il lui avait appris

- N'ap boule ! Fit-il en s'approchant du bureau. Ca me fait plaisir de te revoir Maddy…

Elle se leva et se prirent dans les bras l'un de l'autre avant de s'embrasser.

.

.

Un livreur UPS entra dans le bureau de Lisbon. Un petit colis était calé sous son bras.

Ils prennent des collégiens maintenant chez UPS se demanda Lisbon.

Elle était fascinée par la tête boutonneuse du livreur. Il avait probablement du mal à atteindre les 18 ans et ses cheveux en bataille décolorés laissaient présager des virées « surf » sur la côte. Son visage un peu poupin était un véritable champ de bataille, le Gettysburg des petits boutons blancs et des points noirs. Non pas qu'il fût laid mais sa tête… mon dieu sa tête… et dire qu'elle était aussi passée par là…mais c'était derrière elle… heureusement… Si Jane l'avait connue à cette époque… Tiens ? quelle tête pouvait avoir Patrick quand…

Lorsque le livreur ouvrit la bouche, ce fut une voix grave qui ramena Lisbon à la réalité.

- Agent Lisbon ? Un paquet pour vous… Fit-il.

Elle lui fit signe d'approcher et signa avec un stylet le petit moniteur qu'il lui tendait.

Il s'éclipsa en traînant les pieds avec un « b'journée »… En jeune, cela voulait sans doute dire « que le jour à venir te soit bon et doux, Ma belle amie, qu'il te porte conseil et bonheur »… ou un truc dans le genre.

Le paquet était un petit cube d'une quinzaine de centimètres, tout léger. Expéditeur ? Monsieur Avida Dollars… Inconnu au bataillon…

Elle saisit un cutter et ouvrit avec précaution.

Elle eut tout à coup un geste de recul.

Au fond de la boite, une photo prise au télé-objectif. Elle sortait de sa maison. Une petite carte de visite portait, en imprimé, le texte "Be my Baby".

Et posé dessus, à l'air libre, deux globes oculaires ensanglantés que prolongeait un petit bout de nerf optique.


(1) En plein coeur - Chap.9 - Petit Bonux.