Alors voilà, c'est pour vous souhaiter une bonne lecture... Voici le résumé du précedent chapitre:

Enzo annonce à Emeline qu'ils doivent déménager, pour d'étranges raisons. Celle-ci, bien attachée à sa maison, décide de pourrir une dernière fois la vie des acheteurs. Puis viens le jour J...


Chapitre second : Californie.

-Freiiines je te dis !

On était à peine à quelques kilomètres de notre maison et j'hurlais déjà. Enzo, au volant du camion, m'entendait forcément, même si on était tous deux dans des véhicules différents. Et je l'entendis me répondre :

-Quoi, Emy, qu'est-ce que t'as cette fois ?

-Velin ! On a oublié Velin ! Continues, je te rejoindrais.

Tandis que le camion poursuivait donc sa route, la Coccinelle fit un dérapage magnifique pour faire demi-tour. Je faillis causer un accident mais m'en fichais pas mal. Mon pied écrasait l'accélérateur, la voiture slalomait et en deux minutes je fus de retour. J'ouvris la porte avec ma clé, heureuse que la serrure ne fut pas changée, me hâtai vers le grenier à une vitesse phénoménale, même pour quelqu'un comme moi, et constatai avec soulagement que mon vivarium était la. Et Velin, ma belle couleuvre, dormait paisiblement, tout à fait inconscient du fait que ses maitres l'avaient oublié.

-Pardon mon beau, je suis désolée…

Serrant la cage en verre dans mes bras, je dévalai les marches quatre à quatre en une poignée de secondes, refermai maladroitement la porte, déposais mon animal dans le coffre, bien coincé entre mon carton de chaussures et celui avec mes CDs, et démarrai si vite que je devais avoir raccourci la vie de notre planète de quelques dizaines de siècles.

Je fouillai dans la boîte à gants, à peine attentive à la route, cherchant, jurant, pestant, jusqu'à ce que je trouve une carte. De l'Iowa à la Californie, il y avait plus de mille kilomètres, il fallait se dépêcher. Voyons… Un peu de mathématiques.

Si je roule à cent-trente kilomètres heure sans m'arrêter une seule fois, combien de temps me faudra-t-il pour arriver ?

Cool, environ sept heures et trois quarts. Il était dix-huit heures. J'arriverai vers une heure du matin. Une heure convenable.

Faire des calculs me détendait toujours. Peut-être parce que comme ça, je ne pense pas à déprimer sur ma vieillesse, sur ma beauté, ma peau parfaite, mes yeux actuellement gris acier, et je ne pensais pas à tout en moi qui me criait que mon corps avait besoin de manger. Si j'attendais trop, je replongerai dans les plus bas fonds des gens comme nous. Ce que je n'avais pas vraiment envie.

Pas envie d'être de nouveau un monstre.

Pas envie d'être une droguée.

Pas envie de tuer.

Pas envie d'être moi-même.

Le compteur de kilométrage de la voiture défilait, tout comme l'horloge. Le temps s'écoulait, et j'y étais indifférente. L'autoradio faisait passer une musique crachotante, puis ce son déjà pénible se mêla à la grêle qui martelait sur le pare-brise.

Mes yeux suivaient les allers et venues des essuie-glaces, comme hypnotisés. Mon portable sonna. Je décrochai.

Enzo voulait savoir où j'étais, quand j'arriverais, etc. Je ne lui répondis pas. J'étais en train de compter le nombre de voitures vertes avec un drapeau de l'Espagne sur le coffre. Pour l'instant, j'en avais vu aucune. Pour tout dire, je n'en avais jamais vu de ma vie.

Mon silence inquiéta mon frère. Il voulut savoir ce qui n'allait pas.

Je ne sais pas, grand frère, je te le promets. Mais pourquoi je t'appelle grand frère ? On n'a aucun lien de parenté. On n'a pas les mêmes parents.

La route formait un virage très serré. Je ne le vis même pas. Je continuai tout droit. La voiture heurta le panneau « Californie ». Je restai immobile, toujours dans ma douce torpeur. Les airbags se déclenchèrent. Ce qui n'empêcha pas ma tête de heurter le volant.

Un homme s'arrêta à côté de ma voiture, et appela les secours.

C'est ainsi qu'on me retrouva, jeune adolescente sans aucun papier, dans une coccinelle bleue elle-même emboîtée dans le poteau indiquant la Californie, un portable à la main, le regard perdu dans le vide. Pas un seul dégât, pas le moindre bobo.

L'ambulance me transporta à l'hôpital le plus proche. Dans la ville la plus proche. Mais je m'en fichais.

J'ignorais d'où venait ce doux rêve, cette sensation de flottement, c'était comme s'il j'étais là et hors de mon corps. Je sentais que quelque chose n'allait pas, mais qu'importait ?

J'aurais bien cru que j'étais morte, mais savais que c'était impossible. Quand on est mort, ressent-on aussi ce bien être absolu ?

Le médecin bougeait ses lèvres, des lèvres fines. Mais aucun son n'en sortait. Ou alors, n'entendais-je pas ? Moi qui entendais tout, moi qui avais entendu les murmures de mon frère, serais-je devenue sourde ?

Je ne pouvais m'y résoudre.

On entra dans une salle toute blanche. Ma tête me fit mal. Et j'en fus heureuse. Je revins à moi avec une telle brutalité que je me redressai dans un violent sursaut, propulsant le brancard sur le médecin avec force. Il parvint à l'esquiver, on ne peut pas en dire autant du mur, totalement déformé.

-Mademoiselle ! Vous allez bien ?

Je le regardai sans bien comprendre. Evidement que j'allais bien. Pourquoi en aurait-il été autrement ? Certes, j'étais « absente », mais j'étais intacte.

-Comment vous appelez vous ?

Cette question. Je connaissais la réponse. C'était trop facile. Pourrait-il demander quelque chose de plus dur ?

-Emeline Change.

-Quel âge avez-vous ?

Voilà. Comment lui répondre ? Avais-je seize ans ou plusieurs siècles ?

-Seize ans.

-Quelqu'un sait-il où vous alliez ?

Oui, Enzo. Non, pas Enzo. Il ne devait pas savoir. Il aimait autant la voiture que moi.

-Mon frère.

Tant pis, il fallait que je voie quelqu'un. Mais, ne voyais-je pas déjà quelqu'un ? Le docteur était bien une personne. Quelqu'un que je connais. Chaque mot, chaque pensée résonnait dans ma tête, me faisant mal.

-Comment s'appelle-t-il ? Où est-il ?

-Mon portable.

Le médecin me donna doucement mon cellulaire. Je composai le numéro de mon frère. Et à peine la première sonnerie retentit que le docteur m'arracha l'appareil des mains. J'entendais Enzo parler. J'entendais le médecin murmurer, comme pour que je n'entende pas.

-Mr Enzo Change ?

-Qui êtes-vous ?

-Je suis le docteur Edwin Lie.

Un nom pas très engageant, songeai-je (Est-il nécessaire de vous dire que « Lie » signifie « mensonge » en anglais ?).

-Votre sœur se trouve au Northern Inyo Hospital. Elle a eu un accident de voiture.

-Elle n'a blessé personne, j'espère ?

Le docteur fronça les sourcils, tandis que je m'autorisai un léger sourire. Enzo savait déjà que je n'avais rien. Mais Mr Lie ne pouvait pas le savoir.

-Non, sa voiture s'est encastrée dans un poteau… Serait-il possible que vous veniez ?

-D'accord… Mais la voiture est en bon état, j'espère ?

-Euh… Non. Au revoir.

Je gloussai. Puis commençais à prendre peur. Enzo allait m'éliminer juste pour avoir abimé la voiture.

-Mademoiselle, c'est incroyable. Nous vous aurions pensé morte si vous n'aviez pas repris connaissance.

-Pourquoi cela ?

-Vous ne respiriez plus, votre cœur ne battait pas, vous ne cligniez pas des yeux.

-On peut dire que j'ai eu beaucoup de chance.

-Et vous n'avez aucun bleu, nulle part ! Continua-t-il alors que je priais pour qu'il se taise.

-Pourrais-je me reposer ?

-Je n'ai jamais vu ça de toute ma carrière !

-Docteur ! M'écriai-je.

-Oui ?

-Puis-je me reposer, s'il vous plait ?

-Oh, oui, allez-y.

Je m'étendais sur un lit, et fermai les yeux.

Le temps passait vite. Ou lentement. Je ne sais pas. Je rouvris les yeux. Un type avec la peau mate, d'à peu près mon âge, venait de passer devant la porte. Il me jeta un coup d'œil rapide. Et détourna le regard quand il croisa le mien.

J'entendis des pas qui résonnaient dans le couloir. Des pas lourds et pourtant gracieux. Des pas tranquilles et assassins.

Les pas d'Enzo.

Il regarda froidement l'adolescent devant ma porte, puis entra et s'arrêta.

- Tu ne pourrais pas avoir l'air blessée ?

-Désolée, pour la voiture, je…

Il me mit une baffe, de celles qui résonnent bien. L'inconnu nous regardait avec intérêt.

-Explique.

-Je me suis sentie… flotter. Je n'étais pas consciente de ce qui se passait. Tu étais au téléphone, et je ne t'écoutais pas, je comptais les voitures qui n'existaient pas, j'étais ailleurs. Avant d'arriver dans cette salle, je n'étais consciente de rien…

-Je ne connais qu'une seule chose qui peut faire ça.

Le doute qui était dans sa voix me fit ouvrir grand les yeux. Moi aussi, je comprenais. Et moi aussi, ça m'effrayait. Lui et moi, nous étions calmes, on était toujours resté dans notre coin, tranquilles, déménageant lorsque les choses se compliquaient. Notre passé de tueur remontait-il à la surface ? Un « vengeur masqué » voulait-il défendre sa famille ? Une de nos victimes que nous n'avions pas achevée réapparaissait-elle ?

Le Dr. Lie réapparut.

- Où habitez-vous ?

-On cherche encore, pour tout vous dire… On a déménagé, mais sans aucune idée d'où habiter…

- Installez-vous ici ! Il y à un lycée pour votre sœur, c'est une ville charmante et j'aimerai revoir Emeline pour m'assurer qu'elle n'a eu aucun dégât mental…

-Je me porte très bien, merci. Objectai-je sèchement.

-Votre sœur a-t-elle eu des… Soucis par le passé ? Demanda-t-il, m'ignorant royalement.

-Je ne suis pas une droguée, vous savez. Je n'ai jamais fumé un seul joint de mon existence. C'est pour dire.

-Tais-toi, Emy. Laisse le parler. Le regard d'Enzo me dissuada de continuer. J'étais tellement furieuse que je risquais de faire une gaffe.

-Et non, ma sœur dit vrai. Elle ne se drogue pas, ne fume pas, et n'a jamais bu d'alcool, sinon du cidre de temps à autres.

-Bien. Mais ai-je le droit…

-Et bien, si elle a le moindre souci, nous vous avertirons. C'est vrai que cette ville a l'air agréable… Nous irons voir si nous pouvons acheter par ici… Y a-t-il des très grandes maisons ?

-Il y en a une, pas très loin, à vendre, il me semble. Elle est un peu à l'écart, mais il est facile d'aller en ville grâce au bus.

Merci Docteur. Grâce à lui, je vais devoir emménager dans la ville qui m'a vue foncer dans un poteau. J'espère que les rumeurs se font rares, je n'ai pas envie de passer pour une junkie.

Le médecin nous indiqua un hôtel pas trop cher, et nous nous y rendîmes.

La chambre était miteuse les lits recouverts de poussière indiquaient que le ménage n'avait pas été fait depuis longtemps –Avait-il seulement été déjà fait ?

Le réceptionniste peut aimable m'avait sûrement pris pour une fugueuse et son petit ami. Quand il nous a vus demander une chambre pour deux, alors qu'on était main dans la main, il a murmuré que le détournement de mineurs n'était pas de son ressort. Comme s'il j'allais coucher avec Enzo.

Je n'avais comme valise qu'un simple petit sac à main contenant du linge de rechange et mes affaires de toilettes, puis je demandai à mon frère.

-A ton avis, ils ont une douche quelque part ?

Il haussa les épaules en me disant qu'il ne savait rien et n'en avait rien à faire.

Je me mis en quête de quelque appareil ayant la possibilité de me laver, et je commençais à désespérer en ne trouvant rien. Puis une porte tout au bout du couloir me sauta aux yeux. C'était la seule pièce que je n'avais pas visité. Et là, miracle. Les douches étaient communes, chose qui m'horrifiait assez, je le reconnais. Mais personne n'était là actuellement. Je m'approchai. Tout était recouvert de calcaire, il y avait une odeur atroce et quelque chose d'ignoble avait séché au sol. J'en aurais eu un haut-le-cœur. Je sortais en me jurant de rester sale à vie plutôt que de me doucher là dedans.

En face, il y avait un local « réservé » si j'en croyais ce qui était écrit sur la porte. Ce n'était pas fermé. Sur la pointe des pieds, je poussai le battant.

C'était l'appartement du réceptionniste. Une pièce assez sombre, avec ses murs gris, son lit marron et sa moquette aux motifs du bois (Ce qui était assez curieux, j'en conviens.).

Et là… Miracle ! Une salle de bain avec une douche blanche, nickelle et impeccable. Je me lavais à grande vitesse, frissonnant presque à l'idée qu'il rentre. Je sortis, dégoulinante mais propre, renfilai mes habits qui s'humidifièrent aussitôt et me glissai dans le couloir.

Entendant des pas, je me plaçais devant la porte des douches communes et fis mine d'en sortir. Juste à temps. C'était bel et bien le réceptionniste qui montait, enfin, à deux heures du matin. Était-ce l'heure tardive ou bien mon aspect mouillé qui provoqua son regard curieux ? Je suppose qu'il ne le dira jamais. Mais il eut une mine dégoûté en m'observant devant la porte. Il devait s'imaginer que j'avais osé me laver dans cet endroit ignoble. Pourvu qu'il ne voie pas sa douche et son miroir recouvert de buée !

En pénétrant dans ma chambre, j'entendis un grand bruit. Enzo venait de se précipiter sur le lit, pensant que c'était l'homme de la réception qui venait voir je ne sais quoi.

-C'est bon, gros bêta, et puis, on ne dort pas habillé, de toute manière.

-Mais si on ne dort pas tout court ?

-Ben alors on ne s'allonge pas sur un lit pour faire croire que si.

Me dévêtant, je m'allongeai à ses côtés. Génial, un lit deux places, une fille en sous-vêtements et un faux-frère complètement pervers. La nuit promettait d'être longue. Très longue.


Voilà, le chapitre est terminé... Le prochain sera surement posté demain. Dimanche dernier délai, promis!