Disclamer: Les personnages et le manga Bleach appartiennent à Tite Kubo !

Rating: K+ pour les premiers chapitres mais ça va sûrement évoluer

Pairing: IchiGrimmy

Note: L'idée de cette fic m'est venue en écoutant les covers du violoniste Daniel Jang, si vous voulez aller voir sa chaîne YouTube, il est assez incroyable ! Et chaque chapitre a pour titre une chanson qu'il a reprise et donc voilà!

Hello !

Je sais, j'avais dit une semaine et ça en fait deux mais siouplait, pardonnez-moi ! *technique des yeux du chat botté*

En tous cas voici le chapitre 2 inspiré par le cover I Want You to Know, toujours par Daniel Jang !

Sans transition, bonne lecture !


Le lendemain, Ichigo était retourné devant l'église. Il voulait s'expliquer avec Grimmjow, le rassurer quant à son comportement pour le moins… étrange. Mais ce matin-là, il n'y avait pas de musicien aux cheveux bleus à l'horizon. Ni le matin suivant d'ailleurs. Ni celui d'après. Et peu à peu, le visage d'Ichigo s'était fermé. Il avait pâli. Son cœur s'était effrité doucement mais sûrement alors qu'il comprenait qu'il avait tout simplement eut le coup de foudre, qu'il était tombé sous le charme à la seconde où il avait croisé le regard si puissant de Grimmjow.

Et Grimmjow était parti.

Ichigo n'était pas le genre d'homme à se laisser abattre, aussi avait-il redoublé d'efforts en cours, repoussant toujours plus loin ses limites, se fatiguant physiquement et mentalement, se refusant la moindre distraction de peur d'avoir le temps de se rappeler ce moment magique au bord de la rivière.

« Putain ! » hurlait-il en frappant du poing contre le mur.

« On tombe pas amoureux en une semaine bordel ! Ah… Merde, qui t'essayes de convaincre ? »

Et il continuait à se disputer avec lui-même. Et comme d'habitude, il avait oublié la présence de Rukia juste à côté. La jeune fille ferma un instant les yeux. Elle n'avait jamais vu son ami dans un tel état. Même après un mois, le rouquin ne montrait pas de signes de retour à la normale.

Ce jour-là, Rukia décida qu'il avait assez déconné.

« Ichigo ! Assieds-toi. »

Ils étaient chez lui.

Le roux sursauta en se rappelant soudain qu'il n'était pas tout seul et, le regard désolé et la main douloureuse, il obéit, s'asseyant sur le bord du lit.

« -Ecoute, je suis désolé, je sais qu'en ce moment je suis chiant mais…

-Mais rien du tout ! le coupa-t-elle. Un type que t'as dû voir… quoi ? Quatre fois dans ta vie ? Ichigo ! Putain fais-toi une raison, il s'est amusé avec toi puis il s'est tiré. Alors maintenant passe à autre chose. Parce que c'est pas un conte de fées la vraie vie, et que ton prince va pas revenir pour te réveiller de ta déprime à la con ! Bouge-toi, Ichigo. Personne ne peut le faire à ta place. »

Sur ces mots, elle se leva et quitta la pièce en claquant la porte. Elle savait qu'elle avait été dure, brutale même, mais elle savait aussi qu'Ichigo fonctionnait comme ça : à l'électrochoc. Et ça lui brisait réellement le cœur de voir son meilleur ami se débattre avec ses sentiments, et ça la blessait un peu d'assister à de telles effusions pour un presque inconnu alors qu'elle-même n'y avait jamais eu droit après tant d'années. Elle soupira. Elle pensait pourtant avoir ôté ces stupides idées de sa tête depuis longtemps.

En partant elle ne put s'empêcher de lever les yeux vers la chambre d'Ichigo.

« Je t'en prie, Ichigo. Ressaisis-toi. » chuchota-t-elle.

A l'intérieur, le rouquin était toujours assis sur son lit, les yeux écarquillés, la bouche encore entrouverte. Seule une fine larme avait perlé au coin de ses yeux et coulé sur sa joue. Il l'écrasa de son pouce. Il n'en revenait pas de s'être laissé aller ainsi sans même se rendre compte qu'il n'était pas le seul à s'inquiéter. Il s'était pourtant promis de ne plus jamais faire preuve d'égoïsme. Et encore une fois, c'était Rukia qui lui ouvrait les yeux. Il lui devait tellement…

Il se releva d'un bond. Elle avait raison sur toute la ligne. Il devait se bouger !

« Mon pauvre Jaggerjack, tu sais pas c'que tu rates. »


Durant les semaines qui suivirent, Ichigo redevint tout à fait normal aux yeux de ses amis : tout sourire, acharné, amusant, bagarreur, détaché. Mais Rukia savait que le rouquin avait peine à avancer. Elle le connaissait par cœur. Pourtant Ichigo remontait bel et bien la pente, la tête haute, et s'il lui arrivait encore d'avoir le regard dans le vide, perdu dans ses pensées, il lui était de plus en plus facile de faire abstraction de cet océan turquoise qui s'imposait parfois à sa mémoire.

Un peu plus d'un mois passa et le ciel commença à se découvrir, signe que l'été approchait. Ichigo avait réussi tous ses examens avec brio. Pour fêter la fin des partiels, ses amis et lui étaient partis au bord de la mer pour le week-end. L'ambiance était conviviale, le paysage magnifique, la compagnie agréable et la musique plutôt bonne. Du moins jusqu'à ce que Renji, qui s'était improvisé DJ pour impressionner Rukia, ne décide de passer Rather Be de Clean Bandit.

Aussitôt, tous les membres d'Ichigo se crispèrent. Le battement lancinant des basses l'hypnotisait et la voix féminine le ramener plusieurs mois en arrière, au bord de l'eau scintillante, ou au coin de cette place où pour la première fois il avait croisé le véritable océan.

Il jura tout bas. Après tant d'efforts, il suffisait d'une simple chanson pour à nouveau le mettre à terre ?

If you gave me a chance, I would take it. It's a shot in the dark but I'll make it.

Ouais, si Grimmjow lui avait laissé sa chance, Ichigo lui aurait montré qu'on ne joue pas avec ses sentiments. Il se releva brusquement de la chaise sur laquelle il s'était assis et grogna en direction de ses amis, une lueur belliqueuse dans les yeux.

« Filez-moi une vodka. »

La soirée défila. Ichigo, grâce à de nombreux verres, avait fini par retrouver le sourire et à ne plus penser à ce stupide musicien. Et à chaque fois qu'il sentait qu'il allait y penser, il prenait un autre verre. Si bien qu'il dépassa rapidement la limite du raisonnable.

J'aurais aimé vous dire qu'Ichigo avait l'alcool-joyeux, ou l'alcool-drôle, l'alcool-sommeil ou encore l'alcool-triste, croyez-moi. Mais il n'en est rien, et Ichigo avait l'alcool-baston. Tous ses amis savaient qu'il démarrait au quart de tour lorsqu'il était ivre, ou du moins encore plus vite que d'ordinaire, aussi s'étaient-ils tous éloignés au bout d'un moment, le laissant seul et sans autre boisson qu'une bouteille d'eau pour qu'il se calme. Il avait déjà mis un coup à Hanataro, un jeune lycéen, alors qu'il était sans doute le plus doux et le plus adorable de tout le groupe -voire de tout le Japon.

Ichigo était assis sur le sable, face à la mer que la nuit l'empêchait de distinguer du ciel. Il grommelait contre ses amis et contre lui-même pour avoir frappé un d'eux. Mais il n'y pouvait rien, il savait bien qu'il avait besoin d'extérioriser.

« Oh, là ! Mais ça serait pas mon petit rouquin ? »

Ichigo sursauta et se retourna en hurlant.

« T'as dit quoi connard ?! Tu vas voir si je suis petit ! »

Et en se relevant, il envoya son poing dans la direction de la voix. Mais le gars en face de lui semblait être plus réactif puisqu'il attrapa sa main au vol et attira Ichigo contre lui. Celui-ci tenta de se dégager en redoublant de cris, de coups et de morsures jusqu'à ce que son agresseur – à qui les coups semblaient faire l'effet de caresses – éclate d'un rire profond et apaisant. Un rire qui remua les tripes d'Ichigo. Un rire qui était gravé dans sa mémoire au marqueur indélébile.

« -Grimmjow ?... souffla-t-il.

-Bien vu champion ! Mais qu'est-ce que tu fous à m'agresser comme ça ? T'es dev'nu susceptible ou quoi ? »

Le souffle d'Ichigo se bloqua. Il cligna des yeux une fois, deux fois, s'éloigna un peu et leva la main. Grimmjow prit aussitôt une position de défense mais au lieu de l'attaquer lui, Ichigo envoya sa main en plein dans son propre visage en un SLAP ! douloureux.

« Alors je suis pas en train de rêver, hein ? c'est pas un genre d'hallucination alcoolique ? »

De nouveau ce rire doux, viril, complètement inattendu. Ou plutôt attendu, depuis près de trois mois. Trois mois ! Et Grimmjow réapparaissait comme ça, d'un coup, comme un fleur, avec son sourire à la con, son attitude de bad boy et son putain de physique de rêve.

Ichigo aurait voulu le frapper, croyez-le ! Il aurait voulu lui hurler tout son ressentiment à la figure, toute sa peine. Mais il n'en fit rien. Au lieu de ça, il saisit une mèche océan et la regarda distraitement onduler entre ses doigts sous la légère brise.

Après tout, qu'avait-il le droit de dire ? Grimmjow ne lui devait rien. Ils s'étaient à peine connus. Comment aurait-il pu lui réclamer quoi que ce soit, exiger de lui quoi que ce soit ?

Pourtant il lui semblait impossible qu'il soit le seul à ressentir cette étincelle magnétique qui le saisissait dès que leurs chemins se croisaient.

De son côté, Grimmjow avait haussé un sourcil, intrigué par l'attitude d'Ichigo. Il ne pouvait pas se targuer de bien le connaître, mais il le connaissait suffisamment pour constater qu'Ichigo ne semblait plus tout à fait le même qu'i mois. Il ricana : et lui, il ne l'était clairement plus non plus. Ou plutôt il était redevenu l'homme qu'il avait été il y a de cela des années. Et il détestait ça.

Il laissa au roux le temps nécessaire pour qu'il reprenne conscience de ce qui se passait autour de lui. Ichigo finit par se détourner les yeux de la mèche qu'il avait en main et la laissa glisser entre ses doigts. Il voulait dire quelque chose d'intelligent ou d'approprié.

« Pourquoi tu m'as laissé ? »

Mais ce fut la seule phrase qui passa la censure de ses lèvres. Il recula d'un pas pour pouvoir regarder le musicien dans les yeux, soudain impassible.

Dans la nuit, les yeux de Grimmjow brillaient d'un million d'étoiles, assombris jusqu'à en devenir presque noirs. Le jour, ils ressemblaient à la mer. A la nuit tombée, ils se mêlaient au ciel.

Ichigo secoua la tête, la gorge nouée par ses réflexions et détourna le regard, incapable de soutenir celui de Grimmjow plus longtemps.

« -J'avais deux trois trucs à régler dans les environs. Mais je reviendrai dès que j'ai fini.

-Fini quoi ? »

Grimmjow fronça les sourcils. Ichigo était un garçon trop curieux pour sa sécurité.

« -Rien de très important, se contenta-t-il de répondre.

-Rien d'important ?! qu'est-ce qui n'a « aucune importance » et qui te pousse à partir pendant tout ce temps sans prévenir qui que ce soit ?! »

Ichigo perdait son sang-froid. Et Grimmjow perdit le sien.

« C'est pas tes putains d'affaires ! T'es qui au juste ? Ma copine ? Si je joue dans la rue, c'est parce que je veux ma totale liberté. J'ai le droit d'aller où je veux, quand je veux, et j'ai aucune attache. J'en ai rien à foutre des groupies qui acceptent pas mon mode de vie. »

Une larme de rage perla au coin des yeux d'Ichigo, mais il la chassa d'un revers de sa manche. Il était trop con. Vraiment trop con d'avoir pensé que parce que Grimmjow jouait d'une certaine manière, il ressentait de la même façon.

« Pfff… T'es qu'un enfoiré. »

Et il envoya son poing dans la mâchoire du bleuté qui, cette fois, ne put esquiver. Il recula de trois pas, une main plaquée sur sa joue, un éclat menaçant dans les yeux.

« Oh Kurosaki… Tu viens de signer ton arrêt de mort. »

Il ne reçut qu'un ricanement en retour.

Grimmjow se jeta alors sur le roux, l'empoigna par la taille et chuta avec lui dans le sable. Il roula sur son flanc pour se retrouver au-dessus, une main à plat à côté de son visage, l'autre renfermé en un poing ramené au niveau de son épaule, prêt à asséner un coup. Ichigo rua, essayant de se défaire de la prise du bleuté qui lui enserrait la taille de ses cuisses.

Alors que Grimmjow allait frapper, il parvint de justesse à le repousser et à rouler sur le côté. L'autre grogna. Grimmjow aimait les bastons mais il détestait que ses proies lui échappent. D'ailleurs, elles ne lui échappaient jamais très longtemps. Il se releva d'un bond et saisit le rouquin par le col, le relevant à son tour, puis il envoya son genou dans son estomac. Pas très fort, mais juste assez pour qu'Ichigo retombe sous l'impact. Pas très fort pour quelqu'un comme Jaggerjack, c'est déjà respectable.

Ichigo toussa, le visage collé au sol sablonneux, plié en deux, reprenant son souffle. Puis avec une lueur menaçante dans le regard, il s'agrippa aux jambes de Grimmjow qui réagit trop tard et bascula. Au même moment une vague plus importante que les autres les surprit et ils eurent la tête sous l'eau pendant un court instant.

« -Putain mais ça va pas ?! Elle est gelée ! hurla Grimmjow en recracha une gerbe d'eau.

-Ta gueule, c'est ta faute ! »

Ichigo ne s'en sortait pas mieux : il avait du sable plein la bouche.

Les deux hommes se regardèrent alors dans les yeux. Tout à coup, leur subite bataille leur sembla ridicule. Ils se détaillèrent en silence.

Du point de vue de Grimmjow, Ichigo semblait plus mince, les joues plus creuses, les cheveux plus longs. Et le feu brûlant qu'il avait l'habitude de déceler dans le regard chocolat avait terni, bien qu'il flambe toujours avec cette vigueur, cette volonté qui caractérisait le jeune homme. Etait-ce sa faute ?

De celui d'Ichigo, Grimmjow avait l'air exténué, usé. Il avait des cernes sous les yeux, et il lui semblait que de nouvelles cicatrices parsemaient sa peau : comme celle au-dessus de son sourcil droit, ou celle qui partait de sa clavicule et semblait se prolonger sous son t-shirt. Il remarqua aussi pour la première fois le tatouage turquoise sous les yeux du musicien, comme des peintures de guerre. Et que s'était-il passé pendant ces trois mois ?

Ils avaient changé, et cette opération avait commencé à la seconde où ils s'étaient rencontrés.

L'auraient-ils avoué ? Auraient-ils avoué qu'ils n'avaient eu de cesse de penser l'un à l'autre ?

Ils se fixèrent encore un instant, puis ils éclatèrent de rire. Un rire incontrôlable qui les faisait se rouler dans l'eau glacée et se tenir les côtes. Un rire qui faisait cicatriser les blessures, qui pardonnait tout.

Grimmjow se releva le premier, tendant une main secourable à Ichigo pour l'aider à en faire de même.

« J'suis désolé. »

Ichigo n'eut pas le temps de se demander s'il avait bien entendu, déjà Grimmjow l'avait poussé vers le feu de camp, où ses amis le regardaient d'un œil inquiet. Le roux tira sur la manche de son vis-à-vis avec un sourire en coin.

« -Tu as faim ?

-Le dernier arrivé est une tapette ! »

Et ils s'élancèrent comme deux gamins vers le petit groupe.

Leur relation était un peu comme ces quelques minutes : glaciale un instant, puis brûlante l'instant d'après. Cette pensée leur traversa l'esprit en même temps, les faisant sourire de plus belle.


Rukia avait haussé un sourcil en voyant le grand musicien débarquer sur la plage, épaule contre épaule avec son meilleur ami, mais elle s'était abstenue de tout commentaire. Le sourire d'Ichigo était bien trop important pour qu'elle vienne tout gâcher avec des remarques et questions désobligeantes. De toute façon, si Grimmjow merdait encore une fois, elle serait la première au courant. Et elle saurait faire regretter le bleu, même s'il faisait quatre têtes de plus qu'elle !

Malgré ces paroles, elle ne put s'empêcher d'esquisser un mince sourire en constatant à quel point les deux hommes allaient bien ensemble, de leur couleur de cheveux à leur allure en passant par cette flamme dévorante qui brûlait leurs regards. Ils se complétaient parfaitement.

Elle se détourna d'eux, laissant échapper un petit rire. Son regard tomba alors sur son ami Renji : une grand mec sexy, tatoué, avec des cheveux rouges et qui faisait tout et n'importe quoi pour essayer de l'impressionner depuis le début de la soirée. Son sourire s'élargit. S'il savait qu'il n'avait pas besoin de faire ça… Elle se dirigea vers lui d'un pas tranquille. Elle aimait bien le rouge…


Ichigo dévorait Grimmjow du regard. Il avait peur qu'il ne disparaisse à nouveau. Il avait peur que le mystère qu'il l'entourait ne s'épaississe encore. Alors il le regardait autant qu'il le pouvait. Il le regardait rire et se lier d'amitié avec ses amis à lui. Il le regardait manger comme un affamé, il le regardait fixer le feu avec mélancolie. Il le…

« Ça commence à dev'nir flippant Ichigo. »

Le roux recracha brusquement le contenu de son verre alors que Grimmjow riait à gorge déployée.

« Désolé, grommela-t-il. J'ai toujours un peu de mal à croire que tu es vraiment là… »

Le bleuté cessa de rire, surpris par le ton sérieux de son voisin. Ils étaient assis côte à côte autour du feu, où il n'y avait plus qu'eux. Les autres étaient soit rentrés chez eux, soit endormis plus loin, soit dans l'eau pour un bain de minuit.

Les flammes envoyaient des éclairs rougeoyants sur la chevelure rousse d'Ichigo, le rendant plus mystérieux et peut être encore plus beau que d'habitude. Grimmjow soupira. Il n'était décidément pas doué pour ces choses-là, mais il sentait que le plus jeune avait besoin d'être rassuré.

« -Ecoute Ichi, j'suis désolé, ok ? J't'apprécie vraiment et je voulais pas te blesser, c'est juste que…

-Te fatigue pas, le coupa le rouquin. J'ai compris. Je t'intéresse pas. J'aurais simplement aimé que tu me le dises avant de disparaître. »

Et sur ces mots emplis d'amertume, Ichigo se leva et rejoignit sa tente qu'il avait dressé un peu plus loin, au début de la soirée. Secrètement, il avait espéré que Grimmjow le retienne, mais personne ne l'avait arrêté et c'est avec tristesse qu'il ferma les yeux.

Mais il les rouvrit quelques instants plus tard lorsqu'il entendit une mélodie douce emplir les airs et le bercer de la plus belle des façons. Pourtant la musique avait un accent mélancolique qu'Ichigo ne lui connaissait pas, comme s'il surprenait Grimmjow dans un moment de faiblesse. Il resta allongé, le regard perdu dans le vide, à écouter le violoniste.

Grimmjow, de son côté, avait oublié le monde autour de lui. Comme à chaque fois qu'il frottait les cordes, son passé, son présent et son futur s'envolaient loin au-dessus des étoiles et ne restait que la musique, que les notes qui l'entouraient, l'envahissaient, lui faisant exorciser ses démons.

Mais cette fois, un visage demeura, un visage s'imposa à ses pensées. Un visage si doux, si harmonieux. Il ne le connaissait pas, pourtant il sut de qui il s'agissait, comme un instinct.

Un sourire étira les lèvres de la femme – car c'était un visage féminin – et elle dirigea son regard incroyablement aimant sur le côté. Grimmjow, hypnotisé, tourna à son tour la tête et ses yeux tombèrent sur Ichigo qui s'était endormi plus loin.

Sans trop savoir pourquoi, il hocha la tête et la silhouette de la femme s'évanouit comme un mirage avec un dernier sourire rêveur.

Le musicien ne comprenait pas ce qui venait de se passer. Il secoua la tête, perdu, et se laissa tomber sur une chaise près du feu, épuisé, comme s'il venait de signer un contrat pour lequel il avait dû se battre. Il passa une main dans ses cheveux océan, étouffant une exclamation. Il avait des hallucinations maintenant ?!

Dans le brusque silence, il reposa son regard sur Ichigo, détaillant son visage si harmonieux, son front détendu, ses paupières délicates, son nez droit, sa bouche si expressive. Ses cheveux feu-de-joie.

Les mots, c'était pour ceux qui savent bien parler, ceux qui savent communiquer. Grimmjow, lui, ne connaissait que le langage des notes, de la musique, aussi n'avait-il pas trouvé d'autre moyen pour témoigner à Ichigo combien il était désolé de l'avoir blessé, combien il aurait aimé ne pas être parti. Mais voilà : le passé refusait de le laisser en paix.

Il recommença à jouer, laissant ses pensées vagabonder, se remémorant douloureusement ses derniers mois.


Après cet après-midi au bord de la rivière avec Ichigo, il était resté quelques instants sur les rives, essayant de remettre de l'ordre dans son esprit complètement en bordel. Ce baiser qu'ils avaient échangé ne cessait de l'obnubiler. Il avait été étonné de cette étrange chaleur qui s'était répandue dans son corps. Il ne savait pas d'où elle venait, ni ce qu'elle représentait. Seulement qu'elle semblait toujours se manifester lorsque le jeune étudiant était près de lui.

Et ça l'avait fait grommeler. Grimmjow se définissait avant tout par cette indépendance acerbe et solitaire qu'il affichait en toutes circonstances. Il refusait de s'attacher à quoi que ce soit, à qui que ce soit. Il était bien placé pour savoir que le monde était égoïste et que tout le monde finissait toujours par abandonner tout le monde.

Et c'était à nouveau là, au bord de la rivière, qu'un homme était venu confirmer ses pensées.

« Jaggerjack ! T'as tué mon pote y a quelques jours ! (nda : tu as tué mon frère a Gstaad !... si vous avez la ref…) C'était une erreur… »

Grimmjow s'était tourné, déjà blasé. Il savait que sa tranquillité ne durerait pas éternellement, mais au fond il avait espéré qu'elle dure un peu plus longtemps que ça.

« C'est plutôt to qui en fait une en venant ici. Si tu sais c'que j'ai fait à ton pote – bien que tu n'aies aucune preuve – alors tu sais aussi que j'aurais aucun mal à te faire subir la même chose. »

Le type en face avait sifflé méchamment avant de ricaner.

« Ta gueule ! tu peux p't'être te faire un type, mais six, tu auras plus de mal. »

A ces mots, cinq personnes avaient surgi de derrière les monticules de terre, tous armés de canifs et autres battes de baseball.

Grimmjow avait étouffé un juron. Mais il s'était rapidement repris, esquissant à son tour un sourire carnassier, dévoilant toutes ses dents et, le regard un peu fou, il s'était avancé.

« Les gars, avait-il chantonné. Vous savez qui je suis. – il avait vu avec satisfaction le rang ennemi frissonner de peur – C'est vot' dernière chance de déguerpir. Je compte jusqu'à 3 et ça s'ra le bain d'sang. 1… 2… »

Deux types avaient tournés les talons, les autres étaient restés, pas rassurés du tout.

« 3. »

Et celui qu'on connaissait mieux sous le nom de La Panthère s'était déchainé. En cinq minutes, trois corps jonchaient le sol, la nuque dans un angle improbable et un quatrième (le premier agresseur) tentait de s'échapper en courant.

Grimmjow l'avait laissé faire, le regard sombre. Il était temps pour lui de faire un peu de ménage.


Grimmjow revint sur Terre en achevant son morceau. Il secoua la tête et rangea son instrument en soupirant. Autour de lui, tout le monde dormait, un léger sourire sur les lèvres. Le regard du bleuté s'adoucit. Il aimait voir l'effet de sa musique sur les gens. Et ces jeunes-là, ils étaient tout ce que Grimmjow avait toujours voulu être : insouciants, joyeux, simples, drôles. Pas enchaînés. Pas seuls.

Il passa une main lasse sur son visage, jeta un dernier regard à Ichigo assoupi, puis il se leva et partit. Ses yeux s'élevèrent vers la Lune qui l'enveloppait de sa douce lumière.

« Y a plus que toi et moi ma belle. Encore une fois. »


Ichigo se réveilla au petit matin avec la sensation d'avoir fait un rêve incroyablement agréable. Il esquissa un sourire et en une fraction de seconde, il revit sa soirée.

Grimmjow. Il était revenu, après 3 mois de silence radio. Il avait voulu être en colère, mais il avait juste été heureux de le revoir, de le ré-entendre. Simplement heureux de se rendre compte que tout ça n'avait pas été qu'un fantasme.

Un peu sonné par sa gueule de bois, il tituba hors de sa tente et jusqu'au feu de camp éteint depuis longtemps. Il était encore tôt et personne n'était réveillé.

Il chercha la silhouette imposante de Grimmjow des yeux, mais il eut beau tourner la tête dans tous les sens, il ne parvenait pas à percevoir le moindre éclat bleu dans le paysage rosé de l'aube.

Il sentit son souffle s'accélérer et la panique s'insinuer dans ses veines. Ses poings se crispèrent, une colère sourde gronda dans ses entrailles. Puis tout s'arrêta.

« Wouah, Kurosaki ! C'est quoi cette tête de tueur ?! »

Grimmjow venait d'apparaître à la lisière du petit campement, tenant dans une main une bouteille de jus d'orange et dans l'autre un sachet qui sentait bon les croissants tout chauds.

Le rouquin grommela un peu, complètement perdu par sa propre réaction et par cet accès de peur qui l'avait presque étouffé lorsqu'il avait cru que Grimmjow l'avait une nouvelle fois laissé.

« -J'ai ramené le p'tit dej. J'me suis dit qu't'aurais faim après t'être bastonné avec la moitié de la population hier soir.

-Ta gueule, grogna Ichigo – sans pour autant pouvoir s'empêcher de sourire – merci. »

Le musicien haussa les épaules, signifiant que ça n'était pas grand-chose, puis il s'assit lourdement à côté du roux, lui tendant une viennoiserie.

« -Ecoute Ichigo… commença-t-il. J'suis désolé d'être parti sans rien dire la dernière fois mais j'ai… certaines choses dont je dois m'occuper. Et ça va me prendre encore un peu de temps. »

Ichigo ne répondit pas. Il gardait les yeux baissés, continuant de manger tranquillement, feignant l'indifférence. Des miettes de croissant restaient collées au coin de ses lèvres, ce qui fit pouffer doucement de rire Grimmjow. Il approcha sa main et passa son pouce sur la bouche de l'étudiant avant de la porter à la sienne pour y lécher les miettes.

C'eut au moins le mérite de faire réagir Ichigo. Il sursauta et se releva brusquement, soudain colérique.

« Tu crois faire quoi là, connard ?! »

Grimmjow se recula un peu, surpris, et lui fit signe de baisser le ton s'il ne voulait pas réveiller le reste du monde.

« Je suis revenu, tu sais. Le lendemain de ce jour-. J'suis rev'nu ! Pour t'expliquer, parce que je pensais que tu en avais quelque chose à faire. Mais tu t'étais barré ! J'ai cru que je t'avais fait peur, puis au bout de 15 jours j'ai compris. T'en avais rien à foutre. T'en avais juste eu marre, alors t'étais parti. Mais moi je suis revenu. Tous les jours. »

Sa tirade s'était terminée dans un souffle. Epuisé, Ichigo se rassit, un silence lourd planant maintenant entre les deux hommes.

Le musicien comprit qu'il devait dire quelque chose. Il avait le sentiment que s'il laissait à nouveau le roux sans explication, il n'y aurait plus de pardon pour lui.

Il inspira profondément, cherchant ses mots, se demandant jusqu'où il pouvait se livrer. Mais Ichigo avait interprété le mutisme de Grimmjow comme un refus. Blessé, il se leva et commença à partir.

Aussi vif que l'éclair, Grimmjow le rattrapa par le poignet et le força à se rasseoir, un peu brusquement.

« Aie, Grimm ! Tu m'fais mal ! » grimaça Ichigo.

Le musicien l'ignora complètement puis planta son regard dans le sien.

« Après que tu m'as embrassé Ichi, j'étais totalement paumé. Y avait comme une tempête dans tout mon corps, et j'sais pas encore c'que ça veut dire, mais j'crois que tu m'plais. Et j'voudrais faire les choses bien avec toi. C'est la première fois que j'pense comme ça. Mais faut qu'tu saches. J'suis pas, ou plutôt je n'étais pas, un mec fréquentable. Et y a encore des gens qui m'en veulent pour les problèmes que j'ai pu causer. C'est pour ça que j'suis parti. Pour régler ces problèmes. Mais j'aurai bientôt fini. Donne-moi encore un mois Ichi. Encore un petit mois et j'te promets que j'merderai plus. »

Pas une seconde son regard ne cilla. Pas une seconde sa voix ne trembla. Il était sincère, plus peut-être qu'il ne l'avait jamais été, et Ichigo était trop choqué pour pouvoir dire quoi que ce soit. Aussi, Grimmjow se leva, se pencha sur le roux échangeant avec lui un baiser bref, lèvres closes, innocent. C'était un baiser-promesse qui laissa un goût sucré de croissants et de jus d'orange sur les lèvres d'Ichigo, puis il ramassa ses affaires et s'en alla sans se retourner.


Merci d'avoir lu !

N'hésitez pas à laisser une review (parce que j'aime ça), je vous fais des bisous papillons et je vous dis à la prochaine ! (c'est à dire le plus vite possible !)

Chloé

PS: au prochain chapitre, les choses sérieuses commencent et on passe en rating T (niark nirak)