Hermione était assise sur sa malle et observait le magnifique voilier face à elle. Elle n'arrivait tout simplement pas à croire qu'elle allait vivre là-dessus. Le voyage jusqu'au port de Plymouth l'avait exténué. La jeune fille n'avait pas arrêté de pleurer, en silence, sur la banquette arrière. Elle n'irait jamais au collège, elle quittait Londres qu'elle aimait tant, sa maison, sa chambre, tout. La simple idée qu'elle ne se retrouverait plus jamais derrière un bureau, stylo plume à la main, à écrire soigneusement les cours que dictait son professeur, lui brisait littéralement le cœur. Des larmes silencieuses coulaient le long de ses joues. Hermione détestait pleurer en publique, elle préférait se cacher dans les toilettes pour le faire. Mais là, c'était juste trop ! Lui demander comme ça un beau matin de tout quitter ! Qui plus est, pour habiter sur un bateau ! Même dans les livres ça n'arrivait jamais. Et des livres Hermione en avait lu, beaucoup. Tout ceux de son école, tout ceux de l'étage jeunesse de la bibliothèque jusqu'à la lettre « R ». Elle retint un nouveau sanglot à l'idée qu'elle n'aurait jamais l'occasion de lire jusqu'à la lettre « Z ». Mais ses parents s'étaient senti tellement coupable d'arracher ainsi leur fille à ses habitudes, qu'ils lui avaient offert cent livres sterling pour s'acheter autant de livres qu'elle le désirait à librairie du port pendant qu'ils réglaient les derniers détails avant leur embarquement. Hermione n'avait pas attendu une seconde et s'était précipité dans les rayonnages de la librairie, humant, peut-être pour la dernière fois avant un moment, la douce odeur du papier neuf. La caissière avait ouvert des yeux ronds quand elle avait vu débarquer la fillette les bras chargés d'une pile de livres presque aussi grande qu'elle. Hermione avait pris grand soin de choisir les ouvrages aux plus belles couvertures, aux pages les plus parfumées mais surtout les titres devaient contenir obligatoirement des mots comme : « licorne », « elfe », « dragon », « ange » ou « magie ». Elle adorait les livres fantasy car, comme elle le répétait souvent : c'est beaucoup mieux que la réalité ! Et sa réalité à elle se trouvait maintenant là : le bateau. Elle avait évidemment lu plein de choses sur les bateaux, elle savait même comment en diriger un, en théorie bien sûr. Mais l'idée de se trouver seule au milieu d'un océan, ou pire : d'une tempête ! L'a terrifiait. Elle se prit la tête entre les mains et se mit à compter les dalles en marbre du quai pour se changer les idées. A peine avait-t-elle atteint sept, qu'un homme s'approcha d'elle. Il était roux, avait un sourire bienveillant et portait une cape. « c'est la mode des capes ou quoi ? »se demanda Hermione.
Bonjour, dit l'homme gentiment. Tu es perdu ?
Non monsieur, répondit la jeune fille poliment, mes parents ne vont pas tarder mais je ne suis pas censé parler aux inconnus.
Ah oui excuse-moi, fit l'homme, mais ça ne devrait pas poser problème si je m'assois à coté de toi, non ?
Hermione hocha la tête. Cet homme avait l'air gentil, elle savait qu'il avait remarqué les traces de larme sur ses joues et parler à quelqu'un ne pouvait pas lui faire de mal après tout. Le roux s'assit donc à côté et elle lui demanda :
Comment vous vous appelez, monsieur ?
Arthur.
Comme le roi ? s'émerveilla Hermione. C'est un très beau prénom !
Il y a un roi qui s'appelle comme moi ? s'étonna l'homme.
Bien sûr ! Le roi Arthur, je l'ai lu dans un livre…
Alors il faudra que je fasse un tour à Fleury et B… à la bibliothèque ! tu as l'air d'une jeune fille très intelligente. Et toi comment t'appelles-tu ?
Hermione, c'est un drôle de prénom je sais, rougit la jeune fille. Un personnage d'une pièce de Shakespeare porte le même, j'espère juste que mon destin ne sera pas aussi… oh ! monsieur il y a une araignée sur votre chaussure ! s'exclama-t-elle le doigt pointé en direction de la bête.
L'homme baissa les yeux vers sa chaussure où, en effet une araignée se baladait entre les lacets. Il l'envoya valdinguer plus loin d'une pichenette tout en riant.
En plus d'être intelligente tu es très courageuse ! Mon fils, qui doit avoir après peu le même âge que toi, à une peur bleue des araignées depuis un sale tour de ses frères, mais c'est un gentil garçon, tu l'adorerais.
J'aurais bien voulu être dans sa classe, soupira Hermione.
Oui, elle aurait bien voulu rencontrer de nouveau camarades et se faire enfin des amis Malheureusement elle savait qu'elle n'aurait jamais cette chance…
L'homme pensait la même chose mais les raisons étaient bien différentes.
Non mais c'est pas vrai ! hurla Hermione.
L'homme se retourna, surpris, vers la jeune fille qui un instant plus tôt était calme et assise. A présent Hermione était debout et furieuse, les deux mains sur les hanches. Elle venait juste de voir un groupe d'adolescent jeter leurs canettes vides dans l'eau du port. Elle détestait par-dessus tout voir des gens polluer ainsi la nature.
Arthur fut impressionné par le regard sévère qu'Hermione adressa au groupe de jeune qui s'empressa de s'éloigner. Mais il étouffa une exclamation de surprise quand il vit qu'au même moment toutes les voiles des bateaux du quai se décrochèrent subitement avant de s'écraser sur la coque des voiliers comme par magie... Tous les passants sursautèrent mais la jeunes fille ne vit rien de tout cela car elle venait d'apercevoir ses parents qui lui faisaient signe de les rejoindre. Elle offrit un sourire à Arthur, lui fit un timide au revoir, avant de courir vers ses parents. Elle ne l'entendit donc pas quand il souffla :
Finalement oui, elle sera sans doute dans la même école que mon petit Ron !
Hermione entra timidement dans le bureau de bureau de poste. Ses parents l'attendaient qui l'extérieur lui avait dit qu'elle devait récupérer le colis du CNED, l'organisation qui se chargeait des cours par correspondance auquel elle aurait droit pour une période encore « indéterminée » d'après eux. Elle s'avança jusqu'au comptoir mais l'endroit était parfaitement vide. Elle se retourna et fit un sourire nerveux à ses parents derrière la vitrine.
Mademoiselle Granger ?
Hermione sursauta puis se retourna à toute vitesse. Derrière le comptoir se tenait une vieille femme à l'allure sévère. Elle portait des petites lunettes carrées et un chignions très serré. Il se dégageait d'elle une sorte d'aura qui forçait le respect. Hermione, même intimidée, réussit à dire sans trembler :
Bonjours, oui c'est moi. Je suis là pour récupérer mon coli du CNED.
Je sais, je vais vous chercher ça tout de suite mademoiselle Granger.
La femme se retourna et ouvrit la petite porte de ce qui devait être la réserve et enjamba un… corps !
Qu'est-ce qu'il lui est arrivée ? s'exclama Hermione en se penchant par-dessus le comptoir pour observer l'homme allongé, les bras écartés, entre deux cartons.
Hum, fit la femme en revenant avec non pas un mais deux colis, il fait une petite sieste j'imagine…
Hermione adressa un dernier coup d'œil à l'homme qui semblait même sourire dans son sommeil avant de s'intéresser aux deux cartons devant elle.
Le premier carton contient des cahiers avec les cours mold… Normaux : Maths, anglais, SVT, etc. Ainsi que des contrôles que tu devras envoyer le plus souvent possible, à chaque fois que tu mettras pied à terre. Quant au second carton…
Elle se pencha ver Hermione et continua à voix basse :
N'en parlez pas à vos parents, il en suivrait des conséquences fâcheuses… Ce carton c'est un programme spécial, pour vous, parce que vous êtes spéciale Hermione Granger. Le contenu va surement vous étonner mais il parait que vous aimez lire du fantasy donc ça devrait vous plaire. C'est tout ce que je peux vous dire, c'est tout ce que je peux faire pour vous miss Granger en attendant que… que nous trouvions une solution. Je vous souhaite bien du courage.
La femme lui fit un mince et mystérieux petit sourire. Hermione sortit de la poste les deux cartons sous les bras et complétement déconcerté. « Décidément les mystères s'enchaînent ! », pensa la jeune fille. Mais l'idée d'un programme spécial lui donna une pointe d'espoir. Peut-être allait-elle s'amuser finalement… Peut-être…
C'est néanmoins avec beaucoup de mélancolie qu'Hermione regarda le port s'éloigner lentement. Elle se disait que c'était triste de partir sans personne pour vous faire de grands signes d'au revoir depuis le quai. Elle aurait même souhaité que ce gentil homme roux soit là mais il n'y avait qu'un chat tigré assis sur un muret qui la regardait partir.
Madame Granger céda la barre à son mari, s'approcha et enlaça sa fille qui se mit à pleurer doucement. Elle ne comprenait pas pourquoi, mais Hermione savait au fond d'elle-même que sa place n'était pas ici.
