Lahira

Quand donc cesserait-elle de souffrir ?

Il n'y avait pas d'autres questions que celle-ci. Le monde était désormais réduit à la douleur qui irradiait dans son ventre, dévorait ses os. Lahira laissa échapper un halètement en essayant de réfléchir. Dans le dédale de ses pensées fuyantes et désordonnées, un mot se fit plus net. Poison. Le poison était la seule explication possible à ce silence qui enveloppait la caravane, d'ordinaire si animée.

Geignement.

L'idée de mourir s'infiltra dans ses veines jusqu'à la figer, plus atroce que le poison lui-même. La petite cuisinière de la caravane d'Itinérants se redressa sur ses avant-bras. Voulut se redresser. Le moindre tressaillement la pétrifiait. Il fallait qu'elle se lève pourtant, qu'elle appelle à l'aide, elle devait...

Geignement. Elle se laissa retomber sur le dos.

Poison. Des dizaines de visages défilèrent devant ses yeux, meurtriers potentiels. Kilmourn, cette brute, s'était enfui ; elle repoussa Hoûl, le cuisinier en qui elle avait toute confiance, Hurj Ingan qui l'avait défendue, Ellana qui l'avait protégée...Aucun membre de la caravane ne pouvait être dangereux. D'ailleurs, de manière générale, personne ne semblait dangereux ou suspect aux yeux de Lahira. La méfiance était pour elle un sentiment nouveau. A peine éclot et déjà prêt à mourir avec elle.

Geignement.

Cambrée à cause de la douleur, elle luttait pour rester lucide. Un visage flottait devant elle sans qu'elle puisse y mettre un nom. L'homme en noir, le marchombre, celui qui parlait peu. Elle se raccrocha à son image jusqu'à ce que sa mémoire revienne. Salvarode. Il...

Poison de feu. Le geignement devient cri.

« Je ne veux pas mourir ! »

Le cri s'étrangle dans sa gorge, et le monde s'éteint.


Lahira ouvrit les yeux.

Autour d'elle, la caravane avait disparu. Elle n'était plus allongée dans l'herbe, mais dans un lit. À l'autre bout de la pièce, un homme s'affairait. Il était habillé en médecin et ne la voyait pas.

Incapable de parler, sa main remonta le long de son ventre, à la recherche d'une cicatrice, d'une marque, et ne trouva rien. Elle fut surprise de ne trouver aucune douleur.

Surprise et émerveillée.

À sa gauche, une silhouette se balance sur une chaise, vraisemblablement en train de guetter son réveil. Une silhouette élancée, vêtue de noir. Ellana.

En croisant son regard, elle lui sourit.

« Bonjour, Lahira. »