OOO Flashback OOO

Peut-être qu'il n'aurait pas dû lui dire bonjour.

Peut-être qu'il n'aurait pas dû lui sourire.

Peut-être qu'il aurait dû l'ignorer.

Ce n'était qu'un collègue. Rien de plus.

C'était la faute à pas de chance de le croiser dans ce fast-food un dimanche après-midi. Nasir, accompagné de son mari, sait qu'il va prendre cher à l'instant où ils quittent le restaurant. Dans une rage folle, son mari jette leurs menus au sol en hurlant :

_Tu crois que je n'ai pas compris ? Je sais que tu baises avec lui ! L'accuse son mari en l'empoignant par les cheveux pour le traîner jusqu'à la voiture.

Nasir n'essaie pas de se débattre, ça ne ferait qu'empirer les choses. Il se contente de suivre comme il peut, plié en deux jusqu'à ce que son homme l'oblige à rentrer de force dans la voiture. Il y a des témoins autour d'eux, mais personne ne réagit.

Personne.

Ensuite, son époux fait le tour du véhicule en maugréant, et il entre dans la voiture en claquant la portière violemment.

Nasir sursaute.

_ Un innocent ne réagirait pas comme ça. Je le savais ! Traînée. Dit son mari avant de lui cracher dessus.

Nasir ne réagit pas. Il a beaucoup trop peur. Il n'ose même pas frotter son visage. Ses mains tremblent et il essaie de le cacher pour ne pas accentuer la colère de l'homme assis à ses côtés.

Il fait démarrer la voiture, et Nasir a l'impression qu'il peut entendre les rouages du cerveau de son homme qui fulmine. La rage dégouline de ses yeux, ses mains sont blanches autour du volant, l'entièreté de son corps tendu sous la rage. Il est comme une cocotte sous pression, et ça ne va pas tarder à exploser.

La voiture s'arrête à un feu rouge, laissant l'opportunité à son homme de se focaliser sur Nasir. Sans prévenir, il empoigne encore les cheveux de Nasir pour lui claquer la tête contre le tableau de bord. Plusieurs fois. Nasir est sonné et il ne réalise pas qu'il saigne du nez.

_Maintenant, tu feras tout ce que je te dis ! Lui dit son époux. Ça sonne comme une sentence que Nasir doit accepter.

Nasir est étourdi. Il ne sait pas répondre à la question et ça agace son compagnon.

_Compris ?! Compris ?! Insiste l'homme en lui donnant plusieurs petites tapes à l'arrière de la tête.

Nasir a le tourni mais il parvient à hocher la tête. Il a mal. La journée avait pourtant bien commencée.

_T'as vu ce que tu me fais faire ?! fait remarquer son compagnon en désignant le nez sanguinolent de Nasir.

_Je ne le ferai plus. S'excuse Nasir en prenant un paquet de mouchoir que son mari à la décence de lui donner.

Je ne le ferai plus.

Je ne le ferai plus.

Je ne le ferai plus.

OOO Fin du flashback OOO

_Vous avez une personne de contact ? Demande l'infirmière afin de remplir son anamnèse.

Nasir a beaucoup de mal à rester éveiller. Il est comme dans un rêve. Il essaie de se concentrer pour comprendre la femme en blanc.

Une infirmière.

Nasir observe les détails autour de lui. Il est à l'hôpital, et il ne sait pas comment il a atterri là. L'air se bloque dans ses poumons. Il a terriblement mal à la poitrine, et quand il essaie de se redresser, il aperçoit un tuyau épais lui sortir d'entre les côtes. La panique le surprend quand il demande :

_Qu'est-ce que je fais ici ?

_Vous avez été agressé.

Nasir essaie de comprendre ce que la femme lui dit, mais il n'arrive pas à rassembler ses souvenirs. La pièce manque d'air et Nasir à l'impression qu'il va suffoquer. Les draps sont rêches contre sa peau. Il porte juste une blouse hospitalière, hideuse et usée. Nasir sent qu'il va tourner de l'œil mais l'infirmière lui repose la question.

_...de contact ?

_N-non.

_Vous avez de la famille qu'on pourrait contacter ? Des amis ? Insiste la femme en blanc.

_Ma famille est morte dans un bombardement quand j'avais 6 ans. Répond Nasir de manière détachée.

Nasir ne parle jamais de sa famille, et il ne l'aurait certainement pas fait s'il n'était pas sous l'emprise des médicaments. Il n'en parle jamais car ça ravive des souvenirs auxquelles il ne veut plus penser. Il y a un trou dans son cœur.

_Je suis désolé monsieur Hama. Je ne voulais pas me montrer indiscrète. Dit la femme avec empathie avant de se lever en comprenant qu'elle n'obtiendra rien de lui pour l'instant. L'infirmière choisit de le laisser tranquille pour le moment.

_Vous avez besoin de quelque chose ? Demande-t-elle poliment en jetant un coup d'œil aux perfusions en cours.

Spartacus.

_Mon chien…comment va mon chien ? Se rappelle Nasir.

Il revoit son chien blessé alors qu'il ne faisait que le défendre. Nasir a l'impression de recevoir un nouveau coup de couteau. Il revoit son homme, et il entend ses reproches. C'est comme si tout rampait sous sa peau. En fait, c'est un cauchemar.

Agron.

Son rythme cardiaque se met à grimper sur le monitoring qui commence à sonner. La respiration de Nasir devient laborieuse, il a l'impression de se noyer.

_Vous avez mal quelque part ? S'inquiète l'infirmière et Nasir se contente de hocher la tête.

_Très bien. Je reviens tout de suite. Lui dit la femme en blanc.

Elle revient quelques secondes plus tard avec une perfusion qui remplace l'une de celles branchées. Alors qu'elle connecte la trousse, elle ajoute :

_Je vais me renseigner pour votre chien.

_Merci. Dit Nasir avec des larmes contenues avant de sombrer une nouvelle fois dans une abysse froide et lugubre.

OOO

On ne parle pas de ces choses dans la presse, peut-être dans les faits divers. Le sujet des violences domestiques n'intéresse personne, mais si ça implique une célébrité, alors la presse en fait une saga. Agron a l'habitude de ce genre de choses, et ça le fait rire la plupart du temps, sauf que cette fois-ci le nom de Nasir Hama est collé au sien. Toute la presse parle de l'agression.

C'est une nouvelle agression, inattendue, dont Nasir n'avait pas besoin, déjà très affaibli par son pneumothorax.

OOO Début Flashback OOO

C'est le 31 décembre. Il s'est bien habillé pour l'occasion car son mari lui a promis une soirée qu'il n'oublierait pas.

Il attend.

Il boit une coupe et il attend encore.

Il s'inquiète, et il envoie un message. Puis il attend.

Nasir sait qu'il ne viendra pas. Il n'en vaut pas la peine. Il regarde le décompte de la nouvelle année à la télévision et il s'endort dans le canapé.

Quelques heures plus tard, son mari rentre finalement. Avec un ami. Il est évident qu'ils reviennent d'une soirée. Ils sont un peu éméchés, et tous deux ont des confettis coincés dans les cheveux.

_Oh tu m'attendais bébé ? Demande trop gentiment son mari. Un hypocrite. Il vient ensuite coller sa bouche sur la joue de Nasir, une tentative pour se faire pardonner. Nasir peut sentir qu'il pue l'alcool et la fumée de cigarette, mais il ne dit rien.

_Pour m'excuser, j'ai rapporté une bonne bouteille de champagne. Annonce son époux en tendant la bouteille vers son ami.

Sans y être autorisé, l'inconnu prend les verres sur la table dressée. Il ouvre la bouteille avant de servir, puis il tend l'un d'entre eux à Nasir. Encouragé par son époux, Nasir sirote son verre. Le champagne est délicieux. Son homme de bonne humeur, et l'inconnu charmant.

Peut-être trop.

Nasir pense qu'il va avoir des problèmes, mais son homme ne semble pas perturber par les compliments que lui fait son ami. Au contraire, il sourit et Nasir est ravi.

Il est tard, et peut-être que c'est pour ça que Nasir se sent tout à coup bizarre. Sa tête est lourde et ses gestes comme ralentis. Il a l'impression de faire une chute de tension, et il veut le dire mais il n'arrive plus à parler. L'ami de son mari se lève pour venir près de lui, et Nasir pense qu'il veut l'aider, sauf qu'il pose une main sur sa cuisse. A côté de lui, son époux se rapproche pour lui murmurer :

_On va bien s'occuper de toi, bébé.

OOO Fin du flashback OOO

_Avez-vous déjà trompé votre époux ? Lui demande l'agents.

La question est froide, comme s'il avait demandé un tournevis, et Nasir en a la chair de poule. Ce type le déteste.

_Non. Bien sûr que non. S'essouffle Nasir.

L'agent se fout de l'épreuve qu'il fait vivre à Nasir. En fait, ça le fait carrément chier d'être ici et il ne le cache pas.

_Mais ça vous est arrivé de coucher avec d'autres hommes, non ? Demande l'agent en relevant des yeux perçants sur Nasir.

Là, dans son regard, Nasir peut voir qu'il est déjà coupable. L'agent sait et Nasir a l'impression de recevoir un coup de poing dans les côtes.

_Oui. Mais-

Il est immédiatement interrompu par l'agent qui ne veut pas entendre ses explications.

_Je ne suis pas là pour vous juger, ou pour juger votre mode de vie monsieur Hama. Allons aux faits pour clôturer cette affaire dans les plus brefs délais. Dit l'agent en perdant patience.

_Ah non ?! Craque le syrien. Vos questions… C'est comme si… C'est comme si vous tentiez de justifier son geste.

Nasir doit inspirer plusieurs fois pour reprendre son souffle et pouvoir poursuivre :

_J'ai fui mon mari parce qu'il me frappait. J'ai porté plainte à plusieurs reprises…

Nasir halète sans trouver l'air nécessaire et il commence à ressentir une profonde détresse. Il étouffe. Près de son lit, une machine commence à sonner, alors que son front se couvre d'une fine pellicule de sueur froide, mais il continue :

_Et qu'est-ce que vous avez fait pour m'aider ? Et maintenant…vous…me posez ces questions…et vous n'écoutez…même pas… Si vous preniez le temps…de m'écouter,… si vos collègues avaient pris…, alors vous comprendriez…qu'il a tenté de…que je suis…je suis sa chose…

Le fil de son discours se découd alors que sa saturation baisse dangereusement. Une infirmière ne tarde pas à entrer dans la chambre, suivi de près par un médecin fâché qui ordonne à l'agents de quitter les lieux prestement.

OOO

On frappe légèrement à la porte. Nasir se tend dans le lit. Il ne veut plus voir personne. Il est épuisé et il ne veut plus répondre à des questions. Il veut juste dormir.

En l'absence de réponse, la porte s'ouvre légèrement laissant passer une tête que Nasir pensait ne plus jamais revoir. La gorge sèche, et les idées en vrac, il ne sait pas quoi dire.

_Salut. Je peux entrer ? Demande Agron tout bas comme s'il craignait de briser le silence.

Nasir hoche la tête, bien incapable de parler. Il est très pâle, et ses yeux donnent l'impression de s'enfoncer dans leurs orbites tant les cernes sont marquées.

_Je pensais que tu dormais. J'étais simplement passé pour te déposer quelques affaires. Dit Agron en entrant dans la chambre, un grand sac de sport à la main.

Nasir a déjà été hospitalisé à cause de son mari. Nasir a l'habitude d'être seul.

Abandonné. Personne ne s'est jamais soucié de lui, et encore moins de lui apporter des affaires.

Alors, Agron qui se tient là et qui le regarde… Nasir sent son cœur se serrer.

Puis la honte le submerge en repensant aux gros titres dans la presse people. Et avec l'enquête, Agron a certainement été interrogé par la police. Peut-être même qu'il a entendu leurs jugements méprisants.

Nasir déglutit :

_Ce qu'ils disent sur moi… C'est faux.

Nasir ne veut pas que le combattant ait une piètre image de lui.

_Je sais. Le rassure très sérieusement Agron, habitué aux rumeurs avant de plaisanter :

_Tu parles à ton amant. Lui rappelle Agron en relevant les sourcils, rapportant le mensonge favori du moment.

La presse à scandale prête une relation entre les deux hommes. L'un étant désigné comme l'amant possessif, l'autre l'époux coupable d'adultère. L'un des articles implique également Spartacus, pas le chien, mais le collègue et ami d'Agron, lui aussi combattant de MMA.

Le cœur de Nasir se pince à l'évocation de cette histoire. Agron doit avoir honte, mais pas autant que Nasir qui trouve secrètement Agron très attirant. Ce n'est pas le moment. Nasir sourit avec un air désolé sur le visage. Il n'a jamais voulu créer des ennuis à la star.

_Je suis désolé. Dit la voix vacillante de Nasir. Il devine que son voisin est là par politesse et qu'il ne le reverra peut-être plus. A sa place, Nasir changerait d'immeuble. Nasir détourne le visage pour ne pas montrer sa vulnérabilité. Il se sent pathétique.

_Non. Il ne faut pas…je suis content.

Nasir se retourne pour le dévisager. Il ne comprend pas :

_C-content ? Répète-t-il.

_On va le boire ce verre ?! Tu me l'as promis. Sourit l'athlète comme un gosse s'émerveille devant des cadeaux, et bon dieu son sourire illumine la pièce pour chasser la tristesse de Nasir.

_Si tu es toujours d'accord ? Demande nerveusement Agron. Peut-être que son mystérieux voisin a oublié sa promesse. Ça ne serait pas étonnant. La déception manque de buller dans l'estomac du sportif, et son sourire se crispe en attendant la réponse de l'autre.

Nasir hoche la tête en rougissant, si c'est possible, et Agron sent sa nervosité l'abandonner.

Nasir pensait que c'était juste du blabla pour le tenir éveillé. Maintenant, il a juste envie de se ronger les ongles en y pensant, sauf qu'Agron change de sujet :

_Spartacus va mieux. Il a une patte cassée. Le vétérinaire dit qu'il ne devrait pas y avoir de séquelle. Il passe ses journées à la porte de mon appartement. Je pense qu'il t'attend. Ronronne la voix d'Agron.

Agron est stupéfait de la transformation sur le visage de Nasir.

Le bonheur et la surprise macule le visage de Nasir tandis que l'allemand cherche dans son téléphone les preuves de ce qu'il raconte. Agron fait défiler quelques photos avant de s'arrêter sur celles du chien.

Nasir le pensait mort.

_Oh, merci. Merci. Personne ne savait me dire où était Spartacus. Et j'ai cru... Nasir se tait, la gorge serrée par l'émotion. Il doit fermer les yeux quelques instants pour parvenir à se calmer. Ça lui prend toute son énergie.

_Je suis désolé. S'excuse Nasir, fatigué en frottant ses paupières humides.

Agron ne dit rien, au contraire il pose une main réconfortante sur son épaule.

_Je m'occuperai de lui jusqu'à ton retour. Tu devrais te reposer. Dit Agron en se levant, bien conscient de la fragilité de Nasir.

Nasir sent son cœur exploser, son corps transportés par toutes ses émotions. Agron est si gentil avec lui, et Nasir voudrait garder les yeux ouverts mais il n'en a plus la force. C'est beaucoup trop pour lui, et Nasir sent une force invisible l'aspirer. Il lutte mais il n'y arrive pas. Il ne veut pas qu'Agron s'en aille. Il ne s'attendait pas à lui, pas à ça. Puis, il pense rêvé quand Agron se penche sur lui pour déposer un baiser sur son front. Le geste est si tendre qu'il apaise Nasir, et ce dernier à les yeux fermés avant même qu'Agron ait quitté la pièce.

OOO

Une suite ? Je ne sais pas...on verra simplement jusqu'où ça va...

Merci pour les commentaires :) C'est le bonheur ultime lorsqu'on écrit une fic.