CHAPITRE 1
« Takaaaa… »
J'esquissai une légère grimace en pivotant sur mes talons et, la main passée dans mes cheveux bruns pour les frictionner, je fis face à Tomoya qui me regardait les yeux grands ouverts, la main tendue en direction de sa chambre. Aish, il s'en est rendu compte… En même temps, il n'allait pas pouvoir demeurer bien longtemps caché, le petit garçon.
« Oui… ? fis-je innocemment en esquissant un petit sourire niais.
— Qu'est-ce que ce gosse fait dans ma chambre ? Sur mon lit ?! s'exclama-t-il en insistant bien sur le « mon ».
— Je crois qu'il dort.
— Tu te fiches de moi là, pas vrai ? s'exaspéra-t-il devant mon visage amusé de la situation. Et qu'est-ce qu'un gosse fait là d'ailleurs ? Il s'appelle comment ? Taka… »
La technique fuite venait de rater. Tomoya m'avait rattrapé par le col, me traînant jusqu'à la fameuse pièce où Tomo s'était endormi. Comment pouvait-il avoir envie de le faire sortir de là ? Il était terriblement mignon en train de dormir là, son doudou dans une main et son autre petite main fermée en un poing…
Je lâchai un profond soupir tandis qu'il me relâchait, croisant les bras sur sa poitrine. Que pouvais-je bien lui répondre ? Lui déclarer que cet enfant était… mon fils ? Même à moi cela ne me paraissait pas réel, alors comment allais-je bien pouvoir dire cela à mon ami ? Je ne pouvais pas donner de réponse à ses questions, pas maintenant, pas là… Et je ne voulais surtout pas réveiller le petit monstre comment ça se passait ensuite ?!
Je lançai un regard à mon ami, puis sur… Tomo qui ne bronchait pas, à mon ami, puis à Tomo… Je déglutis et l'unique chose qui me traversa l'esprit fut de partir m'enfermer à double tour dans la salle de bain. Je me laissai glisser contre la porte – dos contre cette dernière donc – et je ramenai mes jambes contre mon torse, les entourant de mes bras, afin de finalement déposer ma tête sur mes genoux pour fixer un point dans le vide tout droit devant. Dans quel pétrin me suis-je encore mis ? songeai-je, Tomo…
« Tomo… », répétai-je en un chuchotement.
Il avait les mêmes cheveux que moi, cette couleur brune et cette épaisseur sur le dessus, les mêmes yeux noirs bien ouverts sur le monde qui l'entourait – du moins l'imaginais-je seulement dans l'immédiat étant donné qu'il n'avait fait que dormir depuis que sa… mère, me l'avait déposé dans les bras –, mais il avait les lèvres fines et délicates de mon ancienne copine ainsi que ses pommettes légèrement rehaussées et son petit nez retroussé.
Mais il avait beau être aussi adorable, moi j'étais bien incapable de m'occuper de lui ! Et pourquoi Sae était-elle partie aussi rapidement et sans me donner davantage d'informations ? J'avais le droit de savoir tout ce qui s'était passé durant ces deux dernières années, non ? Tu reviens tout à coup dans ma vie pour me laisser un enfant et t'en retourner… Je t'en supplie, reviens me raconter, juste ça j'ai envie de savoir, j'ai besoin de tout savoir !
Ce fut des frappements à la porte et la poignée qui se tourna qui me firent revenir à l'instant présent, sursautant même un peu.
« Ouvre Taka, je sais que tu es là-dedans. »
Je n'ouvris ni la bouche, ni la porte.
« Taka… », répéta-t-il une nouvelle fois.
Je ne bougeai pas.
« Takahiro ! », haussa-t-il la voix en secouant avec plus de conviction la poignée.
Quand Tomoya m'appelait par mon prénom complet, je ne pouvais que me taire et revenir près de lui pour écouter ce qu'il avait à me dire. Dans le cas contraire, généralement, ça partait très vite en vrille… Il était assez colérique et nerveux Tomoya quand il le voulait, mais c'était un brave garçon, il prenait vraiment soin de tout notre petit groupe d'amis, nous comprenait et savait comment nous gérer, tout en conservant son côté aussi idiot que nous-autres.
Je rendis donc les armes en me relevant.
« Oui, je suis là.
— Sors donc maintenant. »
J'acquiesçai (bien qu'il ne pût le voir) puis me passai rapidement de l'eau sur le visage avant d'ouvrir la porte, pas franchement fier de ce qui s'était passé. J'avais l'étrange impression d'être un enfant qui avait fait une bêtise, qui allait se faire réprimander par son père…
« C'est qui ce gosse ? réitéra-t-il sa question.
— Le… le petit garçon de mon cousin germain ! lâchai-je sans trop comprendre d'où me venaient ces mots, ce mensonge. Sa femme me l'a confié pendant un petit moment… Mon cousin… Il est parti en dehors du Japon pour son travail et sa femme elle a des problèmes dans sa famille… »
En fait, t'es vraiment qu'un pauvre imbécile. Un lâche qui n'assume même pas ce qu'il a fait, me dis-je en mon for intérieur. Si j'avais pu le faire, je me serais frappé, mais étais-je au moins convainquant… ? Un regard vers Tomoya.
« Combien de temps ?
— Euh… Quelques semaines… mois ? rajoutai-je très peu certain de mon coup cette fois-ci.
— Si je ne te connaissais pas aussi bien, j'aurais tendance à me dire que tu es juste en train de me raconter un gros mensonge immense et que tu es aussi largué que moi sur ce gosse… Mais je te connais, alors je te crois. », termina-t-il en déposant amicalement sa main sur mon épaule.
Nous échangeâmes un franc sourire.
« Toru et Ryota sont au courant… ? m'interrogea-t-il.
— Non, pas encore.
— Ils ne devraient pas tarder à rentrer, ça fait plus d'une heure qu'ils sont partis faire les courses, à moins ce qu'ils se soient perdus… »
Ils avaient sûrement dû s'arrêter dans le rayon des jeux vidéo et y passer davantage de temps dans ce rayon-là plutôt que dans les rayons de nourriture nous laissions toujours Toru et Ryota faire les courses bien que nous sachions pertinemment que ces deux-là ne nous ramenaient pas forcément ce que nous espérions.
Tandis que Tomoya se dirigea vers la cuisine pour se préparer un peu de thé, je me laissai tomber sur le canapé et allumai la télévision. Je tombai sur une émission où le sujet du jour était « les familles monoparentales »… Il y avait essentiellement des femmes avec leurs enfants qui racontaient qu'elles avaient perdues leur mari ou qu'il était tout simplement parti mais il y avait également un père, avec sa petite fille – ce qui, évidemment, m'intéressa davantage.
« Ma compagne et moi vivions ensemble depuis plusieurs mois, depuis la naissance de notre fille à vrai dire, puis du jour au lendemain, elle n'est plus jamais rentrée. Elle m'a simplement laissé un papier, sur la table, qui donnait de très vagues excuses, quelques recommandations ainsi qu'une phrase de conclusion qui disait, si je me souviens bien, « je dois m'en aller », expliqua-t-il. Et voilà à présent plus de cinq mois que je ne l'ai pas revue. »
Déconcerté, je sautai littéralement sur la télécommande pour changer de chaîne et mettre des clips qui tournaient en boucle. Est-ce que Sae reviendrait… ? J'osais l'espérer. J'ignorais tout de cette histoire, mais pendant que Tomo dormait, je ne voulais pas y songer. Je repoussais le plus possible cet instant où je serais réellement au pied du mur, par angoisse, par peur de ce que je ne connaissais, jusqu'alors, absolument pas.
Quelques minutes plus tard la porte d'entrée s'ouvrit sur Toru et Ryota, les bras chargés de deux poches chacun. Je me levai pour leur venir en aide, déposant une poche sur la table de la cuisine – où se trouvait encore Tomoya qui buvait tranquillement son thé (à la menthe).
« Ce n'est pas trop tôt ! les charria-t-il, on a bien crû que jamais vous ne reviendrez.
— Toru a vu un jeu de guerre, s'excusa Ryota, il a l'air génial !
— Vous avez pu l'essayer ? m'enquis-je en défaisant une des poches.
— Non, il ne sort que le mois prochain, me répondit Toru en m'aidant, mais on nous a montré des extraits. »
J'acquiesçai, vaguement préoccupé par autre chose. Dans ce qu'avaient rapporté mes deux amis, il y avait de nombreuses choses, certes, mais aucun produit qui convenait à un enfant de l'âge de Tomo. Il devait certainement avoir besoin de lait et des couches seraient bien pratiques pour le changer… Je me souvins du sac que Sae m'avait également remis, peut-être en avait-elle mis quelques unes ? Histoire d'en avoir le cœur net, j'abandonnai là mes trois amis pour retourner dans le salon regarder dans ses affaires. Un autre doudou, une tétine, un biberon, un sachet de lingettes, quelques cotons, trois couches ainsi qu'un cahier… Je le pris : le carnet de santé de Tomo. Le posant, je repris mes fouilles, dénichant une feuille où était écrit, en deux colonnes « oui » et « non », des noms d'aliments. Bon…
« Taka ? »
Surpris, je lâchai ce que je tenais, qui roula plus loin.
« Qu'est-ce que tu fais avec ça… ? s'étonna Toru en ramassant le biberon.
— Rien rien, dis-je en le lui reprenant pour le renfoncer dans le sac.
— Tu as des affaires d'enfants et tu me réponds « rien » ?
— Laisse-moi tranquille. », terminai-je, catégorique.
Le sac à langer sur l'épaule, je partis dans la chambre de Tomoya rejoindre Tomo, refermant doucement la porte à ma suite. Je m'assis en tailleur à côté de ce petit garçon et fermai les yeux quelques secondes, sentant une boule se former dans ma gorge. Le mot qui me correspondait parfaitement à ce moment était « perdu ». J'étais totalement perdu face à tout cela et je ne savais pas comment réagir, aussi bien avec mes amis qu'avec mon soi-disant fils. D'ailleurs… ce dernier était-il au courant que j'étais son papa ? Est-ce que Sae l'avait mis au courant ? Non, bien sûr que non, il était trop petit pour comprendre quoi que ce soit…
En voyant Taka réagir de la sorte, Toru en fut assez surpris, mais se contenta de hausser les épaules. Après tout, si son ami ne voulait pas lui parler, il n'allait pas le forcer à le faire… même s'il avait l'impression qu'on lui cachait quelque chose. Pourquoi diable Taka se retrouvait-il avec un biberon ?!
Le guitariste soupira légèrement avant d'attraper ses cigarettes, qu'il avait oubliées sur la table basse, et de retourner dans la cuisine.
« Taka est bizarre aujourd'hui, déclara-t-il à ses amis.
— Comment ça ? l'interrogea Ryota en fronçant les sourcils.
— Et bien, il a des affaires pour un enfant dans un sac…
— Hein ? s'esclaffa-t-il plutôt surpris.
— Il y a son petit cousin dans ma chambre, se manifesta Tomoya, il doit s'en occuper pendant un petit moment.
— Oh, d'accord… », fit simplement Toru, sceptique.
Il sortit ensuite sur le balcon pour fumer une cigarette tandis que Ryota partit jouer à la console dans le salon et que Tomoya termina la vaisselle.
Je le regardais tendrement dormir, entendant son souffle régulier, me demandant si tout cela n'était pas qu'une très mauvaise blague. En l'espace de quelques heures, je m'étais retrouvé avec un enfant dans les bras, enfant que l'on me disait être mon fils. Cela n'avait aucun sens, n'est-ce pas ? Et qu'allais-je bien pouvoir faire de ce garçon durant nos concerts, ou même n'était-ce que nos répétitions ? Demander une nourrice ? Je n'aurais pas confiance en une personne extérieure pour s'occuper de Tomo…
Agacé, je pris ma tête entre mes deux mains et soupirai très longuement, ne sachant plus très bien où j'en étais – si encore j'étais quelque part. Quelque chose en moi me poussait à ne pas m'occuper de cet enfant, mais d'un autre côté, je serais bien incapable de l'abandonner… Qu'est-ce qu'un garçon comme moi pouvait bien faire face à tout cela ? Je me contentais de composer des chansons et de les chanter devant nos fans, je n'étais pas encore prêt pour être père ! Pourtant semblait-il que le destin en avait décidé tout autrement.
« Hm… »
Je redressai le visage, déposant mon regard sur Tomo qui commençait à se réveiller.
La panique m'envahit tout à coup et je ne sus quoi faire en le voyant se redresser, s'asseoir au milieu du lit en se frottant les yeux, m'observant ensuite longuement.
Il me fixait intensément, sûrement parce qu'il ne me connaissait pas, et je me sentais comme analysé. Que se passait-il bien dans sa petite tête ? Que fallait-il que je lui dise ? Devais-je le rassurer ? Lui parler de sa mère ? Je déglutis avec difficulté, mais parvins tout de même à tendre ma main devant moi, comme pour l'inviter à mettre la sienne dans la mienne. Aussi tentai-je un timide sourire qui se voulait compatissant. Toi et moi Tomo nous sommes dans une situation qui nous échappe bien…
Mais à quoi m'étais-je bien attendu en lui proposant ma main ? Avais-je crû en l'espace de très peu de temps qu'il la saisirait et qu'il me parlerait, me disant tout ce qui avait pu se passer pour que nous nous retrouvions dans pareille histoire ? Il n'avait même pas un an et il était rempli de toute cette jolie naïveté que peuvent avoir tous les enfants dans leurs jeunes âges alors oui, à quoi m'étais-je bien attendu en lui proposant ma main ? Je l'ignorais, et j'ignorais aussi de quelle façon il réagirait.
La porte de la chambre s'ouvrit tout à coup sur Tomoya et le regard du petit garçon s'apposa sur ce nouvel inconnu qui venait de rentrer dans la pièce.
« Bonjour petit gars, le salua Tomoya en souriant. Tu as bien dormi ? »
Il n'obtint évidemment aucune réponse.
« On a préparé le dîner, m'informa ensuite le batteur. Vous nous rejoignez peut-être… ?
— Oui, affirmai-je. Je… on arrive ! »
Il acquiesça puis disparut aussi vite qu'il était arrivé.
« Je m'appelle Takahiro, parvins-je à débiter à Tomo, mais tu peux dire Taka. Ta-ka, décomposai-je en articulant bien mon prénom. Tu… tu veux manger ? »
Je me trouvais d'un ridicule sans pareil, n'ayant pas déjà eu de réelle expérience avec les enfants.
A vrai dire, ses grands yeux écarquillés sur le monde qui l'entourait me mettaient plutôt mal à l'aise, mais le pauvre garçon ne devait pas comprendre ce qui lui arrivait. Endormi près de sa maman et réveillé aux côtés d'un inconnu… Il avait de quoi pleurer et avoir peur, mais il ne bronchait étonnamment pas d'un cil.
Saisissant donc mon courage à deux mains, je me redressai et m'approchai de lui pour le prendre dans mes bras – assez maladroitement je dois l'admettre, étant donné que je ne savais pas vraiment comment le tenir pour ne pas lui faire mal. Ce fut finalement son visage contre mon torse que nous nous dirigeâmes dans le salon, mes bras soutenant ses fesses pour ne pas qu'il glisse.
Là, j'y retrouvai mes trois amis déjà attablés. Dès qu'ils me virent, ils stoppèrent net leur conversation sur le dernier film sortit au cinéma, remarquant la présence d'un petit invité. Sans un mot dire, je m'installai à mon tour à ma place habituelle et fis asseoir Tomo sur mes genoux.
« Je vous présente Tomo, déclarai-je. C'est mon petit cousin… »
Je crois que je viens de plomber l'ambiance.
« Tomoya nous a mis au courant, répondit enfin Toru au bout de plusieurs longues secondes. Tu dois vraiment t'en occuper… ?
— Je crois que oui.
— Il n'a pas ses grands-parents ou de la famille ? Je ne veux pas jouer les rabats joie, mais, Taka, t'as quand même conscience que t'occuper de ce gosse tout en devant faire des représentations et bosser pour notre prochain album ça risque de coincer quelque part, n'est-ce pas ?
— C'est à moi qu'on a confié sa responsabilité, je ne veux pas le laisser à quelqu'un d'autre ! ripostai-je. Je me débrouillerais pour tout ça.
— T'es-tu au moins déjà occupé d'un enfant… ? me demanda Tomoya. Je pense que Toru a raison et qu'il serait bien plus raisonnable de mettre ce gosse entre de bonnes mains.
— Qu'est-ce que tu entends par là Tomoya ? Que je ne suis pas capable de m'en occuper, moi ? m'énervai-je.
— Ce n'est pas ce que je veux dire Taka, soupira-t-il. Comment veux-tu travailler en ayant un bébé dans les bras ? »
Bien sûr qu'il avait entièrement raison, mais je ne pouvais pas faire sortir Tomo de notre appartement, c'était tout simplement impossible – et je ne le souhaitais d'ailleurs vraiment pas. Etait-ce de l'inconscience ? A cause de me poser tellement de questions ce jour-là, j'en avais sûrement perdu mes esprits et ma rationalité…
« Tomo m'a volé ma serviette ! se mit soudain à rire Ryota qui, jusqu'alors, n'avait pas pris part à notre conversation. Tomo, tu me la rends s'il-te-plaît ? »
En voyant le petit garçon jouer avec la serviette de mon ami, la dépliant entièrement, je me mis aussi à rire doucement. Il était adorable.
« Allez, lui dis-je, tu rends la serviette à Ryota maintenant, d'accord ? »
Je la lui pris délicatement des mains, la rendant à mon ami.
« Il faut que je lui donne un biberon de lait, lâchai-je ensuite à l'intention de tout le monde.
— Taka, reprit Toru, demain tu vas l'emmener à quelqu'un d'autre de ta famille.
— Il faut que je lui donne un biberon de lait, réitérai-je en plantant fermement mon regard dans celui de mon ami blond.
— Très bien, fais donc, le lait est dans le frigo !
— Viens Tomo, on va manger. »
Je me relevai, retournai dans la chambre pour attraper son biberon dans le sac et filai dans la cuisine, mais avec lui dans les bras, cela n'était pas très simple pour prendre la bouteille de lait sans la faire tomber.
« Ryota ! criai-je. Viens m'aider, s'il-te-plaît ! »
Des trois, il m'avait paru être le moins réticent quant à l'idée d'avoir un enfant entre nos murs.
Il débarqua plutôt rapidement et je lui collai immédiatement Tomo dans les bras pour m'occuper de ce fameux biberon. Je versai une bonne quantité de lait et choisis de le faire réchauffer un peu dans le micro-onde.
« Qu'est-ce que tu comptes faire maintenant ? me demanda-t-il.
— Je ne sais pas…
— Tomo est vraiment mignon, mais c'est vrai que pour bosser ce n'est pas l'idéal.
— J'en ai bien conscience, répondis-je en rebouchant le biberon, mais je ne veux pas que Tomo aille chez quelqu'un d'autre qu'ici. On me l'a confié à moi, tu comprends ? »
Il hocha vaguement le visage. Je ne peux pas le laisser partir chez quelqu'un d'autre, il est mon fils ! C'était difficile, très difficile, mais je n'avais pas encore dit mon dernier mot.
Nous retournâmes dans le salon, reprîmes place et je donnai à Tomo son biberon qu'il échangea volontiers contre sa peluche. De mon autre main qui ne le soutenait pas, je pus également manger ce qui se trouvait dans mon assiette et le repas se termina ainsi, sans d'autres mots concernant le petit.
« Il s'est endormi. » appris-je à mes amis en me laissant tomber sur le canapé entre Toru et Ryota qui jouaient à une course de voitures.
Tomo s'était d'ailleurs plutôt rapidement endormi une fois que je l'eus posé dans mon lit, calé contre le mur et avec la couverture pour ne pas qu'il tombe si jamais il bougeait trop dans la nuit. Je trouvais ce petit garçon vraiment curieux… Il n'avait pas pleuré après sa sieste de cet après-midi alors qu'il était pourtant dans un milieu qui lui ne lui était pas du tout familier. Et puis, généralement, les enfants sont de véritables boules d'énergie, non ? Ils sont toujours prêts à faire des bêtises, ou même à s'amuser sauf Tomo.
Cette journée avait été riche en émotions, vraiment très riche, et j'avais maintenant besoin de me reposer moi aussi, de ne plus songer à ce qui s'était passé, au moins jusqu'au lendemain matin.
« Je peux jouer… ? me manifestai-je à nouveau.
— Oui, je termine cette course et je te passe la manette ensuite. », me répondit Toru.
J'acquiesçai en le remerciant.
« Du thé ? me proposa Tomoya en me tendant une tasse.
— Oh, tu n'imagines pas combien j'en ai besoin ! »
Nous échangeâmes un sourire et je bus une gorge de son thé. Tomoya et son thé, c'était une véritable histoire d'amour qui durait depuis de très nombreuses années. J'ignorais comment il le faisait, mais à chaque fois c'était un vrai plaisir des papilles. Il avait un goût bien à lui, pas déplaisant, au contraire, et que seul Tomoya savait donner. Une petite touche de je ne sais quoi qui rendait toujours le tout particulièrement agréable.
Le reste de la soirée nous jouâmes aux jeux vidéo jusqu'à en avoir assez et partir se coucher. J'avais installé mon campement sur le canapé, étant donné que Tomo dormait dans ma chambre. A peine fus-je couché que le sommeil m'envahit à mon tour, m'emportant dans de biens étranges rêves si éloignés de la réalité.
