« Marche, marche, ne t'arrête pas, marche, et si tu en voies un, cours. »

Mes yeux mirent un certain temps avant de s'adapter à la lumière du jour. Je n'avais pas bien dormi, encore une fois. Le passé avait hanté ma nuit, comme toujours. C'était comme ça, désormais. C'était le 124ème jour que je passais seule.

Je tendis l'oreille pour vérifier qu'aucun rôdeur n'était rentré dans la maison durant la nuit avant de faire le moindre geste. Je n'avais pas envie de me faire avoir aussi facilement après autant de temps sur la route. J'avais fouillé le soir précédent les placards, les pièces, à la recherches de nourriture, de médicaments, d'armes, et n'avait trouvé que quelques boîtes de légumes et un rouleau de bandages encore sous son emballage. Assise en tailleur sur le lit, je mangeais tout en pensant à ma journée. Il faisait très chaud, je n'avais plus beaucoup d'eau, je devais me réapprovisionner rapidement. Je n'avais pas vraiment de but, si ce n'était celui de survivre. Les morts ne m'effrayaient pas tant qu'ils n'étaient pas plus de 4. Au-delà, je courais, et je courais vite. Je n'avais pas le choix. Personne n'allait me sauver la peau, j'étais seule. Si seule.

Les jours se suivaient, et étaient identiques. Marcher, piller, survivre, courir, avec l'espoir de trouver des gens. La solitude grandissait toujours plus. Cela faisait plusieurs semaines que je n'avais pas parlé, même seule. Je n'avais pas envie qu'un mort m'entende. Moins j'en tuais, mieux j'allais. « Marche, marche, ne t'arrête pas, marche, et si tu en voie un, cours. »

La maison était silencieuse. L'air frais du matin m'arracha un léger sourire. Tout était si calme. J'avais toujours hais le bruit des voitures, l'apocalypse avait au moins un bon côté. Seul le bruit du vent était audible. J'enfilai une veste trouvée dans une des chambres, pris mon sac, et me mis à marcher. J'allais surement devoir passer par la forêt pour trouver un point d'eau, ce qui ne m'enchantait pas, car la forêt était peuplée de morts.

Le soleil brillait haut dans le ciel. Mes chaussures usées battaient le ciment avec lassitude, le paysage n'offrait rien de transcendant. Aucun mort en vue. Et au loin, un point noir qui brillait, surement une voiture abandonnée. Je sortis ma bouteille d'eau de mon sac, bus une gorgée, et la rangeai. En relevant les yeux, le point noir avait bougé. Un sentiment de crainte s'empara de moi. Ami ou ennemi ? Le bruit de la voiture se rapprochait de plus en plus, et je m'étais stoppée, tétanisée à l'idée de rencontrer quelqu'un. Instinctivement, je posai ma main sur mon couteau, tout en attendant que la voiture se rapproche. Allaient-ils s'arrêter ? Me parler ou juste me voler mes maigres biens ?

La voiture s'arrêta à quelques mètres de moi. Ma main n'avait pas quitté la poignée de mon couteau. La portière conducteur s'ouvrit, et un homme en sorti. Grand, roux, arborant un uniforme militaire, et le fusil à la main. Je reculai d'un pas en voyant ce dernier, mais un autre homme sortit de la voiture en levant une de ses mains.

Hé ! Hé, on te veut pas de mal » dit le deuxième homme, qui était asiatique. « Tiens, regardes » il jeta son fusil à terre. « T'as pas à nous craindre. »

Je reculai d'un deuxième pas, le regard vrillé vers le premier homme qui avait toujours son fusil entre les mains. Il n'avait pas bougé d'un millimètre, et me toisait d'un air indifférent. L'asiatique se rapprocha très lentement, et baissa sa main.

Je m'appelle Glenn, et lui c'est Abraham » dit-il. « Comment tu t'appelles ? »

Ma langue mit un certain temps avant de réussir à bouger, et, difficilement, je prononçai mon premier mot depuis des mois.

Cyrielle. »

L'homme dénommé Abraham sourit légèrement.

Tu es seule depuis longtemps ? Ta voix a l'air rouillée. »

124 jours aujourd'hui » marmonnai-je.

Il posa son fusil sur le capot de la voiture, et se rapprocha de moi. Je resserrai ma poigne autour de mon couteau, prête à m'en servir s'il essayait de me frapper, mais il s'arrêta en voyant que j'étais sur la défensive.

Comme Glenn t'a dit, on te veut aucun mal, et … »

Je n'ai presque rien » le coupai-je. « Je n'ai que quelques boîtes de nourriture, pas d'armes, pas de médicaments … Ne me volez pas, s'il vous plait. »

On ne te volera rien. Mais, j'ai 3 questions à te poser, et après, tu pourras nous suivre si tu le désires. »

Glenn s'était encore rapproché, mais les deux hommes restaient à une distance raisonnable. « Marche, marche, ne t'arrête pas, marche, et si tu en voies un, cours. » J'hochai la tête en faisant taire la petite voix dans ma tête.

D'accord, oui. »

Combien de rôdeur as-tu tué ? »

J'ai arrêté de compter au bout d'un moment » répondis-je. « 300, 400, je ne sais pas. »

Combien de vivants as-tu tué ? »

La voix dans ma tête s'intensifia.

Un, un seul, juste un. »

Pourquoi ? »

Il était déjà mort à l'intérieur. »

Glenn me tendit la main.

Suis-nous. On a un endroit sûr. Tu n'es plus seule maintenant. »

J'avais dû m'endormir dans la voiture, car quand j'ouvris les yeux, j'étais allongée dans un canapé. La pièce était propre, et sentait bon. Les oreillers étaient doux. Mon sac était à mes pieds, et seul mon couteau manquait à ma hanche. En ne le sentant plus, je paniquai quelques secondes avant de reprendre mes esprits. Glenn, Abraham, où pouvais-je bien être, et pourquoi ils avaient pris mon couteau ? Je me levai et trouvai la sortie de la maison, mais je n'eu pas le temps d'ouvrir la porte car un bruit d'escalier résonna derrière moi. Instinctivement, je me cachai derrière un des meubles qui étaient dans l'entrée, et tendis l'oreille.

Je t'ai vu. Tu n'as pas à te cacher. »

Aucun son ne voulu sortir de ma gorge. Je me résignai à me lever, et fis face à un jeune adolescent d'à peine 16 ans, qui arborait un chapeau de sheriff et qui avait …

Mon couteau » râlai-je. « Rends-moi mon couteau. »

Non. »

J'en ai besoin. »

Non, tu te trompes. Il n'y a aucun danger à l'extérieur » répondit-il. « Ton couteau va aller dans la réserve d'armes, et tu le récupéreras quand tu seras installée. Pas avant. »

Je grognai légèrement, avant de secouer la tête. Il semblait sûr de lui, à l'aise et surtout propre. Il se rapprocha de moi, en tendant sa main, mais je n'arrivais pas à détacher mon regard du couteau qu'il arborait à sa hanche.

Je suis Carl Grimes » dit-il.

Ce couteau m'est vraiment très précieux Carl, rends-le moi s'il te plaît. »

Il secoua la tête en signe de négation, la main toujours tendue. Un silence pesant régnait dans la pièce, jusqu'à ce que mon ventre gargouille. Je sentis mes jours rosir, gênée d'avoir faim, mais Carl n'y fit pas attention. Il baissa sa main en me faisant signe de le suivre, ce que je fis sans émettre d'objection. En entrant dans une nouvelle pièce, une odeur sucrée parvint jusque mes narines et je soupirai de plaisir.

Alors c'est elle la nouvelle ? »

Je sursautai en entendant une voix d'homme avant de poser mon regard sur lui. Adulte, barbe taillé, cheveux mi-longs, et impressionnant. Je passai mes mains derrière mon dos, n'osant plus bouger. Nous étions dans la cuisine, et l'homme était avec Carl et Glenn, un des deux hommes que j'avais rencontré précédemment. Ce dernier me fit un petit signe de la main.

Tu t'es endormie si rapidement dans la voiture, on a pas osé te réveiller. Je me suis dis que ce serait mieux que tu te reposes chez Rick. »

Rick, l'homme impressionnant qui ne me lâchait pas des yeux. Il s'était levé, et avait une tasse fumante entre les mains. J'étais presque sûre qu'il s'agissait de café.

Je dors depuis longtemps ? »

Presque 24h » répondit Carl.

Je peux en avoir aussi ? » demandai-je en indiquant la tasse entre les mains de Rick.

Il sourit très légèrement, avant de me tendre sa tasse et de m'indiquer la chaise à côté de lui. Je le remerciai d'un hochement de tête en m'asseyant et croisai le regard de Glenn qui mangeait un cookie. Je n'osai pas parler, tête baissée, mes mains crispées autour de la tasse chaude, et je sentais leurs regards sur moi. Un d'entre eux se racla la gorge.

Tu t'appelles Cyrielle, c'est ça ? » j'hochai la tête encore une fois. « Tu es seule depuis longtemps ? » nouveau hochement de tête. « Pourquoi ? »

Une voix dans ma tête s'éleva. Je me mordis la lèvre.

J'avais un groupe, on a été attaqué, je me suis cachée, ils sont tous morts » murmurai-je. « Cet homme, il les a tué, tous, sauf moi, il ne m'a pas vu, je me suis enfuie » je relevai la tête. « Marche, marche, ne t'arrête pas, marche, et si tu en voies un, cours. »

J'avalai une gorgé, et la sensation d'avaler quelque chose de chaud m'arrachai un léger grommellement de plaisir.

Quand ils sont arrivés, mon père m'a donné un couteau, et m'a dit de me cacher. Il les a tué parce qu'on a refusé de leur donner nos biens. Ils ont fouillés les maisons mais j'étais cachée » je levai la tête et croisai le regard de Rick. « S'ils m'avaient attrapés, je serais morte moi aussi. »

Un nouveau silence s'installa dans la pièce. Je n'avais aucune idée de ce qu'ils pouvaient penser de moi. Ils ne pouvaient pas me détester autant que je me détestais. J'avais abandonné mes proches, ma famille. J'étais une lâche. Mais j'étais en vie.

Tu as quel âge ? » me demanda Carl.

24 ans, dans quelques semaines » répondis-je.

Quand tu auras fini de déjeuner, vas prendre une douche » m'ordonna Rick. « Je t'attendrai dans le salon. J'aimerais te présenter le reste de la communauté, mais … »

Pas dans cet état » le coupai-je en hochant la tête.

Carl te prêtera des vêtements à lui. Bois et mange à ta faim. Tu es chez toi ici. »

Ils se levèrent presque en même temps. Glenn poussa le plat où reposaient des gâteaux, et Carl m'indiqua le chemin de la salle de bain, puis les deux hommes sortirent de la maison, me laissant seule dans la cuisine. J'étais chez moi. Un vrai chez moi. J'avais de la nourriture à portée de main, et une boisson chaude devant moi. Je pouvais sentir les larmes me monter aux yeux, et laissai un petit rire s'échapper d'entre mes lèvres tout en attrapant un des gâteaux. La première nourriture sucrée depuis des mois. Chez moi.

Après avoir mangé l'intégralité du plat, je montai l'escalier pour me rendre dans la salle de bain. Je ne m'étais pas réellement lavé depuis des semaines, et je ne connaissais même plus la sensation de l'eau chaude. J'avais l'impression de revivre, après des mois entiers à errer sans but. Je m'abandonnai sous l'eau qui me revigorait en perdant toute notion du temps. Après m'être frottée, rincée, débarrassée de la crasse, je m'étais séchée, et habillée avec les vêtements que Carl avait laissés pour moi. En relevant la tête, je croisai mon reflet pour la première fois depuis des mois. Mes joues étaient creusées, des cernes pochaient mes yeux, et j'avais l'air épuisée. Mais j'étais vivante.

Je rejoignis Rick qui m'attendait dans le salon, et il hocha la tête en me voyant.

Tu as l'air moins agressive une fois débarrassée du sang et de la boue. »

Je baissai la tête, un peu gênée.

Disons que ma propreté et mon image était bien la dernière chose qui m'importait, ces derniers temps » répondis-je.

Il haussa les épaules en acquiesçant, un léger sourire aux lèvres, et m'indiqua la porte s'entrée de la maison. Je sortis la première, et respirai un grand coup. Devant moi, des maisons propres et des jardins bien entretenus, des gens circulaient en se saluant, le vent soufflait légèrement, les gens riaient et discutaient. Les gens vivaient, et étaient normaux.

Je tournai la tête et croisai le regard d'Abraham, qui me fit un signe de la main. Glenn n'était pas très loin. Rick posa sa main sur mon épaule.

Bienvenue à Alexandria Cyrielle. Bienvenue chez toi. »


Je suis assez contente de ce premier chapitre qui est calme. J'avais vraiment envie qu'il le soit de toute manière. Alors, vous pensez quoi de Cyrielle ? Et de sa petite voix intérieure ?
Au passage : cette FF est vraiment facile à écrire pour moi, alors je pense publier assez régulièrement (et pas comme la fiction juste avant, oui oui oui, pardonnez-moi ...). Des bisous ! :D