Lumière forte à travers mes paupières closes. Je sens qu'on me secoue.
« Qu'est c'que…?
- Tu es Tom !! Tom Kaulitz !! Dans ce lit !! »
Mais… Aaargh… Ma têête…
J'ouvre les yeux doucement pour ne pas être trop agressé par la lumière. Une fille est devant moi, un large sourire aux lèvre et essai de me serrer dans ses bras. C'est d'ailleurs ça qui m'a réveillé je crois, ou peut être juste ses cris stridents et terriblement désagréables.
« Qu'est ce que j'fout ici…? »
Cette fille… Est ce qu'elle était à la soirée hier ? Est ce que j'ai dansé avec elle et, finalement, couché avec ? Moi qui je disais ne plus vouloir faire ça… Je suis vraiment pathétique. Et en plus je n'me souviens de rien.
« Tu… Euh, excuse moi mais je ne me souviens pas de ton nom. J'suis navré si je t'ai fais croire quelque chose mais nous deux… »
Et me voilà repartit dans ces paroles éternelles de « je crois que nous deux c'est pas possible » et « merci pour cette nuit c'était génial ». Je me dégoûte, à faire de la peine à toutes ces filles qui ne devraient pas souffrir. J'ai mal au cœur. Je regarde la chambre et constate qu'elle ressemble plus à une chambre d'homme. Assez sobre, dans les tons gris et chocolat. J'aime bien cette ambiance un peu feutrée qui règne ici, cette odeur légère d'encens. Reposant… Mis à part les cris.
« Jill, laisse le tranquille.
- Mais Nolaan ! C'est Tooom !
- Tu n'm'apprends rien, merci.
- Allez, laisse moi rester avec vous !
- Non, laisse nous.
- Non !
- Jill… »
Le garçon qui vient d'entrer dans la chambre me regarde un peu froidement, puis tourne les yeux vers la jeune fille à qui il n'avait encore pas adressé un seul regard.
« Jill. Sors. »
Sa voix est autoritaire, assurée, et il s'approche d'elle pour appuyer ses paroles. La dénommée Jill recule. Je n'pense pas qu'il soit du genre violent, non, mais très persuasif, et il dégage quelque chose d'impressionnant, d'intimidant.
Sans un mot, elle tourne les talons et sort de la chambre sans un bruit. Ma tête me fait souffrir, mais sans ses cris hystériques j'arrive à reprendre un peu mes esprits.
« Je m'appel Nolan. Excuse moi pour le vacarme. C'est ma sœur, elle est du genre bruyante.
- Pas grave… Qu'est ce que je fais ici ?
- J't'ai trouvé étendu par terre à la sortie d'une boite. Je crois que tu avais un peu trop bu.
- Possible oui… Je suis fatiguée en ce moment aussi.
- J'ai vu tes bras.
- Quoi ? Euh. Hm… N'en parle pas, la presse aime se gaver de ce genre d'infos sordides.
- C'est à cause d'Andreas c'est ça ?
- … Ah, c'est vrai … C'est vrai qu'les gens connaissent ma vie mieux que moi-même parfois.
- Ma sœur est folle de Tokio Hotel.
- J'ai cru comprendre, oui. Bref. Merci de m'avoir ramené chez toi. J'suis désolé pour le dérangement. Tu pourrais garder ça pour toi ?
- Oui, oui. Tom… Tu devrais faire attention.
- J'n'ai pas besoin des conseils d'un inconnu.
- Tant pis. »
La discussion s'est achevé sur ces mots. Je n'suis décidément plus sociable ces derniers temps. Il m'aide et voilà comment je le remercie. Pourtant, il n'a pas l'air de m'en vouloir.
Il me propose même de rester pour déjeuner avec lui. Je n'sais pas pourquoi mais cet homme m'intrigue. Quand je le regarde, il me fait penser un peu à Andreas et à Bill rassemblés. Sourire en biais mystérieux. Cheveux très noirs. L'air un peu paumé et pourtant si sûr de lui. J'sais pas, il est attirant, même si quelque chose de froid régne en plus. J'voudrais le connaître un peu mieux.
« Mince… Nolan, j'peux appeler de chez toi ? Faut que je prévienne mon frère.
- Bien sûr. »
Il me tend le téléphone et je compose le numéro de la chambre en hâte. Une sonnerie. Deux. Trois. Ça n'répond pas. Merde !
« Oui ?
- Ha ! Bill !
- Tom ?! Mais c'est pas vrai, t'es où ?
- Chez quelqu'un.
- … T'as passé la nuit chez une fille ?
- Non, un mec. Il s'appel Nolan.
- … Pardon ?
- Hé, non, attend, c'est juste qu'il m'a trouvé pas trop bien au bord de la route et m'a ramené chez lui.
- Ok… Tu rentres bientôt ?
- Oui, dès que je peux. »
Et je raccroche. C'était rapide mais j'n'ai pas supporté de l'entendre froissé par mon attitude. Il avait l'air totalement paniqué en m'entendant.
C'est horrible, je ne sais faire que du mal à mon frère, alors que lui doit souffrir aussi. J'suis ignoble et plus le temps passe, plus j'voudrais m'enfermer quelque part pour tout oublier. Arrêter d'respirer parce que ça devient trop douloureux.
OoO
Côte à côte. Nolan et moi. Découverte prudente. Lui et moi. Et pendant ce temps là, je laisse mes poignets en paix, mon âme est un peu apaisée et mes yeux secs. Il agit bizarrement sur mon moral, sans un mot il arrive à me rassurer un peu. Même si l'trou dans mon cœur est un peu trop immense pour qu'il arrive à le combler.
« Tu sais Tom, j'te voyais pas faible comme ça.
- Faible ? J'te remercie…
- Du genre à montrer tes sentiments.
- J'le fais pas volontairement.
- Tom. T'es beau.
- … »
Je tourne la tête vers mon interlocuteur, à la recherche d'une pointe de plaisanterie, d'une moquerie quelconque, de quelque chose de ce genre, qui pourrait me dissuader de son sérieux.
« Pourquoi tu dis ça ?
- Parce que. J'sais pas. T'as l'air tellement perdu. T'es intriguant avec tes mots douloureux. Et j'voudrais t'aider.
- Mais Nolan, t'y peux pas grand chose. Tu m'ramèneras pas Andréas.
- Tu l'aimais, hein ?
- … Comment ça j'l'aimais ? Bien sûr.
- T'étais amoureux de lui, Tom. Ça s'voit, c'est tellement évident. »
Là, il vient de me couper le souffle. Comment, comment quelqu'un que j'connais depuis à peine trois ou quatre heure sait lire dans mes pensées aussi clairement. Suis-je si peu discret dans mes sentiments ?
« Je. Euh. Peut-être.
- Hm. »
On n'a pas reparlé de ce sujet. Je crois qu'il avait compris que c'était vraiment trop douloureux. Mais oui, il avait raison. Andréas je l'ai toujours vu comme un peu plus qu'un ami. Ce genre de sentiments me font un peu peur, et c'est peut-être pour ça que je me perdait dans l'alcool et la fête. Mais quand j'y pense à présent, j'aurais dû le lui dire, j'aurais dû lui expliquer, parce que maintenant c'est trop tard. Je me retrouve seul, sans lui. Seul Bill est au courant de mes sentiments envers Andréas. Bill… Mince. Il me manque.
« Nolan, j'vais te laisser. Excuse moi, j'dois rejoindre mon frère. Il va s'inquiéter.
- D'accord. Hm… Tom. J'espère que ça va aller.
- Bien sûr. Ça ira. Tu… Changes pas d'adresse.
- Non, j'reste là. »
Il me sourit, discrètement, de peur de me blesser certainement. Mais je lui réponds, parce qu'il m'attendrit. Passé le premier contact, il n'est plus du tout froid avec moi. Plus du tout renfermé. Il m'en semble plus attirant encore. Et je retournerai le voir. Parce que je voudrais le connaître encore. Parler de lui aussi. Le découvrir.
OoO
