Atlantis, Ponton Est - 23:27

La pluie tombait sans relâche depuis un bon moment déjà. Depuis qu'il était sorti, ou presque. Ses vêtements n'avait plus un seul centimètre carré de sec, et lui qui pourtant prenait habituellement grand soin de sa personne, ne s'en souciait guère. Il en avait à peine conscience. Pas plus qu'il n'avait conscience du temps qui avait bien pu s'écouler depuis qu'il se trouvait assis là. Le temps ! Le temps qu'il fait, le temps qui passe, quelle importance cela pouvait bien à voir dans le fond. Aucune. Du moins pas en ce moment. Tant d'idées se bousculaient dans son esprit, toutes plus noires les unes que les autres, elles l'obsédaient. Dans ces conditions, comment avoir conscience de quoique soit , hormis de ce mal-être qui vous ronge.

Une fois dans le transporteur, il s'était demandé où aller. Il avait échapper au Colonel, bon point mais maintenant ? Son labo ? Non, au saurait où le trouver. Ses quartiers ? Hors de question. Finalement le ponton Est lui avait paru le plus approprié : calme et pas trop éloigné quand même du reste de la cité (inutile de se mettre en danger en plus), et la vue sur l'océan était un plus non négligeable. Il était resté un peu accoudé à la rambarde, le regard fixé sur l'océan mais sans le voir vraiment, essayant de mettre en peu d'ordre dans ses idées. Sans succès. Après quelques minutes, il avait reculé afin de s'appuyer contre le mur et s'était finalement assis à même le sol. La pluie avait alors commencé à tomber mais il n'avait pas bouger. La météo semblait s'accorder avec ses pensées, ce n'était pas plus mal.

Toujours adossé contre le mur, il avait ramené les jambes contre sa poitrine les entourant de ses bras et appuyé le menton sur ses genoux. Et il avait attendu. Attendu quoi ? Sacrée bonne question. Il n'en n'avait pas la moindre idée.

Comment avait-il pu en arrivé là ?

Pas besoin de chercher bien loin : Doronda, toujours et encore Doronda.

Et, il venait peut être eu l'occasion de démonter aux autres qu'on pouvait lui faire de nouveau confiance. Il avait échouer doublement, non seulement il il n'avait pas atteint ce but mais surtout il n'avait pas pu aider ses amis, enfin lui les considérait toujours ainsi peut importe si la réciproque était vrai. Ils s'en était sorti, c'était l'essentiel mais sans lui, il avait été inutile, une fois encore.

Il devait s'y résoudre, jamais il ne parviendrait à ce débarrasser de cet échec, tout ça vie il faudra qu'il paye pour ça. Pour Doronda, pour avoir causer un catastrophe impardonnable. Oui, impardonnable, quoi qu'il fasse, jamais il ne pourrait effacer ça. Même s'il réussissait par miracle, un coup d'éclat, cela ne changerait rien, lui aurait toujours ça sur la conscience et les autres en mémoire, l'ombre de Doronda serait là. Toujours.

C'était sans doute un juste sentence.

La dernière remarque du colonel avait tout ravivé, comme si tout cela venait de se produire. La douleur qui ne l'avait jamais vraiment quitté était de nouveau aussi vive. Et pour la nième fois, ses pensées s'attardèrent donc sur le projet Acturus, sur Doranda... Comment avait-il pu se tromper à ce point ?

Maudit entêtement! C'était bien le premier sujet pour lequel se faisait ce reproche. Il avait toujours été fier de ça, fier de rester fidèle à ses idées, de ne pas se laisser influence par qui ou quoique ce soit. Mais là ... là, il se rendait compte, que cette fois ci il avait poussé un peu, enfin beaucoup, beaucoup trop loin son obstination.

Il voulait tellement réussir, trouver enfin le moyen de mettre Atlantis à l'abris des Wraiths, des Genii ou de on ne quel dingue qu'ils n'avaient pas encore eu la joie de rencontrer. Prouver qu'il pouvait le faire. A lui, aux autres. Mais il voulait aussi que ce jeune homme, que Collins ne soit pas mort pour rien.

Il avait déjà eu Bredan Gall, il n'avait jamais accepté le suicide du jeune scientifique, s'il avait été plus rassurant ou plus attentif peut-être que... , il s'en voulait de ne pas avoir prévu son geste, de ne pas avoir su l'empêché... D'avoir été inutile.

Puis il avait eu Peter, là aussi il s'en voulait terriblement de sa disparition. Il n'avait rien pu faire, mais est ce une excuse valable ? S'il avait réagit plus vite, trouver une autre solution ? Encore une fois inutile.

Cette fois ci, c'était l'accident avec Collins qu'il n'arrivait pas à se pardonner. Et ce sentiment d'être le responsable était suffisamment douloureux, comme il l'avait dit il allait devoir vivre avec mais se dire que cela avait été en vain, là c'était insupportable. Il devait absolument faire quelque chose.

Ah ça pour faire quelque chose il avait réussit son coup, rien à dire. Détruire les 2/3 d'un système solaire, peu de personne pouvait en faire autant. Bravo ! Vraiment pour quelqu'un qui se prenait pour une génie, quelle génial erreur. Bien que le terme d'erreur ne lui paraissait pas adapté, certes c'était une erreur dans le sens où il n'avait pas voulu ce qui s'était passé mais d'un autre coté ce terme, "d'erreur" n'était pas assez ... pas assez ... ou plutôt pas suffisamment ... Enfin il avait fait preuve d'une telle ... d'une telle...

Bon, voilà qu'il n'était même plus capable d'aligner trois mots. Pathétique voilà ce que tu es mon pauvre vieux Rodney, se dit-il se moquant de lui même. PA-THE-TI-QUE et un imbécile de surcroît. Superbe combinaison. Il soupira de nouveau.

Il avait la désagréable sensation d'avoir servit de plat de résistance à un Wraith, comme s'il avait était vidé de toute énergie, de toute vie. Vivant sans l'être. Et ce sentiment d'avoir été ... comment dire ... comme amputé ... comme s'il lui manquait un morceau ... un morceau de lui. Amputé, c'était bien cela, il avait perdu une part de lui-même, il lui manquait bien ... quelque chose... quelque chose dont il avait cruellement besoin, comme l'on a besoin de ses jambes ou de ses mains. Il avait avait perdu la confiance, l'estime ... l'amitié.

Un douloureux nœud se forma au creux de son estomac. Il avait toujours eu des rapports difficiles voir conflictuels avec autrui, et ce depuis ... depuis toujours. Il ne fallait pas se mentir. Il ne parvenait pas à trouver une place, tout du moins sa place en tant que personne, en tant que scientifique oui, mais pas en tant qu'individu à part entière. Jusqu'à Atlantis. Et là venait de perdre en quelques heures ce qui avait mit tant de mois à se construire. Il ne pouvait même pas en vouloir aux autres de lui avoir retirer leur confiance.

Enfin il y avait tout de même Carson. Le médecin avait effectivement tenté de lui faire comprendre que tout cela finirait pas s'arranger et que de son côté cela ne changerait rien, lui aussi était un scientifique, lui aussi avait cru en un projet et s'était trompé, le souvenir de ce qui c'était passé sur Hoffan était encore trop récent pour ne plus être douloureux. L'astrophysicien lui avait bien fait remarquer que cela n'était en rien comparable, mais sans succès. De toute façon, Rodney doutait que son ami fut capable d'en vouloir à qui que ce soit. Même si cela avait été mérité. L'écossais était le plus souvent d'un calme olympien, la patience incarnée. Enfin, sauf bien sûr si on avait la mauvaise idée, et peu l'osait encore, d'aller à l'encontre de ses recommandations médicales.

Mais les autres ? Il avait vraiment douter que cela se passe aussi bien. Il avait le sentiment d'avoir été odieux avec Radeck. Enfin non il y l'avait été. Il avait réaliser trop tard que celui ci avait voulu uniquement l'aider mais lui s'était obstiné et ne l'avait pas vu. Il n'avait pas voulu le voir. Heureusement depuis, le tchèque avait accepté ses excuses. Élisabeth aussi même s'il avait eu droit à un savon historique. Mais il ne comprenait que trop.

Quant à Sheppard ... Rodney était persuadé depuis le début que que ce dernier, et île venait d'en avoir confirmation, était sans doute la personne qui lui en voulait le plus. Enfin hormis lui même, peut être.

Après tout, c'était sans soute naturel, Sheppard l'avait soutenu auprès d'Elisabeth, lui avait fait confiance et il avait eu tord. Et non seulement ça mais en plus il avait quand même manqué s'y laisser sa peau à cause de lui. Rodney avait craint ce qu'il allait découler de cet épisode. Et il n'avait pas eu tord, l'ambiance était devenu électrique dans les semaines qui ont suivi. Certes, la tension est retombé par la suite, mais sans que jamais tout reprenne sa place d'avant.

Il avait trahit cette confiance. Et en payait le prix. Pourrait il seulement la regagner, il en doutait quant à leur amitié il n'osait même pas y songer. Il n'avait d'ailleurs pas eu le courage de poser la question. Pourtant il avait été à deux doigts de la faire quand il avait rejoint John devant le transporteur, pas tel que mais c'était dans l'idée. Hélas le courage lui avait manqué, il ne voulait pas entendre la réponse, il la redoutait. Entendre que cette amitié avait volé en éclat en même temps que le Doronda l'aurait trop profondément blessé.

Il avait donc enchaîné sur la confiance en ses capacités en tant que scientifique. Juste ses capacités. Rien de plus. Attendre dire qu'il faudrait du temps l'avait attristé mais pas étonné. Au fond il s'y attendait, c'était légitime. Il estimait que que toutes façons ce n'était certainement pas à lui d'en vouloir aux autres, il ne pouvait leur reprocher leur méfiance, leur colère, après tout lui-même était en colère contre lui.

D'accord John ce jour là, avait un peu atténué ces propos, Rodney c'était alors dit que tout espoir n'était pas totalement perdu. Mais le non de Sheppard quand, sur l'Aurore, il avait évoquer cette confiance, avait décupler ses doutes, lui avait fait douter de parvenir un jour à recouvrer cette confiance. Il voulait y croire en tout cas.

La confiance pouvait peut être se reconstruire même si c'était difficile et long mais l'amitié ?

Et lui y tenait réellement, à celle ci et à celle de tout les autres aussi. Il ne voulait à aucun prix la perdre. C'était mal parti en tout cas.

Pour une fois qu'il avait établit des liens qu'il pouvait enfin de solides avec quelqu'un, lui qui avait toujours eu tant de mal à construire quelque chose avec les gens, avant tout par peur de souffrir comme cela avait trop souvent le cas par le passé. Il n'avait pas voulu revivre ça, ce sentiment de rejet. Il avait eu son compte avec ses parents, merci bien, et encore s'il n'y avait eu qu'eux ! Il soupira, repenser à ça ne l'aiderait certainement pas.

Et pour éviter les désillusions, les trahisons, il avait finalement trouver une solution : ne pas s'attacher. C'était si simple. Après tout on ne peut être vraiment blessé que par des gens qui nous sont proches. Cette situation avait durée des années et avait contribué à lui conférer une réputation d'individu totalement asocial. Tant pis. Mais Atlantis avait changé tant de choses. Il avait du apprendre à compter sur et avec ses amis et pas uniquement sur lui seul et eux avait appris a compter sur lui également. .. Enfin jusqu'à aujourd'hui ...

Aujourd'hui, il avait tout détruit et pour quoi ?

Aujourd'hui, il se prenait même a douter de sa place sur la cité, en avait il encore une, ne ferait-il pas mieux de repartir avec le Dédale et de laisser sa place à Zelenka... Tout était si confus...

Il inspira profondément, ce nœud à la poitrine refusait de le quitter. Pas plus que cette maudite sensation qui l'envahissait de plus en plus souvent depuis le projet Acturus, ce sentiment douloureux qu'il avait trahit ses amis, ceux qui été devenu sa famille et qu'il n'avait pas réussit à aider aujourd'hui. Sans parler, bien évidement, de la catastrophe Doronda, en elle même. Le seul point positif dans tout cela, enfin il était de taille, c'est que la seule vie présente dans le système solaire de cette planète était végétale. Bon sang, s'il y avait eu une planète habitée ... Il n'osait pas l'imaginer.

L'eau de pluie ruisselait maintenant sur son visage, presque apaisante mais quelque chose de plus chaud et qui n'avait rien à voir avec des gouttes de pluie s'y mêla doucement. Bravo. Il ne manquait plus que cela. Il ferma les yeux et posa le front sur ses genoux. Le tableau était parfait à présent. Et comme si ce geste pouvait remettre un peu d'ordre dans le chaos de son esprit, il se frappa l'arrière du crâne sur le mur contre lequel il était adossé.

-"Je ne suis pas persuadé que cela soit une bonne idée !"

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