La manière dont son regard paraissait plus terne que jamais confirma ce qu'elle pensait. Il avait tout vu. Elle avait été surprise en train d'embrasser Bellick C'était une sensation horrible.
Son instinct de protection refit cependant surface et elle avança jusqu'à la porte…Et Michael. Il l'avait vue embrasser un autre homme. Tant mieux. Elle allait de l'avant. Elle ne lui appartenait pas…Bon sang si, elle lui appartenait.
- Michael, le salua-t-elle en arrivant à sa hauteur.
- Docteur Tancredi.
Dur.
Elle aurait voulu qu'il l'appelle « Sara », mais elle savait qu'elle lui aurait alors demandé de l'appeler « Docteur Tancredi ». Eh oui, Michael n'était pas le seul à savoir se montrer froid.
- Tu étais là pour quoi?, demanda-t-elle en déverrouillant la porte.
Le regard de l'homme glissa le long du couloir, jusqu'aux portes de l'ascenseur.
- Je le connais?
- Aucune importance.
Finalement, il n'avait peut-être pas vu Brad. Michael acquiesça avant de pointer sa veste du doigt.
- Joli badge.
Il entra chez elle sans invitation. Sara baissa les yeux vers le vêtement, sur son sein gauche était écrit « Bellick ».
Elle suivit Michael dans son appartement, jetant la veste et ses clés sur le meuble le plus proche.
- Je ne t'ai pas invité à entrer.
Il l'ignora, se baladant dans l'appartement, son regard passant sur chaque petite chose s'y trouvant. Sur sa vie.
- Je croyais que tu l'avais remarqué, dit-il en observant quelques photos. Je ne suis pas vraiment le genre d'homme qui prête attention aux invitations ou aux règles. Je me suis évadé d'une prison de haute sécurité. Je vais dans ton appartement si j'en ai envie.
- Je ne te savais pas si prétentieux, répliqua-t-elle.
- Je ne suis pas…Et si on reprenait au début?
- Ok. Toi. Ici. Dans mon appartement. Pourquoi? Oh, attends. C'est une question. J'avais oublié. Tu n'y réponds jamais.
- Je suis ici pour te donner toutes les réponses que tu veux.
- Je n'en veux plus. Tu peux partir.
- Tu mens, Sara.
- Non, Michael. Le mensonge, c'est ta spécialité.
Ils restèrent silencieux une minute et Sara l'observa alors qu'il se dirigeait vers la cuisine. Elle l'y suivit et le trouva à côté de l'évier, le tournevis qui était bloqué dans le broyeur à la main.
- Des soucis?
- Il ne fonctionne plus.
Il regarda dans l'évier.
- C'est parce que quelqu'un y a fourré une boule de papier.
Elle haussa les épaules et feinta la nonchalance.
- Je peux y jeter un œil si tu veux.
- Non merci, j'ai de quoi le réparer dans les toilettes. Mais ça aussi c'est ton domaine à ce qu'on m'a dit.
- Wow, Sara. T'as une réplique pour chaque phrase. Tu t'es entraînée ou quoi?
- J'ai pas mal de temps libre.
Michael hocha la tête et posa le tournevis sur le comptoir.
- Tu as perdu ton travail?, demanda-t-il doucement.
Elle ne put retenir un rire amer.
- Mon job et j'ai failli perdre ma vie. Mais ne t'inquiètes pas, même moi je ne te rends pas coupable de ça. C'était ma faute.
- Dans le journal il parle de cocaïne.
- Morphine… Mais ça n'a pas d'importance.
- Tu es clean maintenant?
- Je n'en prends plus.
- Sara, je sais que j'ai…
Elle leva une main pour le stopper.
- Si tu dis que tu n'as jamais voulu m'impliquer, j'attrape ce tournevis et ce n'est pas dans le broyeur que je vais le planter.
Le silence s'installa entre eux et Sara se permit le luxe de le regarder. C'était la première fois qu'ils étaient juste tous les deux, la première fois qu'elle pouvait le contempler sans avoir peur d'être accusée de quelque chose.
Alors, elle l'observa. Elle observa la courbe de sa mâchoire où apparaissait le début d'une barbe qui assombrissait un peu plus sa peau déjà hâlée. Elle tenta de compter ses cils, mais elle était trop loin. Ses yeux glissèrent sur les courbes de son corps et son estomac se serra en signe de pure appréciation.
Les yeux de l'homme restaient fixés sur son visage.
Au bout d'un moment, elle parla.
- Il y a tant de choses qu'on pourrait se dire. Qu'on aurait dû se dire. Je ne sais pas pour toi, Michael, mais je me suis imaginée cette scène tant de fois que quoiqu'on dise maintenant…ça ne servirait à rien. Tu peux dire que tu es désolé. Je peux dire que je suis désolée et après on peut juste oublier tout ça.
- Tu veux oublier notre relation?
- Relation? Je ne me souviens pas avoir eu une quelconque « relation » récemment.
Un rire cinglant lui échappa .
- Faudrait songer à prévenir Bellick alors.
- Michael à propos de…à propos de Brad…
Elle se tut, cherchant les mots pour expliquer ce qu'elle-même ne parvenait pas à comprendre.
- Tu n'as pas à te justifier. Tu as ta propre vie. Je suis sûre que tu plaisais à un tas d'hommes à Fox River. J'ai juste été le seul à être assez arrogant pour croire que tu pouvais ressentir la même chose. Le seul à être assez stupide pour te demander de m'attendre.
- En fait, offrit-elle avec un sourire compatissant. « Attends-moi » est une réplique assez courante. Je l'entendais au minimum une fois par semaine à Fox Rover. J'étais d'ailleurs surprise que tu ne trouves rien de plus original.
- La prochaine fois, je demanderais conseil à Sucre pour savoir comment séduire une femme.
Sara sentit que la discussion tournait de nouveau en joute verbale.
- Michael et si…Et si on évitait de faire ça? Je n'en ai vraiment pas le cœur là.
Il ferma les yeux un long moment, tentant de reprendre ses esprits. Quand il les rouvrit, ils plongèrent dans les siens. Elle haïssait le pouvoir de ce regard, il lui donnait soudain l'impression qu'il pouvait lire en elle et sous ces yeux, elle se sentait étrangement vulnérable.
- Tu veux que je parte? Bien. Juste…
Les mots semblèrent se bloquer dans sa gorge avant qu'il n'inspire et ne continue.
- Dis-moi juste une chose. Depuis combien de temps? Toi et Bellick?
Sara ouvrit la bouche pour protester ne serait-ce qu'aux mots « toi et Bellick », mais il l'arrêta en levant la main en un grognement profond.
- Finalement je ne veux pas savoir. Je n'ai pas à savoir. Je veux dire, tu es une grande fille et je n'ai pas à….Mais bon sang…Bellick? Bellick?! Sara! Comment? Comment?! Tu n'as aucune idée du genre d'homme qu'il est. Je te connais Sara. Je sais quel type de personne tu es. Je sais ce que tu vaux. Bellick représente tout ce que tu peux haïr.
- Tu te comporte comme si j'avais embrassé T-Bag.
- J'aurais presque préféré. T-Bag, lui, a au moins un minimum de charme et de manières.
Sara se sentit soudain offensée pour Brad.
- Brad est mon ami. Il était là pour moi…Et il était le seul.
- Et moi? Le message? Les fleurs? J'ai essayé, Sara.
- Tu crois que tu me connais? Quelques minutes volées ici et là au milieu de ton plan magistral t'ont permis de me connaître? Ou est-ce que c'était déjà le cas avant? Ce n'est pas parce que tu as tapé mon nom sur Google que tu me connais.
- Je te connais plus que tu ne le connais. Si tu savais qui il est vraiment, ce qu'il est capable de faire…
- J'étais seule, Michael, et Brad est venue. Il s'est occupé de moi. Il m'a apporté des Springles.
Même à ses propres oreilles, tout ça sonnait pathétique.
- Si tu me l'avais demandé, je t'aurais amené des Springles, dit-il en faisant un pas vers elle.
Elle recula. S'il la touchait, elle était perdue. Si ses longs doigts entouraient son poignet sans personne pour les voir, sans gardes devant la porte, ils se retrouveraient sur la table de la cuisine en moins de deux. Évidemment, elle le haïssait…mais certaines choses vont au delà de la haine. Et ce qu'elle ressentait au contact de Michael…A côté de ça, la haine n'était qu'une unique goutte dans une pluie torrentielle.
- Si tu me connaissais, tu aurais su que je ne suis pas le genre de personne qui demande de l'aide.
- On ne s'en sortira pas si tu me rejettes à chaque fois que tu en as l'occasion.
Il avait raison, mais elle ne pouvait pas s'en empêcher. Elle voulait que ça s'arrête.
- Je ne veux pas qu'on s'en sorte.
Il ne parut pas la croire, la fixant à la recherche du moindre détail qui lui prouverait qu'il y avait encore de l'espoir pour eux. La jeune femme prit une grande inspiration et dit la seule chose capable de tuer tout espoir.
- Je ne veux pas qu'on s'en sorte parce que…parce que j'aime Brad.
Elle mentait, évidemment. Elle n'aimait pas Brad. Seule la mère de Brad aimait Brad. Mais pour une quelconque raison, Michael Scofield, l'homme qui voit au delà de toute chose, paraissait devenir aveugle quand il s'agissait d'elle.
- Je ne te crois pas.
Son visage s'était fermé et un muscle de sa mâchoire roula sous sa joue. Il ne l'avait peut-être pas cru, mais il n'y avait pas pas cru. Ses yeux la supplièrent de nier…Elle ne le fit pas.
- Va-t-en, Michael.
Sa voix était faible. Tout ce qu'elle voulait, c'était qu'il parte. A la place, il avança vers elle, si prêt qu'elle sentit leurs pantalons se frôler au niveau de leurs genoux. Ses yeux étaient pleins de quelque chose qu'elle ne s'attendait pas à voir en lui: la colère.
- Quand tu découvriras qui est réellement le Capitaine Bellick, ne viens pas pleurer sur mon épaule.
Il s'éloigna, et la regarda avec un air proche du dégoût avant de se précipiter hors de la pièce. Quelques instants plus tard, elle entendit la porte claquer.
Visiblement, avec son père, Michael était le seul homme capable de la faire autant pleurer. D'un revers de manche, elle essuya ses joues déjà trempées et alla jusqu'au téléphone. Pendant une seconde, elle envisagea d'appeler son parrain, mais ses doigts tapèrent un numéro qu'elle n'avait encore jamais composé.
- Brad? Je...sais qu'il est tard et que vous venez de partir. Mais je…Bon dieu, je ne sais pas. J'ai juste besoin d'un ami. Pourriez-vous revenir?
Sara venait juste de raccrocher quand elle eut soudain envie de le rappeler et de lui dire de ne pas venir. Elle était en pleine névrose. Encore.
Elle était pourtant certaine d'avoir atteint son quota niveau névrose. Sa rencontre avec Michael l'avait conduite de vaguement insensée à complètement dérangée. Michael Scofield ne faisait pas ressortir le bon en elle.
Elle tendit de nouveau le bras vers le téléphone, ses doigts allaient appuyer sur le bouton « bis » quand quelqu'un frappa à la porte. Ou Michael était de retour, ou Brad n'était pas allé bien loin.
Peut-être devrait-elle se barricader dans son appartement. Elle avait tout un stock de biscuits, elle pourrait vivre une vie pleine et productive, recluse dans sa salle à manger. Elle considéra sérieusement cette idée avant de se rendre compte que c'était la pire qu'elle n'ait jamais eu.
Sara pressa une main tremblante sur ses côtes rendues douloureuses par les pleurs et se leva. Elle se redressa, elle comptait bien faire preuve d'un minimum de contenance. Hey, si elle y parvenait, ça voudrait peut-être dire qu'elle était parvenue à ce « changement de soi » dont son psy parlait tout le temps ? Enfin, en même temps, il était fort possible qu'un changement de soi aille au delà du fait d'ouvrir une porte…
Elle ouvrit la porte pour trouver Brad debout sur le palier, ses mains posées sur son ventre et sa tête penchée de cette façon timide avec laquelle il s'adressait souvent à elle. Sara fondit en larmes.
Bon dieu. Elle avait laissé cet homme l'embrasser. Elle voulait Michael…Elle le voulait tellement. Pas pour un engagement à long terme, juste pour une nuit. Juste pour que son odeur et ses caresses parviennent à effacer la sensation des lèvres de Brad contre les siennes.
Elle voulait sentir les hanches de Michael entre ses cuisses, juste pour éradiquer la sensation des larges bras de Brad autour d'elle. Elle voulait Michael parce qu'il la possédait au moins à ce niveau…Il la possédait dans chaque contact, chaque regard, chaque baiser. C'était la seule promesse que Sara voulait qu'il tienne.
Mais en même temps, elle ne voulait rien de lui. Après tout, n'était-ce pas ce qu'elle venait de lui faire comprendre? Elle avait eu raison et ne pouvait plus revenir en arrière. Parce qu'en général, les hommes ont du mal à vous comprendre quand vous leur dites « Je te déteste. Tu pourrais enlever ton pantalon s'il te plait? »
Brad, incapable de comprendre ses larmes, la serra contre lui. Elle se tendit au début, mais finit par se relaxer dans sa chaleur. Comment pouvait-elle être si superficielle? Brad avait plus fait pour elle en l'espace de quelques semaines que Michael ne pourrait en faire dans toute une vie. Il la dirigea vers le canapé, la portant à moitié. Elle enfonça son visage dans son torse et rêva qu'elle était ailleurs.
Elle était assise à l'infirmerie, le soleil la brûlant à travers les barreaux alors qu'elle rigolait avec un détenu tout en examinant son arthrite.
Elle tomba sur lui quand il s'assit sur le canapé. Mais elle ne réalisa pas qu'elle était sur ses genoux, tout comme elle fit fî du fait qu'il caressait ses cheveux alors qu'il murmurait à son oreille.
- Je sais, princesse, je sais.
Qu'est ce qu'il savait? Il ne comprenait même pas pourquoi elle pleurait.
- C'est trop tôt. Je le sais, Sara. Je ressens la même chose. Pas besoin de pleurer pour ça. Tu es perturbée, tu ne peux pas gérer tous tes désirs en même temps.
Sara reprit ses esprits. Désirs? Il parlait de la morphine, hein?
Faux. Et elle le savait. Il ne pensait tout de même pas que ses larmes concernaient ses sentiments conflictuels envers lui?
Elle se dégagea rapidement de ses genoux.
- Brad, je veux que vous sachiez que je ne veux pas…
Ses traits étaient pleins d'espoir et de compassion, sa timidité parut soudain s'être évaporée.
- Brad je ne veux pas…hum, je ne veux pas que vous me voyez comme ça. Je vais prendre une douche.
Dans le doute, fuis.
Sara laissa Brad sur son canapé et du se forcer pour ne pas courir jusqu'à la salle de bain. Elle jeta un regard par dessus son épaule et capta un sourire sur les lèvres de l'homme. Elle n'en avait rien à faire de ce qu'il pouvait penser, tout ce qu'elle voulait, c'était la paix.
Elle n'allait pas pleurer. Pourquoi le devrait-elle? Elle venait juste de découvrir que son seul ami au monde, la seul personne qui s'intéressa à elle…la désirait.
Sara posa son front sur le mur froid de la douche. Merde. Comment s'était-elle débrouillée pour tout rater à ce point? C'était pas possible, il devait y avoir quelque chose de plus important d'impliqué, une erreur dans la répartition du Karma?
Elle était seule, fatiguée et voulait des choses qu'elles ne pouvaient avoir. Et la seule chose qu'elle ne voulait pas était sur le point de lui éclater au visage.
Elle laissa l'eau chaude glisser le long de son corps jusqu'à ce que sa peau soit rose. Elle se tourna et sentit la fraîcheur de la porte en verre dans son dos. Froid…Chaud. Voilà qu'elle était punie pour des erreurs qu'elle ne réalisait même pas commettre.
Elles étaient pourtant évidentes. D'abord, la pizza sur le canapé, puis les deux nuits pour le prix d'une dans un hôtel à demi-étoile pour un week-end romantique. Elle pouvait presque déjà sentir le frottement des draps gratter ses fesses alors que l'estomac de Bellick l'écrasait.
Oh. Mon. Dieu. Elle allait hyper-ventiler.
Le pire était qu'elle était presque certaine que Brad avait bon cœur. C'était juste son cerveau qui ne tournait pas assez vite….Ou dans ce cas-ci, bien trop vite. Elle devait le lui dire, le lui dire gentiment. Il avait tant fait pour elle, elle pouvait bien lui montrer un peu de compassion et lui expliquer les choses avant qu'il ne fasse quelque chose de stupide…
Comme entrer torse nu dans sa salle de bain alors qu'elle était sous la douche.
- Brad? Je suis là!
Sara sauta sous le jet d'eau et tenta de dissimuler ses seins sous un bras alors que son autre main cachait ce qu'il y avait plus bas.
- Tout va bien, Sara. Je sais que parfois les mots sont difficiles à dire. Je sais que ce baiser t'as fait réfléchir. Ça a été pareil pour moi. Et si on le veut tous les deux…Eh bien, autant se lancer. Je pense qu'on devrait être adultes et ne pas avoir peur de réaliser nos désirs.
Le cerveau de la jeune femme s'emballa. Elle pourrait crier et gâcher la seule amitié qui lui restait depuis l'évasion. Ou elle pouvait restait calme, demander à Brad de sortir de la salle de bain, s'habiller puis tout lui expliquer en faisant le moins de dégâts possible.
Il s'approcha et Sara aperçu la fourrure sur son torse qui ne dévoilait que deux tétons anormalement gros. Soudain, le torse de Michael lui manqua. Il tendit le bras et ouvrit la porte de la douche.
- Ok, Brad. On va ralentir, dit-elle en reculant dans la douche. Tu sais que mon programme désapprouve ça et…Je m'en sors si bien. Je ne vais pas tout gâcher maintenant.
- On peut considérer ça comme de la thérapie de remplacement. Faire l'amour à la place de la drogue.
Elle ne comprit pas vraiment son raisonnement. Elle aimait la drogue bien plus qu'elle n'aimait le sexe. Et qui utilisait encore l'expression « faire l'amour »?
- Je dois vraiment refuser, Brad. Il le faut.
Elle était à bout de souffle et reculait de plus en plus contre le mur de la douche, le plus loin possible de lui.
Les yeux de l'homme étaient fixés au niveau d'un de ses poignets qui laissait apparaître un bout de son auréole. Il n'écoutait pas. Il tendit une main et ses doigts glissèrent sur la peau fine d'une des hanche de la jeune femme.
Elle inspira profondément et recula. Tout à coup, elle perdit l'équilibre et son pied dérapa sur le sol. Elle tenta d'agripper quelque chose mais ses doigts ne trouvèrent rien alors qu'ils glissaient le long de la vitre et du mur de la douche.
Et la voilà ainsi, les bras écartés et le corps totalement exposé. En reculant, elle s'était adossée aux poignets du robinet de la douche. En tombant, elle les avait senti griffe,r puis entrer dans la chair de son dos et de ses épaules. Brad avait paniqué et attrapé fermement son poignet.
Il tira dessus pour la relever et Sara entendit un craquement alors qu'elle était assiégée simultanément par des vagues de nausées et de douleurs. Il la relâcha brusquement et elle retomba durement sur le sol de la douche. Une jambe étendue et l'autre pliée bizarrement en dessous d'elle.
Elle resta un moment assise, sous le choc. La plupart des gens ressente le choc avant la peine, mais juste après le « Oh, mon dieu! Je suis en train de tomber ». Le choc qui vous retourne l'estomac et bloque vos poumons, qui vous fait penser à tant de choses et brouillent pourtant la moindre de vos pensées. Elle, elle ne parvient pas à le dépasser.
La respiration difficile, Sara scruta la pièce, remarquant vaguement Brad qui reculait, blanc comme un linge et la bouche ouverte. Bientôt, un torrent d'excuses lui échappa. Il était si pris dans sa culpabilité et ses pardons qu'il ne vit pas l'horreur de la jeune femme. Ses mots faisaient échos dans son crâne « Mon Dieu….voulait pas….pensé….voulait…merde… ». Plus tard, beaucoup plus tard, elle se rappelait vaguement l'avoir vu s'enfuir en courant de la salle de bain, et entendu la porte claquer.
Sara posa son dos contre le mur, toujours trop choquée pour sentir la douleur. Doucement, très doucement, elle ramena ses genoux à sa poitrine et essaya d'enrouler ses bras autour d'eux. Sa main gauche ne bougea pas, incapable de faire les gestes qu'elle voulait.
Pendant presque une demi-heure, elle observa son poignet paralysé alors qu'il enflait et rougissait. Ses yeux glissaient parfois sur la marque des doigts de Brad sur sa peau.
A un moment, l'eau se fit froide, le sang continuait de couler de son dos et l'eau qui glissait le long de ses hanches était rouge. Des larmes silencieuses coulaient le long de ses joues et elle n'avait aucune idée de ce qu'elle était censée faire. Elle ne savait plus comment se sauver elle-même. Elle était perdu, seule et pathétique. Tellement pathétique que quand elle ordonna à ses jambes de s'étendre pour qu'elle se lève, elles ne bougèrent pas.
La voix de Michael ne cessait de faire écho dans sa tête, « Ne vient pas pleurer sur mon épaule ».
Elle se réveilla, trempée, gelée et totalement confuse. Elle plaça sa main valide sur le rebord de la douche et s'en servit pour se redresser à quatre pattes. Ses épaules étaient douloureuses mais elle continua de bouger en grimaçant. A genoux, elle passa un doigt à l'endroit de son dos où la peau était si douloureuse. Elle saignait encore.
Elle observa son autre poignet. Il était deux fois plus gros que la normale et elle aperçut la trace violacée des doigts de Brad au dessus de la peau gonflée. Elle tenta de bouger le poignet et sentit un fourmillement puis un frémissement en réponse. Elle rampa dans la salle de bain et atteignit les toilettes juste à temps pour vomir.
Cassé. Elle n'avait pas besoin d'un docteur pour savoir cela…. Même si le fait qu'elle soit elle-même un docteur devait l'aider à arriver à cette conclusion. Elle s'essuya la bouche de sa main droite, puis la passa dans ses cheveux mouillés.
Elle devait faire quelque chose. Elle était blessée, souffrait. Elle était docteur.
Les gens font des choses quand ils sont blessés. Elle savait cela. Mais elle ne parvenait plus à se souvenir de ce qu'ils faisaient.
Appelaient-ils à l'aide? Qui pourrait-elle appeler? Elle devait faire quelque chose. Son esprit était de moins en moins rationnel alors que la douleur grandissait. Le choc était passé, mais il avait été remplacé par quelque chose de pire. Le besoin.
Malgré sa confusion et sa peur, quelque chose restait très clair pour Sara. Elle avait mal, et elle savait exactement comment régler ça.
Une flaque d'eau et de sang s'étala alors qu'elle rampait sur le carrelage blanc. Elle atteint les tiroirs sous l'évier et en ouvrit un. Assise, elle retourna le tiroir, inspecta boites et bouteilles à la recherche de ce qu'elle savait être là. Ses doigts entrèrent en contact avec la bouteille froide et elle la serra dans sa main. Elle la sortit et scruta l'ampoule et la seringue dans sa paume.
Maintenant et tout de suite, elle allait se débrouiller de la meilleure façon qu'elle connaissait. Elle aurait tout le temps d'appeler à l'aide le lendemain matin.
A suivre….
