Fanfic:G

Il avait exécuté les ordres de son maître. D'ailleurs il lui avait même promis une récompense. Mais il s'en fichait du moment qu'il pouvait rester à ses côtés. Venom s'arrêta devant la porte et frappa doucement. La voix chaude de son maître lui répondit. Et il entra, ravi de revoir son mentor.

Quel régal ! Finalement, il avait bien fait de revenir sur sa décision. Cette humaine avait un goût absolument incroyable. Il ne s'était pas privé. D'ailleurs pourquoi se priverait-il d'un met aussi délicat qu'un humain bien frais ? Elle n'était que l'entrée. Maintenant, il voulait un plat de résistance et un dessert.

Il se sentait bien. Cette douce chaleur qui l'enveloppait était si agréable. Mais il y avait quelque chose de bizarre. Il ouvrit lentement les yeux et se trouva nez à nez avec un t-shirt blanc. Un t-shirt qui avait exactement la même odeur que le pull qu'il portait. Et le t-shirt était porté par un Sol qui semblait profondément endormi. De plus un de ses bras était autour de sa taille. Comme il voulait encore un peu plus de cette chaleur que dégageait son sauveur, il décida d'en profiter, posant ses mains sur son torse musclé et nichant son visage dans son cou. L'américain inspira et expira profondément. Pendant un moment, il crut qu'il l'avait réveillé. Mais non. Inconsciemment, le brun resserra son étreinte et il finit par se rendormir.

Quelque chose de chaud était lové contre lui. Il ouvrit les yeux, les baissa et il tomba sur un prêtre français endormi dans ses bras. Il le contempla un moment. Pour l'énième fois depuis l'arrivée du jeune homme dans son appartement, il se dit qu'il avait été stupide d'en faire son ennemi. Le blond ouvrit doucement les yeux et sourit à son hôte. Comment ne pas fondre devant un tel sourire ? Il avait du pain sur la planche pour se faire pardonner. Mais il y mettrait tout son cœur.

Il s'étira lentement, à la manière d'un félin. Des coups furent frappés à la porte. Le drap en soie noire glissa sur sa peau en même temps que son ombre glissait sur le sol jusque vers la poignée. Venom s'inclina respectueusement devant lui. Zato lui fit lever le menton et écarta les longues mèches de cheveux qui lui cachaient le visage de son disciple.

-Pourquoi...? Pourquoi masques-tu un visage aussi gracieux ?

Les yeux bleus du jeune homme scrutèrent la pénombre qui dissimulait les traits de ce maître qui lui était si cher.

-Maître, je... commença-t-il.

-Chuut, fit One, apposant doucement un doigt sur les lèvres de son élève. Est-ce que je t'ai manqué ? demanda-t-il.

-Oui Maître... Vous m'avez manqué...

-Et que ressens-tu depuis mon retour ?

-Je suis heureux que vous soyez revenu.

Parfait. C'était un parfait réveil. La journée ne pouvait on ne peut mieux commencer.

L'attitude de son maître l'avait troublé au plus haut point. Comment un maître ne pouvait-il pas manquer à son élève lorsqu'il le laissait seul pour une durée indéterminée ? La réponse était des plus évidentes. Alors pourquoi ? Pourquoi ? Venom marchait silencieusement derrière Zato, cherchant la raison pour laquelle son maître lui avait fait savoir qu'il lui avait manqué. Pourquoi lui avait-il posé une question aussi stupide qui demandait une réponse plus qu'évidente ?

-Quelque chose ne va pas Venom ?

La voix de son supérieur le fit redescendre sur terre.

-Ah... Euh... Si, tout va très bien. Je, je réfléchissais... bafouilla-t-il en guise d'excuses.

-Et à quoi réfléchissais-tu ?

-Au meilleur moyen d'attraper le prêtre et l'américain, Maître, répondit-il sans réfléchir.

Zato lui adressa un sourire:

-Tu es le meilleur de mes élèves. Je suis fier de toi.

Après une nuit bien agitée, rien ne valait un peu de sommeil. Cette cave à vins ferait l'affaire. L'odeur du sang et des grands crus se mêlaient délicieusement bien. Un endroit parfait, à l'abri des regards et des intempéries. Que la pluie, la neige ou autre ne lui ait jamais fait quoi que ce fut. Il se pelotonna dans un coin sombre et plongea dans un agréable sommeil où les meurtres et les orgies de sang se succédaient sans fin.

Une délicieuse odeur flottait dans tout l'appartement. Après son réveil, le prêtre avait filé dans la cuisine, et lui y était interdit de séjour. Il cessa donc de tambouriner sur le battant dans l'espoir de goûter à au moins un petit plat. Le brun se décida à prendre une douche et se dirigea vers la salle d'eau. Il se changeait lorsqu'une étoffe blanche attira son attention. Il s'agissait des vêtements que le blond portait à son arrivée. Ils étaient propres mais découpés par endroits. Ces déchirures étaient les seuls témoins des blessures faites par Zato. En effet, au grand étonnement de l'américain, les plaies du français semblaient déjà totalement cicatrisées. Il prit une rapide douche et retourna devant la porte de la cuisine. Le berger allemand faisait les cent pas, comme s'il gardait la porte. Sol soupira, se rendit dans le salon et s'assit dans le canapé, espérant de tout son cœur que Kiske ait fini avec la cuisine qu'il puisse enfin petit déjeuner.

Il poussa la porte de la cuisine et sortit, un plateau chargé dans les bras. Une chance que son corps ait la cicatrisation facile, sinon jamais il n'aurait pu préparer tout cela. Il interdit au chien d'entrer dans la cuisine et alla au salon où il trouva son sauveur avec une mine désespérée.

-Tenez, c'est pour vous, dit le blond en posant le plateau sur la table basse.

Le brun haussa un sourcil en signe de surprise, contemplant le plat sur lequel il y avait un petit déjeuner typiquement français. En effet, s'entassaient croissants au beurre, une tasse de café, un bol de lait, un petit panier de fruit, des céréales, quelques biscuits, un pot de confiture, un éclair au café et un verre de jus de fruit.

-Tu crois que j'aurais suffisamment de place pour engloutir tout ça ?

-On peut partager si vous voulez, répondit le prêtre tout sourire.

-... Euh... D'accord...

Il s'assit à côté de l'américain qui prit la tasse de café. Il espérait que ça lui plairait. Il s'était fait complimenter un nombre incalculable de fois au sein de l'Ordre pour son excellent café. Et apparemment, il n'y avait pas que le café qui plaisait à son hôte. Ce qui le rassura.

Il soupira au moins pour l'énième fois. Tournant en rond dans ses appartements, Venom se questionnait toujours à propos de son mentor. Il s'assit dans l'un de ses fauteuils et poussa un long soupir. Cela devait faire longtemps qu'il ne s'était pas interrogé sur ses sentiments à l'égard de One. C'était sûrement dû à son retour.

Il adorait faire ça. La torture mentale était un de ses jeux favoris, et il était passé maître dans l'art de la manipulation des émotions des autres. Il savait comment susciter l'envie, la jalousie, l'amour, la haine, le regret, la crainte et tant d'autres émois. Et Venom était le plus réceptif de tous ses cobayes. Encore qu'il se demandait s'il ne s'était pas pris à son propre piège. En réalité, son disciple était devenu son trésor, et il ne le partagerait avec personne même pour tout l'or du monde. Il avait réussi à faire naître l'amour dans le cœur de ce jeune homme et il avait ouvert une petite porte, dans son propre cœur, qu'il croyait condamnée à jamais.

Il sourit doucement. Il était éveillé mais ne voulait pas ouvrir les yeux tout de suite. Pour garder les images de ces deux-là plus précisément dans son esprit. Et dire qu'il pensait que ça allait évoluer uniquement entre le français et l'américain. Finalement espionner ça avait du bon. Cette toute nouvelle et fraîche idylle renaissant de ses cendres mettait du piment dans ses projets. Qui aurait cru que ces deux-là avaient un cœur ? Son sourire s'élargit et il décida enfin à se lever.

Il émit un rot sonore qu'il n'avait pas pu retenir. Ce qui fit rire le blond. Il grogna et détourna la tête mais il était ravi. Pour plusieurs raisons: il n'avait jamais aussi bien mangé de toute sa vie et Dieu seul savait combien les années s'étiraient derrière lui; il avait fait rire son invité; il était en compagnie d'une véritable beauté et surtout il se sentait vivant pour la première fois de sa vie sans avoir à combattre. Se battre, survivre, chasser, être chassé. Toute son existence ou presque se résumait à cela. Son regard s'assombrit. La solitude et la mort le suivaient. Elles étaient sa pénitence. Elles étaient ses compagnes pour le restant de ses jours. Impossible de leur échapper. Et puis son travail était dangereux. Il ne pouvait pas entraîner ce gamin dans ses histoires. En tant que chasseur de prime, il se devait d'être aux trousses de Zato. Mais ce gosse, il y tenait trop à présent. Sol venait de comprendre une chose: il était si facile de s'attacher à une personne. Un battement de cil suffisait pour vous rendre fou de quelqu'un. Mais il était terriblement difficile et douloureux de s'éloigner de cette personne. L'éternité ne pouvait vous faire oublier l'objet de votre folie. Son cœur se serra. Viendrait le moment où il devrait inévitablement se séparer de cet ange entré si soudainement dans son univers. Même s'il était tout à fait capable de se défendre seul. Un contact soyeux sur sa joue et un léger murmure à son oreille le sortirent de ses sombres et troublantes pensées:

-Qu'est-ce donc qui vous rend si taciturne ?

-Zato... répondit-il simplement.

L'américain ne mentait pas. Il cachait juste une partie de ses inquiétudes. Rien de plus. Il ne souhaitait surtout pas rendre sa relation avec le français plus compliquée qu'elle ne l'était déjà. Ky se serra un peu plus contre lui.

-Promettez-moi que si jamais il y avait autre chose vous me le diriez, n'est-ce pas ? demanda-t-il doucement.

Le brun écarta lentement le jeune homme de lui:

-Je ne peux rien te promettre.

Il repoussa avec colère les mèches qui lui tombaient dans les yeux. Et dire que Badguy n'avait absolument pas réagi lorsqu'il était parti en claquant la porte. Il n'avait même pas essayé de le rattraper. Et ce visage si fermé, si dur. Il avait eu l'impression de recevoir un coup en plein cœur. Il avait eu si mal. Peu lui importait à présent de se faire prendre par Zato. Il s'arrêta le souffle court et observa l'endroit où il était. Un petit parc public désert. Des rafales de vent soulevaient sa courte frange blonde et entraînaient loin dans les airs quelques feuilles mortes. Il leva les yeux vers le ciel où s'amoncelaient de gros nuages noirs. Un coup de tonnerre ébranla la ville tandis qu'un éclair déchirait la voûte des cieux. D'énormes gouttes se mirent à tomber drues, martelant les pavés du parc. Cette journée ressemblait à celle où Sol l'avait sauvé des griffes de One. Ruisselant d'eau, il se réfugia sous l'arbre le plus proche à pas lents. Des larmes. A travers son pull trempé il serra sa croix. Ky se laissa glisser le long du tronc et sa main se serra plus encore sur son crucifix.

-Pourquoi...?

Il l'avait trouvé en farfouillant un peu dans les affaires de l'américain quelques jours plus tôt. Un objet d'une valeur inestimable. Une croix finement ciselée dans du diamant. Et ces mots qui résonnaient encore dans son esprit. "Il y a longtemps que je ne crois plus en rien. C'est juste une babiole. Je te l'offre si elle te plaît." Jamais il n'aurait osé rêvé plus beau cadeau de sa part. Jamais il n'avait été aussi enchanté de porter un bijou. Il se fichait pas mal du prix de cette croix. Un tel présent revêtait surtout une valeur sentimentale à ses yeux. Et pourtant aujourd'hui, le poids de ce sentiment lui paraissait plus lourd et plus difficile à supporter qu'autre chose.

Il jeta vaguement un oeil par la fenêtre. Il pleuvait sans discontinuer depuis près de douze heures maintenant. Douze interminables heures durant lesquelles il n'avait eu de cesse de réfléchir sur la conduite à tenir envers son mentor. Après avoir tourné et retourné ses sentiments, après avoir analysé ses réactions, après avoir étudié ses désirs, il avait conclu qu'il devait avouer ce qu'il ressentait à son maître. C'était de la folie pure et simple. Mais il ne voyait pas d'autre solution. Pour se sentir enfin honnête avec lui-même. Cette pensée le fit sourire. Un assassin honnête. On aura tout vu.

Il attendait. Patiemment. Le temps passait. De toute façon, il ne pouvait faire que cela. Attendre que son élève chéri daigne se présenter à lui. Il n'avait pas vraiment envie de chasser ses proies pour le moment. Si le cœur n'y était pas, cela ne valait plus la peine de les traquer. Et puis Testament lui avait demandé de se tenir tranquille. Tant qu'il savait où se trouvait le français, cela ne le dérangeait pas de prendre son temps. Alors il attendait.

Il poussa un soupir las et ennuyé. Ces filles étaient pires que des poules. Elles ne cessaient de caqueter et de le montrer du doigt. Certes, sa tenue n'était pas des plus discrètes mais tout de même. Ses doigts martelaient la table d'un rythme vaguement agacé. La serveuse se faisait plutôt longue pour un simple petit-déjeuner humain. Il sourit à ses groupies. Tant pis. Encore une fois, il se régalerait de chair fraîche. Oh zut... Il commençait à y avoir de l'eau dans le gaz. Les connaissant, ça ne durerait pas bien longtemps. Le sourire de Testament s'élargit.

Il souffrait. De ne pouvoir s'attacher plus. De ne pouvoir découvrir un peu mieux ce sentiment nouveau. De ne pouvoir l'apprendre par cœur. De ne pouvoir lui dire. De ne pouvoir dessiner et redessiner à l'infini les courbes de son corps. De ne pouvoir le posséder. De ne pouvoir lui appartenir. De ne pouvoir l'aimer tout simplement. Le front contre la baie vitrée, il regardait vaguement la pluie torrentielle qui se déversait sur la ville. Depuis combien de temps était-il là ? A retourner le couteau dans la plaie. A mutiler son âme et son cœur. Il lui avait fait mal pour l'éloigner de lui. Mais jamais il n'avait voulu une séparation aussi brutale. Sol avait lu l'incompréhension, la douleur et la colère dans les yeux bleu-vert du français. Qui avait tourné les talons et s'était enfui loin de lui. Quel idiot il avait été ! Il s'était voilé la face en s'occupant de lui, en le soignant. Il avait leurré le blond. Il n'avait pas voulu voir la réalité en face parce que les rêves qu'il s'inventait avec Ky étaient bien plus beaux. Leur amour était impossible car ils étaient ennemis. Leur amour était impossible car la barrière sociale les séparait. Leur amour était impossible car la différence d'âge était beaucoup trop grande. Leur amour était sûrement impossible pour bien d'autres raisons. Mais Badguy ne voulait pas les connaître. Il voulait croire que malgré tout, ils avaient encore une infime petite chance. Et cette chance il devait la tenter à tout prix.

Il se sentait vide et écrasé. Ecrasé par un sentiment qu'il découvrait. Un sentiment qui faisait monstrueusement souffrir. Combien de fois avait-il entendu cette phrase ? Sûrement des centaines. Et elle prenait tout son sens seulement maintenant. Une douleur insoutenable lui étreignait le cœur. A cet instant, l'idée de mourir lui traversa l'esprit. Puis le blond sentit son cœur se serrer plus encore. Au moment même où il se disait "La mort est plus supportable que cette souffrance", une image de l'américain penché sur son cadavre, le visage déchiré par la douleur, la rage et l'impuissance s'imposa à lui. Ses yeux s'assombrirent encore et un sourire ironique teinté de tristesse se dessina sur ses lèvres. Ses paupières se fermèrent toutes seules et il se mit à écouter la pluie qui s'abattait sur les pavés et sur les feuilles au-dessus de lui. Le français frissonna alors que, sous ses vêtements détrempés, une goutte glacée s'insinuait le long de sa colonne vertébrale. Et soudainement, une douce chaleur l'enveloppa. Il entrouvrit les yeux et crut qu'il rêvait. Il ne protesta pas lorsque le brun le souleva et dit:

-T'as intérêt à prendre un bon bain chaud en rentrant si tu veux pas finir gelé.

Nichant son visage dans le cou de son sauveur, il sentit le poids sur son cœur disparaître.

Il s'arrêta devant la porte et inspira un bon coup. Pas qu'il redoutait la réaction de son maître, peu importait qu'il le batte ou qu'il l'insulte, voire même le vire ou le tue. Du moment qu'il révélait ses sentiments en toute sincérité, c'était l'essentiel. Il frappa.

Il prit la peine d'ouvrir lui-même pour une fois. Comme d'habitude le visage de son disciple était dissimulé sous ses longues mèches. Ce dernier ouvrit la bouche sans attendre que son mentor s'efface pour le laisser entrer et prononça une phrase, une seule. Il tira Venom à lui, ferma la porte et le plaqua violemment contre le battant. Il repoussa la légère chevelure de son élève et le contempla un moment. Puis Zato se pencha doucement sur lui et l'embrassa. Ce fut d'abord un chaste baiser qu'il approfondit sans violence ni agressivité aucune. Juste avec tendresse. Et avec tout l'amour qui déferlait en lui.