Déprimée, Oki avait passée plus de quatorze ans dans son tableau. Mais un jour, elle se dit que franchement, ça n'en valait pas la peine. Et puis, de toute façon, elle s'ennuyait sérieusement, là dedans! Elle devait sortir. Et puis, ce n'est pas comme si elle ne savait pas comment! La drôle de lumière blanche qui lui avait permis de sortir la première fois n'avait jamais disparue... Elle se dirigea donc vers le "portail" avant de le traverser, comme la première fois. Tout ce mit à tourner. Elle ferma les yeux.

Lorsque tout mouvement cessèrent, la sirène ouvrit brusquement les yeux. Péniblement, elle se redressa. Elle jeta un regard circulaire. Où était-elle? Dans une pièce froide, avec plusieurs peintures accrochées aux murs. Derrière-elle, « Les fonds marins ». Elle se trouvait au musée, celui auquel son tableau avait été donné.

La douceur d'un matin de printemps vint caresser sa peau. Elle se rendit soudain compte qu'elle était sous sa forme démoniaque. Toujours perdue, elle eut cependant la bonne idée de prendre son apparence humaine. Une douce lueur l'enveloppa alors qu'elle se transformait. Elle ressemblait maintenant à une jeune adolescente de quinze ans. Elle était vêtue d'une robe de grandeur moyenne rouge tâchée de bleue. Une fois ce détails réglé, elle se rendit, hésitante et tremblant un peu sur ses jambes, près de la fenêtre. Le soleil se levait doucement sur le village d'Azumano. Elle eut un petit sourire hésitant. Réussirait-elle à vivre comme une humaine?

Des pas lents dans le couloir la tirèrent de ses pensées. Probablement un garde. Heureusement, la pièce où elle était sortie de son sommeil était au niveau du sol. Rapidement, elle ouvrit la fenêtre, sortit et referma doucement l'endroit par où elle s'était échappée. Elle se cacha sous la fenêtre au moment où le garde entrait dans la pièce.
Discrètement, Oki partit. Elle ne savait pas trop où aller. Elle marcha donc, ici et là, sans grande conviction. Elle se retrouva bientôt à marcher sur une grande étendue sablonneuse. Une plage, si elle se souvenait bien de ses leçons avec Rio. La créature vit soudain cette grande étendue d'eau. La mer. Complètement hypnotisée, elle marcha jusqu'à elle, y trempa les pieds après avoir enlever ses sandales. Cette sensation était délicieuse...

Elle allait en profiter lorsqu'elle remarqua le nombre impressionnant de personnes sur la plage. Tous des adolescents d'environ quatorze-quinze ans. Gênée, elle s'apprêtait à partir lorsque l'un d'eux l'interpella.

- Hey toi! La fille bizarre!

La sirène se tourne, regardant celui qui l'appelait de la sorte. Car c'était bien un garçon. Court cheveux bruns, visage triangulaire, une petite dent qui dépasse de la bouche... Vous ne l'avez pas reconnus?

- Je me présente: Saehara Takeshi, apprenti journaliste. Je voulais seulement savoir... T'es nouvelle dans le coin, non?

La jeune fille baissa les yeux, légèrement intimidée. Elle se contenta d'hocher la tête.

- Ouais... C'est pas gagné. Tu t'appelle comment?

- O... Oki...

- T'as pas à être si gênée, je vais pas te manger!

Soudain, une fille aux courts cheveux bruns asséna un violent coup de poing au journaliste.

- Normal qu'elle ait peur, pauvre idiot! Non mais t'as vu comment tu lui parles?! Plus brusque que ça, tu meurs!

Sa soudaine crise de colère passée, elle releva la tête vers la blonde, un grand sourire aux lèvres.

- Je suis Riku Harada. Ne fait pas attention à lui, c'est qu'une andouille.

- Je... Merci.

L'esprit sourit. Elle ne savait pas trop quoi faire, avec tous ces gens qui la fixaient. Percevant visiblement son trouble, Riku sourit à son tour.

- T'en fait pas, ils sont pas méchants. Suis moi, je vais te sortir d'ici. C'est une sortie de classe, logiquement le professeur ne t'aurais pas laissé passé... On va se débrouiller.

C'est ainsi que, quelques instants plus tard, la sirène était sortit de ce mauvais pas.

- Merci, Harada-chan.

- Mais de rien, voyons!

Avec un dernier sourire, Riku partit rejoindre les autres à la plage. Oki, soulagée, s'assit sur un banc tout près. Elle venait d'apprendre une chose: chaque humain était différent, du côté du caractère comme du physique. Elle grava cette information dans son cerveau, avant de se plonger dans ses souvenirs. Elle se remémorait toutes les leçons de Rio, se disant que ce serait affreusement pratique.

Elle doit être resté un moment comme ça, puisque lorsqu'elle sortit de ses pensées, le soleil commençait à décliner. Elle remarqua que les étudiants sortaient peu à peu de la plage. Elle les regarda sans vraiment les voir, un peu perdue. Mais elle se figea à la vue de l'un d'eux. Cheveux bleus pâles, peau à l'aspect fragile, yeux de glace... L'image de Rio se superposa à celle du jeune étudiant. Elle se leva d'un bond et se mit à lui courir après. Voyant qu'elle n'arriverait à rien, elle s'écria:

- Attendez-moi! Hikari-sama!

Cette fois, l'adolescent figea. Il se retourna, visiblement troublé. Lorsqu'il l'aperçut, il fronça les sourcils.

- Qui es-tu?

L'ouvre reprit un peu son souffle avant de "répondre":

- Vous... Tu... Tu es Satoshi, non?

Le commandant fronça encore plus les sourcils.

- Je répète. Qui es-tu, que me veux-tu et comment connais-tu mon nom?

- Je... Je suis Oki... Je te connais seulement parce que ta mère est ma créatrice et mon amie et qu'elle m'a abandonner pour toi. Je t'en veux, si ça t'inquiète. Tu venais tout juste de naître. Je ne te veux rien de spécial, c'est seulement que... Tu ressemble tellement à ta mère que je croyais que...

- Tu croyais quoi? Que j'allais t'accueillir à bras ouverts? Et bien non. Désolé, mais je ne suis pas ma mère. Et si tu veux vraiment me faire plaisir, retourne d'où tu viens et attends sagement de te faire sceller par Dark.

- D... Dark? Qui est-ce?

Il ne répondit pas, se contentant de partir d'un pas rageur. Avait-elle dit quelque chose de mal? Elle partit à son tour, triste. Visiblement, le jeune Satoshi ne la portait pas dans son cœur. Elle ne savait même pas ce qu'elle lui avait fait pour qu'il lui parle ainsi. Une larme roula sur sa joue. Certes, elle voulait lui faire plaisir. Mais elle ne retournerait pas dans son tableau, ça jamais!

Elle réfléchit. Maintenant, qu'est-ce qu'elle devait faire? Selon les leçons de Rio, chaque jeunes de son âge allait à l'école. Au collège, plus précisément. Mais où se trouvait donc ce bâtiment?

En demandant à quelqu'un, elle finit par trouver. La jeune fille hésita un peu avant d'entrer. Elle voulait vivre comme une humaine, non? Alors il fallait qu'elle aille à l'école. Après une bref discution avec la secrétaire, celle-ci lui tendit quelques documents.

- Tu remplis ça et tu fais signer par tes parents.

- Je... Je n'ai pas de parents...

- Alors ton tuteur.

- Non plus.

La dame leva un regard surpris vers elle, la regardant sous toutes ses coutures.

- Alors signe toi même, qu'est-ce que tu veux que j'te dises.

L'esprit rempli donc le document en silence. Lorsqu'elle le remit à la femme, celle-ci y jetta un bref regard avant de déclarer:

- Tu as oublier de noter ton nom de famille... Oki.

- Je... Je n'en ai pas.

- Ne me prends pas pour une sotte. Tout le monde à un nom de famille.

- Je vous jure que je n'en ai pas.

La travailleuse roula des yeux, exaspérée.

- Tu sais quoi? Je m'en fiche. Écrit ce que tu veux, mais tu ne pourras pas dire que je ne t'avais pas prévenu!

Oki rougit violemment. Elle avait le don de se mettre les gens à dos... Elle saisit donc un crayon et le papier, réfléchit un peu puis écrit "Kairyuu". Courant marin. Pas mal. Elle le remit à la secrétaire, mais celle-ci lui retourna le papier.

- Personne n'y croira, ce n'est pas un nom qui existe. Je vais t'aider. Que dirais-tu... D'Oki Takahashi?

- Ça me va...

- Alors c'est réglé. Tiens, voici ton uniforme. Reviens demain avant neuf heure.

- Oui!

L'esprit, joyeuse, saisit l'uniforme avant de partir. Mais elle se figea une fois à l'intérieur. Où allait-elle dormir? Elle haussa les épaules. Elle allait dormir dans son tableau, c'était aussi simple que ça. Enfin... Presque.

Lorsqu'elle arriva au musée, elle ne put s'approcher. Une grande foule était réunie, de même que beaucoup de policiers. Des faisceaux de lumière déchiraient la nuit. Que ce passait-il? Elle remarqua soudain Riku dans la foule. Jouant de coudes, elle s'en approcha.

- Ha... Harada-chan? Qu'est-ce qui se passe ici?

L'appelée se tourna, surprise.

- Ah, c'est toi, Oki. C'est rien. Encore un vol de ce stupide Dark.

Une fille à côté d'elle se tourna soudainement. La sirène fut surprise de constater que les deux jeunes avaient le même visage.

- Je te défends de traiter Dark-san de "stupide", Riku!

- J'ai pas d'ordres à recevoir de toi, Risa!

Leur début de dispute fut rapidement interrompue par un grand cri montant de l'assemblée.

- Regardez! C'est Dark, le voleur fantôme!

Comme tout le monde, la créature leva les yeux. Et ce qu'elle vit la figea. Un humain à l'allure banale, mis à part ses yeux et cheveux violets, volait, deux grandes ailes noires accrochées dans le dos.

- Qu'est-ce que...?!

Risa, des étoiles à la place des yeux, murmura:

- Je te présente le grand et splendide Dark-san, le voleur fantôme...

Le projecteur quitta la silhouette un instant. Lorsqu'il revint, l'Ange avait disparut. Il ne restait de lui que quelques plumes noires. On entendit les policiers crier des ordres, alors que la foule s'excitait. Oki, de son côté, était bouche-bée. Cet aura qu'elle sentait, de même que les pouvoirs dont il s'était servi prouvait qu'il n'était pas humain. Elle devait absolument le voir, lui demander comment il avait fait pour vivre comme un humain... Mais pas ce soir. Elle ne pouvait pas se le permettre, avec tous ces policiers.

Quelques instants plus tard, on vit la silhouette de l'être ailé sortir en trombe de la bâtisse, une statue sous le bras. On entendait son rire jusqu'en bas. Une grande acclamation monta de la foule. Riku et la sirène n'y participèrent pas, la première boudeuse et l'autre, furieuse. L'œuvre qu'il venait de voler... C'était celle que Rio avait fait devant elle! L'Hikari lui avait même permis de l'aider! Et lui, il la volait! La phrase de Satoshi lui revint soudain en mémoire.

- Retourne d'où tu viens et attends sagement de te faire sceller par Dark.

Il s'agissait probablement de ce Dark... Elle se mit à réfléchir quelques instants. Et en vint à cette conclusion: Dark scellait les esprits présents dans les œuvres des Hikari. Et il les volait tout d'abord au musée. Alors là, elle était mal. Il fallait absolument qu'elle sorte son tableau de là! Quoique... Ça faisait déjà plusieurs années qu'il était là et il ne l'avait toujours pas volé, alors à quoi bon?

Elle fit son choix. Elle ne déplacerais pas le tableau. Pas pour l'instant, du moins.

Dès que la foule commença à se disperser, la démone alla se réfugier dans le petit parc tout près. Lorsqu'à leur tour, les policiers partirent en maugréant, elle se faufila telle une ombre dans le musée, à l'endroit exact où elle était sortie le matin même. Elle allait rentrée "chez elle" quand elle se rendit compte de l'uniforme. Où pouvait-elle bien le mettre?

Elle jeta un regard circulaire, qui s'arrêta sur un vieux coffre. Elle sourit. La chance était peut-être de son côté, finalement. Après avoir rangé son habit, elle se transforma, reprenant sa forme originelle, avant de se glisser dans son tableau. La vie des humains semblait bien intéressante...

[Je ne compte pas faire de cette fic' plus de six chapitres, gros maximum. Je ne suis pas sûre de faire apparaître Krad. Peut-être que mes projets changeront et que je ferais de cette fic' un truc aussi long que mes autres "œuvres", mais rien n'est moins sûr. À plus!]