Chapitre 2 : Love affaire - Regina Spektor
Alice est une fille agaçante et adorable. Agaçante parce qu'elle ne sait pas ce qu'elle veut et adorable parce qu'elle semble perdue seule au milieu de la cabine.
Elle regarde la machine avec une détresse enfantine. Je ne suis pas sûre qu'elle ait remarqué les photos encadrées au mur qui montrent mon travail. J'y ai ajouté celle de mon premier tatouage réalisé sur une peau de porc. C'est un peu puéril et très affectif, ça ne me ressemble pas, mais ce cadre m'amuse. Il me fait penser à Carmen et à son soutien indéfectible pendant mes années de galère.
Je me demande ce qu'Alice vient faire ici. Elle a ce côté naïf qui donne envie à la fois de la rassurer comme une enfant et de lui mettre des claques parce qu'elle n'est plus une enfant et qu'il faudrait qu'elle s'en aperçoive.
La fleur de cerisier est un choix qui lui va bien. Comme elle, elle est belle et fragile.
Elle doit avoir à peu près mon âge, vingt-et-un ans. Notre ressemblance s'arrête là.
Elle garde sur ses traits l'innocence de l'enfance, elle semble être choyée par sa famille, elle a de l'argent, elle est même certainement riche, elle n'a à se préoccuper de rien d'autre que de choses futiles comme les vêtements et le maquillage.
Tout ce que je n'ai pas et que je n'ai jamais eu.
Je lui montre d'abord l'album de mes tatouages les plus récents, ceux qui représentent le mieux mon travail actuel.
Elle feuillette sans vraiment regarder.
- Qui a fait ces tatouages ?
- Euh… Et bien c'est moi…
Elle est vraiment ingérable, totalement dans la lune. Cette fille ne parvient pas à se centrer sur le présent plus d'une seconde. Et pourquoi regarde-t-elle sans arrêt sa montre ?
- C'est toi ? Demande-t-elle les yeux ronds.
- Oui, tu te rappelles on est venu dans ma cabine pour regarder mon travail.
- Mais c'est impossible !
- Comment ça impossible ? Quel est le problème Alice ?
Je la regarde bien en face pour qu'elle se reprenne un peu. Elle va finir par me donner la nausée.
Parce qu'il ne faut pas croire que je suis calme naturellement. Je me contiens. D'habitude ça ne me pose aucun problème mais je sens qu'Alice joue dangereusement avec mes limites.
- Je ne sais pas… ces tatouages sont faits par une personne vraiment expérimentée. Bon sang, regarde ça Bella, ils sont magnifiques.
- Merci.
- Tu… Tu veux dire que tu as vraiment fait ses tatouages ? Toi-même avec tes doigts ? Toute seule ?
Elle me déstabilise et je le suis rarement. Je ne saisis pas si elle me prend pour une imbécile ou si elle est débile.
- Je te le répète, encore une fois, c'est moi qui ai fait ces tatouages.
Elle met le nez dans l'album et murmure un « impossible » à peine audible.
Je dois prendre l'air. Elle est trop têtue et trop agitée pour que je puisse me contenir plus longtemps.
- Je te laisse regarder tranquillement, je reviens dans une minute.
Je rejoins Jasper dans sa cabine. J'ouvre la porte sans frapper.
- Oh pardon Jasper, tu es occupé ?
Un client est en train de s'installer sur le fauteuil.
- Oui comme tu vois. Il y a un problème ?
- Non, enfin si mais un petit. Tu en as pour longtemps ?
- Dix minutes tout au plus, je fais juste une retouche.
- Parfait. Tu peux passer après, j'ai une cliente un peu… un peu…
Il lève son visage vers moi et sourit. Jasper me connait au point que les mots sont souvent inutiles entre nous.
- Pas de soucis je viens dès que j'ai terminé ici.
Son sourire me détend. Jasper est tranquille. Il est ma tisane, mon bol d'air pur, ma séance de yoga.
Je retourne à ma cliente.
- Tout va bien ?
Elle sursaute.
- Oui, oui.
- Ecoute Alice, je te trouve très nerveuse…
- Je suis toujours comme ça, me coupe-t-elle.
J'en doute mais je ne veux pas la contrarier.
- Un tatouage c'est important. Si tu ne te sens pas prête aujourd'hui ce n'est pas grave, tu peux y réfléchir chez toi, tu peux repasser ici quand tu veux pour regarder mes tatoos. Il n'y a pas d'urgence.
J'ai l'impression de parler à une gamine.
Elle regarde à nouveau sa montre.
- En plus tu es pressée…
- Non ! Me coupe-t-elle de nouveau.
- Alors que se passe-t-il ?
Elle soupire, elle flanche, elle va parler ou pleurer, j'hésite entre les deux.
- Mon petit ami trouve que les tatouages sont sexy. Alors je veux m'en faire faire un pour être plus séduisante, pour lui plaire.
Bon sang je n'ai jamais rien entendu d'aussi idiot. En fait si, j'ai déjà entendu ce refrain, mais par des personnes consentantes et déterminées.
Alice ne semble pas convaincue, elle semble se forcer pour faire plaisir à cet homme.
Je ne peux pas la tatouer dans son état.
Il n'y a rien de pire que de regretter un tatouage. C'est pour cette raison que je parle avec mes clients, pour cette raison que je les observe et que j'essaie de les cerner. Si je perçois la moindre hésitation, je refuse de travailler avec eux.
Lorsque je tatoue quelqu'un, je partage quelque chose de spécial avec cette personne. Je rajoute sur sa peau soit un élément décoratif, soit le symbole d'une pensée profonde, d'un événement marquant ou d'une conviction. Je me dois d'y mettre le meilleur de moi-même. Ce n'est pas un simple dessin. Je veux que mon client ait l'œil qui pétille chaque fois qu'il verra mon œuvre sur son corps.
- Alice, tu as vraiment envie de faire ce tatoo ?
- Oui !
- Je ne crois pas.
Mon ton est doux et j'use de toute la persuasion que je possède pour qu'elle accepte l'évidence.
- Se faire tatouer est une démarche personnelle. Tu es une fille très belle, tu crois vraiment qu'une fleur sur les reins te rendra plus sexy ?
Elle baisse la tête, un peu honteuse.
C'est le moment que choisit Jasper pour frapper.
- Entre Jasper.
Je pose une main sur l'épaule d'Alice pour la rassurer.
- Jasper est un collègue. Je voudrais te montrer le tatouage que je lui ai fait. Tu es d'accord ?
Elle acquiesce sans lever les yeux.
Jasper se place dos à Alice et enlève son tee-shirt.
Il est sexy au possible et les tatouages qu'il arbore, s'ils lui donnent un côté « bad boy », ne sont pour rien dans son côté « j'ai un beau petit cul musclé et un dos d'athlète ».
- Regarde Alice.
Elle obéit. Je me tiens près de Jasper et pendant quelques secondes je la laisse contempler le spectacle. Je ne sais pas à quoi ressemble son fiancé mais je sais, pour en avoir vu une belle tripotée à moitié vêtu, que peu d'hommes ont le physique de Jasper.
- Approche je vais te montrer.
Elle se lève difficilement de sa chaise. Elle est stupéfaite par mon ami. Je ris intérieurement.
- Tu vois ici.
Ce disant je trace avec mon doigt le contour d'un grand mandala qui lui recouvre l'omoplate et une partie de l'épaule. Jasper frissonne et me lance un clin d'œil discret. Il a envie de moi.
Jasper et moi partageons le même lit de temps en temps.
Vers l'âge de dix-huit ans, je l'avais clairement allumé. Il m'avait gentiment rembarré en me disant qu'il m'aimait beaucoup et qu'il ne voulait pas que je m'accroche à lui parce que lui ne pouvait s'attacher à personne. J'ai ri de bon cœur. Je suis incapable de tomber amoureuse, ce n'est pas dans mes gênes.
Nous avons appris à nous connaitre et il l'a compris. Il préférait aussi me savoir avec lui plutôt qu'avec n'importe qui d'autre. Il veillait sur moi à sa façon.
Depuis, quand la tension sexuelle est trop forte et que nous sommes seuls, nous nous rencontrons chez lui ou chez moi. Il n'y a aucune ambiguïté, nous sommes amis et le sexe n'est pas du tout la priorité entre nous. Nous pouvons passer sans problème de longues périodes sans nous toucher.
Bien sûr les gars et surtout Emmett ne sont pas au courant, ils n'ont pas besoin de savoir.
Je montre chaque détail à Alice. Je lui explique le choix du motif, le nombre d'heures passées, la douleur. Elle avance sa main comme si elle voulait toucher mais se ravise au dernier moment en secouant la tête.
Elle est sans voix. J'ai du mal à savoir si c'est à cause de mon tatoo ou de Jasper.
- Merci Jasper.
Il enfile son tee-shirt avant de se retourner.
Alors, quelque chose de totalement imprévisible se produit.
Je ne crois pas au coup de foudre, mais je dois bien me rendre à l'évidence qu'il existe parce que je suis en train d'y assister. J'ai ce privilège, à ce moment-là, entre mon ami et amant et cette fille complètement à côté de la plaque.
Alice et Jasper sont tombés dans les yeux l'un de l'autre. L'ambiance s'est chargée d'une atmosphère étrange, lourde et légère, électrique et douce. Mais quelque chose de presque palpable s'est passé entre eux et je me suis sentie, moi, totalement inutile.
Quelle bizarrerie, j'ai l'impression de voir les phéromones d'Alice fusionner dans l'air avec celles de Jasper. C'est si concret et diffus à la fois. Je suis fascinée. Cette scène change une de mes conceptions sur le monde et l'amour en particulier.
Je ne suis pas entièrement convaincue évidemment, ça ne veut pas dire qu'ils resteront ensemble toute leur vie et seront heureux, mais tout de même, le coup de foudre existe, j'en ai la preuve.
Ceci dit, je suis chez moi. Ma cabine c'est mon territoire et je n'ai pas fini avec ma cliente. Il faut que quelqu'un se charge de trouer le nuage sur lequel ils gravitent.
J'agite mes mains et claque des doigts dans l'espace entre leurs visages pour qu'ils se réveillent. Jasper me surprend, il a un mouvement de recul et ses traits deviennent très sérieux. Alice est perdue, son attitude ne change pas, coup de foudre ou pas.
- C'est bon ? je peux te laisser ? Demande-t-il sèchement.
- Attend, une dernière chose. Qui a fait ce tatouage ?
- C'est toi bien sûr ! Tout comme celui de ma nuque.
Il me regarde comme si j'étais la dernière des abruties de lui poser une question pareille.
- Oh oui celui de la nuque !
Je ne me rappelais plus de celui-ci.
- Tu peux le montrer à…
- Excuse-moi Bella mais j'ai du travail, claque-t-il.
Je sais qu'il ment. Quelque chose ne tourne pas rond. Voir Jasper si contrarié n'est pas courant.
Je n'ai pas le temps de me poser plus de question, un tsunami est entré dans la boutique.
- Où est-elle ? Répondez !
Alice se recroqueville sur sa chaise. Je sors précipitamment, prête à en découdre s'il le faut.
Une grande blonde crie à pleins poumons. Emmett tente de la calmer mais elle l'ignore complètement. Jasper est dans mon dos, Paul approche.
Je me plante devant elle, bien ancrée sur mes deux pieds pour lui suggérer que je vais l'empêcher de continuer son manège.
Elle est grande, très bien foutue et habillée très élégamment. Encore une bourgeoise, mais celle-ci semble être une fille gâtée qui s'autorise tout sans respect ou attention pour les autres.
- Je peux faire quelque chose pour vous ?
Mon ton est poli mais très ferme. Elle peut balader Emmett, mais pas moi.
- Je cherche mon amie Alice. Elle va faire une grosse bêtise. Je vous avertis que si…
- Des menaces ?
Je me rapproche et soulève la tête pour me mettre à sa hauteur. Elle est plus grande que moi mais il en faut plus pour m'impressionner.
- Oui je menace !
C'est une coriace, je vais m'amuser.
- Alice est fragile en ce moment vous ne devez pas…
Elle hurle comme une furie. Le jeu a assez duré.
- Vous ne pouvez pas me dire ce que j'ai à faire ou pas. Vous êtes ici dans une boutique privée et je vais devoir vous demander de sortir.
- Sinon ?!
- Sinon je vais m'en charger moi-même.
- Tu peux toujours essayer!
Une lueur maligne passe dans mon regard. Elle l'a vue et recule d'un pas. Il est trop tard, je suis lancée.
J'immobilise ses deux bras dans son dos. Je lui tords les poignets pour les maintenir d'une main, l'autre accroche sa chevelure. Je tire dessus pour la positionner en arrière et que ses jambes ne puissent pas me frapper. Je la pousse vers l'extérieur. Emmett dans l'entrée ouvre la double porte et lance un « bye, bye, beauté ».
L'action est si rapide qu'elle n'a pas pu se défendre ni même essayer d'y penser.
Je la balance sans ménagement sur le trottoir. Je ne la fais pas tomber cependant. Je ne veux pas lui faire mal, juste lui montrer qu'on ne peut pas entrer chez les gens et faire comme s'ils n'existaient pas. Si elle est une princesse chez elle, chez moi elle est un être humain comme les autres.
- Ne remet plus les pieds ici, nous n'acceptons que les personnes convenables.
Elle râle dans sa barbe mais pas trop fort, elle ne veut plus m'énerver.
En retournant vers la boutique je croise un client habitué. Un punk percé et tatoué de partout.
Nous faisons la causette devant la porte. Je vois du coin de l'œil la grande blonde, elle est interloquée. Je lui lance un sourire bien ironique. Je sais depuis longtemps qu'on ne peut pas se fier à l'apparence des personnes. Mon client punk est dix fois plus respectueux que cette peroxydée aux chaussures à cinq cent dollars.
Je dois quand même rassurer Alice, la petite chose restée seule. J'écourte la conversation avec Toc et retourne voir ma cliente.
Elle pleure. Ratatinée sur sa chaise, fragile et soumise, elle sanglote à chaudes larmes.
La situation est nouvelle pour moi. D'habitude, des clients peuvent pleurer d'émotion après vu mon ouvrage sur leur peau, jamais avant.
Je n'aime pas être démunie, je dois trouver une solution. Je pense à appeler Jasper mais son comportement récent ne m'enjoint pas à le faire. Les autres ne me seront d'aucune aide, pas assez patients.
Alors je fais comme dans les films. Je m'agenouille et passe mon bras sur ses épaules. J'espère être convaincante, mon prochain rendez-vous est dans quinze minutes.
- Ne pleure pas Alice, les choses ne peuvent pas être si dramatiques.
Vu mon passé, rien ne me semble dramatique, sauf peut-être la mort, et encore, quand elle est accidentelle.
Mais cette petite chose, entre deux reniflements, va une fois de plus me surprendre.
- Je l'aime tu sais « snif » je ne sais plus quoi faire « snif » je suis pathétique « snif ».
Je suis de nouveau sur un terrain glissant. Je ne connais rien à l'amour, je ne comprends pas pourquoi elle se met dans cet état pour un simple homme.
Alors je dis ce qui me passe par la tête, surement là encore un souvenir de film.
- Les hommes sont des porcs Alice. Je n'ai pas besoin de le connaitre pour savoir qu'il ne te mérite pas. Tu dois être rassurée et protégée, ce n'est juste pas le bon gars pour toi. Ne pleure pas, c'est lui pleurera le jour où il comprendra à quel point tu es une fille géniale.
Je m'en sors bien. J'y ai mis le ton, les formes. Je suis fière de moi.
- Il est si exceptionnel si tu savais.
Mince ! Pas les jérémiades, pas maintenant !
- Dis-moi, qu'est-ce qu'il a de si exceptionnel ton bonhomme ?
- Il est beau…
- Ce n'est pas exceptionnel, il y a pleins de beaux par ici et pas que des homos !
J'essaie de la faire sourire et j'y arrive.
- Il vient d'une famille respectable.
- ça ne prouve rien. On peut "venir d'une famille respectable" et être le dernier des crétins.
Elle rit un peu.
- Quoi d'autre ? Est-il gentil ? Serviable ? Prêt à se mettre en quatre pour te faire plaisir ? Visiblement pas. Prends un peu de distance avec tout ça. Essaie de penser à ta relation sur un autre plan. Pose-toi les bonnes questions.
Elle lève son regard sur moi. Un regard empli de remerciement et de satisfaction. En gros, elle me regarde comme si j'étais sa déesse et j'avoue que je suis émue.
Sans mon consentement, elle me serre dans ses bras. Son étreinte est forte. Je n'ai pas le soubresaut habituel. Je pose à peine ma main sur son épaule, ce qui est un grand pas pour moi. Pire, j'aime qu'elle exprime sa gratitude de cette façon. Je ressens une certaine affection pour elle.
Cette fille a un don, celui d'amadouer les gens qui l'entourent quels qu'ils soient.
Nous nous levons et je la conduis vers la sortie. Emmett est derrière le comptoir en train de feuilleter un magazine.
- Oh et… excuse mon amie Rosalie.
- La grande blonde hystérique ? C'est ton amie ?
- Il s'agit de ma meilleure amie. Elle est un peu…
- Folle ?!
Elle rit doucement.
- Elle s'emporte vite mais elle a un grand cœur.
- Ecoute, tu n'as pas à t'excuser pour elle. C'est une grande fille, si elle veut le faire elle viendra d'elle-même.
- Ne lui en veux pas trop, elle voulait simplement me protéger.
- Si je lui en veux. On peut protéger quelqu'un et rester poli.
Au moment où elle empoigne la porte, Jasper passe dans le fond du salon. Alice le suit du regard, il l'ignore alors que je sais parfaitement qu'il l'a vue. Elle baisse la tête penaude et une fois de plus, j'ai ce besoin sorti de nulle part de la consoler.
- Repasse ici quand tu veux petite chose. Je t'offrirai un café si tu n'es toujours pas décidée à te faire tatouer.
Une fois de plus ses yeux s'allument et j'ai l'impression d'être importante pour elle.
- Merci Bella, tu es la meilleure tatoueuse que j'ai rencontré, sourit-elle.
- Et encore tu ne m'as pas vue à l'œuvre !
- Un jour peut-être…
- Qui sait ?
Enfin elle passe les portes et je soupire de soulagement.
Emmett a un regard curieux.
- C'est qui cette midinette ?
- Une midinette…
- T'es bizarre.
- Comment ça bizarre ?
- Pourquoi tu lui proposes de passer ? C'est ta nouvelle copine ?
- Peut-être bien…
Après tout, je n'ai pas de copine, que des copains. Ça me convient bien, mais l'idée d'avoir une fille de mon âge dans mon entourage ne me déplait pas.
Le client suivant vient d'arriver. Je dois finir son dos. Un travail titanesque qui a déjà pris quelques heures et qui va durer encore quelques autres. Aujourd'hui, j'en ai pour quatre heures. Dès que j'entends le ronronnement de ma bécane, je suis en forme et souriante
Il est dix-huit heures. Je nettoie mon chantier quand Jasper entre. Il passe langoureusement ses mains autour de ma taille. Je sais ce que ça veut dire, mais il précise quand même.
- Hummm, il miaule dans mon cou.
Ce son est trop agréable et fait frissonner de ma tête à mes pieds.
- J'ai envie de toi ce soir…
Sa voix suave produit le même effet au fin fond de mon bas ventre.
Je suis tendue et j'avoue qu'un « orgasme spécial Jasper » me ferait le plus grand bien. Même quand je ne suis pas stressée, les nuits en sa compagnie sont délicieuses.
Mais pas ce soir.
- Tu plaisantes ?
Je me détache de ses mains et lui fais face.
Ses yeux s'arrondissent sous la surprise.
- Euh… Bah… Non…
- J'ai vu ce qu'il s'est passé tout à l'heure Jasper.
- De quoi tu parles ?
Il sait de quoi je parle, il a juste besoin de se l'entendre dire.
- De ce truc bizarre avec petite chose.
- Avec qui ?!
- Alice ! La fille à qui j'ai montré ton tatouage.
- Il ne s'est rien passé avec elle.
Il se referme sur lui-même. J'ai du mal à comprendre pourquoi.
Je le toise pour trouver une réponse mais son attitude est glacée.
- Bien sûr que tu sais. Je n'ai pas inventé les cœurs qui s'échappaient de vos yeux. C'est si évident qu'un enfant de cinq ans pourrait le remarquer.
- Tu délires complètement.
Encore une fois je le jauge. Pourquoi ne veut-il pas l'admettre ?
- Comme tu veux Jasper, mais ce soir c'est non.
- Alors on sort boire un verre ?
- Ok.
- Je propose aux gars.
Nous voilà donc tous les cinq attablés à notre bar préféré. Ce n'est pas vraiment une boite de nuit, mais il possède une piste de danse. Il est ouvert jusqu'aux premières heures du matin et passe de la bonne musique. Les tables sont disposées au centre de banquettes en arc de cercle, très pratiques pour discuter quand on est nombreux.
Depuis que je cours, je ne fume plus et je ne bois plus. En tous cas, plus de façon régulière. Il m'arrive d'emprunter une cigarette de temps en temps ou de prendre un verre, mais ce n'est plus systématique. Je cuisine, je mange équilibré. D'abord parce que j'adore les légumes et les fruits et parce que je me sens mieux ainsi. J'aime avoir un rythme de vie sain.
Jasper est en chasse. Il cherche une fille pour la nuit. Je suis sûre que sa rencontre avec Alice n'y est pas pour rien. Mais je ne dirais rien. J'ai compris qu'il ne voulait pas en parler pour l'instant, même si je n'ai pas compris pourquoi.
Carmen vient m'accoster. Je ne suis pas surprise de la voir, je sais qu'elle fréquente le bar. Ça fait une semaine que nous ne nous sommes pas vues et pour nous c'est un peu long. D'habitude, nous nous parlons au moins deux fois par semaine. Nous avons donc beaucoup de choses à partager. Je lui raconte mon expérience du matin et elle est aussi étonnée que moi de mon attitude. Elle prétend que tout cela est normal donc je ne m'inquiète pas.
Du coin de l'œil j'observe Jasper. Il est en train d'embrasser une brune dont la silhouette ressemble étrangement à celle d'Alice, mis à part ses cheveux trop longs et ses chaussures qui ne font pas dix centimètres de haut.
Son comportement m'intrigue. Je n'aime pas le voir ainsi, ça ne lui ressemble pas.
Après un jus de fruit bien frais, nous rentrons. Jasper a disparu depuis longtemps et c'est seule que je rejoins mon appartement. J'aime marcher dans la nuit. Je me sens bien. L'apaisement de la ville me laisse le loisir de repenser à ma journée passée et à celle du lendemain. Je mets mes idées en ordre, bien à leur place. J'ai besoin de ça pour avancer, chaque chose à sa place.
Je lève les yeux sur la porte d'entrée de mon immeuble et une surprise m'attend. Jasper.
Sa tête est basse, il est penaud. Sa vulnérabilité, parce qu'il s'agit bien de ça, m'attendrit.
- Peut-être qu'on pourrait… juste dormir ?
Je n'ai pas le cœur de refuser et je sais de façon certaine qu'il n'en profitera pas. Jasper est mon ami et il respecte mes décisions, toujours.
Nous montons les escaliers main dans la main avec une certaine mélancolie. Quand il n'est pas bien, je ne le suis pas non plus. Je crois qu'on appelle ça l'empathie.
Nous nous douchons rapidement et séparément, parce qu'il ne faut pas tenter le diable non plus, et nous nous mettons au lit.
Je sens qu'il va parler alors je m'allonge sur le flan face à lui qui est dans la même position. J'attends qu'il se décide.
- Qu'est-ce qui s'est passé dans ta cabine ? Demande-t-il doucement.
Son côté enfantin me rappelle Alice. La différence est que Jasper ne le montre jamais, seulement à moi.
- Je ne suis pas spécialiste…
- Qu'est-ce que tu crois qu'il s'est passé ?
- Je crois que vous avez eu un coup de foudre.
Il ne bouge pas, n'exprime aucun sentiment. Il réfléchit certainement. J'attends.
- Tu crois que c'est possible ?
- Hier je t'aurais dit non mais aujourd'hui… C'était tellement évident ! Je n'en reviens pas de dire ce que je vais dire mais… c'était beau, c'était… un peu magique.
- Je n'en reviens pas non plus, rit-il. Où est Bella Swan ? Je veux parler avec Bella, pas avec son clone à la guimauve !
Je ris avec lui. L'atmosphère se détend.
- Elle est vraiment très belle, continue-t-il.
- Elle l'est.
- J'arrête pas de voir son visage.
- Je comprends.
Non je ne comprends pas mais il n'a pas besoin de le savoir, juste d'être écouté.
- Même cette brune ce soir, elle était magnifique mais… je sais pas… j'ai pas pu… j'avais l'impression de la trahir. C'est complètement con je ne l'ai vu que trois secondes !
Il est torturé, il ne comprend pas ce qui lui arrive mais au moins il l'admet.
- Oui mais trois putain de secondes !
Il éclate de rire.
- On ne vit pas dans le même monde.
Son air s'assombrit.
- Je sais.
- Que veux-tu qu'elle fasse avec un gars comme moi ?
- Je dirai bien l'aimer mais tu vas encore me traiter de guimauve !
- Arrête Bella, sérieux tu me fais peur.
Je mets mes mains devant moi pour lui montrer que je n'y suis pour rien.
- On n'a rien à faire ensemble.
- Tu n'en sais rien Jasper. Le coup de foudre c'est très chimique il parait. Peut-être que tu vas avoir la meilleure baise de ta vie avec elle et puis basta. Qu'est-ce que tu as à perdre ? Pas ta virginité en tous cas !
- Voilà, là je retrouve Bella !
Je tape un coussin contre sa tête et il rit comme un gamin. Il va mieux, il a accepté. Maintenant reste à savoir si Alice reviendra au salon. Je tais ce détail.
Je lui tourne le dos. Il m'enlace. Je me cale dans ses bras. Je suis bien. Je ne dors jamais aussi profondément que lorsque je dors avec un de mes amis, Jasper ou Emmett. Avec ce dernier, nous ne partageons que le sommeil. Il est comme mon frère, jamais je n'aurais de pensées sexuelles à son sujet.
Le lendemain, nous sommes au complet devant le salon. Emmett qui vit dans l'appartement attenant ouvre à neuf heures. J'arrive de ma course matinale la première. Je bois un café chez Emmett et prend ma douche, ensuite je le rejoins. Les gars débarquent au compte goutte entre neuf et dix heures, c'est en général à cette heure-ci que nos rendez-vous démarrent.
Le climat est doux donc nous traînons devant la boutique. Nous y avons même installé un auvent et une petite table avec des chaises. C'est là que je bois mon deuxième café de la journée. Nous discutons du salon et de nos clients ou de tout autre chose suivant l'humeur.
Ce matin l'ambiance est calme, il sera dix heures dans quelques minutes et nous profitons des derniers moments libre au soleil.
Jasper a les yeux dans le vague, Emmett est dans les comptes, Ben et Tyler sur leurs portables. Moi je profite juste de la chaleur.
Je suis habillée d'un vieux débardeur et d'un short découpé, ma tenue « officielle ». Un jean quand il fait moins beau. Je n'ai pas le profil physique d'une tatoueuse. Je suis très peu maquillée et pas excessivement tatouée. Je ne me ferai pas faire un énorme tatouage sur la poitrine. J'adore sur les autres mais ça ne me ressemble pas. Mon tatouage le plus grand est dans le dos, je trouve que c'est plus discret. J'aime quand les choses sont suggérées, j'aime la finesse, l'humilité et la retenue.
C'est sur ces pensées qu'une belle décapotable noire déboule du bout de la rue dans un bruit de moteur assourdissant et une vitesse hallucinante. Elle vient s'arrêter pile devant la boutique.
Les garçons ont levé les yeux et leurs commentaires extatiques en disent long sur la rareté et la magnificence de la voiture. Je soupire, les hommes et leurs jouets…
C'est alors que je le vois. Il se regarde dans le rétroviseur intérieur du véhicule. Il tente d'arranger ses cheveux mais il renonce et les emmêle encore plus. Il sort et sa stature est impressionnante. Il est élégant et décontracté. Il porte un simple jean, un tee shirt sur lequel est écrit « Ramones » (je crois que j'ai le même) et des baskets qui semblent avoir des années de vie derrière eux.
Il s'appuie contre la carrosserie et salue les gars qui se sont rassemblés autour de l'engin. Ce type transpire le sexe dans ses moindres attitudes, ses moindres gestes, ses minuscules mimiques.
Il baisse ses lunettes sur son nez pour me regarder. Je suis trop loin pour bien les discerner mais ses yeux semblent espiègles.
- Salut bébé.
Est-ce que c'est à moi qu'il parle ? Est-ce que j'ai vraiment l'air d'une fille qu'on peut appeler bébé ?
Les gars se sont tous retournés dans l'expectative de ma réponse. Parce qu'ils savent que je vais répondre. Ils me côtoient et connaissent parfaitement mon caractère, de merde diraient certains, mais je les ignore.
Je m'avance à pas mesurés. Quand je suis proche et bien face à lui, ma réponse fuse.
- Il n'y a personne que tu puisses appeler bébé ici. Mon nom est Bella Swan, tache de ne pas l'oublier !
J'élude son sourire en coin et fais demi tour.
Emmett tape dans le dos du beau gosse.
- Faut pas dire des choses comme ça mec. Pas à Bella.
Je rentre dans la boutique en laissant derrière moi les commentaires et ricanements de mes acolytes.
¤O¤O¤O¤
Salut les filles !
Alors, déçues, pas déçues par ce chapitre?
Bella a un caractère bien trempé, Alice est plutôt fragile, Jasper toujours aussi sexy mais torturé, Emmett est le grand frère protecteur et Edward...
mais il est où Edward ?
Chaque chapitre aura pour nom un titre de chanson et les paroles auront un rapport avec le chapitre en question.
(je suis claire?)
La musique sera très présente dans l'histoire.
MERCI BEAUCOUP les guests pour vos commentaires! J'adore quand les lectrices qui n'ont pas de compte sortent de l'ombre ; )
et MERCI BEAUCOUP Lolotte!
MERCI pour vos mises en alerte et en favori
Et MERCI de me lire même si vous restez dans l'ombre
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A toutes, je vous souhaite de passer de très bonnes fêtes!
Bises!
