Disclaimer: L'univers de Harry Potter appartient à JKR, j'écris pour mon plaisir et j'espère aussi pour le vôtre!

Remerciements: Comme toujours ma chère Loufoca, et juste avant une série en plus, rien que pour mes beaux (là j'ai un doute) yeux!


L'Héritage de la Haine

Chapitre 2 – Marque, Lien et Traîtrise

Les semaines passèrent, et les cours de Potions des septième année devenaient un véritable champ de bataille.

Noemy était parvenue à répandre la nouvelle de l'impureté du sang de Rogue sans que personne ne puisse savoir qui l'avait dit en premier. Mais seuls les élèves intègres s'étaient intéressés à ce détail, les autres faisant des gorges chaudes de l'information. Rogue, la soupçonnant à juste titre, tentait de la prendre en défaut à chaque cours. C'était mal la connaître. De son côté, elle attendait le moment où il ferait une erreur pour soulever la maison au complet contre lui afin de lui faire sentir une pression à laquelle il ne pourrait pas résister.

Malheureusement pour l'un comme pour l'autre, ils déployaient tous deux des trésors de politesse et de respect des règles. Leur mépris mutuel était palpable, et leurs joutes spectaculaires. Les élèves qui traînaient habituellement les pieds pour aller jusqu'au cours de Potions l'attendaient à présent avec impatience pour se régaler de l'ingéniosité dont le directeur de Serpentard et la meilleure élève de l'année faisaient preuve.

Et bien évidemment, Noemy n'obtenait que des O aux tests, et Rogue gagnait en popularité à sa façon discrète de favoriser ses élèves. Aucun des deux ne pouvait avoir l'avantage. Leurs armes, bien que différentes, étaient égales.

Malgré tout, Rogue avait bien failli prendre du terrain à plusieurs reprises. Il avait un atout que Noemy ne parvenait à combattre qu'avec sa volonté de fer et son éducation irréprochable. Sous ses aspects froids et indifférents, le maître des potions nourrissait une haine féroce envers la Serpentard, qu'il déversait sur elle comme une douche à la fois glaciale et brûlante dès qu'il le pouvait. Le flux continu et renouvelé qu'il lui faisait sentir lui mettait les nerfs à fleur de peau. Sa seule échappatoire était de se concentrer sur ce qu'elle faisait, ou à défaut sur sa propre haine. Elle savait parfaitement qu'elle n'avait pas l'esprit adéquat pour étudier l'Occlumencie ou la Légilimencie, c'est pourquoi elle offrait une si faible résistance aux assauts de Rogue. Et si elle ne dormait pas assez, la fatigue devenait son ennemie, ce qui lui avait presque valu de perdre le contrôle. Heureusement pour elle, elle avait retenu à temps les mots acidulés qu'elle comptait servir à Rogue cette fois-là.

Dans l'ensemble, la situation était donc stabilisée chez les Serpentard, et tous s'en accommodaient fort bien à l'exception des deux protagonistes.

Le trente et un octobre arriva. Une journée calme dans sa globalité puisqu'il n'y avait pas eu cours de Potions pour les septième année. Noemy avait donc toute sa réserve de sang-froid disponible quand elle entra dans la Grande Salle pour le banquet d'Halloween traditionnel.

Il paraissait qu'en ce jour particulier, les capacités magiques des sorciers étaient à leur paroxysme. Encore une légende à laquelle Noemy ne se ralliait pas, mais qu'elle faisait semblant de croire pour faire bonne figure, d'autant qu'elle tenait de Lucius Malefoy que le Seigneur des Ténèbres y accordait une grande importance. La Serpentard haussa les épaules et, flanquée de ses deux comparses, alla s'installer à sa place habituelle.

Comme toujours, le banquet était très diversifié, et la plupart des élèves, surexcités, contribuaient à ce qu'un immense brouhaha règne dans la Grande Salle.

Noemy s'ennuyait à mourir. Elle n'avait ni le besoin ni l'envie de parler avec qui que ce soit, et le bruit ambiant finissait par lui donner mal à la tête. Elle n'attendait qu'une chose, que tout se finisse et que Dumbledore fasse vider la salle.

Elle ne put s'empêcher de jeter un coup d'œil à la table des professeurs. Dumbledore ne semblait pas particulièrement pressé de clore la soirée. Inévitablement, le directeur tourna alors le regard vers elle. Avec une aisance qu'avait fait naître les années, elle sourit et commença à détourner les yeux pour regarder ailleurs.

Malheureusement, le chemin de cet ailleurs passa par Rogue. La rancune qu'elle avait à l'égard du maître des potions ressortit aussitôt et il la regarda à l'instant même. Elle le savait, et elle aurait pu détourner les yeux avant même qu'il ne tourne la tête vers elle. Mais peut-être était-elle quelque peu masochiste. Le courant de haine habituel ne tarda d'ailleurs pas à l'envahir. Sauf que cette fois il semblait suralimenté. Alors qu'elle se contractait involontairement sous la pression mentale, elle vit les traits de Rogue se déformer, de plus en plus fort. Des étoiles commencèrent à danser à la limite de son champ de vision. L'étau froid resserrait de plus en plus sa prise sur son esprit, et la douleur mentale devint physique. Complètement coupée des autres, elle ne voyait plus que les yeux de Rogue. Et fixés sur son avant-bras gauche, ils exprimaient une profonde douleur. Noemy sentit une énorme brûlure sur son propre bras, et la douleur explosa dans sa tête.

Noemy tenta d'ouvrir les yeux, bien qu'elle ne se souvienne pas du moment où elle les avait fermés, mais cela s'avéra être plus difficile que prévu. Elle attendit donc que ses paupières daignent faire leur travail, et se contenta d'écouter ce qui se passait autour d'elle. Elle entendit des voix, mais elles étaient encore indistinctes pour son esprit embrumé.

Un matelas dur, un oreiller plat, une odeur désagréable, pas de doutes, elle était à l'infirmerie. Mais comment y était-elle arrivée ?

« - … certain que ça ira, Severus ? »

Le nom résonna aux oreilles de la jeune femme comme une sentence. C'était lui la raison de ses problèmes. Ce damné pseudo professeur était à la source de tous les ennuis qu'elle avait subi depuis le début de l'année. Cette stupide bataille alors qu'ils auraient dû travailler de concert, cette pression à présent pratiquement permanente qu'il mettait sur son esprit, elle en avait assez. Il lui fallait trouver un moyen de se venger, peu importe si ça le faisait souffrir, et c'était même d'autant mieux.

Soudain, une grande détresse l'envahit, si oppressante qu'elle en ouvrit les yeux de stupeur. Au même moment, un cri grave retentit dans la pièce. Elle se redressa avec beaucoup de difficulté, et, malgré la douleur sourde qui raisonnait dans tout son corps, elle sourit. Rogue était là, le visage déformé par la douleur.

Satisfaite, elle se laissa retomber sur le lit et fixa le plafond, se focalisant sur l'image de son rival terrassé pour ne pas penser aux pulsions mentales douloureuses qu'il lui transmettait. De toutes façons, elle était incapable de penser à quoi que ce soit.

« - Hm, Severus, vous devriez rester ici encore quelques temps, je suspendrai vos cours. »

Noemy reconnut la voix de Dumbledore. Ce vieux croûton ne comprenait décidément rien à rien. Elle inspira doucement mais profondément, et se redressa une nouvelle fois. Elle se sentait nauséeuse, mais la pression mentale était redevenue supportable. Elle jeta un coup d'œil alentour. Dumbledore lui tournait le dos, l'infirmière aussi, il n'y avait que Rogue qui regardait dans sa direction. Et il choisit ce moment précis pour lever les yeux vers elle. Elle soutint son regard, souhaitant lui exprimer toute la satisfaction qu'elle éprouvait à le voir ainsi, mais elle détourna bien vite les yeux. Il souffrait, c'était aussi visible que le nez au milieu de son visage, mais il semblait lui-même satisfait de cet état de chose. Plus qu'une impression, elle en était persuadée, elle le sentait.

Elle secoua faiblement la tête pour chasser tout ce qui pouvait avoir un rapport avec cet homme. Puis elle se leva et eut juste le temps d'attraper sa baguette avant d'entendre tonner l'infirmière.

« - Où comptez-vous aller comme ça ? »

« - Dans ma chambre, » répliqua-t-elle le plus posément du monde, en faisant apparaître un paravent pour se rhabiller.

« - Certainement pas, vous n'êtes pas en état de… »

« - Pompom, du calme, » coupa Dumbledore. « Miss McLane, vous devriez être raisonnable. »

« - Je le suis. J'ai suffisamment passé de temps ici… »

« - Ni vous ni moi ne savons ce qui a provoqué votre perte de connaissance. »

Noemy fit disparaître le paravent et sourit à Dumbledore.

« - Détrompez-vous. »

Et elle se dirigea vers la sortie de l'infirmerie. Elle sentit un mouvement dans son dos, puis elle entendit Rogue parler d'une voix sourde.

« - Laissez-la partir, et je reste jusqu'à demain… »

Quelques secondes de silence plus tard, alors qu'elle posait la main sur la poignée de la porte, elle distingua la réponse de Dumbledore.

« - Très bien. »

Le reste, elle s'en fichait, elle était sur le chemin de la salle commune des Serpentard. Après un moment, certaine d'être seule dans les couloirs, elle poussa un profond soupir. Il était de plus en plus éprouvant d'être dans la même pièce que cet imbécile de Rogue, mais pour ce soir, cela avait atteint des sommets.

Arrivée derrière le mur de pierre qui dissimulait l'entrée de la salle commune, elle s'arrêta tout net. Pourquoi Rogue l'avait-il aidée ? Qu'avait-il à y gagner ? Ou peut-être était-il assez intelligent pour être parvenu à la même conclusion qu'elle. Et donc il avait tout intérêt à ce que personne ne découvre ce qu'il en était.

« - Supériorité, » dit-elle face au mur, et celui-ci s'écarta pour lui laisser le passage.

Alors qu'elle passait le seuil de la salle, il ne lui fallut pas longtemps pour comprendre qu'il s'était passé quelque chose de grave. Les Serpentard étaient divisés en deux groupes. Les trois quarts faisaient la fête, et le quart restant les fusillait du regard.

Habituée à une plus grande réserve de la part de ses condisciples dans sa salle commune, elle se dirigea instinctivement vers le groupe le plus restreint.

« - Que se passe-t-il ? » demanda-t-elle, autoritaire, mais il y avait une légère vibration dans sa voix qui laissait entendre à qui pouvait le comprendre qu'elle était quelque peu inquiète.

Cependant, personne ne lui répondit, ils semblaient tous plus ou moins terrifiés à l'idée de lui parler. Elle fronça les sourcils et posa les mains sur les hanches.

« - Vais-je devoir me répéter et prendre des sanctions, ou ma question vous revient-elle en mémoire ? »

Un silence, puis une élève de quatrième année se risqua à ouvrir la bouche et murmura, de manière à peine audible :

« - Le Seigneur des Ténèbres est mort… »

« - QUOI ? »

Le calme plat tomba sur la salle au complet. Noemy avait crié si fort qu'elle avait surpassé tout le bruit que faisait le deuxième groupe. Ce n'était pas qu'elle n'avait pas compris la réponse, que du contraire, c'était plutôt qu'elle ne voulait pas le croire.

« - Et alors, Noemy, on tombe de haut ? »

La jeune femme se retourna et vit Benjamin, bien entamé, souriant, une bièreaubeurre dans la main.

« - Ce n'est pas parce que tu ne tiens pas l'alcool que tu peux te permettre de me parler sur ce ton, Benny… »

Son ton était doucereux, mais les traits de son visage étaient durcis et ses yeux auraient tués pour peu qu'ils aient été des armes.

« - Je parle sur le ton que je veux ! » répliqua-t-il.

« - Te voilà bien assuré, tout à coup, » dit-elle.

Elle pointa sa baguette sur lui et le pendit par les chevilles si vite qu'il avait encore le goulot de la bouteille dans la bouche. Elle s'approcha de lui, le tenant toujours pendu.

« - Quand tu auras dégrisé, tu auras intérêt à me présenter tes excuses. »

Elle recula et le lâcha. Il s'écrasa au sol, brisant la bouteille, et ne se releva pas immédiatement, sonné.

« - D'autres amateurs ? » lança Noemy.

Aucune réponse.

« - Bien. Maintenant, et puisque le préfet-en-chef est hors service, je vous somme de retourner immédiatement dans vos dortoirs et de ne plus en sortir. »

Tous les Serpentard se mirent en mouvement. Dans le groupe le plus fêtard, Noemy repéra Kathryn, la main dans celle d'un garçon, Leonard. La jeune femme sourit à la vue du couple. Leonard lui avait couru après, Kathryn allait donc se casser les dents avec lui. Tant mieux, celui lui apprendrait à se réjouir en un tel jour.

Par contre, elle eut beau parcourir toute la salle du regard, elle ne vit pas Samantha. Elle avait probablement eu l'intelligence de quitter la pièce quand Noemy était arrivée.

Avant que la salle ne se vide complètement, la jeune femme s'arrangea pour que Benjamin soit ramené dans sa chambre, afin d'éviter qu'il ne reste endormi là où il s'était effondré.

Puis elle resta enfin seule, face au feu ouvert. Voldemort était tombé. Et tout l'avenir de Noemy avec lui. Comment cela était-il possible ? La jeune femme s'assit dans son fauteuil habituel et fixa le jeu des flammes dans l'âtre sans vraiment le voir. Elle tentait de clarifier son esprit, mais à chaque fois qu'elle y revenait, la question de son avenir lui laissait un goût amer. Elle cessa donc d'y penser. Elle aurait voulu discuter avec Lucius, mais il avait probablement déjà été arrêté, le Ministère rêvant depuis longtemps de pouvoir le coincer sans risque de représailles. La Marque avait dû le faire souffrir. Plus qu'un moyen de rassemblement, elle reliait tous les Mangemorts et leur Seigneur a un niveau presque inconscient. La souffrance probablement ressentie par Voldemort lors de sa disparition (elle persistait à se dire qu'il n'était pas vraiment mort) devait s'être transmise par la Marque…

C'est alors que Noemy comprit pourquoi elle s'était retrouvée à l'infirmerie ainsi que Rogue. Lucius lui avait dit que Rogue était un Mangemort. Il était donc marqué. Ainsi, la Serpentard avait eu connaissance de l'évènement tragique au moment où il se passait, et ce par l'intermédiaire de Rogue. Même si cela n'avait pas été particulièrement agréable, au moins avait-elle partagé une expérience de Mangemort.

« - Noemy ? » appela une voix féminine.

La jeune femme se retourna, baguette à la main, prête à renvoyer l'imprudente dans sa chambre avec punition à l'appui. À la lueur des flammes de la cheminée, le visage de Samantha se découpa sur l'ombre.

« - Sam ? Qu'est-ce que tu fais là ? »

« - Je suis venue voir comment tu allais… »

« - Très bien, » déclara Noemy en se tournant de nouveau vers le feu. « Tu peux aller te coucher. »

Un silence, que seul le crépitement des flammes comblait.

« - Tu es marquée ? » demanda Samantha.

Noemy se figea :

« - Qu'est-ce que tu as dit ? »

« - Comme tu as perdu connaissance en même temps que Rogue, et comme le rumeur circule qu'il est un ancien Mangemort sous la protection de Dumbledore, beaucoup ont pensé que toi aussi, tu en étais une… »

Noemy se redressa doucement. Autant il était auparavant impressionnant de montrer qu'on était marqué, autant à présent il était impératif de prouver qu'on ne l'était pas. C'est donc avec désinvolture que la jeune femme remonta les manches de sa robe.

« - Tu débloques, Sam… Il ne marquait pas les mineurs d'âge… »

Samantha acquiesça.

« - Bien, » dit-elle, « je n'aurais pas aimé te savoir à Azkaban. »

Et elle repartit vers le dortoir.

Noemy sourit. Finalement, puisque Voldemort devait tomber un jour, c'était absolument parfait qu'il l'ait fait maintenant.

Le lendemain du lundi noir, comme l'avait baptisé Noemy, au petit déjeuner, la grande majorité des élèves s'en donnait à cœur joie, chacun y allant de sa petite théorie personnelle. Un avis circulait sur les tables, annonçant que tous les cours du mardi étaient suspendus. Seuls les septième année étaient quelque peu déçus car ils avaient déjà espéré assister à la « joute du lendemain », au cours de Potions.

Noemy, elle, était satisfaite. Cela lui permettrait d'aller faire quelques fouilles à la bibliothèque, après avoir terminé quelques devoirs.

En début d'après-midi, elle investit la Réserve, pour laquelle elle avait un passe-droit indiscutable. Cela lui prit un certain temps, mais elle trouva ce qu'elle était venue chercher. Et une partie de sa découverte ne lui plut pas du tout.

Elle se rendit directement à l'infirmerie. Elle tenta de redevenir complètement maîtresse d'elle-même sur le chemin, en vain. Une part d'énervement avait décidé de rester pour de bon. Elle se résigna donc à affronter Rogue avec cette faiblesse. De toutes façons, il ne devait pas être dans un bien meilleur état que la veille.

Alors qu'elle pénétrait dans l'antre de Mme Pomfresh, quelle ne fut pas sa surprise de trouver tous les lits vides. Elle n'eut pas le temps de faire trois pas que l'infirmière lui tombait déjà dessus.

« - Ah, miss McLane, vous êtes revenue… Des symptômes suite à hier soir ? »

« - Non, rien de la sorte. Je venais voir le professeur Rogue. Où est-il ? »

« - Il est parti en fin de matinée… Mais laissez-moi vous examiner, vous avez… »

« - Je n'ai rien du tout. Au revoir. »

Noemy quitta aussitôt la pièce, ne tenant absolument pas à ce que Mme Pomfresh ne l'approche. Elle parcourut les couloirs, s'étant remis en mémoire l'emplacement des chambres des professeurs. Elle trouva celle de Rogue sans difficulté et frappa à la porte sans hésiter. Aucune réponse. Elle insista. Toujours rien. Enfin, à la troisième fois, la porte s'ouvrit légèrement. Rogue apparut, et il ne cacha pas son étonnement et son mécontentement.

« - Que voulez-vous ? » aboya-t-il.

« - Savoir pourquoi vous l'avez entretenu, » répondit-elle placidement.

« - Entretenu quoi ? »

Elle soupira.

« - Soit vous êtes idiot, soit vous me prenez pour une idiote… »

Il voulut répliquer, mais elle ne lui laissa pas le temps d'émettre un son.

« - Je sais exactement pourquoi j'ai perdu connaissance en même temps que vous hier dans la Grande Salle… »

« - Et ? »

Il affichait un air suffisant, donnant à croire qu'il pensait parfaitement maîtriser la situation. Noemy sourit.

« - Et si vous ne me dites pas par quelle pure inconscience vous avez décidé de ne pas laisser le Lien latent, je me ferai un devoir d'expliquer à mon directeur comment son tout jeune professeur a usé d'ancienne magie pour perturber une élève… »

Pendant une fraction de seconde, Rogue tressaillit. Mais il se reprit aussitôt.

« - Il n'est pas dans mon intérêt de céder à votre stupide chantage, » répliqua-t-il.

« - Soit, je vous laisse une semaine pour réfléchir correctement, votre esprit est certainement encore embrouillé. »

Et elle partit, sans un regard en arrière. La porte de Rogue claqua dans son dos. Elle ne put s'empêcher de sourire à nouveau. Cette fois, elle le tenait…

Le lendemain matin, un peu avant neuf heures, les élèves de septième année qui se rendaient au cours de Potions furent étonnés de constater que Dumbledore les suivaient. Habitués aux fantaisies de leur directeur, ils ne s'en préoccupèrent pas plus et s'installèrent comme ils en avaient coutume. Dumbledore s'assit dans le fond de la salle. Noemy était très satisfaite. Rogue ne ferait certainement rien de malvenu durant ce cours.

Lorsqu'il entra dans la salle de classe, la jeune femme ne put réprimer le frisson qui parcourut son échine. Il devait avoir recouvré son plein potentiel et elle avait intérêt à faire attention car elle sentait déjà le flux de haine couler dans sa tête.

Le cours commença. Noemy devait être trop concentrée sur ce que Rogue lui faisait à nouveau subir afin de ne pas flancher, et la composition de sa potion en pâtissait inévitablement. Elle le savait, elle voyait la couleur trop foncée, elle sentait la texture trop légère en mélangeant. Mais elle ne pouvait pas réfléchir librement pour éviter de faire des erreurs et pour rattraper celles déjà commises. La pression était encore pire que le soir d'Halloween. Et Rogue qui se pavanait en circulant entre les élèves, les réprimandant tous pour des broutilles. Monsieur Rogue senior aurait mieux fait de se casser une jambe le jour où il avait conçu cet imbécile de sang-mêlé…

À ce moment précis, la craie fit un bruit strident sur le tableau. Noemy releva la tête comme tous les autres, juste à temps pour voir le fugitif regard haineux que Rogue lui lança. Cela lui permit de comprendre pourquoi, au même instant, elle sentit une pointe de douleur dans son crâne.

« - Noemy, ça va ? » s'enquit Samantha.

L'interpellée eut à peine le temps de réagir que Rogue lança :

« - Miss Anderson et miss McLane, où vous croyez-vous ? »

« - À un cours très mal enseigné… »

Noemy n'y tenait plus. Elle sentit tous les regards posés sur elle, surtout celui de Dumbledore qui lui donnait l'impression d'être dans sa tête, mais seul celui de Rogue lui importait.

« - Qu'avez-vous dit ? » demanda ce dernier d'un ton froid et presque inaudible.

« - Parce qu'en plus, vous êtes sourd ? » répliqua-t-elle.

« Du calme. »

La pensée, et l'idée paisible qui l'accompagnait se démarquèrent dans l'esprit de Noemy. L'espace d'un instant, ce calme occulta la haine de Rogue. Puis il disparut comme il était apparu. Et la haine éclata à nouveau, encore plus douloureuse, plus insupportable. Les défenses de la jeune femme tombaient les unes après les autres.

« - Arrêtez ! » ordonna-t-elle à Rogue.

Elle le regardait fixement dans les yeux. Et elle y lut une grande satisfaction, de la même nature que celle qu'elle avait ressentie en le voyant souffrir à l'infirmerie. Il se vengeait…

« - Arrêtez, » répéta-t-elle, mais cette fois, son ton était devenu suppliant.

Il n'y avait aucun bruit dans la classe, mais Noemy avait l'impression qu'un bourdonnement continu mettait ses tympans à mal.

« - Severus… »

Dumbledore qui s'en mêlait. Elle avait presque oublié sa présence. Mais il ne pouvait rien faire tant que Rogue ne fermerait pas son esprit. Si cet imbécile de sang-mêlé continuait comme ça, il finirait par la tuer. Mais après tout, c'était peut-être ce qu'il cherchait…

Noemy chercha sa baguette des yeux, et constata que sa vue se brouillait. Fort heureusement, l'instrument en bois n'était pas bien loin et elle mit rapidement la main dessus. Alors elle la pointa sur Rogue, ou plutôt sur ce qu'elle voyait encore de lui.

« - Ar… rê… tez, » souffla-t-elle.

« - Noemy, non ! »

« - Professeur, ses yeux ! Regardez ! »

« - Elle est complètement folle ! »

Toutes les voix qui criaient autour d'elle lui parvenaient comme si elle se trouvait dans une bulle. Un voile rouge emplit peu à peu le brouillard qu'était devenu son champ de vision.

« - Ar-rê-tez ! » hurla-t-elle, mais elle ne s'entendit pas.

Le voile rouge laissa place au noir opaque. Mais elle n'était pas inconsciente, la douleur était encore là ! Elle lâcha sa baguette et se laissa tomber à genoux. Elle frotta ses yeux, en vain. Alors elle tint sa tête entre ses mains et fit de son mieux pour se focaliser sur la haine que Rogue ne cessait de lui déverser. Elle la fit complètement sienne, l'intégra, l'emmagasina, encore, encore un peu plus… et la lui renvoya à pleine puissance. La douleur disparut, et toutes les autres sensations avec elle.


Note de l'auteur sadique

Et là, et bien, vous attendez la suite, hein! Je vais essayer de ne pas trop traîner... Mais bon, je ne veux pas non plus que vous ne mariniez pas assez Non non, je ne suis pas missante!

Cela dit, si vous avez des théories pour la suite, je suis impatiente de vous lire! C'est toujours bien pour un auteur de savoir quelles sont les impressions que son texte laisse quant à la suite, d'autant que ce chapitre est relativement confus, je l'avoue! Mais tout s'éclaircira, ne vous inquiétez pas!

Bonne deuxième lecture!