Quelque chose clochait dans cette histoire. Pourquoi quelqu'un prendrait-il le temps de suspendre ses victimes au plafond avant de jouer les pyromanes ? Quel meurtrier était assez tordu pour faire un truc de ce genre ? Que pouvait ressentir une telle personne au plus profond d'elle-même ?

Elle rouvrit le dossier et en sortit les photographies sordides qu'il contenait avant de les réexaminer pour la énième fois, persuadée d'avoir loupé LE détail important. Mais à nouveau, rien ne lui sauta aux yeux. Sous l'effet de la pression, elle corna légèrement le coin supérieur gauche d'un des documents en soupirant. Tout cela ne menait à rien. Pour la première fois depuis longtemps, elle avait peur de ne pas être capable de résoudre une enquête. Ce qui avait le don de la rendre assez irritable sur certains points. Heureusement qu'il était là, lui. Là pour l'aider, quoi qu'il arrive, malgré son esprit enfantin. Il le lui avait promis. Mais Montgomery et Gates l'avaient prévenue: il y a des affaires qui ne peuvent être résolues. Elle n'arrivait cependant pas à se faire à cette idée. L'idée qu'un psychopathe ne soit dans la nature, et ne frappe à nouveau.

-Tiens…

Elle sursauta. Castle s'était assis à ses côtés sans qu'elle ne s'en rende compte et il lui tendait un café.

-Je sais que t'en as déjà eu un ce matin, mais vu ton état, je crois que cela ne te fera pas trop de mal… Alors, t'as trouvé quelque chose, finalement ?

-Rien. Le vide total. Pareil pour ce qui est de la famille d'Elsa McMurry. Ils ignorent totalement qui aurait pu commettre une telle chose. En plus, on a trouvé aucune trace d'accélérant sur le corps des victimes pour les brûler, je n'y comprends vraiment rien. Et s'il te plait, ne me parle pas des Men in Black ou de loups garous pyromanes, et le voyant ouvrir la bouche pour sortir une de ses nouvelles théories sans queue ni tête.

-D'accord, je ne le dit pas. Mais tu dois bien avouer que c'est… Très bizarre… Au fait, as-tu réussi à contacter les familles des victimes d'il y a quelques années ?

-Pratiquement toutes. Mais que dalle, ils ne comprennent pas ce qu'il se passe. Et il se trouve qu'un des premiers meurtres remonte à 1983.

-Vraiment ? Où ça ?

-A Lawrence, au Kansas. Mais on a pas réussi à rencontrer les proches de cette personne. Une certaine Mary Campbell a perdu la vie dans sa propre maison, de nouveau une mise en scène façon film d'horreur, et le soir-même, sa famille s'est mystérieusement évaporée. Ce sont leurs anciens voisins qui nous ont mis au courant. Elle était apparemment mariée et elle avait deux fils. Et nous n'avons aucune trace depuis.

-Trois hommes qui disparaissaient comme ça, sans laisser aucune trace… Moi, je te le dis, ils étaient tous impliqués là-dedans. Des agents secrets qui travaillent à l'encontre du gouvernement pour détrôner la reine d'Angleterre…

-Je n'en suis pas si sûre, Castle. Ses fils avaient quatre ans pour l'aîné, et six mois pour le cadet.

-Bon, d'accord, ce n'est pas ça. Mais pourquoi n'avoir prévenu personne de leur départ ? Et surtout, où sont-ils aujourd'hui ?

-Sûrement à l'autre bout du monde…

. . . . . . . .

Il émergea après quelques heures de repos sur le siège passager et regarda les alentours. Le décor n'était plus le même depuis un bout de temps. Au loin, des gratte-ciels à perte de vue. Il se redressa et jeta un rapide coup d'œil à sa montre qui indiquait dix-huit heures quarante-cinq.

-T'es enfin réveillé… T'as dû dormir pendant huit bonnes heures au moins.

-Je te l'ai dit, Sammy, j'ai eu une nuit agitée… Bon, on est où, exactement ?

-On va pas tarder à arriver à New-York. Par contre, je viens d'apprendre par radio qu'il y a des contrôles aux frontières de l'état.

-Vraiment ? Ils font vraiment chier, ces New-Yorkais… Pourquoi, en fait ?

-A ton avis ? Les flics de cette ville deviennent paranos à cause de ce qu'il est en train de se produire. Ils se sont mis à la poursuite d'un tueur en série et ils font tout pour le coincer.

-Si seulement ils savaient… Mais j'en rien à foutre de ces gonzesses qui ont peur de leur ombre. Enfin, à part la petite du site de tout à l'heure, hein… Bon, écoute, on va entrer dans cette ville, on va régler ce problème et on se cassera avant de s'attirer des ennuis supplémentaires.

-Tu ferais mieux de sortir nos cartes, fit Sam. Il y a une bagnole de flics à une centaine de mètres.

-Ok… Lesquelles ? Shérifs adjoints, FBI ou…

-FBI, c'est bon. Allez, passe-moi ça, dépêche.

Il se mit à ralentir et s'arrêta à la portée des policiers.

-Bonjour messieurs, veuillez nous excuser, mais les frontières subissent quelques contrôles de dernière minute. Nous vous invitons donc à…

-Agents Hastings et Taylor, FBI, fit Sam en leur montrant les insignes tout en les fixant. Je crois que vous pouvez faire une exception pour nous, je me trompe ? Nous enquêtons sur cette affaire dont les détails ont été dissimulés aux yeux de la population…

Le premier flic ouvrit la bouche pour parler mais aucun son n'en sortit.

-Eh ouais, on doit absolument passer, poursuivit Dean. Nous avons à nous entretenir avec certaines personnes aux placées, et nous nous sommes également déplacés pour boucler cette enquête avant que cela ne dégénère et provoque la panique dans les rues. Vous saisissez, ou il vous faut un dessin ?

Le policier s'écarta, et se contenta de leur faire un signe de tête tout en disant

-Messieurs, bienvenue à New-York. Bonne soirée.

. . . . . . . .

-Eh, Ryan, ça a donné quoi, du côté des collègues d'Elsa ?

-Je réponds avec, ou sans mensonge ?

-Bon, ok, j'ai compris. Esposito, appelle sa famille. Je suis quasiment sûre qu'ils ne m'ont pas tout dit, ce matin.

-Je m'en occupe, répondit-il. Au fait, Beckett, il y a Tori qui a quelque chose à vous montrer.

Elle et Castle se rendirent dans la salle média où ils y trouvèrent leur collègue, devant l'écran, regardant ce qui ressemblait à une vidéo-surveillance.

-Oh, vous êtes là, tous les deux. J'avais quelque chose à vous montrer.

-C'est quoi, ça ?

-En fait… Ça a été filmé chez votre victime au moment du meurtre. Cette caméra était incrustée dans le mur, un miracle de la carte soit intact…

-On a le meurtre enregistré ?

-Pas exactement… Regardez, plutôt…

Elle lança la vidéo sous l'œil attentif de la Capitaine.

Elsa passa devant la porte d'une chambre qui ressemblait à celle d'un nourrisson en baillant. Il devait être aux alentours de minuit. Un berceau, quelques jouets éparpillés et un enfant dormant paisiblement à l'intérieur comblaient cet espace. Puis on vit un homme entrer dans la pièce. Vêtu de couleurs sombres, le visage dissimulé sous une grande capuche tout aussi inquiétante.

-Je n'ai pas vu de bébé lorsque j'y suis allée, fit Kate.

L'inconnu se pencha au-dessus du petit et sorti de sa veste ce qui ressemblait vaguement à un couteau de boucher. Ce qui se passa ensuite fut à moitié dissimulé par les draps qui recouvraient les bords du berceau. Puis soudain, Elsa apparut sur le seuil de la porte, les yeux pétrifiés par l'horreur et dit, d'une voix ferme

-Vous…

L'inconnu leva la main vers elle, et…

L'image se brouilla.

-La vidéo s'arrête là, reprit Tori. Il y a comme des ondes électromagnétiques qui empêchaient l'enregistrement.

-Mais pourquoi vouloir tuer un… Un bébé, je sais pas, ce n'est pas vraiment courant, ça…

-On ne l'a pas vu le tuer, rectifia Castle. Seulement prendre un couteau et… Et ça s'arrête là, je crois. Tori, on peut avoir une image plus net du meurtrier ?

-Je vais essayer, mais je ne promets rien.

Esposito accourut dans la pièce, un document à la main.

-Beckett, on a un problème.

. . . . . . . .

Les mains du chasseur se crispèrent légèrement sur le volant.

-Ca va Sammy ? Qu'est-ce qu'il t'arrive ?

-Rien, c'est juste que… Je peux pas m'empêcher de penser que tout ce qui arrive est spécialement pour nous, Dean. Je veux dire, on a tué le démon qui commettait des meurtres identiques il y a des années de cela, et pourtant… Cela a recommencé.

-Eh, c'est bon, ça va, on va aller éliminer l'enfoiré qui fait tout ça, on ira voir Bobby pour lui raconter nos exploits, et voilà, fin de l'histoire. D'accord ?

Sam pensa à Bobby. L'oncle qu'il considérait comme un père. Celui qui savait l'aider quand il était seul. Qui trouvait toujours le moyen de le remettre sur pieds quand il défaillait. Il ne savait imaginer sa vie et celle de son frère sans lui.

-D'accord, finit-il par répondre. T'as raison, faut que je me ressaisisse, là.

-Voilà. Et accélère, même notre grand-mère pourrait rouler plus vite que toi.

. . . . . . . .

-Attends une minute, Esposito… Répète un peu ?

-On a tenté de téléphoner à la famille d'Elsa pas de réponse. L'appart de ses parents est vide, comme le sien, et celui de sa sœur. Enfin, il ont laissé le mobilier, mais les placards à vêtements sont quasiment vides.

-C'est quoi ce bordel, exactement, murmura Kate en se massant les tempes.

-Ils ont laissé leur voiture là-bas, ils ont pris le strict minimum. Ah, le voisin de palier d'Elsa se rappelle avoir vu son mari en bas de l'immeuble avec un bébé dans les bras.

-Au moins, ce meurtrier ne l'a pas éliminé, c'est déjà ça… Mais pourquoi avoir fui de la sorte ? Toute sa famille a disparu, et nous ignorons la vraie raison de leur fuite…

-En fait, fit Castle, nous ne savons peut-être pas pourquoi ils sont partis, mais nous avons un lien entre nos victimes…

Les trois autres visages se tournèrent sur l'écrivain.

-Vous vous souvenez de cette affaire, en 1983 ?

-Ca avait fait la une des journaux, reprit Esposito. Une femme tuée dans sa maison le deux novembre, aux alentours de minuit, et… Oh la vache, vous croyez que c'est le même tueur ?

-On en a parlé ce matin avec Beckett. Et il se trouve que la famille de cette Mary Campbell a disparu le lendemain. On ne sait vraiment ce qui leur est arrivé. Alors moi, je vous propose ceci recherchons ces trois personnes pour en savoir plus, afin d'éclaircir cette enquête.

-Ok. Ryan, Castle, allez faire un tour dans les archives. Trouvez tout ce que vous pouvez sur la famille Campbell, si c'est bien son nom. Je lance un avis de recherche sur les proches d'Elsa. Esposito, va voir Lanie, elle a peut-être du nouveau.

Plus tard…

-Oui. Oui, exactement. Simon McMurry, c'est ça. Comment, ça, on doit attendre pendant encore deux jours ? Non, ne raccrochez pas, ne…

Trop tard. Elle reposa le combiné et enfoui sa tête entre ses mains. Tout cela ne rimait à rien. Elle se sentait comme incapable, et cela l'agaçait terriblement. Elle devait attendre encore deux jours avant de pouvoir faire quoi que ce soit, mais elle avait perdu sa patience, ce soir. Et tant de questions se bousculaient dans sa tête

« Pourquoi cette mise en scène ? »

« Un rapport avec de jeunes enfants ? Comme sur cette étrange vidéo ? Et pourquoi avoir disposé une caméra dans une chambre d'enfant ?»

« Pourquoi leurs proches disparaissent-ils de la sorte ? »

« Qui peut faire subir une telle chose à quelqu'un, qui peut avoir tant de haine en lui pour commettre ces crimes ? »

« La famille de cette Mary Campbell a-t-elle un rapport avec tout cela ? »

Elle était à peu près sûre que la réponse était « Oui ». Mais la plus importante de toutes était très certainement

« Pourquoi il y a-t-il deux agents du FBI dans mon poste de police ? »