Eeeet voici le premier vrai chapitre.
Chapitre 1
Cela fait une semaine. Une semaine jour pour jour que je sais pour Lampadaire, et une semaine que je sais que je veux le faire. Une semaine, c'est assez non ? Je n'hésite pas. Allez. C'est l'heure. Artémis, hache la tête de ce poulet.
Mais je ne peux pas. Je veux dire, il a l'air si… stupide. Je m'y suis attachée, à ce Mr. Volaille. Après tout le mal qu'on s'est donné Sam et moi pour le choper, aussi… Et si je faisais juste ça avec un autre poulet ?
Plus tôt
« - Mais pourquoi du sang de poulet ?
- Je suis dans ta tête, j'y peux rien moi si t'as l'esprit tordu.
- Ah. Et ça justifie que le rituel soit si compliqué ?
- Oui. Tu pourrais faire le Vlamz d'un claquement de doigts si tu pensais que c'était possible, mais je n'arriverais jamais à t'en convaincre. Avec un bon vieux rituel, c'est plus tangible, plus rationnel.
- Le Vlamz ?
- Le passage dans l'autre dimension. C'est une chose nouvelle, et tout le monde sait que rien ne peut exister tant qu'on n'a pas de mot pour dire que ça existe. Cherche pas, un mot choisit au hasard. J'aimais bien la sonorité.
- Et c'est quoi, exactement, le Vlamz ? Je veux dire, j'ai compris l'idée générale, mais, et les détails ? Je vais arriver dans le monde du livre, ou des films ? Et à quel moment ? Je vais être une moldue ou ça va me changer en sorcière ? Et –
- Tu n'as toujours pas compris. Tout cela sera orienté par ton subconscient. Tu n'atterriras ni dans les livres ni dans les films, mais dans l'idée que toi tu as de ce monde. Probablement au commencement de l'histoire, parce-que tu te l'imagines à partir de là. Et tu seras ce que tu penses que tu seras. Pas ce que tu veux être, attention. Par exemple, tu sais très bien que tu ne peux pas être un jedi. Ça n'aurait aucun sens. Eh bien tu ne seras pas un jedi. Et tu sais aussi que tu ne peux pas être une sorcière surpuissante, ça ne sonnerait pas juste. Le tout, c'est de se rendre compte que si ça peut être réel c'est parce-que l'on peut y croire. Et pour que l'on puisse y croire, il faut que ça soit crédible. »
Tue juste ce poulet, qu'on en finisse.
Parfois en ce moment, je ne sais pas si c'est Lampadaire ou moi que j'entends penser. C'est compliqué parce-qu'on est un peu la même personne.
C'est moi. Ou bien si c'est toi, prétends que c'est moi. On s'en fiche. Et arrête de m'appeler Lampadaire, veux-tu ? Tue juste ce poulet.
Parfait, alors c'est elle. Elle a juste un peu la même façon de penser que moi.
Bon, je vais le faire. Au moins Mr. Volaille aura la noble fin qu'il mérite. Sacrifié pour une digne cause. Personne ne va le manger.
Planté face à moi, il me fixe avec ses yeux ronds dépourvus de toute lueur d'intelligence. Je tends les mains pour l'attraper, mais le diable sent venir l'entourloupe et bondit hors de portée en piaillant. Sale bête.
Je me redresse et tente de le contourner pour le coincer par derrière. S'ensuit une ronde ridicule dans laquelle le poulet et moi nous tournons autour, du défi dans le regard.
Faudrait que l'un de nous se décide, j'ai encore tout le reste du rituel à préparer. Je n'ai pas passé une semaine à réunir le matériel nécessaire pour me faire narguer par un poulet à la cervelle de la taille d'un pois chiche ! Maintenant c'est chacun pour sa tronche, plus de pitié.
Finalement, je pousse une exclamation et lui saute dessus. Je sens mes mains se refermer sur ses plumes je l'ai eu. Rapidement, sans réfléchir, j'attrape mon couteau et lui tranche la gorge. Beuuark, j'ai du sang partout sur moi.
Idiote.
Le poulet se débat encore un peu, et je manque de faire gicler du sang sur le tapis. Ni une ni deux, je cours à la fenêtre et tends le poulet par celle-ci.
Artemis! Tu as besoin du sang.
Ahhh, mais c'est vrai! Le bol, faut que j'attrape le bol. Je le localise vite et, dans mon agilité suprême, arrive à le saisir avec mon pied droit, le poulet pendant toujours au bout de mon bras tendu par la fenêtre.
« Euh… Artemis ? »
Je tourne la tête par cette dernière pour apercevoir ma mère.
Et merde.
Cette fois, pas de doute, la pensée était bien de moi. Comment est-ce que je vais bien pouvoir lui expliquer ça ?
Artémis, tu as confiance en moi ?
Ma mère me dévisage toujours à travers le jardin, plantée de l'autre côté de l'allée.
Non non. …Je viens de sacrifier un poulet pour toi. Bien sûr, que je te fais confiance.
La mâchoire pendante, les yeux grands ouverts, elle ne bouge pas.
Il y a une manière plus rapide de faire le Vlamz, Artemis. Je ne voulais pas t'en parler parce-que tu ne vas pas aimer, mais je crois qu'on n'a plus vraiment le choix.
Ma mère attend une réponse.
Comment ?
Saute par la fenêtre. Traverse le jardin. Cours.
J'hésite.
Allez, exécution. Dépêche-toi.
Heureusement qu'on est au rez-de-chaussée.
N'ayant pas vraiment le choix, je me mets en mouvement. Je passe la fenêtre et pique un sprint vers la rue, alerte aux instructions de Lampadaire, mon poulet toujours à la main.
Ne le lâche pas. Vire à droite quand tu seras au bout de la rue.
Elle ordonne, j'obéis. Je cours, sans un regard en arrière pour ma mère. Pas le temps. Pas le courage.
En moins d'une minute, je me retrouve au milieu du pont de la ville.
Mords le poulet, et saute.
C'est tout ? Tu es sûre de toi au moins ?
Aie confiance.
Ayant peur de changer d'avis, je regarde l'eau. Puis je mords, et je saute.
L'air. L'air, la vitesse, la chute. L'eau. L'eau? L'eau. Plus d'eau. Le froid, le silence. Le noir.
Plus rien.
Un temps. Un instant, qui s'étire à perte de vue.
Un éclair de conscience de temps en temps, et un autre.
Lampadaire.
Lampadaire.
Elle ne répond pas, mais je sens sa présence. Elle est là, comme endormie. Moi aussi, je suis fatiguée.
Le noir.
Une pensée. Est-ce que je suis morte ?
Non.
Enfin peut-être, après tout. Je ne sais pas.
Non.
C'est Lampadaire.
Je sens qu'elle essaie de me dire autre chose, mais je ne comprends plus sa voix.
C'est un peu comme si j'étais sous l'eau, ses mots ne sont plus des paroles mais des clapotis inintelligibles.
Je ne la comprends pas.
Elle se fatigue petit à petit et le noir revient doucement.
Le noir.
Cette fois, Lampadaire ne s'adresse pas à moi par des mots. Elle me transmet directement ses émotions.
Je la comprends.
Elle veut que j'attende. J'attends.
Le noir qui m'entoure s'épaissit.
J'attends, puis oublie que je suis en train d'attendre quelque-chose.
Il disparaît petit à petit et je distingue - une voix. Des pas, distants.
Quelque-chose a changé. Je sens des draps sur mon corps, je sens mon corps.
La réalité ? J'essaie d'ouvrir les yeux. Mes paupières sont lourdes, et retombent aussitôt.
« ….Artemis? Artemis? Carole, chérie, elle est réveillée! »
C'est la voix de mon père. J'essaie à nouveau d'ouvrir les yeux. Ma vue est trouble, mais j'aperçois sa silhouette penchée au dessus de moi.
« Papa ? »
Ses yeux sont plantés dans les miens, j'y vois clair maintenant. Mais je ne comprends pas. Où suis-je ? Que s'est il passé ?
« Oui, Artemis, c'est moi, je suis là, tu n'as plus à t'inquiéter. Carole ! »
Derrière-lui, la porte de la chambre d'hôpital s'ouvre et ma mère entre en trombe. La chambre d'hôpital?
Quand elle me voit, elle a les larmes aux yeux. Elle s'approche du lit et prends ma main dans la sienne.
Je ne comprends toujours pas.
Soudain, je me rappelle. Le Vlamz.
Ça n'a pas marché?
Et Lampadaire?
Je suis là.
J'ai mal à la tête…
« Qu'est-ce qu'il s'est passé ? », je me décide à demander à mes parents.
Ils échangent un regard, semblant hésiter. Hésiter à quoi?
« Quoi ?
- Eh bien... » Commence ma mère. Puis elle tourne la tête vers mon père, cherchant son soutien.
Il prend la parole.
« On va tout t'expliquer, mais tu devrais d'abord prendre un moment pour te reposer. Tu es encore faible. »
Ils se regardent à nouveau et hochent la tête. Le sujet est clos. Je déteste quand ils font ça. J'ai mon mot à dire, aussi, ils le savent ?
Calme-toi.
Mon père sort pour chercher quelqu'un. Ma mère ne lâche ma main que pour attraper une chaise, et s'en rempare au plus vite.
J'attends. Je la fixe. J'essaie de me rendormir, mais je suis bien réveillée, le sommeil a laissé place à la curiosité.
Pourquoi est-ce qu'ils me laissent dans l'attente comme ça?
Pourquoi est-ce que ça n'a pas marché? Et pourquoi Lampadaire ne me parle-t-elle pas ?
Tais-toi. Je réfléchis.
Génial. J'ai même plus le droit de penser, maintenant.
Lampadaire, c'est toujours ma tête je te rappelle.
Oui, eh bien si tu tiens à en apprendre plus tu as tout intérêt à me laisser réfléchir.
Je pourrais te faire disparaître, tu sais ? Rien qu'en t'imaginant autrement. Ce ne serait alors plus toi mais une Lampadaire conciliante, sympa, que j'aurais dans la tête.
Non, tu ne pourrais pas. Même si tu le voulais, c'est trop tard maintenant. Tu sais que je suis comme ça, et une autre Lampadaire ne serait justement qu'une imagination, et tu le saurais. Je suis bien plus réelle que ça. Et tu as besoin de moi.
Je capitule. J'ai toujours mal à la tête et, sous les caresses de ma mère et face à son refus de parler, ma détermination s'effrite.
Je m'endors, d'un sommeil profond et sans rêve.
À mon réveil, ni mon père ni ma mère ne sont présents. À la place, se trouve… Euh, se trouve… McGonagall.
Minerva McGonagall est à mon chevet. Là, devant moi, assise toute droite sur la chaise qu'occupait ma mère.
Perturbant.
Je confirme. Perturbant.
Review?
