Merci à HippiqueAndYDeaLD, Keltira-Tissesort, Neechu et PerigrinTouque pour leur review !
Bon anniversaire Neechu ! Et cette fois, je ne me suis pas trompée. Plein de poutous, de puzzles et de plumes roses pour ton anniversaire, c'est tout ce que je te souhaite !
Sur ce, bonne lecture à tous !
.
Out of Control
.
North Blue est comme un verger, où chaque île ne demande qu'à être cueillie et rançonnée. En toute impunité, la Donquixote Family étend son réseau sur cette mer. Ou du moins, c'est ce que Doflamingo aimerait faire, mais la Marine est à ses trousses, toujours habile à démasquer ses refuges et ses repaires.
Ça ne l'empêche pas pour autant de prospérer, mais assurément, ça le ralentit. Irritant, pour le moins.
D'ailleurs, ils ont dû abandonner Spider Miles, mais pas sans recueillir au passage un petit rat échappé de sa ville blanche. Doflamingo aime le regard de l'enfant, sa détermination et sa haine.
« Ça pourrait presque être notre fils, » murmure-t-il un soir en embrassant son frère, et ses doigts tapotent sur le ventre de Roci. « C'est possible après tout, n'est-ce pas ? »
Rocinante hausse les épaules. C'est sa réponse à beaucoup de choses. De toutes manières, Doflamingo n'est pas pressé. Ce n'est pas avec la vie erratique qu'ils mènent qu'il va prendre un tel risque.
Et puis quoi, il vise haut, si haut, qu'il n'a pas le temps de se préoccuper d'un héritier. Mais la possibilité le laisse parfois rêveur, lui qui n'est guère du genre à se perdre en des niaiseries sentimentales.
Pica, Diamante et surtout Trebol heureusement ne le laissent pas s'égarer trop en avant dans cette voie dangereuse. Doflamingo sait qu'ils désapprouvent sa relation avec son frère.
« Il a du pouvoir sur toi, a dit un jour Trebol avec un ton sérieux, sans les rires ou les gémissements qui ponctuent d'habitude ses paroles.
— Non, » a-t-il répondu, mais de ce moment-là, il s'est tenu plus sur ses gardes. Il a confiance en Roci, une confiance absolue justifiée par le lien qui les unit pour toujours mais peu importe ce qu'il ressent pour lui, il ne se laissera pas dominer, pas influencer. Et pourtant, est-ce que déjà le comportement de son frère, plutôt froid face à l'idée de reprendre le trône de Dressrosa et qui semble se contenter de sillonner North Blue ne l'a pas incité, insidieusement, à retarder son départ pour Grand Line ?
L'idée le rebute, et rationnellement, il y oppose des faits : il ne peut pas débarquer dans le Nouveau Monde sans des arrières-bases solides. Et avec la vieille Tsuru à ses basques, cela prend du temps.
Ça n'a rien à voir avec le fait que le sourire de Roci se fane un peu quand il parle de partir.
.
« Ça pourrait presque être notre fils. »
Doffy l'a dit sur le ton de la plaisanterie, mais quelque chose dans son regard ne plaisantait pas.
Il y pense, songe Roci avec angoisse. Maintenant, il y pense.
Et peut-être parce qu'il est un Omega, parce qu'après tout c'est son rôle, mais lui-même y pensait déjà depuis longtemps.
Donner naissance au bébé de son frère.
Élever un enfant auprès de Doffy, le voir devenir peu à peu un monstre, comme son père…
Pour affreuse que soit l'idée, la perspective ne l'horrifie pas toujours. Parfois, il rêve d'un endroit où ils seraient heureux rien que tous les trois, une idéale petite famille.
(Et alors, il se réveille, et il se rappelle de qui est son frère, de ce qu'il est, et il rit de sa folie, un rire bas qui lui fait mal au cœur.)
Roci y pense depuis longtemps, et il en a conclut que c'est un non, un jamais. Il refuse d'impliquer un enfant innocent dans leur histoire sordide. Il ne sait pas encore comment il s'y prendra le jour où Doffy fera plus qu'y penser, mais c'est une ligne qu'il ne franchira pas.
Il trahit son frère au quotidien et ça lui pèse déjà plus que ce qu'il n'aurait cru. Il ne mettra pas ça en plus dans ce jeu dangereux et cruel. Ça pourrait être utile, un lien de plus qui l'enchaînerait à Doffy, mais la vérité, aussi dure à admettre soit-elle, c'est qu'il l'aime trop pour ça.
Cette ultime félonie, il est incapable de la commettre.
.
Rocinante est parti.
Derrière lui, il laisse une note d'une écriture familière, où quelques mots laconiques expliquent qu'il part soigner Law.
Doflamingo commence par s'agacer, se demandant à quoi son imbécile de frère joue. Mais au fond, il n'y croit pas. Roci ne tiendra pas un jour sans lui, pas une nuit, pas une semaine. Mais les jours succèdent aux nuits, les semaines aux semaines et il doit admettre une réalité qui le secoue bien plus que ce qu'il voudrait admettre : son frère l'a quitté, et bien loin de tenter de garder le contact, il refuse de prendre ses appels.
Des accès de mauvaise humeur surgissent à la moindre occasion, au fur et à mesure que les bouteilles vides s'entassent dans sa chambre.
Et au-delà de cette douleur qui le mine, ce qu'il ne supporte pas, c'est ce besoin viscéral, impérieux, qui prend le pas sur sa volonté, qui le domine. Ce qu'il ne supporte pas, c'est de se découvrir dépendant, et d'être la seule victime de cette dépendance. Il est de notoriété public qu'un lien marqué entre un Alpha et un Omega est indestructible, mais alors pourquoi, comment, Roci a-t-il pu partir ?
Pas un instant il ne s'imagine que son frère souffre. S'il souffrait, il rentrerait.
A-t-il été trompé ? Est-ce que Rocinante d'une manière ou d'une autre a pu se jouer de lui ? L'idée est terrible, mais le pire reste à venir.
Le pire, ce sont ses exécutifs pointant du doigt un fait somme toute curieux : depuis que Corazón est parti, la Marine ne les suit plus aussi facilement.
Il y a longtemps que ses yeux ont oublié le chemin des larmes. Ils restent secs, aussi secs que sa gorge, que son cœur. Il n'y a plus d'amour en lui, cette émotion de faible qu'il a laissé l'emporter. Il n'y a plus que la haine et le désir de la vengeance, comme cela n'aurait jamais dû cesser d'être.
La leçon a été brutale. Il se chargera de la mettre à profit.
.
Law est un drôle de petit bonhomme.
Cette quête insensée à la recherche d'un remède a commencé comme un acte sincère de pitié et de compassion envers un descendant de la lignée destinée à faire tomber les dieux.
C'était aussi une fuite en avant, comme s'il cherchait à échapper à l'amour qu'il porte à son frère et à la terrible certitude qu'il arrivait au bout de sa mission, que les masques allaient tomber. Mais à présent, tout est changé.
Simplement, Rocinante aime Law, d'une tendresse douce et drôle qui apaise son cœur plutôt que de le mettre à l'épreuve.
Ici, ses ennemis sont clairs et ne portent pas le nom douloureux de frère, d'amant, d'Alpha.
Ses adversaires sont le temps et la bêtise des hommes, implacables et cruels mais toujours moins que le sourire de Doffy.
Il boit le soir, plus que de raison. Law a un petit air tout à fait sérieux sur le visage en lui retirant ses bouteilles, qui le fait mourir de rire et lui donne envie de lui pincer les joues.
« S'il te manque tellement, on peut toujours y retourner. De toutes manières, ce n'est pas comme si on avançait beaucoup. »
L'idée est tentante, plus que tentante même. Plusieurs fois, Rocinante se retrouve face à l'escargophone, prêt à appeler son frère, à le supplier de venir le chercher et de ne plus jamais le laisser partir. Mais il est réaliste : Doffy est aussi intelligent que rancunier. Il s'est forcément rendu compte de sa trahison, quant au fil des mois l'étau de la Marine, cessant d'être alimenté par ses informations, s'est desserré sur la Family.
Cela ne l'empêche pas de rejoindre Minion.
Il réussit à voler le Fruit légendaire et à le faire avaler à Law, mais lorsque son regard se pose sur la silhouette de Vergo, habillé en Marine, il comprend que tout est fini.
Même s'ils arrivent à s'échapper, des fils tombés du ciel les enferment dans un piège mortel.
Roci a froid, et mal, et peur. Il sait qu'il va revoir son frère. L'heure du choix est passée, et c'est lui qui l'a fait pour eux deux.
À présent, il est temps de payer.
.
L'odeur du sang est partout.
L'odeur du sang va le rendre fou, s'il ne l'est pas déjà.
Dès qu'il a mis un pied sur l'île, Doflamingo l'a senti, ce parfum insidieux et familier et tellement désirable que sa tête en a tourné un bref instant et que son cœur a battu plus vite.
S'il avait pu, il se le serait arraché pour cette impardonnable faiblesse.
Mais à présent qu'il se mêle au sang, tout son être lui hurle de se porter au secours de l'Omega, de le soigner, de le sauver, et de se venger de ceux qui l'ont mis dans cet état-là, de les pulvériser jusqu'à ce qu'il ne reste d'eux qu'un tas de bouillie sanglante.
Mais Donquixote Doflamingo ne va perdre le contrôle pour la misérable carcasse d'un traître, peut-être déjà mort à l'heure qu'il est.
Il ne l'est pas.
Pas encore.
La vague de soulagement qui le traverse à cette constatation le révulse, tout comme le révulse la douleur animale qu'il ressent en combattant le besoin de se précipiter vers le traître, de le protéger.
Alors il sort son pistolet, et sans écouter les mensonges qui sortent de cette bouche qu'il a si souvent embrassée, mordue, aimée, il tire.
Deux fois, trois, les balles se plantent dans le bois des coffres et des caisses qui entourent le cadavre en devenir.
Il ne peut pas.
Physiquement il ne peut pas.
Prenant son poignet droit avec sa main gauche, il serre les os, prêt à rompre lui-même cette main indocile qui refuse d'accomplir son ordre, qui refuse de viser et de tuer. Déjà le bruit mat d'un os qui se déplace quand soudain, dans le silence absolue de cette scène cauchemardesque où sa volonté doit plier devant l'instinct, la voix de Trebol :
« Doffy, » commence-t-il, mais il ne peut ajouter un mot que Doflamingo a tourné vers l'homme-mucus son pistolet et il tire. La balle s'enfonce dans son bras avec un bruit satisfaisant. Il peut encore tuer. Même ceux qui sont chers à son cœur. Et peut-être que c'est ce qu'il va faire, les tuer tous, ceux qui sont autour de lui, et qu'il n'appelle pas en vain sa famille, plutôt que de supporter qu'ils soient témoins d'un tel acte de faiblesse.
Les mots sont sur ses lèvres, le pouvoir est au bout de ses doigts alors qu'un voile sanglant commence à nimber son paysage.
Tuer, tuer, TUER. Les tuer tous, qu'il n'en reste aucun, et ensuite, il prendra l'Omega et il partira, loin de tout, et plus personne ne pourra jamais le toucher.
C'est cette dernière pensée qui le retient. Jamais il ne fera ça. Jamais il n'abandonnera ce qu'il a mis tant d'années à construire parce que son instinct lui ordonne de le faire. Son instinct pliera devant sa volonté.
Il arrive à se détourner du corps de son frère, et il se dirige vers Trebol. Celui-ci n'a pas l'air particulièrement blessé, sa couche de mucus l'a sans doute protégé. Il n'a pas l'air non plus effrayé, tout au plus spéculatif. Le blond ne peut pas s'excuser pour ce qu'il vient de faire, l'idée ne lui en vient même pas, mais il pose sa main sur son épaule : « Heureux de voir que tu vas bien. » Il est absolument sincère.
Et aussi incapable de tirer qu'il soit, uni par le lien poisseux du sang et de celui qui unit un Alpha et un Omega, il songe que ce n'est pas le cas de ses exécutifs. Il n'a qu'un mot à dire. Eux n'auront pas tant de scrupules. Eux peuvent faire ce qu'il ne peut pas faire. Un mot. Qu'il ne le dit pas.
Rien que d'y penser, la brume sanglante risquerait de revenir.
« Il va rester en vie, » déclare-t-il avec une fausse désinvolture, comme si c'était son choix, comme s'il n'avait pas été obligé de s'incliner devant une puissance supérieure à la sienne. « Nous avons des choses à mettre au point. Emmenez-le au bateau. »
Il songe à Vergo, déjà reparti. Cela vaut mieux ainsi. Il n'est pas sûr de parvenir à voir et à discuter avec l'homme qui a blessé l'Omega sans le tuer.
Mais tout ça se règlera bientôt. Parce que peu importe ce que cela lui coûtera, de ses propres mains, il tuera Rocinante.
.
Doffy ne l'a pas tué.
Pourtant, ce n'est pas l'envie qui lui en manquait. Rocinante force un sourire sur ses lèvres, même s'il a envie de pleurer.
Ils ont trouvé Law.
Tout ça pour… pour rien, en fait. Les revoilà tombés dans les griffes de la Family.
Séparé de l'enfant, il est dans la cabine de son frère, attaché sur le lit, dans l'impossibilité de bouger. Et plus que tout en lui domine le regret. Tout ça, cette souffrance, ces mensonges et ces trahisons pour en arriver-là.
S'il avait été un bon Omega, s'il s'était soumis…
Mais il ne peut pas accepter cette raison comme valide. Sa morale est plus grande que son désir, sa vertu que son amour.
Et pourtant, il se demande s'il n'a pas suivi le mauvais chemin.
.
Il dort. Il se permet le luxe de dormir. Ou peut-être qu'il est mort. Pourquoi faut-il que cette idée soit si insupportable ?
Doflamingo se jette sur lui : il le tuera. Il le tuera. Oh non, il n'est pas trop tard, il peut encore le tuer.
Ses mains trouvent le chemin de son cou, sous le manteau de plumes noires. Il va l'étrangler de ses propres mains, il va sentir son dernier souffle, et ce sera meilleur que tous les faux baisers qu'ils ont pu échanger.
Il va le tuer, parce que l'Omega n'est pas mort. Il le saurait, sinon. Immanquablement quelque chose le lui aurait dit.
Et tout à coup, il le sent, le pouls palpitant, la preuve qu'il est en vie et que son cœur bat toujours. Ça le dégoûte, et il serre plus fort la chair pâle.
« Je vais te tuer. Et je vais en savourer chaque minute. »
Mais face à lui, l'espion est inerte.
« Tu n'es pas mort, pas encore. Crois-moi, tu vas la sentir arriver ta mort. »
Les mains de Doflamingo bougent d'elles-mêmes à la recherche de blessures, et comment n'en trouverait-il pas. Déjà, ses doigts s'agitent et du bout des fils explorent et fouillent, retirent les balles, referment les lèvres des plaies dans une tentative d'endiguer les saignements. Quand il se rend compte de ce qu'il fait, il se fige.
Puis le coup part, un coup de poing à la mâchoire : « MAIS PARLE ! PUISQUE TU PARLES, PARLE-MOI ! »
Le traître se tait. Encore. Toujours.
Il s'est contenté d'ouvrir ses yeux et de le regarder avec tendresse et pitié.
Et puis, les mots, les mots menteurs qui tentent de le tromper, qui tentent encore de le manipuler : « Je t'aime, Doffy. »
.
Les jours se suivent et se ressemblent. Lentement, grâce à sa constitution de fer et aux soins de son frère, Roci guérit. Il est libre de ses mouvements du moment qu'il n'essaie pas de sortir de la cabine, un droit dont il n'abuse pas, même si cet enfermement constant lui fait mal à la tête et qu'il veut à tout prix revoir Law, avoir au moins de ses nouvelles.
Il n'ose pas en demander à son frère, qu'il ne voit que le soir, quand il lui apporte son repas. Ils couchent dans le même lit.
Parfois son frère semble ignorer son existence et parfois non.
Rocinante ne lui parle pas. Mais comme un rituel, chaque soir avant de s'endormir dans le noir, il prononce les mots qu'il a rêvés de dire pendant si longtemps : « Je t'aime. »
Doffy fait semblant de ne pas l'entendre.
.
La présence de l'Omega va le rendre fou. Déjà, il a cette horrible impression de perdre la tête, cette horrible impression que les autres le savent. C'est intolérable.
La solution est simple : la mort. La mort pour celui qui a osé le défier et qui ose encore rire de lui et de sa pathétique faiblesse. Est-ce qu'il ne le fouette pas chaque soir d'un maudit mot d'amour, comme une ultime moquerie à son impuissance. Mais il ne peut pas. Jamais Doflamingo n'a souhaité quelque chose avec autant d'intensité et jamais il n'a su avec autant de certitude que c'était en dehors de sa portée.
Parce qu'il le veuille ou non, il ne peut pas tuer son frère. Et il se demande à quoi sert l'étau de destruction sanglante dans lequel il enferre North Blue, s'il ne peut pas en finir avec l'être qu'il exècre le plus au monde.
Le problème, bien sûr, c'est qu'il se ment à lui-même. Est-ce quand il veut tuer son frère ? Est-ce quand il se couche à ses côtés et le serre dans ses bras ? Peut-être ment-il dans les deux cas. Ou peut-être que non.
Alors puisqu'il ne peut pas en finir avec lui, puisqu'il ne peut pas le garder non plus, l'idée lui vient de l'éloigner. Il existe une île déserte où il pourra se débarrasser de lui, et si l'envie lui en prend (quand l'envie lui en prendra) venir le chercher. L'île, l'îlot plutôt, offre amplement de quoi alimenter une personne, et se trouve en dehors des routes maritimes, disposant de plus d'une barrière de récifs qui rend l'approche de tout navire pratiquement impossible, sauf pour ceux qui, comme lui, ont cartographié la zone. Ils ne doivent pas être nombreux.
Dans cette prison à ciel ouvert, Rocinante ne pourra pas s'échapper et lui-même n'aura pas à subir le poison trop doux que la présence de son frère répand à bord. S'il est loin de lui, les idées incongrues qu'il a parfois, de fuir et de tout abandonner, partiront avec lui.
Il n'en discute pas avec ses exécutifs. Simplement, un matin, il ordonne de faire route vers Maudlin. Si ces derniers sont surpris, ils n'en disent rien. Peut-être sont-ils soulagés de sentir qu'il a pris une décision, même si ce n'est pas celle qu'ils souhaitaient.
Ils ont la prudence de ne pas le montrer.
.
Doffy cette nuit a été d'une tendresse déroutante. Lui qui n'a manifesté envers lui qu'un désir presque bestial depuis Minion s'est comporté comme… comme avant.
Rocinante ne s'était pas rendu compte d'à quel point il avait regretté ce temps, d'à quel point cela lui avait manqué.
Puis au matin, ils sont arrivés en vu d'une île inconnue. L'approche a été, de ce qu'il en a vu, longue et fastidieuse. Mais le plus surprenant reste à venir. Doffy lui a ordonné de monter sur le pont, et il a eu la surprise d'y revoir Law. Le petit garçon s'est jeté dans ses bras, semblant en nettement meilleure santé que la dernière fois qu'il l'a vu, les horribles tâches blanches s'estompant déjà, et Roci s'est mis à pleurer de joie et de soulagement, indifférent à la présence hostile de la Donquixote Family.
Puis, d'une manière encore plus surprenante, ils sont montés tous les trois dans un canot, et ont débarqué sur une plage de sable gris. Derrière, un autre canot contenant des provisions et conduit par Pica n'a pas tardé pas à les suivre.
Est-ce que son frère a finalement décidé de les tuer ? Si c'est le cas, Roci ne comprend pas les raisons d'une telle mise en scène.
Ils sortent du canot, et commencent à s'enfoncer dans l'île, portant en partie les provisions que Pica a amené, même si l'homme-pierre se charge du plus gros. Sous le poids de leurs fardeaux, ils mettent près d'une demi-heure pour atteindre un grand plateau, qui surplombe la mer depuis une impressionnante falaise.
« Ici, Pica, » dit simplement Doffy, et l'exécutif semble plonger dans la terre. Quelques minutes plus tard, une forme carrée qui peut vaguement ressembler à une maison émerge du sol.
Roci reste dans un silence soigneux, la main de Law dans la sienne. Il faut être prudent. Personne ne sait ce qu'il y a dans la tête de Doflamingo. Pour un peu, ça pourrait très bien être un mausolée.
« Vous vivrez ici, » dit enfin Doffy en se tournant vers Roci. « Cette île est en dehors des routes maritimes, et entourée de brisants. Ne comptez pas sur une visite quelconque.
— Comment survivrons-nous ?
— Il y a des provisions. Quelque part, une source d'eau douce. Et vous devriez pouvoir chasser aussi. Je ne m'inquiète guère de ça, vous vous débrouillerez. »
Roci n'a aucune pudeur à poser la question qu'il a dans le cœur : « Reviendras-tu ? »
Doflamingo ne répond pas, et l'attire vers lui par la nuque.
« Restez ici, » ordonne-t-il à Law et à Pica. Il fait manœuvrer son frère jusqu'à la maison de pierre. Elle était très grossièrement construite, avec une entrée, sans porte, évidemment, ainsi que deux ouvertures qui serviront sans doute de fenêtres. Néanmoins, à la lumière, Roci distingue qu'elle a aussi une bouche d'aération pour une cheminée.
À peine sont-ils entrés que Doflamingo pousse son frère contre le mur, et immédiatement, l'embrasse avec sauvagerie. Rocinante est profondément mal à l'aise avec l'idée de faire quoique ce soit dans une maison que Pica vient tout juste de construire, mais il ne dit rien. Ce besoin, cette urgence, il les ressent aussi, surtout maintenant qu'ils vont être séparés pour il ne sait pas combien de temps.
« Ne pars pas, tente-t-il. Nous pouvons vivre heureux ici tous les trois. »
Doffy lui met la main sur la gorge.
« Jamais. »
— Je t'en prie.
— Jamais.
— Je t'aime, tu sais. »
Cette supplique s'achève dans un coup de poing que son frère lui envoie dans le ventre. Roci a un cri de douleur qui se perd dans les baisers voraces de son frère.
Alors, il l'enlace de toute sa force, comme s'il pouvait le contraindre à rester, tout en se perdant dans les merveilleuses sensations que ses caresses brutales font naître en lui.
Lorsque son frère le prend, il ferme les yeux et se presse plus fort contre lui, conscient que puisqu'il ne peut rien lui donner d'autre, parce que Doffy ne veut rien de lui, il peut au moins lui offrir ce geste. Quand tout est fini, son frère s'écarte de lui, en silence.
Seule, sur sa nuque, la piqûre d'une épingle. Roci y porte la main et ses doigts saisissent l'écho d'un fil presque intangible. Lorsqu'il le tire, son frère se retourne : « N'essaie même pas. » Puis, comme si tout ce qui vient de se produire n'a été qu'un rêve : « Je te laisse Law. »
Roci ne sait pas pourquoi il le fait. Ça semble illogique mais il ne questionne pas ce qu'il veut voir comme un acte de pitié, peut-être d'amour.
Son frère, incapable de le garder et incapable de le laisser partir, lui offre cette fausse liberté.
« Si je peux garder Law avec moi…, » songe Roci. « Si je peux avoir Doffy auprès de moi de temps en temps… »
Il sait que ce genre de pensées est lâche, que c'est une fuite de tout et notamment de ses responsabilités envers la Marine. Mais il a l'impression d'avoir tant donné, qu'on ne peut lui faire un reproche de vouloir avoir pour lui cette illusion de bonheur.
« Pour quelque temps, se promet-il. Juste quelque temps. Après, je ferais tout ce que je peux pour m'échapper de cet enfer. Même si cet enfer a des allures de paradis. »
Plus tard, alors que le Flamboyance s'éloigne, Roci tient entre ses bras le petit corps de Law chaud, vivant. Il pèse le poids d'un monde, d'un avenir qui sera grandiose, d'un enfant en bonne santé. Certes, son frère a jugé nécessaire de mettre à l'enfant un bracelet de granit marin, mais à présent que Law est guéri, il n'a pas besoin de son pouvoir.
« Cora, dit doucement l'enfant, ça va aller ? »
À ce moment-là, Roci se rend compte qu'il pleure.
« Bien sûr, Law, c'est juste… beaucoup d'émotions d'un coup. »
Et main dans la main, ils rentrent dans la petite maison qui est désormais la leur.
.
Doflamingo sait se contenir pendant trois mois. Et puis le hasard de pérégrinations qui ne sont pas si hasardeuses, le ramène dans les environs de Maudlin. Il sait que son frère y est toujours. Le fil qu'il a planté dans sa nuque n'a pas bougé de l'île.
Un soir, ils sont en vue de la terre. Cette fois-ci, il dédaigne un canot, ou la compagnie que lui proposent ses exécutifs, et débarque seul à terre. Lorsqu'on vole de nuage en nuage, les voyages sont plus rapides, et bientôt, il est devant la maisonnette.
La porte, il y a une porte maintenant, s'est ouverte, et Roci semble sur le pas, prêt à l'accueillir comme s'il rentrait d'une simple journée d'absence. Il est sur lui avant que Roci ait pu dire un mot, et c'est si bon alors qu'il l'embrasse, alors que déjà il le déshabille.
Il sent plus qu'il ne voit le morveux partir de la bicoque, et c'est tant mieux, il n'a envie de partager ces retrouvailles avec personne.
Ça a été dur, il s'avoue dans les privautés de ses propres pensées, de vivre si longtemps sans Roci en sachant où il était. Il voudrait pouvoir le laisser mourir de faim sur cette île, mais ce n'est pas ainsi que cela fonctionne. En marquant l'Omega, il s'est lui-même enfermé dans une cage dont il ne peut pas sortir malgré tout ses efforts.
Mais la cage a l'attrait du diable, avec son odeur délicieuse, ses cheveux d'or, son rire qui s'exhale en soupirs de désir, en promesses que l'Omega traître ne tiendra pas mais auxquelles Doflamingo veut bien croire jusqu'au matin suivant.
Pendant l'année qui suit, Doflamingo trouve trois fois des prétextes pour se rendre sur l'île, sur laquelle il passe deux ou trois jours, dans le lit de son frère, dans les bras de son frère, dans le corps de son frère avant de repartir, abandonnant comme malgré lui des tonneaux de provisions, du sucre, du sel, de l'huile, du tabac, des graines à planter.
Mais il sait que ça ne pourra pas durer. Déjà, Grand Line leur ouvre les bras. Déjà, ils devraient être partis. Son hégémonie sur North Blue est absolue. À la prochaine visite, il ramènera son petit frère à bord. Mais il ne ramènera pas Law. Ou l'enfant acceptera de lui-même l'opération de jeunesse ou bien il mettra fin à sa vie en espérant avoir assez de contacts pour remettre la main sur l'Ope Ope no Mi quand il repoussera. C'est uniquement parce qu'il attend d'avoir une emprise plus grande sur le trafic des Fruits du Démon qu'il lui a accordé ce répit. Cette option est hasardeuse et ne lui plaît guère. Surtout, il compte sur l'affection de Law pour Rocinante, mais il envisage néanmoins toutes les hypothèses.
Ce dont il est certain, c'est qu'il est hors de question de s'embarrasser plus longtemps de ce poids mort que son frère aime tant.
.
« Je ne comprends pas pourquoi tu acceptes de le voir. »
Les pieds de Law battent le muret, alors qu'il contemple l'océan, le dos soigneusement tourné à la maison. Cora s'adosse à côtés de lui, et croise les bras. Un léger vent s'est levé et fait trembler les ajoncs et la bruyère. Comme un immense corps, la lande semble frémir sous ses caresses.
Là-bas, le Flamboyance a repris la mer et on voit se découper sa silhouette de flamant rose sur le gris nuageux du ciel.
Il ne va pas tarder à se mettre à pleuvoir.
« C'est mon frère, » dit finalement l'homme blond.
L'adolescent a un reniflement dédaigneux.
« Pas que.
— Pas que, concède Cora.
— On pourrait partir d'ici. Aller ailleurs. Il ne nous retrouverait jamais.
— Law…
— On construirait un radeau ! On aurait qu'à rallier une autre île !
— Il a la mainmise sur toute la région, tu le sais.
— Alors la Marine ! Tu ne vas pas me dire qu'il fait partie de la Marine. On irait dans une base, tu reprendrais ton poste, et tu ne serais plus jamais obligé de… »
Il hésite. « … de le voir, » conclut-il piteusement.
Le blond tire sur sa cigarette. « Quel exemple je te donne… soupire-t-il. Law, ce qui se passe entre Doffy et moi… c'est… c'est quelque chose de bien. C'est ce que je souhaite. Je suis heureux.
— Ah ouais ? C'est ça ton idée du bonheur ? Être prisonnier sur une île dont tu ne peux pas sortir en espérant qu'on ne meurt pas de faim entre deux visites ?
— On a eu tellement de choux dans le jardin que crois-moi, on a le temps avant de mourir de faim.
— Cora…
— On partira d'ici un jour, Law, c'est promis.
— Tu dis toujours ça.
— Et je tiendrais ma promesse.
— Mais quand ? »
Roci regarde la silhouette longiligne de celui qui, hier encore, n'était qu'un enfant. Law a tellement grandi depuis un an. Libéré de sa maladie, il semble prendre une revanche contre la nature et pousse à toute vitesse. La nourriture saine et abondante, à défaut d'être très variée, entretient cette croissance. Il sera un homme grand. Et un grand homme.
Mais pas en restant sur cette île.
L'avenir de Law est ailleurs, et cela devient urgent. La veille, se plaignant d'une crampe, Doffy a dit qu'il ne rajeunissait pas. Il riait, bien sûr qu'il riait, mais combien ce rire était lourd de menaces.
Et soudain, juste comme ça, Rocinante prend sa décision.
« Demain, on commencera à regarder les arbres qu'on pourra abattre. Il ne faut pas que ce soit à l'orée du bois.
— On pourra les entreposer dans la grotte nord !
— Il faudra s'occuper des provisions. Il vaut mieux garder les conserves que nous avons pour l'instant.
— Ça veut dire encore manger du chou ?
— À tous les repas, je le crains bien. »
Law a un soupir lourd de résignation.
« En plus, ça te fait péter. T'as beau le faire en silence, ils puent quand même.
— Parce que les tiens sentent la rose ?
— Au moins, je ne me sers pas de mon Fruit pour faire genre que ce n'est pas moi. »
Moitié riant, moitié se disputant, ils retournent dans la maisonnette.
Son cœur se gonfle d'un douloureux sentiment de perte et tout son corps frémit déjà de ces caresses qui ne seront pas.
Mais le visage de Law rayonne de bonheur, et Roci comprend qu'il a pris la bonne décision.
Le lendemain, ils se mettent à la besogne. Le problème du granit marin a trouvé sa solution quelques semaines après la deuxième visite de Doffy. Afin de se débarrasser du bracelet, Law s'est tout simplement coupé la main avant de se la recoller.
Roci a eu beau lui hurler dessus, c'était fait, et le talent de l'enfant est si évident qu'il ne reste à son poignet qu'une fine cicatrice. Avec de la pierre d'une couleur semblable, il s'est fabriqué un autre bracelet qu'il porte en permanence et qu'on peut confondre avec du granit marin. De toutes manières, ce n'est pas comme si Doffy faisait attention à l'enfant quand il vient sur l'île.
Le pouvoir de Law se révèle très utile quand il s'agit de construire un radeau, et écourte beaucoup le temps qu'il faudrait pour faire ça avec une hache. D'un coup de 'Room', il arrange et aplanit bien des difficultés, même si la fatigue est si forte ensuite que plus d'une fois, Roci le rapporte endormi à la maisonnette. Il a grandi, mais il est encore bien léger. Il est si jeune, songe-t-il avec tendresse.
Le radeau avance bien. Ils ont plusieurs tonneaux qui leur serviront pour l'eau douce et grâce aux genêts de la lande, Roci a pu fabriquer des cordes pendant que l'enfant de son cœur faisait le plus gros du travail.
« Il faut régler la question du fil, » dit un matin Law.
Le radeau est prêt, il ne manque plus qu'embarquer les provisions et l'eau. La voile, composée de tous les bouts de tissus qu'ils ont pu trouver n'est pas très large, ni très solide, mais ils ont aussi des rames. Ce sera un voyage éprouvant et dangereux pour deux utilisateurs de Fruit. Mais ils ne peuvent plus se permettre de rester ici.
Le fil est un problème.
Dans son cou est planté un fil directement relié à Doflamingo. Rocinante est certain que s'il s'enlève ou se déplace sur des distances incohérentes pour l'île, son frère le sentira et qu'il reviendra en urgence.
« Il suffit de le couper et de l'attacher ici.
— Tu ne crois pas qu'il se rendrait compte qu'il se passe quelque chose si le fil cesse de bouger ?
— Probablement. »
Roci ne parle pas du fait que parfois, il touche le fil, il le frotte et le caresse, et qu'il a la sensation que de là où il est, son frère le ressent.
« Je suis sûre que je peux le couper avec ma Room.
— Je pense aussi, mais c'est quelque chose que nous ferons au dernier moment. »
Law hoche la tête. Ce soir-là, Roci se masse la nuque, sent le fil presque intangible et le ramène jusqu'à ses lèvres.
« Je t'aime, murmure-t-il. Rien ne peut changer ça. »
Il espère que quelque part son frère écoute, et entend.
Deux jours plus tard, le fil est attaché à une pierre et un radeau s'éloigne péniblement de Maudlin.
.
La plupart du temps, Doflamingo ne fait pas attention au Fil. Celui-là est spécial parmi tous les fils qui l'entourent en permanence, car celui-là est relié à son frère. Parfois, il sent comme un léger tiraillement. Il ne sait pas à quoi ça correspond, il semble s'en moquer même si au fond de lui, cette certitude que quelque part son frère vit, bouge, respire, le soulage plus qu'il ne veut l'admettre.
Il déteste ce lien qui l'unit à Roci, mais il le chérit aussi. Cette contradiction, il a cru la résoudre en enfermant sur une île le problème, comme le font les pirates dans les histoires quand ils enterrent un trésor mais la vérité, c'est qu'il vit dans l'angoisse secrète de découvrir qu'un jour ce fil s'est arrêté.
La vie de son petit frère est précieuse, même si ce serait un amer soulagement de savoir qu'elle a pris fin. Un soulagement qui se paierait par des litres de sang, et peut-être même que ce serait le sien.
Doflamingo n'est pas résigné, jamais, mais il accepte. En marquant l'Omega, il s'est marqué.
C'est à nouveau Vergo, qui est le messager du malheur. Ça devient décidément une détestable et dangereuse habitude. Les mots sont courts, clairement l'ancien exécutif n'a pas de temps à perdre : « Rocinante dans une base marine inconnue. Couverture cramée. Attente d'une réponse au point F7 »
Ce n'est pas dans les bases aux alentours de l'îlot que Doflamingo se rend, ni même au point F7 pour récupérer son fidèle lieutenant.
Non, c'est sur Maudlin.
Le fil est toujours là, fidèle, obstiné. Le fil est attaché à une pierre, et à cette pierre, une note.
Doflamingo la déchire sans la lire.
Il n'a pas besoin de savoir autre chose que ce qu'il sait déjà : Rocinante est parti.
Cette deuxième désertion est dans un sens encore plus pénible que la première. Que faudrait-il pour satisfaire son frère ? Faudrait-il qu'il abandonne ses projets pour lui, le rêve d'une vie ? Il est roi par droit de naissance et de force.
Quelques minutes plus tard, la petite maison où bien malgré lui il a été si heureux n'est que décombres.
À nouveau la leçon est amère. À nouveau il se jure d'en tirer vengeance.
.
Les Marines l'ont accueilli d'abord avec méfiance, car il faut dire qu'avec son visage peinturluré, ses cheveux trop longs et ses vêtements en loques, il ne ressemble guère à l'image habituelle du Marine, même si celui-ci a été fait prisonnier par des pirates.
Finalement, son numéro de matricule et une confirmation du QG sur son statut de porté disparu en combat ont fini par les convaincre de leur donner une chambre, à Law et à lui. Il y a une douche avec de l'eau courante, et chaude. Un luxe dont ils profitent tous les deux. L'enfant est tout sauf enthousiaste avec ses vêtements de rechange, mais Roci le trouve adorable avec l'uniforme des mousses.
Quelques heures plus tard, le commandant en personne est venu lui rendre visite, l'air nettement plus poli. Il tient à la main un escargophone en liaison direct avec l'Amiral de la Flotte, Sengoku le Bouddha.
« Crackers…, dit la voix si familière à l'autre bout de la planète.
— Et petits fours, répond Rocinante alors qu'un sourire qu'il sait stupide lui dévore le visage.
— Rocinante ! C'est donc bien toi ! Alors tu es vivant ? »
Le soulagement dans la voix est plus qu'évident. La joie aussi, et Rocinante sent des larmes lui monter aux yeux. Il a tâché de ne pas y penser mais son père d'adoption lui a tant manqué. Il y a tant à dire et tant à raconter. Le commandant s'est éclipsé, par un souci de discrétion bien normal maintenant qu'il sait qu'il a à faire à un protégé de la plus haute autorité de la Marine.
Rocinante a trois priorités : protéger Law, protéger Dressrosa et s'assurer que Vergo est pris.
Quant au destin de l'enfant, il sait d'avance que le Gouvernement Mondial tâchera de s'en faire une arme. Son père d'adoption lui-même est un risque. Pour l'instant, il ignore ce qu'il est advenu de l'Ope Ope no Mi mais avant peu la question viendra sur le tapis, et même si Rocinante compte jouer les abrutis sur le sujet le plus longtemps possible en prétendant que c'est son frère qui le possède, il se doute que ça ne marchera pas éternellement.
Protéger Dressrosa, ce royaume emblème de la paix en empêchant son frère de mettre la main sur les ressources du marché noir du Nouveau Monde est également une priorité.
Mais la première chose à faire c'est de virer la taupe de la Donquixote Family du nid confortable qu'elle s'est faite dans la Marine. Moins de cinq heures après cet appel, Vergo est arrêté, même s'il réussit à s'échapper.
Rocinante savoure ses premières heures de liberté, retrouvant l'ordinaire mauvais et familier de la cantine militaire. Law est une ombre blanche sur ses pas, regardant partout avec méfiance, répondant insolemment dès qu'un soldat lui pose une question, malgré les taloches que Rocinante n'hésite pas à lui décocher.
Il sait le sacrifice que Law lui fait, et il l'en aime d'autant plus. Le plus tôt possible, lui a annoncé Sengoku, ils feront route vers Marineford. Law sera enrôlé comme mousse.
La perspective d'emmener un D si près de Mariejoie emplit Rocinante d'amertume, mais il sait aussi que là-bas, il sera hors de portée de Doffy.
.
Quelque part, Doflamingo sait que sur la surface du globe, dans une base soigneusement protégée par la Marine, existe l'être avec lequel il partage un lien que rien, pas même la haine ne peut rompre.
Il le sait, et il ne peut rien y faire.
De temps en temps, il lui semble que le vent lui apporte l'effluve d'un parfum délicieusement familier, mais ce n'est rien qu'une illusion de son cerveau fatigué.
Peut-être que c'est pour le mieux.
Puisqu'il ne peut pas le tuer, cet isolement forcé, où il est loin de l'influence pernicieuse de son petit frère est peut-être ce qu'il y a de mieux pour lui.
Un jour, il apprendra que Rocinante est mort quelque part, victime de sa légendaire maladresse, et il pourra enfin faire la paix avec lui-même, reprendre le contrôle absolu de sa vie.
En attendant, ne pas le voir, ne pas avoir accès à lui, lui facilite la vie, et la Donquixote Family dévaste Paradise dans un glorieux et resplendissant brasier.
Plus rien ne le retient à présent.
Quand il arrive dans le Nouveau Monde, il ne tarde pas à capturer un navire tribut pour les Dragons Célestes. Cet acte qui ferait frémir des pirates qui ont des primes autrement plus hautes que la sienne, il le fait en jubilant. Il renvoie le navire vide, avec une simple demande, une exigence plutôt : il sera capitaine-corsaire ou bien il révélera au monde le secret jalousement gardé de Mariejoie.
Les Dragons Célestes acceptent. Ils ont tenté de l'assassiner par le passé, et ne pouvant y arriver préfèrent encore accepter les termes et les conditions du terrible enfant d'Homing.
Le premier acte est fini. Le deuxième commence, et Doflamingo s'assurera qu'il sera sanglant.
.
Je n'arrive pas à croire que j'ai fait des chapitres aussi longs.
