Zatanna se décida à en parler à Artémis. Après tout, elles étaient proches, et elle l'imaginait mal en train de la juger. Elle s'arrangea pour l'entraîner dans sa chambre et lui raconta tout. Artémis l'écouta posément en hochant la tête de temps en temps.

- Donc, résuma Artémis quand son amie eut fini de parler, tu es enceinte et tu te demandes quoi faire, c'est ça ?

- Oui, balbutia Zatanna. A priori, il y a des tas de possibilités !

- Je n'en vois que trois. Tu avortes, tu le fais adopter ou tu le gardes.

Zatanna resta pensive un long moment. Quand elle se remit à parler, ce fut avec une voix entrecoupée :

- Ecoute, je sais pas… d'habitude, je sais ce que je veux dans la vie, mais là… Enfin tu vois, mon père… si jamais…

- Il s'agit de ta vie, énonça calmement Artémis. Pas de celle de ton père.

- Je sais. Simplement, il a toujours été… un tout petit peu coincé, tu vois ? Quand il a fallu m'expliquer comment on fait les bébés, il m'a simplement mis un bouquin dans les mains en rougissant très fort. C'est comme ça que j'ai fait mon éducation sexuelle : en lisant un bouquin !

- Et l'école ? demanda son amie.

- Une école catholique. Une heure pour nous expliquer la reproduction, une heure pour nous faire la liste des MST, dix heures de leçons de morale et de « jamais avant le mariage ». L'horreur !

Zatanna éclata d'un rire nerveux et Artémis l'imita avant d'ajouter :

- Si tu veux savoir, mon père, c'est pas mieux. Ma mère était en prison quand j'ai eu mes premières règles et je suis allée toute seule aux urgences en pensant que je faisais une hémorragie interne. Quand il l'a su, ça l'a fait hurler de rire et il s'est moqué de moi pendant une semaine !

- Le salaud ! s'écria Zatanna.

- Oui, c'est sûr. Mais toi, tu veux faire quoi ? Tu veux le garder ?

Zatanna réfléchit un moment, puis secoua la tête.

- Non. Je ne me vois pas mère à seize ans. Pour tout dire, je ne suis même pas sûre de vouloir des enfants plus tard. Un bébé, ça a besoin d'attention. Je ne m'imagine pas sortant de l'école, donnant le biberon, aidant l'équipe à sauver le monde, enchaîner avec le pédiatre et tout ça. Je suis déjà débordée sans bébé, alors avec, j'imagine pas.

- Tu veux le faire adopter, alors ?

Zatanna ferma les yeux et essaya de s'imaginer enceinte et lycéenne. Il y aurait les nausées, les vomissements, l'anémie, les crampes, les douleurs, les sautes d'humeur, le masque de grossesse, la fatigue, la prise de poids et d'autres choses qu'elle n'imaginait même pas. Les gens la suivraient des yeux dans la rue et les mères diraient à leurs filles : « regarde ce qui va t'arriver si tu fais ta salope avant le mariage. » Et puis, au bout de neuf mois, elle se serait peut-être attachée et elle aurait du mal à donner son bébé à l'adoption. Et son père, alors ? Qu'en était-il de son père ? Pouvait-elle se présenter devant le Docteur Fate avec un gros ventre et lui dire : « Papa, je vais faire adopter ce bébé dès sa naissance parce que je me sens trop jeune pour l'élever. Toi qui aimes tellement les enfants, tu ne pourras jamais tenir ton propre petit-enfant dans tes bras, tout ça à cause d'un accident de capote. Je sais que tu es en train de pleurer et d'avoir honte pour moi ! » ?

- Non, répondit Zatanna. Adoption ou pas, c'est tout aussi dur.

- Il reste la solution de l'avortement, alors.

- Oui. Non. Enfin, je sais pas. J'ai lu sur internet que je risquais d'avoir l'utérus tout bousillé si je faisais ça !

- Le mieux, ce serait peut-être d'en parler avec un médecin, alors, supposa Artémis. Et le père, il est au courant ?

Zatanna étouffa un rire nerveux en entendant cette question. Le mot père ressemblait si peu à Dick ! Elle ne l'imaginait pas non plus s'occupant d'un enfant mais après tout, il s'agissait de son sperme. Il fallait qu'elle lui en parle.

- Pas encore, dit-elle en se jetant au cou d'Artémis. Merci. Merci d'être là et d'écouter.


Une heure plus tard, Zatanna retrouvait Dick dans un café du coin. Il semblait égal à lui-même : de bonne humeur, un brin sarcastique. Elle avait déjà préparé dix ou douze façons différentes de lui annoncer la nouvelle mais en le voyant, le cœur lui manqua et elle s'assit sans dire un mot.

- Ça va ? s'inquiéta-t-il.

- Je suis enceinte.

Pendant un bref instant, le visage du garçon se décomposa. Ensuite, il reprit une contenance, afficha un sourire crispé et demanda :

- Oh. De qui ?

Zatanna éclata de rire. Elle s'attendait à tout sauf à ce que Dick plaisante à ce sujet ! En fait, ce n'était pas vraiment drôle mais cela faisait du bien de rire un peu.

- Attends un peu ! répondit-elle. Pendant les deux derniers mois, il y a eu le Père Noël, le magicien d'Oz, Rodulph Valentino, la fille qui me coupe les cheveux et toi. Ça fait beaucoup de pères potentiels.

- D'accord ! s'esclaffa-t-il. Mais tu es sûre d'être…

- Le test est positif.

- Oh. C'est ma faute.

Dick se sentait bête. A chaque rapport, il avait utilisé des capotes premier prix. Maintenant, sa bonne copine était enceinte et il ne savait pas quoi faire.

- Non, le rassura-t-elle, j'étais consentante, tu te souviens ? Même que c'était mon idée. Et maintenant…

- Tu comptes le garder ?

Zatanna resta muette. Aucune des trois solutions qu'elle avait envisagées ne lui semblait vraiment bonne. Elle éluda la question :

- T'en penses quoi, toi ?

- A toi de savoir. C'est toi qui es enceinte, pas moi. Quoi que tu décides, je te soutiendrai.

- Je sais pas. Tu t'imagines, père à seize ans ?

Dick secoua la tête. Plus de loisirs, plus de sorties, peut-être plus de Nightwing. Il n'arrivait pas à l'imaginer. Peut-être que Bruce accepterait de verser une pension à la mère de son « petit-enfant », qui savait ? Il lui ferait probablement la leçon, même si quelqu'un qui s'est fait Catwoman et Talia Al Ghul peut difficilement donner des leçons en matière de relations. En même temps, comment savoir ?

- Tu as pensé à l'autre solution ? s'enquit-il.

- Artémis et moi on va dans une clinique pour se renseigner cet après-midi.

- Tu veux que je vienne avec vous ?

- D'accord, répondit-elle. Je me sens tellement déboussolée…

- Eh bien, on va te reboussoler !

Zatanna éclata d'un rire nerveux…

A suivre...