Hey ? Pancake ?

Je poste dès le lendemain ? Oh mon Dieu ! (Je dis ça, hein, parce que c'est un espèce de gros et grand miracle, ça ne va pas du tout se passer comme cela tous les jours. Hey ! Ne vous habituez pas au sucre.)

Sinon, merci à tous les bonhommes qui passent et à tous ces joyeuses gens qui laissent de joyeuses choses. Ça me réchauffe le cœur.


Chapitre 2 : Tongs au Nuttela

Ses pas résonnaient et faisaient tinter les ténèbres. Ce n'était rien d'autre que ce grand noir qui gobait tout et qui le gobait lui, c'était des noirceurs sans fin qui lui rongeait la tête. Avec tout ça, il n'était pas seul il n'était jamais seul : lui. C'était lui qui était là, respirant laborieusement dans un coin de sa tête. Et lui le regardait, mais c'était une masse de gris et de profondeurs étranges.

Lui était là à respirer. Dans sa tête. Mais il ne le voyait pas, parce qu'il faisait noir.

Une petite voix lui murmurait d'allumer la veilleuse il ne pouvait pas. Il avait trop peur de ce qu'il allait voir, de ce qu'il pouvait voir et de ce qu'il avait déjà entraperçu. Ses pas résonnaient en tintinnabulant. Le tout sonnait mouillé.

_Hey ! Murmura t-il.

L'écho lui rendit son appel des milliers de gens hurlaient. Un concert de sons sans fin.

_Hey ! T'es là ? Refit-il.

Il sentit sa gorge s'enrouer. Mais c'était stupide après tout : ce n'était qu'un fichu rêve, non ? Quelque chose qui se répétait en boucle comme un disque rayé.

Il crut entendre un gémissement. Saisi, il tenta de calmer sa respiration laborieuse, tendant l'oreille. Perceval savait que le quelqu'un... était là. Et le quelqu'un lui tendait ses bras translucides.

_Est-ce que tu existes ?

_Oui.

Son cœur battait follement dans sa poitrine. Une voix qui résonnait.

_Qui es-tu ? Murmura t-il, rempli d'espoir.

_Toi, qui es-tu ?

La réponse lui fit l'effet d'une douche froide.

_Quelqu'un, lui répondit Perceval.

_Alors moi aussi, je suis quelqu'un.

Le jeune homme s'efforça de percer les ténèbres insondables :

_Mais c'est toi. Tu existes. Mais tu es dans ma tête. Et tu n'es pas vraiment moi...

Seul le silence lui répondit. Une poignée de secondes s'écoulèrent son sang battait fortement contre sa tempe.

_C'est toi, dans ma tête, lui répondit l'autre.

_C'est débile, fut tout ce que parvint à rétorquer Perceval.

L'autre bougeait dans l'ombre, c'était comme un froissement de tissu continu, qui continuait à frotter, et à frotter encore.

_Je dois avoir un quota de rêves débiles à faire dans ma vie c'est pas possible sinon... dit l'autre.

_Un rêve ?

_Ouais. Si un truc doit arriver à quelqu'un, il m'arrivera à moi.

Un instant de flottement qui se prolongeait, les voix continuaient à résonner.

_C'est ce que je me dis, souvent, surenchérit Perceval. Mais...

Il se rendit compte qu'il parlait dans le vide de sa mémoire, et que c'était totalement con. Il se demanda s'il pouvait avoir des tendances à la schizophrénie. L'autre ajouta alors, comme en écho de ses propres pensées :

_C'est con. Je parle dans le vide.

_Ouais. Moi aussi. Mais... est-ce que tu es... une personne ? Est-ce que tu es quelqu'un ? Est-ce que tu vis ? Est-ce que tu vis... dans ma tête ?

Il sembla réfléchir.

_Non, enfin... je vis quoi. Et je suis en train de rêver, c'est ça ?

_Tu existes vraiment ? Dans la vraie vie ?

_Euh... ouais. Je ne vis pas dans ta tête, j'ai... je suis... normal quoi.

Perceval sentit son rythme cardiaque accélérer et son corps s'alourdir. Quelque chose le tirait en arrière, les ténèbres le happaient.

_Mais alors... tu es... quel... tu...vis... comment... fait ?

Le tissu de son oreiller frotta contre sa joue humide de sueur. Il se redressa sur son lit, haletant. A côté, Max ronflait. Rien n'aurait pu le réveiller à cet instant précis, et ce n'était pas faute d'avoir déjà tenté le coup. Un tremblement de terre n'aurait pas raison de sa pugnacité.

_Oh putain, murmura Perceval en se renfonçant dans ses couvertures.

Ça virait dans le paranormal. Dans peu de temps, il allait se mettre à voir des fantômes, et Kennedy danserait du country au milieu de la chambre. A bien y réfléchir, d'ailleurs, sa vie avait toujours ressemblé à un mauvais roman populaire, on pouvait donc s'attendre à un peu près tout. Au pire, plus vraisemblablement. Ça finissait toujours comme ça.

Il était trois heures du matin, les minutes s'égrenaient, il allait finir par devenir timbré.

-Perceval-

Perceval se tartina discrètement une pleine mesure de Nuttela sur son pain, sous l'œil goguenard de Erin qui mâchait ostensiblement un petit pain au chocolat.

_Attention, Christelle ! Dit-il en se peignant une expression horrifiée sur la face.

Erin sursauta et planqua vite fait la pâtisserie sous la table. Lui, il ricana.

_Sérieux, tu fais chier... maugréa t-elle en mordant de plus belle dans ladite pâtisserie.

Elle avait du sucre glace sur le pif et ça piaillait de partout dans la salle. Ça lui foutait toujours un mal de tête terrible, tous ses mômes qui sautaient comme si leur vie en dépendait. Il laissa son regard s'attarder sur son spectacle.

_Hey, t'es là ?

Il faillit s'étouffer avec sa tartine. Erin lui lança un regard bizarre.

_T'as dit quelque chose ? Fit Perceval, plein d'espoir.

_Euh... non. Enfin si, que tu faisais chier. Mais je ne pense pas que ce soit un scoop, sourit le jeune fille.

Perceval cligna des yeux en fixant la couche épaisse de pâte à tartiner d'un air suspicieux. Après tout, on ne savait jamais vraiment ce qu'ils mettaient dans ces machins-là... Il se souvenait encore de Joachim, le petit blond, qui avait craché dans la pâte du gâteau au chocolat que tous avait mangé le soir-même. Il s'était bien marré en sourdine durant tout l'anniversaire.

Son imagination déplacée lui suggérait déjà des tonnes de choses qui pouvaient accidentellement se fondre dans la préparation du Nutella, lorsque...

_Ouais bon, laisse tomber.

Des tas d'écho, une voûte de cathédrale. Il sentit un poids quitter son esprit une à deux secondes plus tard. C'était... le rêve ?

_Oh putain, gémit-il.

Ça se répétait, vraiment. Tout lui revenait en bloc dans la gueule.

_Quoi, tu t'es cassé un ongle ? Demanda poliment Erin.

_Presque. Mais c'est un peu plus compliqué que ça... souffla le jeune homme.

Ouais, c'était fichtrement la merde.

_Deux ongles ?

Perceval secoua la tête et se détourna de sa tartine. C'était bien beau de réfléchir, mais pas trop. On ne se réveillait pas le lendemain matin, sinon.

En récapitulant : il avait fait un rêve chelou avec... quelqu'un, et puis...

Nan. Il valait mieux ne pas récapituler c'était mauvais pour sa santé mentale. Il avait pleinement conscience qu'il était une sorte d'alien que l'on devait absolument disséquer à des fins médicales, mais ça, ça ne lui était jamais arrivé. Et pourtant... Il en avait des souvenirs, et plein d'autres trucs de fous en tête.

Une voix, notamment. Quelqu'un. Quelque part.

_Youhou ! Tu planes ? S'enquit Erin en agitant la main devant ses yeux.

_Est-ce que je suis taré ? Demanda t-il, abruptement.

_A cent pour cent, lui répondit la jeune fille.

Elle avait toujours du sucre glace sur le pif.

_Sérieusement ?

Elle releva la tête et le jaugea d'un air indéchiffrable.

_Nan. T'es pas taré. Enfin pas trop. Ça fait longtemps, sinon, que j'aurais renié tout lien de parenté avec toi, dit-elle avec un sourire.

Perceval leva les yeux au ciel.

_Tu es invivable.

Elle sembla apprécier le compliment, tandis que lui essayait de se détendre. Certaines choses étaient plus difficiles que d'autres.

Ils finirent leur petit-déjeuner au lance-pierres, lancèrent un « au revoir » grommelant en direction des pionnes et se réfugièrent sous l'abri-bus. Mauvais temps pour la planète, de la grosse bruine s'abattait sur les parois verrées. Le vent s'infiltrait par en-dessous et mordait les chevilles. Ils furent ravis de voir le bus arriver et purent se lover dans la chaleur toute relative que leur offrait la grosse machine.

_Radiateur... gémit Erin de plaisir.

Perceval se contentant d'un grognement approbateur.

Plus tard, il abandonna la jeune fille à son triste sort et se lança à l'assaut d'un grand bâtiment gris, jurant intérieurement contre la nécessité de se fournir un parapluie dans les plus brefs délais. Il retrouva Samuel sous le préau, occupé à copuler contre un poteau avec sa petite-amie en date.

Cool. Vraiment. Il ne se sentait pas seul pour deux sous.

_T'as révisé pour l'interro de géo ? Lui demanda Samuel une fois que la sonnerie eut retenti.

Qui c'est qui venait de passer une dizaine de minutes, planté comme un con dans un coin de la cour ? C'est bibi. C'est toujours bibi.

_L'interro de quoi ?

_Laisse tomber, dit son ami avec un grand sourire.

Ah bon ? Il était son ami ? Ouais : ça se tenait à peu près. Une interro de ? De géo. Et bien : merde. Amicalement : merde. Elle allait se faire toute seule. Toute seule. Comme une grande fille.

C'est ainsi qu'il se retrouva devant sa copie à fixer le vide d'un air absent. Autour de lui, les stylos remplissaient des pages c'est fou comme ça allait vite, de remplir une page. Il n'y serait jamais arrivé. C'était trop... long. Trop chiant. Trop beaucoup de choses.

_Hey ! Lança Perceval dans un coin de sa tête.

Il ne savait pas vraiment pourquoi il avait fait cela, puisque c'était profondément stupide et inutile. N'empêche que désormais, c'était fait, et il n'allait pas revenir en arrière. Ça lui était venu tout seul, comme un réflexe ancré depuis bien trop longtemps dans son subconscient : il savait que cela devait être fait ainsi, et il savait que l'autre l'avait entendu.

Le paranormal. Il n'avait quasiment rien à perdre, après tout. Et il y avait cette curiosité morbide qui planait, cette envie profonde d'en savoir plus, encore plus, toujours plus. Car c'était de sa tête dont il s'agissait, de ses pensées et de sa vie qui s'agitait au bout d'un fil.

_Quoi ? Lui répondit l'autre.

Oui, l'autre lui avait répondu.

_T'es sûr que tu n'es pas un produit de mon imagination ?

Il avait répondu à l'autre.

_Certain.

Il était quasiment sûr que l'autre paraissait... agacé.

_Et tu t'appelles ?

Silence. Le prof commençait à le fixer en haussant les sourcils. Mauvais signe, ça. Il fit mine de trouver sa copie très distrayante. Tiens, écrire son nom dans la marge pour faire genre.

_Luke, répondit Luke.

Il se rendit compte qu'il avait ouvert la bouche lorsqu'il la referma.

_Sérieusement ?

_Non.

Amusé, il joua avec son stylo.

_Moi, c'est Anakin, dit Perceval d'un ton où perçait une once de malice.

_Que la force soit avec toi.

Il retint un gloussement, sous le regard sceptique de Samuel. Il était taré, non ? Ça se savait, des choses comme ça sûr que ça avait déjà fait le tour du lycée, l'incident de hier. Il espérait seulement que ce n'était pas tout l'incident. La téléportation, il aurait bien aimé la faire passer sous silence.

_Plus sérieusement, mais vraiment, vraiment sérieusement : on est en train de se parler par télépathie. Là. Maintenant, s'horrifia Perceval.

_C'est l'idée générale. Je crois que mon esprit est une foutue autoroute.

_Hein ?

_Rien.

_Donc, tu habites quelque part ?

_Royaume-Uni.

_Idem.

Quelqu'un toqua à la porte.

_Et ça ne te fais pas peur, de parler à un inconnu par télépathie ? En partant du principe que tu existes, bien sûr ? S'enquit Luke. C'est tout de même... étrange comme idée. Que quelqu'un ait accès à tes pensées, ce genre de choses ?

_Tu as accès à mes pensées ?

_Non. Enfin... je ne crois pas.

La porte de la salle s'ouvrit. Un pion murmura quelques mots au professeur, qui hocha la tête de dénégation.

_Alors je ne vois pas pourquoi j'en aurais peur, si tu ne peux rien faire. C'est comme... de se parler.

_Gryffondor dans l'âme, le type.

_Quoi ?

Le silence qui suivit se teintait d'une bonne dose de surprise, de la part de Luke. Lorsqu'il reprit la parole, se fut de manière on ne peut plus nuancé :

_Si je te dis Moldu, tu réponds ?

_Euh... Gelée de framboise ?

_T'es sérieux ? Si je te dis baguette magique ?

_Lapin ?

Perceval ne voyait pas très bien où pouvait mener cette conversation.

(Non. Franchement. Il était en train d'avoir une conversation avec un type. Dans sa foutue tête.)

_Monsieur Louis ! Dit le prof en se postant à ses côtés.

Il sursauta et tenta, avec des gestes maladroits, de camoufler sa feuille vierge. Il avait une excuse, pourtant : il faisait des expérimentations d'ordre surnaturelle il fallait que cela apparaisse sur son CV, ça rajoutait de la crédibilité.

_Rangez vos affaires, on vous attend avec impatience dans le bureau du proviseur, admonesta le vieux.

Perceval obtempéra et se leva de sa chaise, sous les regards mi-envieux, mi-curieux de ses camarades. Il s'agissait d'abandonner une interrogation, certes, mais également de se retrouver dans le bureau du proviseur pour une raison inconnue. Au change, il aurait mille fois préféré une interro complètement foiré.

_Mince, dit Luke. C'est con.

_Quoi ? Dit-il, agacé.

Il avançait à pas mesuré dans le couloir, écoutant le ronron rassurant qui émanait des différentes salles de classe.

_Rien. Mais c'est pas grave. Tu as déjà parlé à quelqu'un de... ça ?

_Non. Et je ne le ferais pas.

_Pourquoi ?

_Devine.

Luke sembla réfléchir :

_Ouais. Ça se tient.

Il traversa la cour, jusqu'au bâtiment de l'administration.

_Mais, dit l'autre. Ça ne te fait pas... bizarre ? Peur ? Tu ne te demandes pas s'il y a une raison ? Comme ça. Pouf. Du jour au lendemain, alors que j'ai l'impression que... que tu as toujours été là. C'est bizarre. Et on ne se connaît pas ?

_Franchement, une explication... j'ai arrêté d'en chercher depuis que je suis né.

Luke éclata de rire.

(Il parlait avec quelqu'un. Dans sa tête. Pouf.)

Perceval pénétra dans le bâtiment en saluant les radiateurs au passage, prit une grande inspiration et toqua à une porte qui affichait « Bureau du proviseur ». Il n'était absolument pas un habitué du lieu. Aucun rapport d'aucune sorte. Vraiment.

_Entrez, dit une voix qu'il lui sembla reconnaître.

Il poussa avec précaution la porte sur ses gonds, tâchant de faire profil bas. On voulait certainement lui parler de l'incident de hier soir, pas de quoi s'inquiéter.

_Je me fais parfois la même idée, dit Luke.

Ah. Lui.

_Chut. Je suis occupé, murmura t-il. Je veux comprendre, on... on se rappelle ?

Luke pouffa, mais donna aussitôt son assentiment, disparaissant de son esprit. L'impression, c'était comme si on enlevait un bonnet. Ou pas. Quelque chose de chaud et de rassurant qui se barrait d'un coup. Peut-être... avait-il besoin de ça, de ce contact ? Peut-être était-ce la raison de pourquoi il ne s'en offusquait pas le moins du monde ? A aucun moment il n'avait paru foncièrement choqué, alors que ce n'était pas normal, pas humain, et certainement surnaturel. Ça touchait le mystique.

Il se reprit la douloureuse réalité dans la face, lorsqu'il vit qui l'attendait avec un grand sourire.

A droite du bureau, Madame Meery, sa prof d'anglais, ses cheveux noirs tenus longs et ses vêtements bariolés. Si elle était présente, peut-être cela avait-il un rapport avec son orientation et le conseil de classe à venir ? Quoique l'on faisait aussi appel aux professeurs principaux en cas de litiges divers.

Au bureau, personne. Le proviseur était absent. Ouf. Ça ne devait pas être si grave.

A gauche du bureau, à côté de la seule plante verte du décor, un homme. Une moustache fièrement dressée, quelques rides et un embonpoint naissant, il portait un costard bien taillé qui mettait en valeur toute sa personne. Pourtant, ce ne fut pas cela qui attira l'attention de Perceval.

_Monsieur Louis, vous avez fait vite, dit Meery sans se départir de son sourire.

Ce type, il... il portait des tongs.


On nous l'avait toujours répété : les tongs. C'était le mal.

A la revoyure les amis !