Chapitre 2 : Sirius
Il y a ceux qui partent. Il y a ceux qui restent. Ils étaient tous partis, un par un. Les uns après les autres.
Et elle était restée.
Il y a ceux qui partent. Il y a elle, qui reste…
Sirius avait été le deuxième. C'était son fils, son aîné. Elle l'aimait. Bien sûr, qu'elle l'aimait. Elle était sa mère, après tout. Elle comptait sur lui. Elle savait qu'il ferait un bon Black. Elle le savait… Et malgré ça, elle s'était trompée. Lorsqu'il avait été à Gryffondor, elle avait été déçue. Elle espérait qu'il irait à Serpentard comme toute sa famille. Mais au fond d'elle, Walburga n'avait pas été étonnée. Sirius était différent. Il l'avait toujours été. Mais il était son fils. Toujours. Et elle l'aimait.
Au fur et à mesure des années, il changeait. Il était ami avec des nés-moldus, des traîtres à leur sang. Mais c'était son fils. Alors, elle le punissait. Elle lui criait dessus jusqu'à ce que sa voix se brise, afin qu'il change, qu'il redevienne le gentil garçon qu'elle adorait tant avant qu'il rentre à Poudlard. Néanmoins, ça ne faisait qu'empirer les choses.
Et puis, lors d'une énième dispute, Sirius avait menacé de quitter la maison. Il avait quinze ans, alors… Walburga avait eu peur. Elle savait qu'il parlait sous le coup de la colère, mais ne pouvait s'empêcher de penser « et si ? Et si il le faisait vraiment ? ». Pourrait-elle l'en empêcher ?
Cette nuit là, elle avait à peine dormi. Alors elle avait décidé de faire ce qu'il fallait. Si c'était ses fréquentations qui lui donnaient pareilles idées, il ne les verrait plus. Plus du tout. Elle avait tenté de l'empêcher de retourner à Poudlard. Mais il y était reparti. Plus haineux que jamais. Et tout cela n'avait servi à rien. Pire, il la détestait à présent.
Mais pourquoi refusait-il de comprendre ? Il disait que le Seigneur des Ténèbres n'était rien d'autre qu'un meurtrier. Non, il ne comprenait pas. Laisse-t-on un nid de Doxys envahir la maison, parce qu'on sait que c'est mal de les éliminer ? Non, bien sur que non. Il faut savoir faire des sacrifices, parfois. Il faut savoir se salir les mains pour purifier le monde de ses saletés.
Sirius n'était pas revenu pour les vacances de Noël pendant sa sixième année. En fait, il n'était revenu pendant aucunes des vacances, cette année là. Alors en juin, Walburga avait attendu ses enfants, sur le quai du Poudlard Express. Et Regulus était venu seul. Il l'avait regardé droit dans les yeux, avant de lui dire, d'une voix dénuée d'émotions.
-Il ne viendra pas.
Walburga n'avait pas fait semblant de ne pas comprendre. Elle n'avait rien répondu. Simplement levé les yeux jusqu'à ce qu'elle voit son fils aîné descendre du train avec ses amis. Il n'avait pas tourné la tête. Il était parti avec la famille Potter. Il les avait ignoré, sa propre mère et son petit frère. Sans un regard en arrière. La main de Walburga s'était crispée sur l'épaule de Regulus. Elle s'était tue. Elle avait tourné les talons pour rentrer chez elle.
Le lendemain, elle était rentrée dans la chambre de Sirius. Les photos, les posters, collés par un sort de Glu Perpétuelle, n'avaient pas bougés. Mais le reste avait disparu. Ses vêtements, les objets auxquels il tenait… Ils n'étaient plus là. La sorcière était descendue précipitamment jusqu'à la Salle à Manger. Regulus prenait son petit déjeuner. Comme la veille, avec cette même voix sans sentiment, il avait répondu à sa question muette.
-Il est parti.
-Comment le sais-tu ?
-Il est revenu cette nuit. Il a pris ses affaires.
-Pourquoi ? Pourquoi ne l'as-tu pas arrêté ?!
Une question, comme un cri de désespoir.
-Je ne l'ai pas vu. Je l'ai juste entendu.
-Mais c'est ton frère !
-Ca fait longtemps qu'il ne fait plus parti de la famille.
Regulus s'était levé sur ces mots, avant de quitter la pièce. Et Walburga était restée debout, sans bouger, à fixer la chaise vide de son cadet, pour ne pas voir celle de l'aîné qui ne reviendrait pas. Elle avait retenu ses larmes, se mordant jusqu'au sang pour s'empêcher de craquer. Car malgré tout, c'était son fils. Et elle l'avait aimé. Et lorsque enfin, elle avait pu se redresser, elle était allée dans le couloir, face à l'arbre généalogique des Black. Elle tenait sa baguette à la main. D'un maléfice, elle avait brûlé l'existence de ce fils en qui elle avait mis tant d'espoir, au début. Ce fils qui avait tourné le dos à sa famille. A son frère. Et à sa mère.
Pendant tant d'années, ensuite, avait-elle entendu les remarques désobligeantes de ses amies, Mrs Nott et Mrs Malefoy, à propos de Sirius Black, ce traître ? Mais à chaque fois, elle croisait le regard de sa belle sœur. Elles ne disaient rien, mais elles se comprenaient. Druella aussi avait perdu un enfant. Andromeda.
Ce n'était pas sa faute, non. Elle avait vraiment aimé Sirius. Mais il était parti, et elle était restée.
