Bonjour bonjour!
Eh oui, ça y est, le premier chapitre est là! On y aura mis le temps, et nous nous en excusons Tallia et moi, mais si écrire à 4 mains a de nombreux avantages (en oublier le moins possible et compenser l'une l'autre nos défauts d'écriture, entre autres), ça a aussi quelques inconvénients, surtout lorsque 2 mains vivent en Californie et les 2 autres à Grenoble...
Bref, voici ce nouveau chapitre, dans lequel nous entrons enfin dans le vif du sujet! Avant de vous laisser commencer, je tiens à remercier en mon nom et en celui de Tallia les personnes qui ont lues cette histoire, et surtout celles qui nous ont laissé un commentaire! (Promis, la prochaine fois, on répondra individuellement, mais MaraudeursFan, merci, tu nous a fait très plaisir! Et Alixe, merci de ton soutien). Et pour ceux qui n'ont pas écrit, s'il vous plait, faites-le, ça nous fait plaisir, ça nous motive à continuer, et ça nous permet d'avoir une idée des choses à améliorer (ou à ne pas changer ;-) ).
Pour finir, et parce qu'il faut bien le dire, (presque) tout est à JKR, et le titre du chapitre est tiré d'une chanson des Cows boys fringants, un groupe canadien! (oui, ça existe! personne ne se moque, Tallia est moitié canadienne!)
Merci encore à ceux qui nous liront... et bonne lecture! je me tais enfin...
" Prépare-toi, petit garçon,
Elle sera longue, l'expédition… "
Remus avait du mal à y croire. Jamais encore dans sa vie il n'avait vu autant d'animation. Du monde, il en avait croisé sur le Chemin de Traverse mais là, il y avait comme une formidable énergie émanant de la foule sur le quai 9 ¾ et qui le déstabilisait.
Il raffermit sa prise sur son chariot et avança à pas lents à la suite de son père, qui cherchait un compartiment vide. Lorsque ce dernier l'eut trouvé, il y monta les valises puis sauta auprès d'eux et regarda ses enfants avec un sourire.
- Vous allez me manquez, dit-il. Cassy, ne fais pas cette tête.
Cassandra croisa les bras puis détourna la tête, et le geste fit mal à Remus. Il savait pourquoi elle boudait et était désolé d'en être la cause.
Son père ouvrit ses bras et il s'y réfugia une dernière fois, au bord des larmes.
Il ne voulait pas partir. Pourquoi devait-il aller à Poudlard ? Comment Dumbledore pouvait-il croire cela possible ?
L'étreinte de son père lui fit du bien mais elle n'effaçait pas les doutes, et c'est le cœur lourd qu'il monta dans son compartiment pour s'installer contre la vitre. Sur le quai, son père venait de prendre Tallis qui pleurait un peu contre lui et lui lança un sourire victorieux. Remus ferma brièvement les yeux, tentant d'imprimer dans son esprit l'image de ses parents enlacés dans la fumée de la locomotive, puis les rouvrit et les salua de la main tandis que le train prenait de la vitesse.
Une fois qu'ils eurent quitté la gare, Cassandra, qui s'était installée près de la porte, se leva et amorça un mouvement pour sortir.
- Où tu vas ? demanda Persephon.
- Dans un autre compartiment retrouver mes amis, répondit-elle avec fougue.
- Mais Papa nous a demandé de rester ensemble !
- Je fais ce que je veux ! On ne va pas toujours être avec lui, que je sache ! Il doit se débrouiller seul !
- Cassy !
- Quoi ? Ose donc me dire que j'ai tort !
- Non mais…
- Plus tôt ça commence, mieux c'est. Reste avec lui si ça te chante, mais ce n'est pas lui rendre service.
Et elle sortit en claquant la porte du compartiment.
Persephon poussa un triste soupir et se tourna vers un Remus passablement peiné et regardant ailleurs.
- Remus, fit-elle, ne lui en veux pas. Elle…
- J'ai compris, la coupa-t-il. Elle veut aller voir ses amis.
- Elle a raison, tu sais.
- Papa m'a déjà dit tout ça.
- Ah oui ? Je ne savais pas.
Il haussa les épaules et se tourna vers elle.
- Si toi aussi tu as des amis, tu peux aller avec eux, tu sais. Ça ne me dérange pas de rester ici.
- Moi non plus, dit-elle en posant son coude sur le rebord de la vitre. On fait une bataille ?
Remus eut un sourire et sortit son paquet de carte. Pendant une heure, ils jouèrent, alternant les fous rires et les brèves périodes de concentration, jusqu'à ce qu'on timide " toc toc " retentisse. Une seconde plus tard, la porte coulissa et un garçon de l'âge de Persephon entra en partie dans le compartiment.
- Salut Sephona !
Persephon eut un grand sourire en même temps qu'un peu de rouge lui montait aux joues.
- Salut Dan ! Comment vas-tu ? Je te présente mon frère, Remus. Il est en première année.
- Enchanté, Remus, fit Dan en entrant totalement dans le compartiment, la main en avant. Je suis Daniel Powelt, un camarade de Serdaigle de ta sœur.
Remus regarda la main tendue, ne sachant pas quoi faire avec, puis, perdu, il leva les yeux vers sa sœur qui prit un air gêné.
- Il faut que tu la serres avec la tienne, fit-elle. C'est comme ça qu'on se présente.
Docile, Remus tendit sa main et serra brièvement les doigts de Daniel. Il n'aima pas le geste. La main du Serdaigle était molle dans la sienne, presque glissante. Une fois la formalité effectuée, il récupéra sa main et s'installa au plus profond de la banquette. Daniel lui adressa un faible sourire puis se tourna vers sa sœur qui demanda :
- Qu'est-ce que tu deviens ?
- En fait, je te cherchais. On est ensemble dans un compartiment avec Sofia et Max et on se demandait où tu étais. Je suis alors parti à ta recherche.
Persephon eut à nouveau un sourire, beaucoup plus timide que le premier.
- On était en train de parler du cours de Métamorphose, continua-t-il. Max soutient qu'il faut demander à McGonagall comment elle s'y est prise pour devenir un Animagus.
- Encore ? Il n'en revient toujours pas, apparemment.
- Je crois qu'il veut en devenir un, fit-il d'un air songeur. Je me demande comment il va s'y prendre.
- Il n'y arrivera pas. Il faut être un grand sorcier pour ça. McGonagall en est un et puis c'est tout.
- Ce n'est pas à moi qu'il faut le dire.
- Je sais, oui. T'as qu'à transmettre.
- Vas-y, toi. Je ne suis pas un hibou.
Persephon eut un doux sourire mais détourna la tête.
- Je dois rester ici, dit-elle.
Mais la lueur d'envie qui brillait dans ses yeux n'échappa pas à Remus.
Pourquoi donc tout le monde se privait pour lui ?
- Vas-y, fit-il lentement. Je peux très bien resté ici.
- Oh ! Remus, non… Je dois…
- Cassy a raison, tu sais. Vas-y. Je ne vais pas bouger de toutes façons.
Persephon sembla peser le pour et le contre puis se leva et sortit à la suite de Daniel.
Une fois la porte refermée, Remus soupira, sentant peser comme à chaque fois le poids de la solitude sur ses épaules. Mais il en avait assez que les autres fassent des sacrifices pour lui. Puisqu'il était à présent loin de la maison, c'était l'occasion d'essayer de se débrouiller par lui-même.
Mais pour l'instant, il n'y avait pas grand-chose à essayer vu qu'il était seul. Si, il pouvait passer sa robe de sorcier, comme ça, ce serait fait. Et personne pour le regarder.
Alors qu'il tentait tant bien que mal d'ajuster son col, la porte du compartiment coulissa à nouveau et un joli visage encadré de roux posa ses yeux verts sur lui.
- Bonjour, dit la jeune fille. Est-ce qu'on peut s'installer ici ? Tous les autres compartiments sont pleins.
On ? Combien ça faisait, on ?
La jeune fille entra et apparut alors un garçon au visage fin et disgracieux et aux longs cheveux graisseux, ce qui lui donnait l'air un peu malade.
- Vous n'êtes que deux ? demanda Remus.
- Oui. Je m'appelle Lily, dit la jolie rousse. Et voilà Severus.
Remus posa son regard sur le garçon et compris instantanément qu'il était en colère contre quelque chose. Il reprit sa place contre la fenêtre et les regarda s'installer.
- Et toi, tu t'appelles comment ? continua Lily.
- Remus, répondit-il d'une voix timide. Remus Lupin.
- Et tu es un vrai sorcier ? Je veux dire, tes deux parents sont sorciers ?
- Oui.
- Et ils travaillent où ?
Pourquoi toutes ses questions ? C'était une moldue ?
- Mon père travaille au Service de Régulation des Créatures Magiques.
- Ah. Et qu'est-ce que c'est ? fit-elle en se tournant vers l'autre garçon.
- C'est le service qui s'occupe des relations entre les sorciers et toutes les créatures magiques, répondit celui-ci.
- Et qu'est-ce qu'il y a comme créatures magiques ?
- Plein de choses. Il y a celles qui ont une forme d'intelligence presque humaine, comme les gobelins, les centaures, les sirènes… Il y en a d'autres qu'on doit dissimuler, comme les dragons par exemple. Il y a vraiment toutes sortes de créatures. Sur quoi travaille ton père ? demanda-t-il à Remus.
- Euh…
C'était fait exprès ou quoi ? Il n'allait pas répondre les loups-garous, quand même !
- Les elfes de maisons, lança-t-il maladroitement, avant de se demander quelle pouvait être la charge de travail provoquée par les elfes de maison.
- Ah, fit Severus. Ça ne doit pas être très difficile.
- C'est quoi, les elfes de maison ? demanda Lily.
- Ce sont des créatures qui travaillent dans les grandes maisons sorcières. Ils appartiennent aux sorciers qui les font travailler, de génération en génération, et le pacte magique qui les lie ne peut être brisé que si le sorcier donne un vêtement à son elfe.
- Un vêtement ? Pourquoi faire ? s'exclama la jeune fille.
- Comme ça, fit-il en haussant les épaules. Les elfes de maison ne portent pas de vêtements, sauf quand ils ont été renvoyés.
- Mais…
- Ils ne valent vraiment pas la peine de s'y intéresser, crois-moi, la coupa Severus avec un geste de la main pour balayer l'objection.
Remus n'était pas d'accord mais il se tut et s'appliqua à se faire oublier, comme à chaque fois en présence d'autres personnes. De fait, quelques minutes plus tard, Severus et Lily étaient passé à autre chose et parlaient à présent d'un incident qui s'était déroulé quelques instants plus tôt et dont il ressortait que Severus s'était fait insulter.
Cependant, le chariot de friandises interrompit les deux jeunes gens, et comme ce genre de nourritures est un parfait sujet de conversation, Remus se vit en devoir d'expliquer à Lily ce qu'étaient les Chocogrenouilles et les Dragées Surprises de Bertie Crochue, y mettant plus d'entrain que Severus qui prit une mine renfrognée quand il perdit l'attention de la jolie rousse.
Et puis, petit à petit, Remus s'appliqua à redevenir transparent, s'évaporant dans son coin tandis que Severus s'évertuait à décrire les différentes étapes d'une transformation par Polynectar qui, semblait-il, lui avaient été enseignées par sa mère. Lily était passionnée, et Remus également, mais il se fit la brève réflexion qu'il y avait peut-être autres choses à apprendre à un enfant de 11 ans.
Pendant ce temps, le ciel devenait plus noir, le paysage disparaissait parmi les ombres et le train finit par ralentir lorsqu'il atteignit la gare de Pré-au-Lard.
Sur le quai, Remus se surprit à frissonner et il resserra sa cape sur ses épaules tandis que le mouvement de foule l'entraînait vers ce qui devait être un géant agitant une lampe au-dessus des têtes. Lily et Severus étaient toujours avec lui et alors qu'ils marchaient dans un sentier sombre parmi les arbres, il écouta le garçon décrire le genre de créatures qui pouvaient peupler la forêt, et pensa avec ironie que bientôt, cette dernière allait en compter une de plus.
Ils finirent par déboucher dans un espace découvert et la vision coupa le souffle Remus.
Situé en hauteur, se découpant en ombres chinoises sur la toile du ciel qui ne paraissait plus si sombre, le château reflétait ses lumières éclatantes sur le miroir du lac et il lui sembla que les étoiles en palissaient d'envie.
Il fut interrompu dans sa contemplation par un coup sur son épaule. Suivit un rapide " désolé " et un groupe de trois garçons le dépassa, parlant avec animation. Remus reprit sa marche à leur suite, descendant doucement vers la berge où une vingtaine de barques semblaient les attendre. Il chercha du regard Lily et Severus mais leur embarcation était pleine et il dut se résoudre à monter avec trois illustres inconnus qui paraissaient aussi tendus que lui.
Et tandis que les barques glissaient en silence sur la surface du lac, l'ondulant comme une étoffe de soie, Remus admira les tours et créneaux de cette silhouette imposante, se refusant à croire qu'il allait y vivre pendant plusieurs mois, lorsqu'un " plouf " retentit suivi d'éclats de rire.
- Gagné le pari, Peter ! Tu aurais dû faire attention ! fit une voix.
- Je trouve que tu aurais dû l'attacher à une pierre, dit une autre, ç'aurait été plus drôle.
- Non mais qu'est-ce qui se passe ? gronda le géant dans un roulement de tonnerre. Ça vous amuse ?
Alors que l'information circulait d'une embarcation à l'autre comme quoi quelqu'un était tombé à l'eau, il y eut de gros remous à quelques mètres de Remus et ce fut les yeux stupéfaits qu'il vit jaillir un immense tentacule. Dans une courbe parfaite, celui-ci alla se saisir du pauvre garçon qui poussa un cri de terreur, l'enleva sans problème de l'eau et le déposa en douceur dans la barque qu'il n'aurait jamais dû quitter, sous les yeux incrédules des autres occupants. Remus crut même voir l'appendice blanc donner une tape de réconfort sur l'épaule du malheureux, retirer une algue de ses cheveux, puis, sans se presser, il retourna dans son élément liquide.
- Waouh ! fit une voix de la barque. J'aurais dû me jeter moi-même finalement.
- Et finir trempé et visqueux ? Très peu pour moi, renchérit la seconde.
Les barques continuaient à avancer cependant, et le reste de la conversation se perdit tandis que les embarcations se plaçaient peu à peu en file indienne pour aller se ranger quelques minutes plus tard le long d'un débarcadère de bois vermoulu. En posant son pied sur les planches glissantes, Remus se sentit à nouveau nerveux. La vision du château l'avait distrait mais à présent, il se demandait ce qui allait arriver.
Sa tension augmenta encore lorsqu'il surprit le regard perçant du Professeur qui était venu les chercher posé sur lui quelques instants plus tard, alors qu'elle les conduisait dans la Grande Salle.
Il le savait, il n'avait rien à faire ici.
Même la vue du ciel magique ne put chasser cette pensée et il n'écouta même pas la chanson du Choixpeau élimé posé sur le tabouret.
Les noms commencèrent à défiler et les maisons aussi, sans trop de temps mort. Puis :
- Black Sirius.
Le garçon qui avait bousculé Remus s'avança, une expression butée sur son beau visage, se saisit du Choixpeau et se laissa tomber sur le tabouret.
Le silence qui régna alors fut assourdissant. Qui aurait pensé qu'il y aurait une hésitation ? Mais Sirius ne saisit rien de tout cela, concentré sur cette petite voix qui avait poussé une exclamation.
- Ah ah ! Je pensais n'avoir qu'à te frôler pour t'envoyer dans ta maison et pourtant… Tu es confus mon garçon. Trop de zones d'ombres pour un esprit aussi jeune. De l'ambition, le désir d'être brillant, comme tous les Black, et pourtant, il semblerait que tu refuses cette ambition. Pourquoi donc ? Il n'y a rien de mal à être ambitieux.
Sirius retint un soupir irrité. Pourquoi faire, ambitieux ? A en croire sa famille, tout avait été fait et dit avant lui ! Que pouvait-il lui apporter de plus ?
- Je te l'accorde, fit le Choixpeau, suivant sa pensée. Mais il y a différentes formes d'ambition, tu devrais le savoir, et tout dépend de ce que tu veux faire. Mais tu te caches mon garçon. Tu as enfoui tes pensées trop profondément et depuis trop longtemps pour que je puisse les déchiffrer correctement. Et pourtant, elles gagneraient à être connues, je te l'assure.
Mais qui se souciait de ce qu'il pensait ? Toute sa vie, on lui avait dit quoi faire, quoi dire, quoi penser et à présent, on lui demandait vraiment son avis ? Qu'est-ce qu'il gagnerait à le dire sinon des réprimandes et des regards furieux ?
- Est-ce que ça te dérange tant que ça ? continua le Choixpeau. Si oui, tu aurais arrêté depuis longtemps tes provocations, tu ne crois pas ? Si tu as continué, c'est que tu y trouves ton compte, quel qu'il soit, non ? Sinon, pourquoi assumerais-tu autant ce que tu fais ?
C'était une bonne question. Pourquoi assumer, pourquoi provoquer quand on n'avait rien à y gagner ? Pour provoquer justement, voir jusqu'où on pouvait aller, et essayer d'aller un peu plus loin peut-être… Parce que malgré tout, il ne voulait pas être un clone…
- Hum…Au moins, tu sais ce que tu ne veux pas. C'est un début. A toi de voir ce que ça deviendra une fois que tu seras à… GRYFFONDOR !
Il y eut une seconde de flottement dans la Grande Salle. Même la table des Professeurs semblait abasourdie. Puis une grande clameur se fit entendre du coté des Lions, même si on pouvait voir que certains visages n'approuvaient pas cette assignation. Qu'importe ! Le Choixpeau avait choisi et sa décision était irrévocable.
Le cœur battant, Sirius retira la pièce de tissus, la posa avec déférence sur son tabouret et marcha d'un pas lent et conquérant vers la table de sa nouvelle maison, un grand sourire sur le visage, tandis que James, resté avec les autres premières années, levait le pouce en signe de victoire. Lorsqu'il prit place sur le banc à coté d'un troisième année qui lui serra la main, il se demanda cependant comment annoncer la nouvelle à ses parents sans avoir l'air de jubiler.
Et les noms recommencèrent à défiler. Lily fut envoyée à Gryffondor. Elle eut un triste sourire à l'attention de Rogue qui se renfrogna lorsqu'elle alla s'asseoir à coté de Sirius à qui elle tourna ostensiblement le dos, le menton en l'air et les yeux fixés sur le plafond magique.
Et puis ce fut le tour de Remus, beaucoup trop vite à son goût. Tous les Professeurs le fixaient alors qu'il montait vers le tabouret, et il surprit le regard bleu vif de Dumbledore posé sur lui juste avant que le bord du Choixpeau ne lui tombe sur le nez.
- Ah ! C'est donc toi Remus Lupin ! Nerveux, hein ? Ne t'en fais pas, Albus Dumbledore a tout prévu pour toi mais ce n'est pas ce qui nous occupe, n'est-ce pas ? Où vais-je te mettre mon garçon ? Hum…Toi aussi, apparemment, tu ne dis pas tout ce que tu penses, mais ça peut se comprendre. Quoique…tu vis quelque chose d'hors du commun, pourquoi te taire à ce sujet ?
Remus retint une exclamation horrifiée. Pourquoi ? Le Choixpeau demandait pourquoi ? Pour lui, c'était diablement évident. Parce qu'il était…
- Je sais ce que tu es, le coupa le Choixpeau. La question est de savoir ce que tu vas faire. Vivre toute ta vie comme un réprouvé, alors que tant de personnes s'emploient à te montrer que tu n'es rien de tout cela ? Ou alors, essayer d'honorer leur confiance en faisant de ton mieux, ce qui inclut de ne pas te cacher sans cesse et d'assumer ton statut un peu particulier ?
Un peu ? Le Choixpeau aimait les euphémismes, apparemment. Et était bien trop confiant.
- Ce n'est pas de moi dont on parle, tu as déjà oublié ? Habitues-toi à être le centre de l'attention par moments, ça ne peut pas te faire de mal. Pas pour ce que tu deviens une fois par mois, mais pour ce que tu es capable de faire tous les jours. Tu as une grande chance d'être ici, fais en sorte de mériter cette chance, c'est ce que tu dois à tes proches, il me semble.
Oui. Ça, il le savait et était profondément d'accord avec le Choixpeau, mais ce n'était pas comme si c'était facile.
- Qui a dit que ça l'était ? Du temps et du courage, c'est ce dont tu as besoin. Et je n'ai pas l'impression que tu en manques, donc, pour toi, ça va être…GRYFFONDOR !
Remus resta interdit. Il fallut que le Professeur McGonagall retire la pièce de tissus et qu'elle lui fasse un très, vraiment très discret sourire pour qu'il réalise enfin ce qu'il venait d'entendre.
Gryffondor… Pas Poufsouffle, comme il l'avait longtemps imaginé, pas Serdaigle, comme sa mère et ses sœurs, mais Gryffondor, comme son père avant lui.
Tout sourire, il regarda sur sa gauche et vit Persephon applaudir à tout rompre, tandis que Cassy, toute rancœur oubliée, poussait un sifflement, les doigts entre ses dents.
Et la table des Gryffondors qui hurlait alors qu'il s'avançait vers elle… On l'acclama, on lui donna des tapes dans le dos, et pour finir, on le fit asseoir en face de Lily qui lui fit un sourire. Ce fut le cœur beaucoup plus léger qu'il écouta le reste de la répartition, non sans avoir capté un discret sourire du directeur qui leva son verre dans sa direction.
Oui, il devait faire confiance à Dumbledore. S'il était ici, c'était parce que le grand sorcier l'avait voulu, et que c'était possible, quelque part. Oui, c'était possible.
- Pettigrow Peter !
Tremblant dans la lourde couverture que le géant lui avait donné après sa chute dans le lac et son sauvetage épique par le calmar géant dont il n'avait jamais soupçonné l'existence, Peter s'avança tant bien que mal jusqu'au tabouret, l'envisagea quelques secondes puis décida brusquement il ne parviendrait jamais à s'asseoir dessus avec la lourde pièce de tissus qui lui couvrait les épaules. Avec un mouvement raide, il se débarrassa de son entrave et posa son séant sur la pièce de bois vieillie par l'usage.
- Hum ! fit la voix du Choixpeau à son oreille. Je me demandais quand j'aurais à nouveau des nouvelles des Pettigrew… Alors, alors… Encore un difficile à caser… Je me plaindrai à mon syndicat !
Peter ignorait totalement qu'il pouvait exister un syndicat pour objets magiques dotés d'intelligence et s'en demanda brièvement l'utilité avant de se rappeler pourquoi il avait présentement un objet magique sur la tête.
- Plaisanterie mise à part, continua le soi-disant syndiqué, tu as beaucoup de capacités, c'est indéniable…
Des capacités ? ! sursauta Peter sur le tabouret. Le Choixpeau perdait-il la tête – tous jeux de mots mis de coté ? Lui ? Déjà qu'il lui avait fallu un long, très long travail et beaucoup d'efforts pour apprendre à compter, à lire, à écrire ! Personne, même pas sa tante Mildred qui comptait parmi les personnes les plus stupides qu'il ait jamais rencontrées, ne lui avait dit qu'il avait des capacités !
- Pas ce genre de capacités, poursuivait le Choixpeau, imperturbable, et Peter sentit ses poils se hérisser sur ses bras sous le poids de la sentence implicite et que pourtant il connaissait, mais c'était peut-être parce qu'il commençait à avoir froid dans ses vêtements humides. Je parle de savoir creuser ton chemin, continuait la voix, trouver les moyens de poursuivre ses propres ambitions…
Ambitieux, lui ? Pour faire quoi ?
- Mais pleins de choses, jeune homme, pleins de choses… Tous les grands sorciers et inventeurs n'étaient pas forcément bons en mathématiques.
Et les plus débiles aussi, sans doute ? railla intérieurement Peter, se sentant de plus en plus mal à l'aise sous ces affirmations qui, il devait bien le reconnaître, n'étaient pas sans attraits. Mais de là à affirmer qu'il pouvait être bon en quelque chose, il y avait un pas !
- Un pas qui peut être vite franchi, mon garçon, tempéra le Choixpeau. Il suffit juste de choisir la bonne maison.
La bonne maison…Qu'est-ce que ce serait ? La maison où il serait avec James, sans aucun doute. Il voulait être avec lui, ils s'étaient promis tellement de choses pour leurs années à Poudlard, et nul doute que James irait à Gryffondor, c'était évident comme les flammes sortant de la gueule d'un dragon ! Mais il savait aussi que ce n'était peut-être pas un critère déterminant pour l'objet magique, et qu'une fois que le Choixpeau aurait décidé, il n'y aurait pas d'autres alternatives que d'accepter, et de s'adapter… puisqu'il n'y avait pas le choix.
- Ah ah ! s'exclama l'objet magique. Détrompe-toi, mon garçon. Pourquoi d'après toi m'appelle-t-on le Choixpeau Magique ? Mais tu viens de me révéler quelque chose de très intéressant… Alors, pour toi, ce sera…GRYFFONDOR !
Peter sentit alors un frisson qui n'avait rien à voir avec le froid de ses vêtements courir le long de son échine. Le frisson de l'excitation… Il était à Gryffondor… Et tout restait possible…
Souriant de toutes ses dents, il retira la pièce de tissus de son crâne, récupéra la couverture du garde-chasse et rejoignit Sirius qui lui indiqua la place en face de lui sur le banc pendant que toute la tablée l'acclamait.
- Manque plus que James, fit ce dernier en portant son regard sur son nouvel ami toujours au pied de l'estrade. J'espère qu'il sera avec nous.
- Aucun doute, répondit Peter. Tous les Potter sont à Gryffondor. Pourquoi ça changerait ?
Sirius tourna ses yeux vers lui sans changer l'orientation de sa tête, un brin condescendant.
- Et pourquoi ça ne changerait pas ? Regarde-moi. Non pas que je m'en plaigne, loin de là même, mais tout est possible.
Peter ne trouva rien à répondre dans la seconde et regarda autour de lui, essayant d'identifier les nouveaux visages. Remus était un peu plus loin, et il lui fit un sourire poli, se demandant comment un garçon avec un air aussi timide puisse se retrouver chez les Lions.
Alors que " Potter James " était envoyé à Gryffondor, Remus surprit un sifflement d'agacement de la part de Lily. Voyant son regard, elle s'expliqua, avec une moue d'excuse :
- C'était avec lui qu'on était, avant qu'on vienne te voir…C'est lui qui a insulté Severus… Je crois que je ne l'aime pas beaucoup…
Puis elle se tut, James prenant place à coté de Remus, face à Sirius. Ils commencèrent à se féliciter mutuellement mais furent interrompus par le Professeur Dumbledore qui se leva pour attirer l'attention des élèves.
- Bienvenue à Poudlard, que ce soit ou non la première fois ! Je sais que votre ventre s'impatiente mais avant, je dois vous rappeler, ou vous apprendre, certaines choses. Comme son nom l'indique, la Forêt Interdite est interdite. Egalement, je vous annonce que pour augmenter la flore du parc de Poudlard, un saule d'une espèce particulière a été planté. Sa spécificité étant de cogner tout ce qui se trouve à portée de ses branches, je vous demanderai pour votre propre sécurité de ne pas vous en approcher. Enfin, notre concierge, Mr. Rusard, me demande de vous rappeler que les Bombabouses sont interdites dans l'enceinte de l'établissement. Voilà, je crois que c'est tout. Bon appétit !
Il écarta les mains et dans une exclamation d'émerveillement, les quatre tables se couvrirent de plats plus appétissants les uns que les autres, sous le regard ébahi de Lily. Elle se tourna vers Remus qui comprit la question muette dans son regard et lui expliqua avec un sourire que les elfes de maison et la cuisine se trouvaient juste sous la Grande Salle, ce qui permettait un tel service.
- Et les bonbons à la menthe, c'est pour quoi ?
Là, le jeune Gryffondor dut avouer son ignorance. Il ne pouvait pas avoir réponse à tout, si ? Pourtant, pendant tout le repas, il continua de répondre tant bien que mal à toutes ses questions, tandis que de leur coté, James, Peter et Sirius parlaient de bonbons, de Quidditch, de l'étrangeté du repas et de l'épisode du calmar géant comme si de rien n'était. A les entendre, ils se connaissaient depuis toujours.
A la fin du festin, le Professeur Dumbledore se leva une nouvelle fois et les enjoignit de sa voix paisible et grave à aller se coucher pour profiter sans peine de leur dernier dimanche avant la rentrée. Un brouhaha s'ensuivit, ainsi qu'une douce cohue qui poussa Remus entre Sirius et James et il se retrouva pris à parti.
- Ah…Remus, c'est ça ? demanda Sirius. Dis à James que mon nom provient d'une étoile.
- Et moi, je te dis que je n'ai jamais entendu parler d'une étoile qui s'appelait Sirius. Demande à Peter !
- Déjà fait, répliqua Sirius en balayant la requête d'une geste de la main. Lui dit qu'il ne sait pas.
- Je ne sais pas non plus, dit doucement Remus tandis qu'ils franchissaient la Grande Porte qui menait au Hall. Mais je crois qu'on a des cours d'astronomie. Vous n'aurez qu'à demander au professeur.
- Dix mornilles que j'ai raison ! s'exclama James.
- A ce compte-là, mets-y carrément un gallion.
- Tu veux parier un gallion ? s'étonna Peter.
- Pourquoi pas ? C'est mon nom après tout. Et je sais quand même d'où il vient.
L'assurance un brin arrogante de Sirius déstabilisa quelque peu James mais il ne pouvait pas se retirer sans perdre la face et il tendit la main à son nouvel ami pour sceller le pari, bloquant ainsi le passage à Lily qui avait voulu les dépasser.
- Pardon, dit-elle froidement en contournant James, le nez en l'air.
- Pfff, fit James en levant les yeux au ciel.
- "Pardon !" répéta Sirius en prenant une voix haut perchée avant d'éclater de rire, imité par les deux autres.
Remus s'abstint de remarquer que lui la trouvait quand même sympathique. Il admira sa capacité à se faufiler entre les élèves pour ensuite se glisser directement derrière le Préfet-en-Chef. Il aurait bien aimé faire de même, quitter sa place entre James et Sirius pour se rapprocher d'une figure plus âgée qui lui aurait donné un repère. Ici, au milieu de cette foule, il se sentait à nouveau perdu.
La salle commune de Gryffondor lui parut étouffante. Chaleureuse, accueillante sûrement mais un brin étouffante. Trop de monde, encore une fois.
Alors que chacun se dirigeait vers son dortoir pour la soirée, la voix du Préfet retentit au-dessus des têtes.
- Remus Lupin ?
Il se figea quelques secondes puis, la mort dans l'âme, se dirigea vers le septième année.
C'était la fin, il le savait. On s'était trompé, le Choixpeau s'était trompé, il devait partir sur le champs…
- On m'a donné ça pour toi, fit le jeune homme en lui tendant une enveloppe de parchemin.
Remus s'en saisit, paniqué à l'idée de l'ouvrir et d'y lire qu'il devait partir.
- Eh bien ? Tu ne l'ouvres pas ? s'étonna son Préfet.
- Euh…je…On vous a dit pourquoi ?
- Non. C'est McGo qui me l'a donnée. Tu devrais l'ouvrir. Ça doit être important si elle n'a pas attendu lundi. Au fait, je m'appelle Jonathan Scafell. Et bienvenu à Poudlard, ajouta-t-il en s'éloignant.
- Merci, articula Remus d'une voix atone.
Il resta là encore une minute, planté au milieu de la salle commune, avant de sentir quelques regards sur lui. Voûtant les épaules, il se dirigea en hâte vers un fauteuil resté libre près de la cheminée et s'y pelotonna comme un chat. Il attendit quelques instant encore que l'attention générale se soit focalisée sur autre chose puis, les larmes aux yeux, il décacheta la lettre.
Mr. Lupin,
Veuillez prendre note que Mr. le Directeur et moi-même vous attendons demain à 5h de l'après-midi dans son bureau pour discuter des arrangements pris par l'Administration liés à votre situation. Le parchemin ci-contre vous indiquera le chemin pour vous y rendre.
Sincèrement,
Professeur Minerva McGonagall.
Bon. Il n'était pas renvoyé. Du moins, pas pour l'instant. Il avait un sursis. Mais pour combien de temps ?
Non, se reprit-il juste après. Dumbledore l'avait fait entrer, ce n'était pas pour le renvoyer le lendemain, si ?
Il replia la lettre, la glissa avec précaution dans une poche de sa robe et se dirigea d'un pas lent vers son dortoir.
Dans la pièce circulaire, où quatre lits pointaient vers les points cardinaux, James, assis sur un oreiller posé à même le sol, consultait un livre titré Connaître le ciel de Grande-Bretagne tandis que Peter défaisait sa valise et que Sirius, assis sur son lit, attendait, sûr de lui.
- Qu'est-ce que vous faites ? demanda doucement Remus en s'avançant.
- James est en train de perdre son pari ! lança Sirius avec un sourire.
- Attends avant de crier victoire, le tempéra ce dernier. Je ne vois rien sur une étoile nommée Sirius.
- Je ne te crois pas !
- Je te jure ! J'y suis pour rien, c'est le livre !
- Remus ! Regarde pour moi ! Je veux être sûr. Au fait, ton lit est celui-ci, orienté à l'Est. Ça ne te dérange pas au moins ?
- Non, non, répondit Remus pour qui l'orientation du lit était de loin la dernière préoccupation.
Docilement, il tendit la main et James lui remit l'ouvrage. Après quelques minutes de recherches, il dut convenir que James avait raison et qu'il n'y avait pas d'étoile nommée Sirius.
- Mais…fit Peter en attrapant une cage qu'il avait posée auparavant au sol. Le livre ne parle que des étoiles d'Angleterre, pas vrai ? Peut-être que Sirius est une étoile qu'on ne peut pas voir d'ici, non ?
James, qui s'apprêtait à réclamer son gallion, referma sa bouche, considérant l'argument.
- Ce qui nous ramène à l'idée de Remus, fit Sirius. Nous demanderons au Professeur. Et qu'est-ce que c'est que ça ? hurla-t-il soudain en voyant Peter sortir un rat de sa cage.
- Un rat, répliqua ce dernier en haussant les épaules.
- Je le vois bien, que c'est un rat ! Qu'est-ce que ça fiche ici ?
- Il est à moi. Il s'appelle Star. Mon père me l'a offert pour mes 11 ans.
- Hors de question que ça reste ici ! continua Sirius sur le même ton. On ne va pas garder un rat dans le dortoir !
- Mais ! Il n'a rien fait de mal ! s'exclama Peter. Je ne vois pas ce qui te dérange ! Les crapauds, c'est pire !
- Justement ! Personne n'a de crapaud ! A moins que Remus en ait un ! Remus ?
- Non. J'ai un petit hibou et il est à la volière.
- Tu vois ? Personne n'a de crapaud, ni de rat.
- Mais je ne vois pas ce qui te gêne, répéta Peter. C'est très propre, les rats. Et Star est très bien dressé, il n'ira pas fouiller dans tes affaires, si c'est ce que tu crains. Ce n'est pas son genre.
- Qu'est-ce que tu sais de son genre ? Il te parle ?
Peter ferma les yeux, essayant tant bien que mal de trouver un peu de patience dans son cerveau fatigué par la journée.
- Ce n'est pas ce que je veux dire. Je veux juste te faire remarquer que ce n'est pas un rat dominant, sinon je n'aurais pas pu le dresser, c'est tout.
Sirius se tourna vers James, quêtant un soutien, mais celui-ci secoua la tête.
- Peter a raison, tu sais. Tu ne pourras rien lui apprendre en ce qui concerne les créatures magiques.
Sirius se tourna alors vers Remus, interrogateur.
- Moi, ça ne me dérange pas, fit ce dernier en ouvrant sa malle pour prendre son pyjama. De toute façon, le règlement stipule que les rats sont autorisés.
Il s'abstint de préciser que pour lui, il y avait des créatures bien pire qui pouvaient dormir dans les dortoirs de Poudlard, et qu'un rat était vraiment un souci moindre.
De son coté, Sirius sembla ruminer quelques instants encore. Il jeta un regard à James mais comme celui-ci ne bronchait pas, il leva finalement les bras en un geste théâtral et s'exclama :
- Je m'incline devant l'adversité ! Mais Peter, je ne veux pas un jour trouver des poils de… Star sur mon lit, où je lui donnerai de la mort-au-rat !
- Ça ne marche jamais, répliqua Peter. D'habitude, ils sentent le poison. Et il n'ira pas sur ton lit de toute façon.
- J'espère bien, gronda Sirius en attrapant un parchemin vierge, une plume et son encrier pour ensuite s'installer tant bien que mal sur sa table de nuit.
- Qu'est-ce que tu fais ? demanda James.
- J'envoie une lettre à ma famille. Autant leur dire tout de suite que je suis à Gryffondor, ajouta-t-il avec un sourire contraint.
- Tu crois…commença James. Comment ils vont le prendre, à ton avis ?
- Sûrement très mal. Ma mère va piquer une crise de nerfs, c'est sûr ! Déjà qu'elle était resté trois jours au lit quand on a appris que l'aînée de mes cousines était à Serdaigle… Et là, son propre fils… " C'est indigne de votre rang ! Du nom que vous portez ! " parodia-t-il avec une mimique.
- Tes parents te vouvoient ? s'étonna Remus.
- Quand ils sont en colère, quand j'ai fait une bêtise… Ça arrive de temps en temps.
Remus ne put retenir une grimace de dégoût et d'incompréhension. Vouvoyer un enfant lui paraissait être le comble de la froideur.
- Oui, tu a raison, sourit railleusement Sirius en percevant son mouvement de lèvres. C'est bizarre. Surtout que James aussi vient d'une famille aristocratique et que ses parents ne le vouvoient pas, eux.
Il cacheta sa lettre, puis attrapa un sifflet qui pendait à son cou, alla ouvrir la fenêtre et lança dans la nuit une trille que personne n'entendit. Quelques instants plus tard, un magnifique hibou noir venait se percher sur le rebord de pierre et tendait obligeamment sa patte à son maître. Sirius y accrocha son parchemin, lui donna une légère caresse puis le l'oiseau de nuit disparut dans la pénombre.
- Waw ! s'exclama James lorsque la fenêtre se fut refermée. D'où est-ce que ça vient, ce sifflet ?
Sirius haussa les épaules.
- De Rocamadour, en France. C'est mon oncle Alphard qui m'a offert le hibou et le sifflet en cadeau d'anniversaire, l'an dernier. J'avoue que c'est très pratique. J'ai pas besoin de monter jusqu'à la volière.
- Tu crois que ça pourrait marcher avec mon hibou ?
- Non. Mon oncle m'a expliqué qu'on habitue les hiboux à répondre au sifflet dès leur naissance.
- Mais je n'ai rien entendu ! fit Peter. Comment as-tu pu l'appeler alors qu'il n'y a pas eu de bruit ?
- Je ne sais pas trop. Je n'ai pas très bien compris toutes les explications de mon oncle. Il m'a parlé de mégason ou de quelque chose comme ça, que seuls les animaux peuvent entendre.
- Des ultrasons.
Trois têtes se tournèrent vers Remus qui rougit brusquement.
- Comment tu sais ? s'étonna James.
- Euh…je… Je lis beaucoup…et…enfin…mon grand-père est moldu. C'est lui qui m'a donné des livres sur...euh…
Sirius éclata brusquement de rire.
- Alors, c'est un truc moldu ! Et ma mère qui prenait ça pour de la grande magie ! C'en est ridicule.
Et il s'effondra en arrière sur son matelas, se tenant les cotes.
- Euh…est-ce qu'on doit rire nous aussi ? demanda doucement Peter.
- J'en sais rien, répondit James. Il a l'air un peu fou.
Un coussin de plume vint s'écraser sur son visage et le reste de la conversation se perdit dans une bataille de polochon à laquelle même Remus participa, le cœur étrangement léger.
