L'Inquisition est à l'origine un ordre de paladin oeuvrants avant tout pour la justice et la purification de masse. Leur rôle n'est pas tellement différent de celui des paladins basiques, c'est leur méthode qui change : meurtre, massacre, bûcher, attentat politique, manipulation de royaumes entiers, déclenchement de guerres... Certains diront que ce sont les gens de la pègre qui dirige cet ordre, d'autres diront que ce sont des héros. Un inquisiteur, quant à lui, dit qu'il est juste un jouet. Un jouet certes mortel, mais un jouet. Sous les ordres d'un dirigeant caché, agissant pour le " bien " ( en tout cas, ce que les supérieurs entendent par bien ), pièces d'un échiquier mais avant tout marionnettes dans un spectacle grandeur nature. Il existe diverses ordres d'inquisiteurs à travers le monde, 4 pour être préçis. L'ordre du Bois solaire est basé sur une étude de la religion approfondie, éradiquant le mal avec l'éducation. La plus pacifique branche d'inquisition. L'ordre des Rois exerce une pression sur les puissances politiques des royaumes, d'où leur nom de "Rois cachés". L'ordre de la Lumière apaisée agit dans la plus grande discrétion, usant diverses méthodes d'enlèvements et de disparitions forcées afin de procéder à un petit interrogatoire. Enfin, l'ordre du Pur, renvoyant la notion même d'humanisme à l'Âge de pierre. Si cette notion est très représentative de l'ordre, c'est une notion dite "à la con". Le non humanisme est un fléau qui pourrit la civilisation bien plus que la corruption qu'exerce le mal sur les citoyens. Là où les mages, les ingénieurs, les soldats, les brigands et même les paladins comprennent et acceptent l'humanisme, l'ordre décide de mettre la vie humaine au second plan pour se concentrer sur la volonté d'un être omniscient, omnipotent, omniprésent. Les Dieux ont créés les Hommes, les Hommes doivent vénérer les Dieux. Alors même si l'hérésie n'est plus un péché en soi, il reste quand même une raison valide à un inquisiteur pour vous trancher la gorge et laisser votre cadavre dans une sombre ruelle, qui sera souillé par les rats et autres détraqués pratiquants la nécromancie ou le mysticisme.

À l'âge de dix-huit ans, Théo et Agnès sont devenus des membres de l'Inquisition. Ils n'étaient encore que des paladins novices mais au bout de tant d'années, c'est aujourd'hui qu'ils vont enfin recevoir leur première mission. Ils avaient tant travaillés ces dernières années, apprenant à manier la magie de la lumière, interroger des suspects durant leur aventures ( souvent par la torture plutôt que la manière douce) et 184 façons de tuer quelqu'un dans une salle vide. Et pendant ces années, une fine complicité les avaient lié. Après tout, eux seuls pouvaient prétendre avoir réussi le test cette année pour enfin partir sur le terrain. Avec le temps, Théo est devenu quelqu'un de foncièrement plus énergique, laissant de côté ses manières d'homme parfait afin de se concentrer sur son travail. La mort n'est plus un problème pour lui, c'est pour dire à quel point il a fourni un effort de résilience. Agnès, quant à elle, restait beaucoup plus portée sur ses passions autres que le combat. C'était une élève prodige, rien ne l'obligeait à étudier. Alors, pendant que son ami passait son temps dans les Bibliothèques interdites des inquisiteurs, Mademoiselle essayait de jolies robes, se coiffait de milles et une façons et tentait de rester une guerrière coquette durant les entraînements. Mais, durant ces folles années, éllipsées honteusement, le chemin des deux amis, mais surtout des deux amants, a déjà commencé à se séparer. Vous vous en doutiez j'espère. Un garçon aux qualités héroïques et une jeune femme aux arguments plus qu'affriolants finiraient forcément ensemble. À l'âge de seize ans, Théo avait déjà goûté aux lèvres douces et sucrées de sa belle partenaire. Un amour naissant mais totalement interdit. Non pas que les inquisiteurs refusaient ce genre de relation, non, c'est plutôt eux qui essayaient de ne pas vivre leur amour, de peur de souffrir si l'un d'eux mourrait en combat. Règle numéro un de l'Inquisition : "sépare-toi de tout ce qui rendrait ton jugement inexact. L'amour est quelque chose d'aveuglant, ne tente pas le Diable, essaye de rester au plus loin de ce sentiment.". La règle est louable, mais chaque inquisiteur est humain, l'amour étant une part de nous, elle ressortira, ce qui veut dire que cette règle est iréalisable. C'est pourquoi la liberté des inquisiteurs est de mise, laissant à chaque personne le choix de respecter ou non la règle.

Mais revenons plutôt sur la première mission de nos héros. Ils partirent pour une petite maison reculée du village, chez une femme du nom de Elémir Brindeciel, une elfe des bois. Quelques péons du village en question l'avaient accusée d'avoir pratiqué un rituel necromantique, ce qui aurait empoisonné les vaches, les récoltes et surtout l'eau. Pour preuve, ils ont tout simplement attrapé une mouche pour la présenter au maître de guilde, prétendant que la mouche venait de l'invocation macabre de la jeune elfe. Les deux Inquisiteurs entrèrent dans la demeure de l'elfe en enfoncant la porte.

- C'est l'Inquisition, s'écria Théo ! Nous devons vous poser quelques questions !

L'elfe se retourna, un couteau ensanglantée dans la main. Agnès, voyant celà se rua sur l'elfe pour la plaquer au sol. En un instant, elle se retrouva sur le parquet, sa victime fermenent tenue dans ses bras. Elle se débatit, faisant de grands gestes dans le vide pour qu'on la relâche. Mais dans un malencontreux accident, le couteau qu'elle tenait dans la main coupa Agnès au visage. Quel erreur... Agnès attrapa le poignet de l'elfe, elle fit un mouvement rapide et l'os craqua en un instant. Elle attrapa le couteau et, de rage, le planta dans l'oeil de la pauvre elfe. Un cri perçant se fit entendre partout dans la forêt, les oiseaux s'envolèrent et les bêtes sauvages en firent de même. Comme si celà ne suffisait pas, Agnès reprit le couteau pour crever le second oeil. Les cris reprinent de plus belle. Alors, dans un élan de folie meurtrière, Agnès enfourna sa main dans la bouche de l'elfe, tirant sur sa langue du mieux qu'elle pu. Le couteau bougea à nouveau. Les cris s'arrêtèrent. Agnès se releva, jetant le couteau et le bout de viande à terre.

- Mais... Mais pourquoi tu as fais ça, s'exclama Théo dans la panique !

- Elle m'a coupé avec son couteau sacrificiel. Je ne faisait que me défendre. De toute façon, il fallait la tuer selon le contrat.

Théo, désespéré, regarda autour de lui. Son regard se bloquit sur le plan de travail, derrière le cadavre. Il s'avança.

- Ce n'était pas un couteau de sacrifice, murmura-t-il...

- Qu'est ce qui te fais dire ça ?

- C'était simplement... Un couteau pour couper sa viande. Elle se faisait juste à manger !... Tu as abattue une innocente !

- Ho ho ho, tu te calmes ! C'est notre boulot de tuer les gens qu'on nous demande de tuer ! Alors ne me reproche pas de faire mon boulot !

Théo jetta avec rage la casserole en fonte sur le sol, répendant le ragoût de la veille.

- Notre boulot, comme tu dis, c'est de juger si une personne est innocente ou pas ! Je suis ici pour juger, pas tuer ! Tu as fais une faute lors de ta première mission et tu oses me faire des leçons de morale ?! Je te jure que...

La ''discussion '' fut brutalement interrompue par un bruit dans la chambre. Ils ouvrirent la porte. Un bébé dormait dans son lit, ils l'avaient réveillé avec leur hurlement. Mais, contre toute attente, il ne pleurait pas. Théo s'approcha de lui. En le regardant, le bébé riait. Il l'attrapa et l'emporta dans le salon.

- Tu vas faire quoi de lui, demanda Agnès ?

Théo ne la regarda pas, il alla s'asseoir sur une chaise pour observer le petit de plus près.

- C'est un garçon, dit-il en guise de réponse.

- Tu ne m'as toujours pas répondu..

- L'ordre ne me permet pas de le garder. C'est un enfant d'une femme jugée impure. Ils ne comprendraient pas qu'on le garde, malgré ton meurtre irréfléchi. Il n'y a pas d'autres choix...

Théo récita une prière aux Dieux. Il apposa sa main sur le torse nu du nourrisson. Il ferma les yeux, se concentra un instant et une petite impulsion électrique sortit de sa main. Le coeur s'arrêta, le reste n'était qu'une question de temps. Les battements se firent de plus en plus rares jusqu'à ne plus exister. Le bébé souria à Théo, son bienfaiteur, avant de fermer les yeux pour toujours. Le travail d'un inquisiteur n'est pas seulement de juger des coupables, il sauve aussi les gens qui n'ont plus aucune chance. Une larme coula le long de la joue de Théo, venant se déposer sur le bébé à son atterrissage. Au fond de lui, il espérait que son sort avait raté, que dans un moment comme celà, une larme pouvait conjurer la Mort. Mais les yeux restèrent clos, ne s'ouvrant pas pour entrevoir ce que la suite nous réserve à tous. La Mort, la seule délivrance dans un monde hostile et froid. Mais il y a toujours quelque chose pour nous rattacher à ce monde, c'est indéniable. Il faut donc continuer d'exister, protégeant les liens invisibles qui nous maintiennent tous debout, chercher à en créer de nouveaux et à les préserver pour toujours. Du moins, le plus longtemps possible.

Ils rentrèrent à leur base , laissant les mages de l'Académie brûler la maison afin de purifier l'âme des morts. C'est toujours la même procédure, et puis ça laisse un moment aux mages de se lâcher un peu, de décompresser pendant leur apprentissage. En chemin, Théo et Agnès croisèrent un jeune mage aux cheveux long, une longue robe rouge ornée de runes en tout genre ainsi qu'un petit bouc qui soulignait le contour de ses lèvres. Il parlait fort et riait la plupart du temps. Il ne savait pas pourquoi mais Théo le trouvait fort sympathique. Si il avait le temps, il lui demanderait même son nom mais, malheureusement, leur rencontre n'existera probablement jamais. Il était temps pour Théo de rendre les comptes de sa mission à son maître de guilde. Il monta dans son bureau, situé dans la haute tour de la cathédrale où ils avaient élus domicile. Elle était grande cette cathédrale, une vraie ville fortifiée. Pour une superficie de 1 250 m², des remparts imprénétrables, une population de 537 habitants dont 342 sont des paladins et seulement 75 sont des inquisiteurs, la Cathédrale du Cratère, considérée comme '' l'endroit le plus proche des Dieux '', est un véritable monument historique doublé d'un château inébranlable à la moindre attaque ennemie. Théo frappa à la porte en bois avant de l'ouvrir. Le maître était là, assis devant son bureau, les yeux rivés sur les lettres qu'il venait de recevoir. La plupart sont des lettres de contrat, des menaces de mort ou des lettres d'amour adressées aux divers paladins ayant rendus service à de jeunes femmes aux fantasmes lubriques. Qui n'a jamais eu l'envie de tromper son mari avec un paladin, les êtres les plus purs et respectés en ce monde ? En tout cas, les maris en question devraient être fiers de leur femme pour avoir réussi à séduire ce genre d'homme. Il ne remarqua pas tout de suite Théo, il était bien trop occupé pour recevoir le rapport de mission d'une jeune recrue. Barthélémus le Juste, grand fondateur de l'inquisition du sud, inventeur du sort de malédiction divine, forgeron de la grande épée «La Dague des Astres» dont la légende commence à se fâner au fil du temps. Lorsque Barthélémus releva sa tête pour enfin se rendre compte de la présence du jeune inquisiteur, il laissa son papier sur le côté et adopta une attitude beaucoup plus sereine et rieuse.

- Mon jeune apprenti, que me vaut l'honneur de ta visite ? Ne me dis pas que tu as fini ta mission,si ? Brave garçon, tu est d'une force incroyable, tu fais déjà mieux que moi à ton âge.

-La femme dans le châlet est morte, l'Académie est déjà intervenue pour brûler les lieux. Il y avait un enfant sur place, j'ai été dans l'obligation de l'abattre.-

-Tu as été d'un grand courage, dit-il en souriant à son invité. Mais... Tu as l'air soucieux. Quelque chose s'est mal passé ? Ou c'est autre chose ?

- Non monsieur, je le jure.

C'était un mensonge, bien sûr. Il avait menti à son supérieur pour la première mission qu'on lui avait confié. Celà lui promet une belle carrière de menteur. L'amour, l'amour, l'amour... Vous voyez, c'est ça le véritable amour. Protéger ceux que l'on aime est déjà une preuve d'amour bien suffisante. C'est une faiblesse. Le maître le regarda, intrigué par le comportement de Théo. Il mentait, ça il le savait. Pour qui il mentait, il le savait aussi. Pourquoi il mentait, il le savait également. Il se leva, s'approcha de lui et lui tapota sur l'épaule.

- Bien, je crois que tu as fais ton rapport correctement, tu peux partir maintenant.

Théo fut soulagé d'avoir terminé avec ce rapport, espérant ne plus jamais avoir à mentir pour elle. Il remercia son maître et commença à partir. Mais lorsqu'il ouvrit la porte pour partir, Barthélémus l'interrompit.

- Si tu vas la revoir, dis lui bonjour de ma part. Ne sois pas trop dur avec elle, c'était votre première mission, tout se passera bien pour la suite, je te fais confiance.

Il souria à son maître et ferma la porte derrière lui. Il descendit les marches rapidement, marchant d'un pas rapide, tout en se dirigeant vers la chambre de Agnès. Il ouvrit la porte de sa chambre brutalement. Surprise, elle se leva de son lit. D'un air de dépit, elle essaya de lui présenter ses excuses :

- Théo, je veux m'excuser pour la mission. J'ai fais n'importe quoi et je le sais. S'il te plaît, je ne veux pas que tout ce que nous avons vécu soit gâché par mon...

Elle n'eut pas le temps de finir sa phrase que Théo l'embrassa passionnément. La nuit qu'il passèrent ensemble n'était qu'amour, passion et abadon à l'autre, c'est ça le véritable amour. Il nous rend faible, vil, inconscient. Mais ce qu'il offre est inestimable, rien au monde ne peut apporter autant de bonheur. Alors, faut-il rester seul et fort dans un monde froid ? Ou tenter de devenir faible au prix d'un simple réconfort ?