L'air était doux en cette matinée du 9 mai 1998. On sentait que l'été approchait, la température augmentait de jour en jour et les arbres survivants étaient couverts de fleurs. Sur la berge du Lac Noir soufflait cependant une brise fraîche et légère. « Comment un jour aussi triste et éprouvant peut-il se passer par un aussi beau temps ? » se demandait Georges Weasley, debout face au lac, l'eau léchant le bord de ses chaussures en cuir.

De ce côté-ci, il n'y avait presque plus de traces de la bataille. La nature avait repris ses droits. Mais dès que l'on se retournait, les dégâts étaient plus importants : Poudlard était en ruine, l'air semblait encore saturé de la poussière des combats et des gravats s'étalaient un peu partout.

Le jeune homme frissonna. Pas de froid : la veste en peau de dragon de son costume de cérémonie était bien assez chaude pour la saison. Non, c'était les souvenirs qui remontaient, et avec eux, toutes ces émotions qu'il redoutait pour la journée à venir : il décida de rentrer au château, de toute façon il le fallait, s'il ne voulait pas être en retard.

En marchant, les souvenirs continuèrent d'affluer : ce trou dans la forêt par lequel ils s'éclipsaient, le vestiaire et l'entrée du terrain de Quidditch. Il passa le pont de fortune qui avait été construit en attendant les futurs travaux de rénovation. L a statue de la sorcière borgne, le couloir qu'ils avaient transformé en marécage avant de partir…..Il était arrivé devant le Grande Salle. Il se glissa sur le banc destiné à sa famille et se composa un visage neutre, qu'il espérait conserver jusqu'au soir.

Il s'agissait pour l'instant d'une cérémonie intimiste, avec seulement la famille et les amis proches : on s'attardait sur chaque défunt, avec des hommages des proches. Lorsque ce fût son tour, Georges se leva, mécaniquement. Il récita le discours qu'il avait appris par cœur tout en retenant ses sanglots et ses larmes.

De l'estrade, il avait une vue sur toute la foule : il s'attarda sur quelque visage connus : Andromeda Tonks qui tenait dans ses bras le petit Teddy, Katie et Angelina… Ginny avait enfoui sa tête contre la chemise de Harry et il devina qu'elle pleurait, Bill et Charlie encadraient Percy, Ron essayait, comme lui, de rester impassible mais il vit une larme au coin de son œil gauche et il semblait serrer un peu trop la main d'Hermione, assise à côté de lui. Ses parents, enfin, semblaient avoir vieillit de dix ans en à peine une semaine.

Quand il se rassit, il ne se souvenait pas d'un seul mot se tout ce qu'il avait dit. La cérémonie prit fin, quand il sentit une main sur son épaule : il se retourna et se retrouva face à Angelina :

« Ca va ? lui demanda-t-elle d'une voix tremblotante.

-J'ai vraiment l'air de quelqu'un qui va bien ? lui répondit-il, plus sèchement qu'il ne l'aurait voulu. Au cas où tu ne l'aurais pas remarqué, c'est l'enterrement de mon frère !

-Mais, je…..enfin….

-Enfin rien du tout ! Fiche-moi la paix ! »

La jeune femme recula, blessée, et sortit de la salle. George regrettait la façon dont il venait de lui parler, après tout, elle savait aussi un peu ce qu'il ressentait car elle était la petite amie de Fred. Il avait toujours été le plus impulsif des deux. Il se promit de s'excuser quand il reverrait Angelina. La foule se dirigea vers le pont. La cérémonie publique et l'enterrement proprement dit devaient avoir lieu près de la tombe de Dumbledore, pas loin de l'endroit où il s'était tenu quelques heures auparavant.

L'ambiance le ramena deux ans en arrière, presque jour pour jour, à l'enterrement du directeur de Poudlard. Sauf que cette fois-ci, Fred n'était pas là. Et c'était toute la différence.

C'était d'ailleurs le même petit sorcier qui dirigeait la cérémonie. Il rappela la bravoure de ceux qui étaient tombés au combat, que leur sacrifice ne serait pas oublié….. Puis un cortège de chevaux ailés squelettiques, noirs comme le charbon, arriva : même s'il ne les avait jamais vus, il les connaissait : c'était donc ça, les fameux Sombrals. De nombreuses personnes dans la foule pouvaient les voir, d'après les exclamations qu'il entendait. Encore un des effets de la guerre, pensa George, tous ces gens ont donc vu la mort… Les "chevaux", attelés deux par deux semblaient se diriger seuls: chaque attelage tirait une cariole dans laquelle était posé deux cerceuils. Georges baissa les yeux: il ne voulait pas voir ça. Mais il ne fût pas assez rapide et malgré lui il entrevit le bois clair du cerceuil de son frère. Il se sentit alors sur le point de s'écrouler et il fut l'un des premiers à se rasseoir.

Le reste de la cérémonie lui parut très flou: les images étaient brouillées, les sons déformés. Une seule chose lui paraissait à peu près claire. C'était son jumeau, la moitié de lui-même qu'on enterrait et lorsque les cerceuil furent descendus dans leur fosse, ils se serait volontiers jeté dans le trou de son frère. Le fait d'être entéré vivant ne pouvait pas être plus douloureux que ce qu'il ressentait. Mourir, et alors? On n'aurait qu'à rajouter un prénom sur la plaque et puis voilà.

A la fin, la plupart des gens partirent afin de laisser les familles dans leur intimité. Sa famille resta un peu puis s'en alla, ils devaient sentir qu'il avait besoin d'être seul. Il n'avait plus aucune envie de vivre, à quoi cela servait-t-il au final? On né, on vit, on meurt, fin de votre existence. Le pire est que la mort pouvait arriver n'importe quand, un jour vous êtes là et le lendemain vous êtes entre quatres planches dans un trou. La plupart des gens disent qu'ils faut penser aux survivants: oui peut-être mais il ne faut pas se forcer à vivre non plus!

Il jeta un regard aux lettres d'or savamment entrelacées qui formaient le prénom de la moitié de lui-même. Pourquoi? songea-t-il. Tu as vu dans quel état tu nous laisses? En fait c'est toi le plus tranquille, tu n'a plus à te soucier de rien! En plus, mort pour une noble cause, rien à te reprocher. Si tu savais à quel point j'aimerais aussi être comme toi. Eh bien oui, j'aurais préféré mourrir que d'être là, à devoir survivre, car même si physiquement je suis toujours sur cette foutue planète, tout l'intérieur est vide, tu m'entends Fred, je suis mort de l'intérieur!

Il se s'était pas rendu compte qu'il criait. Si quelqu'un était là, à le voir hurler comme un hystérique devant la tombe de son frère il était bon pour Ste-Mangouste, mais peu lui en importait. Une main, légère et craintive, se posa sur son épaule. Il se retourna et croisa le regard d'Angelina. Il y avait encore des traces de larmes dans ses yeux noisettes et dans leur regard passa tout ce qu'ils n'arrivaient pas à dire: que leur brouille n'était due qu'au fait qu'ils étaient tous à bout de forces, qu'il ne serait jamais plus le même maintenant et qu'en elle aussi il y avait quelque chose de brisé, comme chez tous les sorciers qui avaient pris part de près ou de loin à cette guerre.

Lorsqu'elle parla, ce fut d'une voix douce et posée:

"Tu devrais aller dans la Grande Salle, ta famille t'y attends"

Georges opina mécaniquement de la tête et il se résolut à y aller. Lorsqu'il eu fait une centaine de mètres, il se retourna et vit la jeune femme agenouillée devant la stèle de marbre gris: elle pleurait surement. Elle aussi voulait sans doute être seule. En reprenant sa route, il se dit que cette guerre leur avait tous arraché quelque chose, qu'il s'agisse d'un proche ou d'un ami ou alors de leur innocence et leur jeunesse. Puis il se rappella cette promesse fait le jour de la bataille et quelque chose se ralluma en lui.

Il avait encore une raison de vivre. Il allait tuer Rockwood.