OS 2 : Vous avez tord.
Pairing : Snow White/Lilith
La voix implacable de la reine résonna dans la pièce.
« Vous êtes renvoyée ! »
Le regard de la jeune servante la traversa, empli de surprise.
Anna était une jeune chambrière, qui travaillait au château, au service de la princesse Snow White.
La vie au château n'était pas forcément des plus faciles, surtout depuis que le roi était parti à la guerre et que la reine avait repris le contrôle.
Anna ne la détestait pas, mais c'était le cas d'autres, notamment de la cuisinière Maddy, qui, elle, avait été renvoyée du château quelques temps auparavant.
La peur régnait au château, sans doute parce que la reine avait des pouvoirs, disait-on, de la magie noire, sombre, mauvaise.
Anna, elle, n'y croyait pas.
Elle n'arrivait pas à croire que cette femme si jeune, si gentille à une époque et qui semblait autrefois si douce pouvait être réellement aussi méchante que les autres le disaient.
Cela ne pouvait pas être possible.
Et pourtant, la reine venait tout juste de la renvoyer.
Et pourquoi ?
Tout comme avec Maddy, pour rien.
Qu'avait-elle donc fait pour mériter un tel sort ?
Elle allait devoir partir, elle n'avait donc plus rien à perdre, et plus que tout, elle voulait comprendre.
Comprendre la raison d'un tel acte, et même comprendre la reine en générale.
Comprendre cette haine qu'elle semblait ressentir contre Snow White et qu'elle affichait contre la pauvre princesse qui pourtant ne lui avait rien fait.
Comprendre comment en quelques années, cette tendre affection qu'elle ressentait à son égard avait bien pu disparaître.
Comprendre d'où venait cette noirceur.
Comprendre pourquoi elle faisait ainsi semblant.
La comprendre, en somme.
« Qu'ai-je donc bien pu faire pour m'attirer votre courroux votre majesté ? Vous ai-je un seul jour manqué de respect, ai-je failli à ma tâche, ou bien ai-je été inconvenante vis-à-vis de la princesse ? »
Le regard de la reine s'assombrit aussitôt à ces mots, et la servante comprit qu'elle avait certainement visé juste, sans vraiment le vouloir ou le savoir.
Ah, la princesse ! Il fallait donc bel et bien que tout le monde ramène tout à cette jeune femme, se dit la reine, agacée, bien que ne pouvant que comprendre pourquoi.
La belle princesse aux longs cheveux noirs et aux yeux violet. La douce princesse, si gentille, si bonne, si respectueuse, si… parfaite.
La princesse qui semblait si proche de sa servante…
« Alors ça a à voir avec elle, pas vrai ? J'aurais dû m'en douter… Mais et quoi ? Qu'est-ce que ça a à voir avec moi exactement ? Qu'est-ce que je vous ai fait ?
- Vous l'avez touchée, siffla Lilith, avec la voix emplie de colère et de haine.
- Que… hoqueta Anna, avant de se taire, ne comprenant rien à ce qu'il se passait. »
Attendez quoi ?
Qu'est-ce que… quoi ?
La jeune femme n'arrivait plus à réfléchir, comprenant encore moins ce qu'on pouvait bien lui reprocher réellement.
À moins que…
« Vous étiez là ? Hurla-t-elle, presque hystérique. Que… de quel droit ! Ou alors vous nous avez observées avec votre miroir, c'est la seule explication possible, continua-t-elle, effarée. »
Elle avait, quelques heures plus tôt, parlé avec une Snow White dévastée, en pleurs, se lamentant que sa belle-mère ne l'aimait pas, qu'elle ne pourrait jamais espérer que sa haine, et rien d'autre, alors qu'elle aurait voulu plus, tellement plus.
Et Anna avait su lire entre les lignes tout l'amour que la princesse portait en réalité à l'autre femme.
Elles avaient parlé pendant des heures, Anna tentant de consoler la princesse, qui continuait de pleurer, enfin, Anna surtout avait parlé, c'était pas vraiment une réelle discussion.
Et puis après cela, les choses… avaient dérapé.
Si l'on peut dire.
Ce n'était pas vraiment arrivé de cette manière, mais disons tout simplement que quelque chose était arrivé.
Trois fois rien, une petite chose en somme, enfin, dans une situation normale.
Un baiser.
Il y avait eu un baiser entre les deux femmes.
Correction.
Snow White avait embrassé Anna.
Un baiser sans passion, sans amour, sans quoi que ce soit, juste du désespoir et de la douleur.
Seul moyen pour la princesse – du moins, le pensait-elle – de se défaire de sa douleur, de sa peine, et de toutes ces choses qui lui pesaient horriblement sur le cœur, qui la brisaient de plus en plus.
C'était ce que Lilith avait vu et, le cœur en morceaux, elle n'avait pas voulu aller plus loin, et s'était détourné de son miroir, la rage au cœur, décidée à la faire partir, cette petite pimbêche, qui osait toucher à sa princesse, et ce, le plus vite possible !
Ce qu'elle n'avait pas vu, c'est que, la seconde d'après, Anna l'avait repoussée.
« Princesse ! S'était-elle exclamée, indignée. »
Parce que c'était vrai quoi, on embrassait pas les gens comme ça voyons !
« Désolée, fit la jeune femme avec gêne, c'est seulement que… j'étais tellement... »
J'ai tellement mal.
Je suis tellement désespérée.
J'aimerais croire que tout ne finira pas mal.
« Peu importe… princesse, ce n'est pas ce dont vous avez besoin.
- Qu'en sais-tu ? Que sais-tu de ce dont j'ai besoin, ou même de ce que je veux ?
- Vous ne m'aimez pas. Vous avez juste mal, vous vous sentez seule, blessée, et vous pensez que tout est en train de s'écrouler autour de vous. Je vous comprends, mais vous devez garder espoir.
- S'il te plaît Anna… Ne me laisse pas. »
La jeune servante laissa la princesse s'allonger dans son lit, avant d'elle aussi se mettre à ses côtés, la serrant dans ses bras.
« Ne vous en faites pas princesse… je reste là, je vous le promets. »
§§§§
Anna envoya un sourire sans joie à la reine.
Alors ce n'était que cela ?
De la colère, pour un simple baiser ?
Puis, elle fronça les sourcils.
Non, ce n'était pas que cela, cela allait beaucoup plus loin.
Il y avait quelque chose, dans la voix de la reine, qui s'apparentait à…
Mais non, c'était impossible.
« Vous être jalouse ? »
La reine sursauta de surprise, et se tendit, se sachant démasquée.
La servante lui sourit.
« Vous l'aimez, n'est-ce pas ? »
Elle ne lui répondit pas.
« Ça explique tellement de choses, murmura la jeune femme. »
La reine ne savait pas réellement ce que cela pouvait expliquer, mais elle ne chercha pas à le savoir.
« Dehors, fit-elle, sans même essayer de comprendre ce qu'il s'était passé.
- Vous avez tord, ma reine. »
Et elle partit.
