Comme promis, voici la partie 2 de ce one-shot qui pourrait bien réserver quelques surprises...


En rentrant, Erin n'avait pas pris la peine de prendre une douche, de se changer ou de manger un morceau. Elle s'était directement écroulée sur le canapé, avait fermé les yeux et s'était endormie. Pourtant, comme toujours, les mêmes images revenaient agiter son sommeil. Chaque rêve semblait plus violent que le précédent. Elle en ressortait toujours à bout de souffle et épuisée. Son médecin lui avait dit que ça passerait avec le temps mais elle ne notait aucune amélioration. Cette nuit-là, Erin allait une nouvelle fois rester éveillée, vaincue par ses démons. Elle demanderait un nouveau rendez-vous à son médecin le lendemain. Si elle ne s'écroulait pas avant. Quand elle eut reprit ses esprits, elle tituba jusqu'à la cuisine. Elle ne sut pas ce qu'elle cherchait vraiment avant que ses yeux ne tombent sur la bouteille de whisky posée sur le plan de travail. Elle n'y avait pas touché depuis des mois. C'était la seule bouteille d'alcool de tout l'appartement. Elle l'avait gardée pour se rappeler la raison de son combat. Néanmoins, ce soir, elle ressentait le besoin de s'anesthésier, de ne plus rien ressentir et de pouvoir enfin dormir. Pouvait-elle seulement briser la promesse qu'elle avait faite à Antonio ?

Elle toucha la bouteille du bout des doigts. En boire ne serait-ce qu'une goutte mettrait fin à des mois de sevrage. Etait-elle prête à tout foutre en l'air ? Elle ressentait le besoin de se débarrasser de la douleur, de ne pas penser pour pouvoir dormir un peu. Cette bouteille ne ferait taire ses démons que pendant quelques heures et en créeraient d'autres à son réveil. Elle s'en détourna brusquement, s'empara de son téléphone et appela Antonio pour s'empêcher de faire une bêtise. L'appel tomba directement sur la messagerie vocale.

Rageuse de se sentir aussi seule et désemparée, Erin se saisit de la bouteille et d'un verre. Elle posa brutalement le tout sur la table basse et se servit un verre. Elle allait en avaler le contenu quand on frappa à la porte. Elle fut surprise mais se leva pour aller ouvrir. Un homme se tenait sur le seuil. Il lui adressa un sourire amical qu'elle retourna à moitié.

_ Bonjour, je suis votre nouveau voisin. Je viens d'emménager et j'essaie de me familiariser avec les lieux et les personnes.

_ Bonjour, répondit-elle simplement. Bienvenue dans l'immeuble. J'espère que vous vous y plairez.

_ Je l'espère aussi. Pour le moment, vous êtes la seule à m'avoir répondu.

_ S'ils vous posent problème, appelez-moi directement. Je règlerais ça.

L'homme ne parut pas saisir le sens de sa phrase. Il haussa un sourcil interrogateur pour qu'elle s'explique sur ses propos.

_ Je ne suis pas sûr de comprendre.

_ Erin Lindsay, CPD, répondit-elle en tendant une main.

_ Ron Edwards, simple comptable, dit-il en serrant la main de Lindsay. Je dois donc être rassuré d'avoir un officier sous le même toit que moi ?

_ Vous pouvez.

_ Et à quoi buvez-vous officier ? Demanda-t-il en désignant le verre qu'elle avait toujours à la main.

_ C'est une longue histoire. Et je suis détective.

_ Pardonnez-moi. N'est-ce pas triste de boire seule, détective ?

Le sourire de Ron était chaleureux et sa présence faisait oublier à Lindsay la raison première de son besoin de boire un verre. Le comptable lui paraissait bien sympathique, quoiqu'un peu curieux.

_ J'ai une idée. Si on faisait connaissance autour d'un verre ou deux ? Je prête les verres, vous offrez la bouteille.

_ C'est une excellente idée ! J'ai justement une bouteille d'un excellent vin. Je vais la chercher.

Il ne fallut pas longtemps avant qu'ils ne se retrouvent assis sur le canapé d'Erin à discuter comme s'ils se connaissaient depuis toujours. Le verre de whisky qu'elle s'était servi était sur la table basse, elle n'y avait pas touché. Le vin apporté par Ron était moins fort que son whisky mais il avait l'effet escompté… A moins que ce ne soit la présence du comptable. Ce dernier avait réussi à lui faire oublier pourquoi elle voulait boire, sa solitude et son attitude pleine de vitalité insufflait un peu de vie dans son cœur meurtri.

Elle n'en était qu'à son deuxième verre de vin. Pourtant, elle ressentait parfaitement l'engourdissement et la chaleur dus à l'ivresse. Le vin combiné à la fatigue et à la distraction apporté par Ron embrumaient son esprit et l'obligeaient à se détendre. Elle s'enfonça dans son canapé et éclate de rire en entendant Ron lui raconter une folle anecdote qui lui était arrivé à son bureau. Elle l'observait tandis qu'il continuait de lui parler. Son ton était doux et calme, ses yeux étaient rieurs et ses lèvres… Cet homme ne connaissait rien de son histoire. Il n'était pas là pour la surveiller, ni pour la faire parler. Il était seulement là pour apprendre à la connaître. Elle l'appréciait beaucoup, peut-être même un peu trop. Elle lui souriait pendant qu'il lui parlait. Le vide occasionné par le brusque départ de Nadia était rempli par la présence de Ron. C'est sans doute la raison pour laquelle elle se pencha soudain vers lui pour l'embrasser.

Surpris, il s'arrêta aussitôt de parler et, quand elle voulut recommencer, il la repoussa gentiment avec un sourire désolé. Rouge de honte, elle reposa son verre à moitié plein sur la table et cacha son visage dans ses mains.

_ Je suis désolée, je ne sais pas ce qui m'a pris.

_ Ce n'était rien.

_ Merci de ne pas avoir profité de cette occasion.

_ Jamais je n'abuserai d'une femme. Même si je vous trouve particulièrement plaisante à regarder. Vous n'êtes pas sobre et…

Il s'interrompit en la voyant éclater en sanglots. Il était confus à propos de sa réaction. Son rejet l'avait-il blessée ? Il ne savait pas trop comment interpréter ces larmes alors il se rapprocha d'elle et posa les mains sur ses épaules. Il l'obligea à relever la tête et à cesser de se cacher. Quand son regard rencontra les yeux noisette de la jeune femme, il vit combien elle était vulnérable et fragile derrière sa façade de flic endurci. Quel sombre secret cachait-elle ? De quel terrible événement avait-elle été témoin pour s'en sentir aussi mal ?

_ Nadia dit toujours que je devrais m'éclater et profiter de la vie mais… Je ne suis pas douée pour les relations sociales en dehors du boulot.

_ Vous voulez que je l'appelle ? Je veux dire, votre amie. Vous voulez qu'elle vienne ?

Quelques secondes s'écoulèrent avant que la portée de ses mots n'atteigne la conscience embrumée d'Erin. Cet homme si gentil ne comprenait pas qu'il venait de retourner la lame que la mort de Nadia avait plantée dans son âme. S'il avait pu l'appeler, elle ne serait certainement pas dans cet état lamentable. Cependant, plutôt que de lui expliquer la situation, elle s'étouffa dans ses sanglots qui redoublèrent d'intensité.

_ Tout est de ma faute. Je l'ai conduite à la mort comme on conduit un animal à l'abattoir ! Elle est morte par ma faute, pour un stupide gâteau d'anniversaire !

Le reste de ses divagations se perdit dans une nouvelle crise de larmes. Sans comprendre la raison de cette tristesse, de ce désespoir si profond, Ron la prit dans ses bras et la serra contre lui. Elle ferma les yeux et s'agrippa à lui comme on s'accroche à une bouée de sauvetage. Elle pleura un long moment et il ne la lâcha pas de tout ce temps. Il attendit qu'elle se soit complètement calmée avant de reprendre la parole.

_ Vous voulez que j'appelle quelqu'un ? Demanda-t-il doucement. Peut-être un ami, ou un parent ?

_ Non, je… bredouilla-t-elle. Je voudrais que vous restiez avec moi si cela ne vous dérange pas.

_ D'accord. Je vais juste aller chercher un verre d'eau.

Il amorça un mouvement mais se ravisa en sentant Lindsay affirmer son emprise sur lui. Ils se connaissaient à peine mais elle se servait de lui comme une ancre pour rester dans le monde réel, pour ne pas tendre la main à ses démons.

_ Ne partez pas. Ne me lâchez pas. S'il vous plait.

_ Je ne vous lâcherai pas, c'est promis.

Il la berça doucement alors qu'elle lui demandait encore et encore de ne pas l'abandonner, de ne pas la lâcher. Sa voix s'éteignit progressivement et sa respiration saccadée se fit de plus en plus calme et profonde. Ron ne s'aperçut pas tout de suite qu'elle s'était endormie et continuait à la bercer comme une enfant. Quand elle desserra inconsciemment son emprise, il l'allongea délicatement sur le canapé et la recouvrit avec une couverture qui était pliée sur le dossier. Il commença à ranger tout en gardant un œil sur elle. Sur la table basse, le téléphone ne cessait de vibrer, signant des messages et des appels. Ne voulant pas que le vibreur la réveille, il prit le portable pour le ranger dans une autre pièce mais le dernier message reçu attira son attention. Il était de Trudy Platt.

De Trudy Platt, à Erin Lindsay :

"Lindsay, je m'inquiète vraiment à votre sujet. Si tout va bien, répondez à ce message."

De Erin Lindsay, à Trudy Platt :

"Erin s'est endormie. Elle avait vraiment besoin de sommeil."

De Trudy Platt, à Erin Lindsay :

"Qui êtes-vous ?"

De Erin Lindsay, à Trudy Platt :

"Un voisin. Nous discutions quand ses nerfs ont lâché."

De Trudy Platt, à Erin Lindsay :

"Comment va-t-elle ?"

De Erin Lindsay, à Trudy Platt :

"Je suis mal placé pour vous répondre. Elle s'est endormie dans mes bras en me demandant de ne pas la lâcher. Je ne suis pas médecin mais je pense qu'il vaut mieux qu'elle ne reste pas seule cette nuit. Savez-vous qui je peux contacter pour veiller sur elle ?"

De Trudy Platt, à Erin Lindsay :

"Je préviens son supérieur. Restez avec elle jusqu'à ce qu'il arrive."

De Erin Lindsay, à Trudy Platt :

"D'accord. Merci de votre aide."

Ron reposa le téléphone sur la table basse et s'assit auprès d'Erin. Il repoussa ses cheveux derrière son oreille et observa son visage. En dehors des traces de larmes séchées, rien n'indiquait qu'elle souffrait. Et pourtant, ce soir, il l'avait vue sans sa carapace, sans son masque social. Il avait vu la douleur et il l'avait laissée l'exprimer. Désormais, son sommeil paraissait paisible.

Il se demanda un instant quelle était la relation entre Erin et son supérieur. Pour que ce soit lui qui se déplace, ils devaient être proches. Peut-être que ses collègues étaient également sa seule famille. Il l'ignorait, s'en fichait mais il espérait seulement que ce supérieur serait capable de prendre soin d'Erin comme elle le méritait. Le téléphone vibra. Cette fois, c'était un appel. Quelqu'un d'autre cherchait à joindre Lindsay, quelqu'un du nom de Hank Voight.


Je vous publie la suite demain... Si je n'oublie pas. :)