Snape : le voilà ! :)
Foxym : merci beaucoup ! :)
Pandora : yep, c'est vrai que le prologue est un peu court :) Voilà la suite, qui est plus longue :)
Chapitre 1
J'avale difficilement ma salive. A dix-huit ans, mon nom devant à la base être inscrit sept fois, il avait été noté dix-sept fois à cause des tesserae que j'ai pris pour nourrir ma famille. Mon frère est à des rangées derrières moi ; je ne le vois pas. Je jette un coup d'œil à ma mère et à mon père… Ils me regardent, inquiets. Je hoche la tête pour leur faire comprendre que ça va. Je ne veux pas paraître faible dès la Moisson. Il y aura d'autres tributs bien plus forts et robustes que moi, et je n'ai pas envie qu'ils pensent que je suis une proie facile. Je relève la tête et m'avance vers l'estrade où le frêle corps de Clara tremble de tous ses membres. Première enfant d'une famille de trois, je sais qu'elle aussi a pris des tesserae dès que possible. Léanor Arday me fait signe de monter. Comme le veut la tradition, nous écoutons le Maire et son discours, puis je sers la main de ma partenaire. Elle est si petite comparée à la mienne. Sans parler, je mime à Clara un « ça va aller », qui se veut réconfortant mais qui semble lui remonter un nouveau sanglot au creux de la gorge qu'elle essaye tant bien que mal de dissimuler avec un petit raclement.
Les Pacificateurs nous emmènent dans l'hôtel de justice et nous séparent dans deux pièces différentes. La mienne est vaste et luxueuse, ornée de papier-peint brun clair et d'un sol en plancher de bois. Plusieurs canapés en cuir noir comblent l'espace, accompagnés d'un bureau en acajou, de quelques meubles çà et là et de tableaux accrochés aux mûrs. Je les observe en attendant que quelqu'un entre. Je sais à quoi sert cette pièce ; c'est l'emplacement où presque tous les parents voient leur fille ou leur fils en vie pour la dernière fois. Sauf quelques rares exceptions, aucun enfant n'est revenu sain et sauf de l'arène où se déroulent les Hunger Games. Nous sommes aux septante-troisième Jeux, et en septante-trois ans, nous n'avons connus qu'une poignée de Vainqueurs, dont Johanna Mason et Blight, tous deux présent à la Moisson. Cette année, ils seront les Mentors du district Sept. Johanna est âgée d'à peine un an plus que moi. Elle a gagné les septante-et-unième Hunger Games à dix-sept ans.
La porte s'ouvre alors sur ma mère, mon père et mon frère. Ils me regardent un moment en restant interdit, dans un silence dont chaque autre tribut avant moi a sans doute très bien compris le sens. Aucun parent de notre district ne pense que son enfant puisse remporter les Jeux, même s'il l'espère atrocement.
Ma mère me sert dans ses bras et me murmure des choses que je peine à comprendre tellement sa voix est enrouée. Mon père se contente de poser ses deux mains sur mes épaules. Il n'a jamais été très démonstratif, sentiment que j'ai hérité de lui, d'après mon frère. Roan m'adresse un sourire timide, et pour lui prouver qu'il a tord, je le soulève de terre et le sers contre moi. Je songe alors que ce moment avec ma famille pourrait sûrement le dernier. Mais nous n'avons pas beaucoup le temps d'y penser, car aux yeux du Capitole, trois minutes sont assez pour se dire au revoir. Ma famille est sortie de la pièce par les Pacificateurs et quelques secondes plus tard, ce sont deux autres personnes qui font leur entrée. Il s'agit de mon meilleur ami et de sa sœur. Ils me disent des choses rassurantes. Avec eux j'ai l'impression d'avoir déjà gagné. Ils sont gentils de vouloir m'aider, mais je sais que j'ai peu de chance de m'en sortir en vie. La dernière de mes visites et celle dont je m'attendais le moins ; le dernier des frères de Clara, ma partenaire. Il doit avoir quatre ans, tout au plus. Il s'avance en se tordant les mains. Il traîne avec lui un morceau de chiffon sale qui doit lui servir de peluche, à défaut d'avoir assez d'argent pour pouvoir en acheter une plus convenable.
- Est-ce que tu pourras faire en sorte que ma sœur gagne ? me demande-t-il tristement.
J'ouvre la bouche, mais rien n'en sort. Je décide alors de me baisser à sa hauteur au moment où la porte s'ouvre à la volée sur le père de Clara qui agrippe sévèrement la main de son fils et qui le traîne vers la sortie.
- Je suis désolé, nous ne voulions pas t'importuner, s'excuse-t-il en partant aussi rapidement qu'il est entré.
Je veux lui dire que ça ne fait rien, mais la porte s'est déjà refermée sur elle-même. Je reste figé pendant un moment. La tristesse éternelle de vingt-trois familles est une des conséquences des Hunger Games. Le Capitole nous montre sans cesse la puissance qu'il détient sans oublier de nous rappeler que nous ne possédons rien. Que nous ne sommes que des pions, et que la mort d'enfants n'a pas assez d'importance dans leur humilité pour que ce massacre puisse un jour s'arrêter.
Dans les heures qui suivent, Clara et moi sommes emmenés au train qui nous conduira à la capitale. Nous sommes filmés un moment pour que tout le monde ait le prestige de voir les tributs du district Sept sous leurs moindres recoins, puis nous montons dans un compartiment. L'intérieur est encore plus luxueux que l'hôtel de justice. Il y fait une clarté éblouissante à laquelle une touche de contraste est apportée par les meubles foncés. Léanor Arday nous demande de nous asseoir dans un des canapés. J'y prends place en m'installant près d'une fenêtre. Le train démarre aussitôt, et d'une seconde à l'autre, je peux voir le paysage défiler sous mes yeux. Je ressens un pincement au cœur lorsque nous quittons les frontières du district Sept, notre maison. Là où j'ai vécu pendant 18 ans.
Il se dit des choses entre l'hôtesse et les mentors, mais je les écoute à peine, et je pense que Clara fait pareil que moi. Du coin de l'œil, je la vois lisser, plier et déplier frénétiquement un morceau de tissu. Je réagis cependant lorsque j'entends mon prénom. Je lève le regard et rencontre trois paires d'yeux qui nous regardent, Clara et moi. J'esquive un sourire désolé, et me joins à la table à laquelle Johanna, Léanor et Blight sont en train de discuter, visiblement de nous puisqu'ils réclament notre attention.
- Nous vous disions simplement que nous arriverons au Capitole demain vers quatorze heures, nous dit Blight.
Je hoche la tête mais Clara ne montre pas le moindre signe d'écoute. Personne ne peut lui en vouloir ; elle a douze ans et elle va certainement mourir incessamment sous peu.
Je reste assis à la table ronde, faisait mine de m'intéresser à la conversation qui a divagué vers la mode vestimentaire du Capitole, mais en réalité je suis plutôt dans le même état d'esprit que ma partenaire. Je suis mort de peur. Mort de peur et complètement perdu. Ca fait beaucoup pour une première journée. Moi qui ne voulais pas montrer mes faiblesses, je pense que cette idée s'est bien vite laissée tomber. Qui plus est, je ne sais même pas si les caméras nous expient aussi à l'intérieur du train, auquel cas mes chances d'obtenir des sponsors une fois dans l'arène ont déjà été réduites.
