Deuxième partie
Un peu plus tard dans la nuit, Jack en était à sa deuxième chope de rhum et était particulièrement détendu, quand une blonde pulpeuse vint s'installer sur ses genoux en se trémoussant et lui mettant sous le nez son décolleté pigeonnant. Il en demeura bouche bée, quelques secondes, comme hypnotisé.
« Bonsoir, gloussa-t-elle d'une voix quelque peu nasillarde. J'm'appelle Giselle, et toi, c'est quoi ton nom, beau brun ? »
L'espace d'un instant, il avait oublié. Il secoua la tête et releva les yeux vers son visage. Elle avait un joli minois caché derrière une épaisse couche de maquillage vulgaire. Il ne parvint pas à déterminer son âge. Tout ce fard la vieillissait affreusement.
Il se racla la gorge et remit ses neurones en marche.
« Euh… je suis le capitaine Jack Sparrow, se présenta-t-il, légèrement éméché, passant un bras autour de sa taille. Enchanté de faire ta connaissance, belle Giselle. »
Le compliment la fit rire à gorge déployée, offrant ses formes généreuses à son regard affamé. Il sentit les vapeurs d'alcool lui monter à la tête et la chaleur du corps de la fille de joie contre le sien acheva de l'enivrer. Il fit mentalement le compte des jours passés en mer, des jours passés sans…
« Capitaine ! s'exclama-t-elle, interrompant ses pensées. Tu dois avoir un gros bateau. »
C'était dit avec tant d'innocence feinte, et il avait un tel besoin charnel, qu'il trouva cette petite phrase ambiguë.
« Oh oui, il est très gros, il est… énorme… impressionnant. Il fait souvent peur aux jeunes filles, d'ailleurs, » se vanta-t-il, cédant à l'ambigüité de la situation.
Il allait passer à la vitesse supérieure et lui proposer de faire plus ample connaissance quand, du coin de l'œil, il vit Hector Barbossa, son second, pénétrer dans la taverne et se diriger vers lui. Voilà qui annulait ses plans pour la nuit. Il soupira.
« Bugger…
- Quoi ?
- Un imprévu. Désolé, je crois qu'il va falloir remettre cette conversation très intéressante à plus tard, ma belle, répondit-il, avec une moue déçue et l'invitant à quitter son giron.
- Je t'attendrai, » murmura-t-elle en se levant et lui décochant un clin d'œil séducteur, avant de s'éloigner.
Jack la regarda disparaitre dans la foule de pirates présents dans la taverne, puis tourna les yeux vers Hector, dont la vision était beaucoup moins agréable.
« Jaaaaack ! salua ce dernier, un rictus carnassier accroché aux lèvres.
- Hector ! Et c'est capitaine Jaaaaack, au fait ! » rétorqua-t-il, un peu agacé par son ton.
Faisant fi de son commentaire, Barbossa prit place face à lui et fit signe à une serveuse de leur apporter chacun une chope de rhum.
Ils burent en silence pendant cinq bonnes minutes, des minutes qui leur parurent très longues à tous deux. Barbossa réfléchissait à la meilleure façon de faire parler Jack, et celui-ci, qui ne se doutait pas de ce que manigançait son second, eut néanmoins un mauvais pressentiment et se sentit tout à coup mal à l'aise.
N'en pouvant plus de ce silence qui s'éternisait, il décida de briser la glace.
« Visiblement, il n'y a pas le feu au Pearl, tenta-t-il de plaisanter, avant de devenir inquiet. N'est-ce pas ?
- Nan, ricana Hector, que l'inquiétude de Jack amusait grandement. Je suis juste venu trinquer avec mon capitaine, en toute camaraderie, » ajouta-t-il, ne parvenant pas à avoir l'air sincère.
Jack fronça les sourcils, dubitatif. Ce n'était pas le genre d'Hector de venir « trinquer avec son capitaine » et encore moins « en toute camaraderie ». De deux choses l'une : soit, il était déjà rond comme une barrique, soit il lui cachait quelque chose. Mais, il n'avait pas eu l'air de tituber en arrivant, et il parlait encore clairement…
Non, il y avait anguille sous roche. C'était louche.
Finissant sa chope, Barbossa fit signe à la serveuse d'apporter une nouvelle tournée, l'air de rien.
Une heure plus tard, ce fut Jack lui-même qui fut rond comme une barrique. D'ordinaire, il ne savait pas dire non à l'appel du rhum, mais, cette nuit-là, les chopes s'étaient succédées à une telle vitesse qu'il n'avait pas été capable de résister. Les quelques inquiétudes qu'il avait eues au sujet de l'attitude d'Hector avaient été endormies.
Barbossa était satisfait. Son plan avait fonctionné à merveille. Il avait beau être saoul lui-même, il était encore tout à fait conscient de la situation, assez pour s'apercevoir qu'il était temps de passer aux choses sérieuses. Sparrow avait eu son compte, un peu plus et il ne parlerait plus du tout. Il était temps de rentrer.
A ce moment-là, voulant se redresser dans son siège et ajuster son tricorne sur sa tête, Jack bascula et tomba de sa chaise à la renverse, les quatre fers en l'air.
Feignant la bienveillance, le second lui proposa son aide et c'est ainsi qu'ils rentrèrent au Black Pearl, cahin-caha, Hector soutenant son capitaine d'un bras ferme, et le capitaine en question chantonnant à tue-tête et bredouillant des choses qui n'avaient aucun sens.
« Hic- On forme une-une sacrée équi-hips-e toi et moi, mon cher Hic-tor, balbutia-t-il, esquissant un sourire benêt.
- Ouiii, acquiesça Barbossa, dans un rictus hypocrite. Pour sûr. Et justement, je me disais que comme dans une équipe on doit tout partager, ça vaut aussi pour l'emplacement du trésor de Cortès. J'imagine que tu sais où il se trouve.
- Quel trésor ? demanda Jack, semblant ne pas se souvenir, ce qui provoqua l'inquiétude de son second. Aaaah, oui, LE trésor ! s'exclama-t-il tout à coup, la mémoire lui revenant. Hic- Aucune idée. »
Refusait-il de coopérer ? Cette réponse ne fut pas du goût de Barbossa qui faillit perdre patience et le laisser tomber pour rentrer tout seul au Black Pearl, quand Jack reprit :
« Y avait une énim… une inig… une énigme au dos du croqu-hips... Mais c'est du chinois… Enfin, non, c'était de l'hips-pagnol, mais j'ai traduit… pas en chinois, hein –hic-… mais au final c'est quand même du chic-nois, alors… »
Une énigme ? Qu'est-ce que c'était que cette histoire, encore ? Bien sûr, Barbossa s'était douté que le trésor de Cortès n'allait pas être facile à trouver, mais… une énigme ? Sparrow était sûrement en train de débloquer.
« Ca parlait de capa… capara… hips- carapace, et de soleil qui se couche… euh non, qui se lève et qui se couche… euh, non –hic- c'est pas ça non plus… qui se couche et qui… je sais plus, » bredouilla Jack, de plus belle.
Le second leva les yeux au ciel, exaspéré. Même saoul comme un cochon, « son capitaine » était bavard et insupportable. Certes, le but avait été de le faire parler, mais quand il était lancé on ne pouvait plus l'arrêter.
« Euh, si je pouvais jeter un œil à cette énigme, peut-être que je pourrais t'aider à la déchiffrer. Où as-tu mis le croquis ? » interrogea Hector, tentant, en vain, de ne pas paraitre trop insistant.
Mais Jack n'était désormais plus en état de se méfier, et il lui donna la réponse, à la grande satisfaction du second qui ne put réprimer un sourire triomphal. Le trésor de Cortès était à portée de main, et le Black Pearl serait à lui, cette nuit-là même. Il deviendrait bientôt le capitaine Hector Barbossa.
…
Quand ils montèrent à bord du Black Pearl, Jack était tellement imbibé qu'il en perdit connaissance et sombra dans un sommeil profond. Le plan de Barbossa continuait de fonctionner à merveille. Son ex-capitaine était un incapable, ça avait été presque trop facile.
Exaspéré par la proximité de ce dernier, il s'en débarrassa soudain pour le coller dans les pattes du géant sans nom.
« Mettez-moi cette limace aux fers ! ordonna-t-il. Et arrangez-vous pour qu'il reste en vie jusqu'à notre prochaine escale ! »
Puis il tourna les talons et se dirigea vers la cabine du capitaine où était censé se trouver l'indice menant au trésor. Il ne prit pas de gants pour le chercher et retourna toutes les affaires de Sparrow sur son passage. Il n'eut aucune délicatesse pour les effets de son désormais prédécesseur, qu'il méprisait par-dessus tout.
Quand il trouva le bout de tissu, il le retourna, lut l'énigme, et recommença à fouiller. C'était de l'espagnol, et il ne connaissait pas l'espagnol, mais Sparrow lui avait dit avoir traduit ces lignes, quelque part. Il fourragea parmi les nombreux parchemins qui s'entassaient pêle-mêle sur la table et mit enfin la main sur la traduction.
Jadis une vieille croix engloutie
Je suis un tombeau pour celle qui gît
Ne me reconnait que celui qui m'a vue
Je disparais aux yeux des inconnus
Ecumeur des mers, pour me découvrir
Vingt milles il te faudra parcourir
Tournant le dos à la carapace
Là où le soleil renaît mais jamais ne trépasse
Il leva les yeux au ciel.
« Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? » marmonna-t-il, agacé.
Néanmoins, il fut presque sûr d'une chose : à en juger par le croquis qui se trouvait de l'autre côté, la croix faisait sans nul doute référence à la forme de l'île sur laquelle se trouvait le trésor. Mais que signifiait cette histoire de gisante, de carapace et de soleil, il n'en avait aucune idée.
Repoussant le problème dans un coin de son cerveau, il fourra le bout de tissu et la traduction dans la poche intérieure de sa veste et sortit.
Tout l'équipage était rassemblé sur le pont, Twig et Koehler en tête. Bill Turner était là également, un peu en retrait. Il était fou de rage, il avait appris ce qui venait de se passer et il n'était pas d'accord. Mais il n'avait pas le choix…
« Les amis ! commença Barbossa, s'adressant à tous. Vous m'avez fait confiance, et votre confiance sera bientôt récompensée. J'ai entre les mains l'indice qui nous mènera au trésor de Cortès, et je vous promets, sur ma vie et sur mon honneur, que je ferai de vous des hommes riches ! J'en fais le serment devant Poséidon, lui-même ! »
Il fut acclamé par des cris de « hourra ! » et de « yarrr ! ».
« Que ceux qui sont avec moi me rejoignent ! Quant aux autres… ils sont libres d'aller rejoindre Sparrow dans sa cellule, » menaça-t-il, afin de bien leur faire comprendre à qui ils avaient à faire.
Il y eut un bref silence pendant lequel les pirates semblèrent réfléchir en se regardant tour à tour. Mais nul n'osa protester et tous se joignirent à lui en reprenant leurs hurlements de plus belle. Ils étaient ravis. Ils avaient enfin le capitaine qu'ils voulaient, le capitaine qu'ils méritaient…
Seul Bill le Bottier resta silencieux. Il n'avait aucune envie de partager leur joie ou de se joindre à eux. Il se contenta de les maudire intérieurement. Il se sentait si impuissant. Il se sentait mal aussi. Il n'avait rien dit, rien fait. Maintenant, Jack allait mourir, par sa faute.
…
Le capitaine Sparrow se réveilla le lendemain dans la matinée, avec une énorme gueule de bois qui l'empêcha de réaliser qu'il avait dormi dans une cellule à fond de cale. Il grimaça quand il sentit une odeur désagréable lui chatouiller les narines.
« Qu'est-ce qui pue comme ça… ? » gémit-il, d'une voix rauque.
Ce fut à ce moment précis qu'il prit conscience de son environnement inattendu. Il écarquilla les yeux, surpris, fit la moue et grimaça de plus belle quand il s'aperçut qu'il avait vomi juste à côté de sa « couche » improvisée.
« Bugger… j'étais tellement ivre que je me suis enfermé dans une cellule pour roupiller, » chuchota-t-il, incrédule.
Il avait bien dit qu'il finirait par avoir des ennuis à force de boire !
Il aperçut alors le géant qui faisait le pied de grue devant les barreaux de sa « prison » et il s'approcha de lui, prudent, presque sur la pointe des pieds afin de ne pas l'énerver.
« Euh… hé, mon grand… ! C'est gentil d'avoir veillé sur moi cette nuit, mais fais-moi sortir de là maintenant… s'il te plait, » dit-il, sur un ton presque suppliant.
Mais le maitre d'équipage ne bougea pas et se contenta de lui sourire d'un air machiavélique et moqueur. L'inquiétude de Jack fut réveillée en un instant. Il fronça les sourcils. Qu'est-ce que c'était que cette histoire encore ? A quoi jouait-il ?
« Hahaha, ricana-t-il, comme s'il venait de faire une bonne blague. Non allez, sans rire, laisse-moi sortir. »
Il entendit tout à coup un autre ricanement, descendant les escaliers. Un ricanement hypocrite et grinçant qu'il aurait reconnu entre mille. Barbossa venait à sa rencontre, accompagné de Bill le Bottier.
« Oooh, ne t'inquiètes pas, Jaaaack, tu vas bientôt sortir, dit-il, dans un sourire faussement amical.
- Capitaine ! Capitaine Jack, Hector, je n'arrête pas de te le dire, » rétorqua Jack, perdant son sang froid, cette fois.
Si c'était une blague, ce n'était vraiment pas drôle ! Il était définitivement inquiet désormais. Que s'était-il passé durant la nuit ? Qu'avait manigancé son second ? Qu'avait-il bien pu manquer ? Il tenta de se souvenir de la veille… il était allé à la taverne, comme souvent… il avait bu, comme toujours… il avait même fait la connaissance d'une jolie poupée blonde… et puis Barbossa était arrivé… et le trou noir, il ne se souvenait plus de ce qui s'était produit ensuite.
Cherchant du soutien, il tourna les yeux vers Bill Turner, qui baissa les siens, honteux.
« Je suis désolé, Jack… je suis terriblement désolé, » murmura-t-il, tristement.
Soudain, l'ampleur du drame lui explosa au visage comme un tir de canon. Sentant la panique s'emparer de lui, il appela Bill à son secours.
« Billy… ! Que s'est-il passé ? »
Mais il n'obtint aucune réponse de Bill qui gardait les yeux fixés sur le sol et semblait serrer les dents pour se retenir de hurler lui aussi.
« Ouii ! répondit Hector, satisfait. Tu as devant toi le nouveau capitaine Hector Barbossa !
- Quoi ?! »
Jack n'en revenait pas. Il était en train de faire un cauchemar, il avait trop bu, il allait se réveiller… ! Il se pinça, plusieurs fois, mais dut se rendre à l'évidence, ce n'était pas un cauchemar, c'était trop réel…
Il avait osé. Barbossa avait osé monter une mutinerie contre lui pour se faire nommer capitaine ! Ce type était réellement prêt à tout pour obtenir ce qu'il voulait ! Et il en avait rencontré des types sans scrupules ! C'était la goutte de rhum qui faisait déborder la bouteille, cette fois. La panique laissa place à la colère.
« Alors, c'est ça… ?! C'est ce que tu voulais depuis le début : ma place, cracha-t-il, dégouté.
- MA place, en vérité, rectifia Barbossa.
- Oh oui, je vois… ça ne te plaisait pas de n'être que le second, hein ?! Mais, ça ne change rien, mon gars, tu n'es encore une fois que le second capitaine du Black Pearl. Tu seras toujours le second, que tu le veuilles ou non, le nargua Jack, la colère le rendant acerbe et condescendant.
- Mais, ça n'est pas toujours le premier arrivé qui gagne !
- On parie ? »
Barbossa ne répondit pas, et préféra le fusiller du regard et tourner les talons avant de faire signe à Bill de lui mettre les fers et de l'amener sur le pont. Ce qu'il fit en trainant les pieds. Barbossa l'avait fait exprès. Il voulait confronter Bill à sa honte, il voulait lui faire payer son désaccord et prenait un malin plaisir à l'humilier.
« Je suis désolé, Jack, murmura-t-il à nouveau en faisant sortir son ancien capitaine de sa cellule.
- Je sais, » soupira le dit ancien capitaine.
Il n'en voulait pas à Bill de ne pas l'avoir prévenu. Il le connaissait assez pour savoir qu'il regrettait réellement de n'avoir rien dit, et que quelque chose l'avait empêché de le faire. Il imaginait très bien ce que ça pouvait être, connaissant Barbossa et son machiavélisme habituel. Non, en fait, Bill n'était pas le fautif dans cette histoire, il était lui-même le fautif, il s'était douté quelque part que ça finirait comme ça, mais il avait refusé d'y croire, il avait été naïf.
Mais, ça, il n'aurait jamais osé l'avouer.
De plus, même si Bill avait pu le prévenir, à deux contre quarante, ça n'aurait rien changé. Ils auraient juste partagé la planche. Il préférait de loin marcher sur cette planche, seul. En fin de compte, finir seul, c'était peut-être là son destin. N'était-ce pas ce que son père avait dit souvent ? Qu'on était seul, quoi qu'il arrivât, et qu'on ne pouvait compter que sur soi-même ?
« … je me disais que, comme dans une équipe on doit tout partager, ça vaut aussi pour l'emplacement du trésor… »
S'avançant lentement parmi les mutins qui jubilaient, la voix de Barbossa lui revint en tête, comme un écho très lointain, à travers la brume… Jack se souvint brusquement de ce qui s'était passé cette nuit-là. Il comprit instantanément qu'il avait été dupé. Le second l'avait fait boire pour mieux le faire parler. Il lui avait livré le croquis et l'énigme qui allait avec.
« Et maintenant… sur la planche ! » ordonna Barbossa en lui pointant son épée sur le torse.
Jack s'exécuta, lentement mais gardant la tête haute. Ils avaient mis les voiles pendant la nuit, et avaient jeté l'ancre au large d'une toute petite île déserte. Il se tourna vers Barbossa, avec prudence.
« Tu n'as pas oublié ce que dit le Code, quand même ? lança-t-il, d'un air de défi.
- Non, je n'ai pas oublié ! »
On lui amena le pistolet de Jack et une bouteille d'eau.
« Un pistolet avec une seule balle, et une bouteille d'eau, ricana-t-il. Mais, comme je doute que l'eau soit ta boisson préférée, j'imagine que ce sera rapide ! »
Il jeta le tout à la mer avec une expression féroce.
« Je te fais gouverneur de ce pâté de sable. Maintenant, saute ! exigea-t-il.
- Mon gars, tu fais une grave erreur… je ne crois pas que tu veuilles faire ça…
- Oh que si, j'en suis tout à fait sûr, au contraire !
- Très bien, dit-il avant de se diriger à reculons vers le bord de la planche. Alors, souviens-toi bien de ce jour où tu as trahi le capitaine… Jack Sp… »
PLOUF !
Jack avait basculé par-dessus bord avant de pouvoir finir sa phrase, et l'équipage partit d'un éclat de rire plus tonitruant que jamais. HectorBarbossa secoua la tête et leva les yeux au ciel. Sparrow était un bouffon, ni plus ni moins.
Ce dernier disparut sous la surface pendant une bonne trentaine de secondes et Barbossa, pensant que c'était fini, esquissa un sourire narquois et allait tourner les talons quand un autre plouf retentit et qu'une voix s'éleva à nouveau.
« Parce que tu le regretteras un jour, sois-en sûr ! Je te retrouverai, Hector, c'est une promesse ! hurla Jack avant de s'éloigner à la nage en direction de l'îlot.
- Si tu survis, ce dont je doute ! » lui cria Barbossa, en retour.
Mais Jack était déjà trop loin pour entendre. Le nouveau capitaine du Black Pearl n'avait que faire de ses menaces. Il les balaya d'un revers de la main et ordonna qu'on levât l'ancre rapidement. Il voulait être loin de là, à présent, et il ne voulait plus jamais avoir à faire à cette misérable limace de Sparrow ! Le Pearl était à lui désormais, ainsi que le trésor de Cortès.
Quelques minutes plus tard, Jack, ayant presque atteint l'île, se tourna à nouveau vers le Black Pearl qui disparaissait déjà à l'horizon.
« Oh, au fait, il est maudit ce trésor ! ... mince, j'ai oublié de te le dire, c'est bête, » railla-t-il, tentant en vain de se remonter le moral.
Puis, il acheva de rejoindre la plage et s'y écroula, à bout de souffle. Il se laissa ensuite aller à sa mélancolie. A peine deux ans plus tôt, il avait signé un pacte avec Davy Jones pour récupérer le Pearl, au prix de son âme, rien que ça, et il venait maintenant de le perdre à nouveau. Le sort s'acharnait contre lui, décidément.
Mais il n'avait pas dit son dernier mot. Il allait quitter cette île, récupérer sa précieuse perle et user de cette seule balle qui lui restait sur son mutin de second.
« Même si ça doit me prendre dix ans, je t'aurai, Barbossa, je t'aurai ! » jura-t-il enfin avant de perdre connaissance.
