- Teddy ?...

M. Lupin frappa trois coups à la porte, qui n'était pas fermée. Elle ne l'était jamais : un tas de parchemins froissés bloquait l'ouverture. Il avait renoncé depuis longtemps à l'idée qu'un adolescent devait garder sa chambre en ordre.

- Teddy, on va manger...

- Je lis, grommela son fils.

- Tu liras après.

Ils avaient eu ce début de discussion tant de fois que M. Lupin se faisait l'effet d'un acteur récitant sa tirade. Un acteur manquant particulièrement d'inspiration.

- Il y a bien assez de jours ennuyeux pour « manger » dans une année sans que je gaspille celui-ci !

Son père avait déjà traversé la jungle de notes, de livres, de gramophones et de disques qui le séparait du hamac où l'étrange animal qu'il tentait d'élever s'était étendu.

- Malheureux ! s'écria celui-ci lorsque Cœur de dragon de Friedrich Addams lui fut gentiment arraché des mains. À quoi bon nourrir un corps méprisable, alors que mon âme immortelle crie famine ?

- Je me le demande, marmonna M. Lupin en le guidant vers la sortie.