C'est Bill le second du corsaire
Le capitaine Flint en colère
Est revenu du royaume des morts
Pour hanter la cache au trésor.

Trois mois plus tard

Murmure des vagues contre la coque. Murmure du vent dans les voiles. Dans un ciel parfaitement dégagé, la lune dans tout son éclat déversait sur le monde sa lumière d'argent. L'air salin était probablement si doux, cette nuit… hélas, ils ne pouvaient plus le sentir. Et la douce lumière de la lune désormais leur faisait horreur en leur révélant sans fard ce qu'ils étaient devenus.

Un bruit de rames frappant l'eau attira sur le pont tous ces spectres qui désormais composaient l'équipage du Black Pearl. Une chaloupe venait d'émerger de l'embouchure du fleuve et se rapprochait.

Le capitaine Barbossa n'avait emmené que trois hommes avec lui : le géant Barthémy, dont il avait fait son second, Twigg et Drazik. Tous attendaient avec une impatience mêlée d'appréhension le résultat de leur mission. D'ici un moment, ils sauraient s'ils avaient ou non une chance d'échapper à la malédiction que leur cupidité leur avait attirée.

Dans la chaloupe qui se rapprochait, Barbossa était songeur et grinçait des dents malgré lui. Certes, il avait appris qu'en effet il existait un moyen de conjurer le sort qui faisait de ses hommes et lui-même des morts-vivants… la sorcière avait exigé un prix exorbitant pour ce renseignement, estimait-il, furieux. Et le pire, c'était qu'elle se jouait de lui !

- Retrouve toutes les pièces aztèques, lui avait-elle dit. Toutes, jusqu'à la dernière, et remets-les dans le coffre, sur l'île. S'il en manque une seule, vous échouerez.

Quoique conscient du temps et du mal qu'ils auraient à retrouver les 882 pièces dilapidées au hasard de leurs escales, sur le coup Hector avait été soulagé. Il y avait donc une solution ! Pas facile, certes, mais il y en avait une.

Là-dessus, comme si elle lisait dans ses pensées, la sorcière vaudou avait ajouté avec une ombre de sourire :

- Quand tu auras réussi à rassembler toutes les pièces, reviens me voir. Je t'expliquerai le rituel que tu devras pratiquer pour te libérer de la malédiction.

Il avait tempêté, sacré, menacé, exigé de savoir tout de suite, mais elle avait refusé d'en dire plus.

- Il va te falloir des années, s'était-elle bornée à répliquer. Reviens à ce moment là.

Et il n'y avait pas eu à en tirer un mot de plus.

Voilà ce qu'Hector Barbossa expliqua à son équipage en remontant à son bord. Comme l'avait dit cette maudite sorcière, la tâche serait longue et ardue, la participation de chacun serait nécessaire. Chaque heure qui s'écoulait accroissait la difficulté, les pièces devaient passer de main en main, monnayées, perdues, jouées… Les pirates ne pouvaient même pas se rappeler exactement où, à qui et dans quelles circonstances ils les avaient dépensées ! Huit-cent quatre-vingt deux pièces, je vous demande un peu !

Tandis que le capitaine ajoutait quelques encouragements et donnait ses ordres pour l'appareillage, l'un des matelots plongea au fond de sa poche ses doigts de squelette. Il ne pouvait plus sentir le froid du métal, mais il pouvait suivre, du bout de ses phalanges réduites à l'état d'ossements, les gravures que les aztèques avaient fait figurer sur l'or qui devait acheter leur existence. Les symboles de la mort.

William Turner, que tout le monde appelait tout simplement « le Bottier », se félicita d'avoir conservé cette pièce, une de celles qui avaient constitué sa part du butin.

Jack Sparrow serait vengé, songeait-il avec satisfaction, car cette pièce allait quitter les Caraïbes pour l'Europe et ne serait jamais retrouvée.

La malédiction serait éternelle.

Et quand bien même il devait en avoir sa part, le pirate était résolu à mettre son plan à exécution. Après tout, pour tout ce que l'on désire obtenir, il y a toujours un prix à payer.

Tous nous finirons par danser la gigue
La corde au cou au quai des pendus
Toi John Forrest et toi John Merick
Si près du gibet qu'j'en ai l'cou tordu

Quinze marins sur le bahut du mort

Yop là ho, une bouteille de rhum

A boire et le diable avaient réglé leur sort

Yop là ho, une bouteille de rhum.

FIN


Note de l'auteur : Eh ben tiens, ça me donne envie d'écrire une suite, à savoir l'histoire de Bill le Bottier après ça *taille ma plume et emplis à nouveau ma bouteille d'encre*.