Réponse à ma review guest: Brooke: Voilà la suite! J'espère que ça te plait toujours^^
Sherlock arrêta un taxi et donna l'adresse du club Diogène. Il eût le temps de maudire le chauffeur une bonne centaine de fois (cent-vingt-cinq exactement) pour sa lenteur et le trajet qu'il essayait de lui faire prendre. Il le corrigea cinq fois avant de se rendre à l'évidence: il irait plus vite à pied.
Il sortit du taxi dès qu'il fut arrêté à un feu rouge et ne se retarda pas en payant -il l'avait baladé comme pas permis et faisait exprès de rouler lentement pour consommer du carburant, ce qui le retardait considérablement- ne prêta absolument aucune attention au chauffeur qui lui hurlait des insanités et lui cria que le feu était passé au vert, avant de se mettre à courir...
Dix minutes plus tard, il arrivait au club Diogène, ou il savait que son frère serait. Il l'avait co-fondé après tout, ce qui expliquait le gigantesque privilège d'avoir une pièce privée avec un bureau. Il pouvait ainsi travailler en toute tranquillité, puisqu'il était formellement interdit de parler, et il bénéficiait d'un peu plus de lumière et d'une ambiance plus détendue que dans son morne bureau bien insuffisamment éclairé par le tableau de la Reine...
Haletant, les joues rouges, il déboula dans le club avec la délicatesse d'un troupeau de buffles en rut et s'employa à déranger un maximum les fossiles engoncés dans leurs fauteuils en faisant le plus de bruit possible pendant le court trajet qui l'amènerait au bureau de son frère. A chaque fois qu'il y pensait, il se demandait comment Mycroft faisait pour supporter de tels vieillards réactionnaires et paresseux au point d'employer des majordomes en gants blancs pour ne pas avoir à s'adresser la parole à d'éventuels visiteurs, et comme à chaque fois, la réponse lui apparaissait rapidement: Mycroft ne les supportait pas. Après tout, il vivait dans un bocal de poissons rouges...
Il atteignit enfin le bureau de Mycroft et entra sans frapper. Mycroft, qui était en train de lire son journal, sursauta.
-Sherlock? Ça pour une surprise... Jamais je n'aurais cru un jour te voir ici,que se passe-t-il?
Sherlock, le souffle court, considérait son frère sous un jour nouveau.
-As-tu des rendez-vous?
Mycroft haussa un sourcil.
-Pardon?
-As-tu des rendez-vous?
Cette fois-ci, Mycroft fronça les sourcils. Il fit un léger mouvement de la main, probablement pour congédier les dits majordomes en gants blancs qui venaient d'entrer avec sans doute la ferme intention de le foutre dehors à coup de pieds. Ils s'en allèrent en fermant la porte.
-Et bien, non. Exceptionnellement non, cette journée est calme.
-Parfait, nous pouvons parler alors? Demanda Sherlock en prenant un siège.
Mycroft le regarda faire, à la fois méfiant et curieux.
-Si c'est à propos de Moriarty...
-Moriarty n'a rien à voir la dedans, l'interrompit Sherlock. Je voulais parler de nous...
Mycroft se redressa sur son siège, accordant à Sherlock toute son attention.
-De nous?
-De nous.
Sherlock poussa un soupir. Bien sûr qu'il voulait pardonner à son frère, mais il pressentait qu'il ne pourrait pas le faire si il ne lui disait pas tout ce qu'il avait sur le cœur.
-Tu te souviens de la Serbie?
-De quoi suis-je censé me souvenir? De l'infiltration ou de la torture?
-La torture. Je t'avais dis que tu y prenais du plaisir.
-Et je t'avais répondu que ce n'était pas le cas.
-Je sais. Mais c'est ce que je t'ai toujours reproché, tu sais? Tu regardes. Tu ne fais que regarder.
Mycroft fronça les sourcils de nouveau.
-Parlons nous toujours de la Serbie?
-Évidement que non. Mais pourquoi ne me l'as-tu jamais dit? J'aurais compris, tu sais...
-Pourquoi est ce que je ne t'ai jamais dis quoi?
-L'oncle Ted. Pourquoi est ce que tu ne m'as jamais dit qu'il t'avait eût avant moi?
Mycroft frissonna.
-Je ne vois pas de quoi tu veux parler, répondit-il en évitant le regard de son frère. Je ne t'ai jamais aidé avec l'oncle Ted et soit assuré que je le regrette profondément, mais...
Sherlock l'interrompit d'un geste agacé.
-Oh, s'il te plaît, épargne moi ton discours de culpabilité! Lorsque je t'ai vu ce jour là, lorsque j'ai compris que tu me regarderais, mais que tu ne m'aiderais pas, ton expression m'a marqué, parce que tu avais l'air soulagé, mais aussi terrorisé! Pourquoi ne m'as-tu jamais dit que tu étais soulagé parce que ce n'était plus à toi qu'il s'en prenait, et terrorisé à l'idée qu'il s'intéresse à toi de nouveau?
Mycroft avait, en apparence, un visage parfaitement impassible. Mais ce n'était valable que pour ceux qui ne le connaissaient pas. Sherlock, lui, voyait la détresse dans son regard, cette détresse qu'il avait toujours refusé de voir, et il sentait son agitation, la remarquait au pli presque imperceptible qui marquait ses lèvres...
-Grand frère, s'il te plaît, répond moi...
Mycroft ferma les yeux d'un air douloureux, vaincu. Cela faisait plus de dix ans que Sherlock ne l'avait pas appelé "grand-frère"...
-Parce que si tu me haïssais, c'était plus facile de me haïr moi même pour ce qu'il t'avais fait.
-Pour ce qu'il nous avait fait à tous les deux! S'exclama Sherlock. Mon estime de moi était lamentablement faible à cette époque la. J'avais honte, j'avais peur, j'avais mal, je ne voulais pas que Papa et Maman le sachent! Toi, tu le savais déjà, et même si je t'en voulais pour le laisser me faire ça, tu t'es employé toute notre enfance à essayer de me faire comprendre que je n'avais rien fait de mal et que ce n'était pas de ma faute. Parce que même si j'étais un génie, j'étais surtout un enfant, et que même si c'est toi qui m'a appris à me détacher de mes sentiments, à cette époque là, je ne savais pas comment faire... J'ai bénéficié de ton soutien, mais toi, tu étais tout seul... Termina Sherlock d'un ton triste.
Il pouvait. Maintenant, il pouvait. Face à Mycroft, il pouvait montrer ses sentiments. C'était Mycroft après tout. C'était son grand-frère, celui qui l'avait toujours protégé, même contre son gré...
Mycroft se frotta les yeux avec lassitude.
-Que me veux-tu, Sherlock?
-Me réconcilier, répondit-il sans hésiter.
Mycroft écarquilla les yeux, surpris.
-Tu le souhaite? Vraiment?
-Je veux retrouver mon grand-frère, Myc...
Il haussa un sourcil.
-Bon, sur certains points, t'as quand même été un grand frère de merde à me sortir que j'allais être emporté par le vent d'Est ou d'autres stupidités du genre, mais je veux retrouver mon grand-frère...
Les yeux de Mycroft brillèrent brièvement d'émotion. Dans d'autres circonstances, Sherlock se serait probablement moqué de lui parce qu'il n'était finalement pas capable d'appliquer ses propres préceptes, mais l'heure n'était pas à la moquerie.
Mycroft, dans une tentative désespérée de garder un semblant de contenance, se leva et contourna son bureau, s'appuya sur le devant, devant Sherlock, qui restait assis.
-Et quel grand-frère veux-tu retrouver exactement?
Et Sherlock replongea dans ses souvenirs.
Quel grand-frère? Ça aurait pu être une question difficile. Il y en avait beaucoup.
Le grand-frère protecteur. Mais celui là, il l'avait déjà, et à un point plutôt extrême. C'était particulièrement agaçant de retrouver des caméras et des micros partout dans son appartement. Pour se venger, il faisait un maximum d'expériences glauques et de trucs embarrassants...
Le grand frère froid. Celui là, il n'en voulait pas, il l'avait assez traumatisé quand il était gosse. Le grand frère calculateur. Celui-ci n'était jamais parti. Le grand-frère complice, qu'il aimait bien, mais qu'il avait assez rarement rencontré. Mycroft ne s'intéressait guère à ses expériences diverses et variées, et il étaient tous les deux, et cela, malgré ce que pouvait penser Mycroft de son QI, trop intelligents pour faire des bêtises de gosses. Et il y avait le dernier, le grand-frère aimant...
Sherlock se souvenait très bien de ce grand-frère là, il avait rangé tous ses souvenirs par ordre chronologique et de sujet dans la pièce la plus éloignée de son palais mental. La plus éloignée, mais la plus facile à retrouver, car tous les chemins menaient jusqu'à elle...
Il se souvenait de tout ce qu'il adorait chez ce grand-frère. Il aimait tout de ce grand-frère là. Jusqu'à aujourd'hui, John le voyait comme relativement asexué. Ce n'était pas tout à fait vrai. C'était simplement que sans Mycroft, le sexe n'avait pas d'intérêt.
Si il ne sortait jamais avec qui que ce soit, ne couchait jamais avec qui que ce soit, même des prostitué(e)s, c'était parce que personne n'arrivait à la cheville de Mycroft.
Parce qu'il n'était jamais tombé amoureux d'une autre personne que lui. Avec Janine, il s'était débrouillé pour ne pas coucher, et ce n'était pas pour rien: il aurait eût l'impression de trahir son frère...
Si il avait refusé de laisser Mycroft entrer dans sa chambre lorsque John l'avait appelé parce qu'il se droguait, c'était parce qu'il ne voulait pas qu'il voit Janine. Il ne voulait pas le blesser, et surtout, il ne voulait pas qu'il pense qu'il couchait avec quelqu'un d'autre...
Parce que Mycroft avait toujours été le seul à pouvoir lui faire ressentir quelque chose.
Au contact de John, il s'était humanisé, et comprenait de mieux en mieux les sentiments qu'il tentait de ne pas ressentir. Au contact de Mycroft, il était devenu vivant...
Et il aimait tout de lui. Il le taquinait sur son poids, mais c'était seulement pour qu'il ne sache pas, qu'il ne sache jamais, que la chose qu'il préférait chez lui, c'était ses poignées d'amour...
La chose qui le faisait craquer, qui lui donnait envie de l'embrasser, de le renverser sur un bureau ou sur un canapé, et de lui faire l'amour, c'était ses kilos en trop...
A peine superflus à son avis.
Il releva la tête vers Mycroft et se leva tout court.
Chez n'importe qui, le cheminement de pensées qu'il venait de suivre aurait prit plusieurs minutes. Chez lui, cela n'avait pris que quelques secondes, quelques secondes pendant lesquelles il avait envisagées toutes les possibilités...
Ou aucunes d'entre elles. Parce qu'il n'en voulait qu'une seule...
Il s'approcha de Mycroft, caressa presque tendrement sa joue de la main. Presque, parce qu'il était la seule personne à qui il accordait ce genre de geste, mais il n'avait plus vraiment l'habitude maintenant, sans doute avait-il été un peu rude...
-Celui que je préfère.
Et il écrasa ses lèvres contre celles de son frère.
Roooh soyons honnêtes, si je mettais le lemon tout de suite, ça ne serait pas drôle...
