Chapitre 2 : Vita Surgit

Il a fallu à Sam beaucoup de miracles pour survivre, apparemment. Il n'a pas inhalé assez de fumée pour mourir. Il n'est pas resté dans la chaleur assez longtemps pour que les flammes carbonisent la chair sur ses os. Il ne s'est pas trop déshydraté, ne s'est pas fracturé la colonne vertébrale, et a d'une certaine façon évité l'hyperthermie. Il échappe aussi miraculeusement à une infection; comme si son sang était tellement sale que pas même les bactéries ne voudraient se nourrir de sa tendre chair.

Le prix à payer pour sa vie est une série de cloques formées par les brûlures au second degré sur ses mains, ses cuisses et ses avant-bras, et de sévères brûlures au troisième degré sur son dos (subies lorsque les morceaux enflammés du plafond ont commencé à tomber sur celui-ci). Ces dernières sont de loin les pires: des balafres horribles autour d'une peau grésillante et à moitié fondue de telle sorte que les fibres musculaires sont exposées aux éléments, une douleur au-delà de tout ce que Sam avait expérimenté jusque-là.

Tout le reste semble être fait de papier de verre et son nez pèle d'une façon dégoûtante pendant des semaines et des semaines après ça. Les blessures prendront beaucoup de temps à guérir et elles cicatriseront de manière épaisse et profonde et dégoûtante— mais elles ne représenteront toujours pas un fragment de la douleur que Sam ressent parce que Jess est morte et que tout ce qu'il a fait a été de s'occuper d'une potentielle affaire avec une Dame Blanche il y a deux villes d'ici.

Le schéma était trop évident, des gens mouraient, et tout ce qu'il avait à faire était de saler et brûler ses os. Une dernière chasse, il s'était dit. Des milliers de fois, il avait rêvé de Jess mourant de diverses et horribles façons différentes, alors évidemment ces derniers rêves étaient juste à la hauteur de ses cauchemars réguliers. Il avait même oublié ce à quoi ressemblaient les rêves normaux; il avait pensé que c'était seulement un peu plus de ses bonnes vieilles peurs recyclées par son subconscient pour le perturber.

Il a ignoré les avertissements et a ainsi tué l'amour de sa vie par négligence.

Malheureusement, sa convalescence implique de longues heures passées à plat ventre avec rien d'autre à faire que penser, et il oscille entre une rage bouillonnante et une souffrance inépuisable en permanence. S'en vouloir n'est pas plus que ce qui lui revient, la douleur physique bien moins forte que ce qu'il mériterait après tout ce qu'il a fait. Choisir de ne pas chasser était déjà assez difficile, toutes ces vies sur sa conscience... mais que la seule chasse à laquelle il a fini par céder en ait résulté à ça...?

En fin de compte, Sam serre les dents et fait le stricte minimum de thérapies physiques avant d"être autorisé à quitter l'hôpital. Se tenir sur la tombe de Jess est ce qui lui permet d'accepter le fait qu'il ne peut pas changer ou réparer ce qu'il s'est passé. Il ne peut pas la ramener, alors il passe à la deuxième solution

Maintenant qu'il comprend son père comme il ne l'a jamais compris auparavant, il va finir le travail que John Winchester a commencé.

Sam a vécu avec une conscience constante de la mort.


Sa famille a diminué de moitié lorsqu'il n'avait que six mois et Sam a grandi avec un père pour qui chaque moment de sa vie tournait autour de ces décès. John Winchester se désolait de l'absence de sa femme et de son fils tous les jours, et aussi discret que Sam a essayé de l'être, il ne semblait jamais y avoir assez d'espace pour lui et leurs fantômes.

Sam a appris à faire que des gens qu'il n'avait jamais rencontrés lui manquent. Penser à sa mère était difficile; un concept si beau et étranger qu'il ne pouvait que vaguement l'imaginer, mais Dean... Dean était celui que Sam préférait.

John n'avait pas tellement apprécié le fait que Sam pose autant de questions, mais Sam aimait encore moins le fait d'en savoir si peu, alors, avec obstination, il avait réussi à extraire de vagues descriptions de son sauveur; assez de fragments pour former l'image idéalisée du garçon qui a sauvé un bébé d'un immeuble en feu à seulement quatre ans.

Pendant très longtemps, Dean apparaissait dans les fantasmes de Sam comme l'impressionnant super-héros qui aurait d'une façon ou d'une autre survécu au feu et serait arrivé à la dernière minute pour transformer leur unité de deux personnes en une vraie famille. Il sauverait Sam du déménagement constant qui accompagnait la vie de chasseur et guérirait papa de son obsession pour trouver la chose qui avait tué maman. Il n'aurait jamais peur du noir. Il protégerait Sam, et il saurait toujours quoi faire.

Ce n'est qu'à la mort de John que Sam a finalement abandonné tout espoir.

Il avait douze ans, il était terrifié, et avait été poussé dans l'âge adulte de la manière la plus brutale possible. En colère et adolescent, se retrouvant seul dans un monde dont il n'avait jamais été autorisé à faire partie, Sam avait pris la mort de John comme une sorte de signe. Il était resté à l'école, malgré l'ombre de la culpabilité et du chagrin qui s'attachait en permanence à son corps trop long, et il avait supporté la famille d'accueil jusqu'à ce qu'il soit suffisamment âgé pour partir.

L'université l'a conduit à ses premières amitiés provisoires, puis à Jess, et il semblait finalement que Sam commençait à se construire la vie que Papa lui avait toujours jurée ne jamais pouvoir avoir... seulement pour découvrir dix ans plus tard que les monstres pouvaient le suivre dans le monde civil, aussi.

La mort a pris la seule autre personne que Sam avait osé aimer, et elle l'a fait sous la forme du démon aux yeux jaunes que John avait tant rêvé de tuer.

Alors peut-être que la répétition peut aller jusqu'à ternir les choses les plus horribles, ou peut-être que la peine bat la peur jusqu'à ce qu'elle soit dure comme fer. Quoi qu'il en soit, Sam ne craint plus la mort.

Ce qui ne veut pas dire qu'il va se simplifier la tâche. Il a encore du pain sur la planche.


La deuxième fois que Sam Le voit (pas Dieu, bien sûr– Sam a cessé de prier tous les soirs lorsqu'il a réalisé que Dean ne viendrait pas, que personne ne l'écoutait), c'est à cause de l'esprit d'un enfant dans un lac, attirant des innocents vers le fond pour venger une erreur du passé.

Sam s'est noyé. C'est tout juste s'il peut survivre en vivant seul pendant un mois.

Putain.

"Comme on se retrouve, ese," dit une voix dans un accent Chicano dramatique.

Sam bondit hors de son corps et jure lorsqu'il reste résolument sur le ventre et gorgé d'eau. Il n'est pas au fond du lac en ce moment parce qu'ils ont réussi à l'en sortir, et il a sauvé l'enfant, au moins, mais le père est parti depuis longtemps. Andrea essaie de le rouler pour commencer la RCR.

"Tu vas te remettre à courir, Sam?" Dit la Mort. Ce n'est pas exactement un avertissement, mais plus une sorte d'évaluation honnête.

"Je ne te le dirais pas si c'était le cas," lui renvoie automatiquement Sam. Il n'arrive pas vraiment à croire qu'il est déjà parti. Après tout ce qu'il a traversé ces dernières semaines pour réunir quelques équipements, pour former un plan cohérent, pour réapprendre les choses qu'il avait essayé d'oublier depuis ses douze ans et pour s'enseigner tout le reste …

Il se rend bien compte qu'il est en colère. Il n'avait jamais chassé seul avant, il commençait tout juste à se réacclimater. Il ne peut pas mourir de sitôt. Il a un but.

"Écoute mec, c'est pas si grave que ça," dit la Mort. "Je ne sais pas si tu vas aller en haut ou en bas, mais au moins tu es mort en restant joli." Il fait un clin d'œil à Sam, comme si c'était un jeu. Peut-être que pour la Mort, ça en est un. Peut-être qu'il finit par s'ennuyer, lui aussi.

Malheureusement pour Sam, à ce moment-là, il ne se rend pas compte du fait que la Mort semble flirter avec lui.

"Je ne peux pas mourir," il informe l'apparition.

Il hausse les épaules. "Tu me dis tout ça à moi, mais c'est pas comme si c'était mon choix, mec. Tu as plongé là-dedans et Casper t'a eu, à la loyale. Je regardais."

"Je devais sauver– tu me regardais?"

"Pas par choix." Il rit doucement. "Comme si j'allais passer mon temps libre à traquer des chasseurs maladroits plus grands que le yéti alors que je peux me téléporter au studio de Perverses des Mers du Sud rien qu'en claquant des doigts." Il y a un soupçonneux regard nostalgique sur son visage emprunté à un mannequin à la fin de cette phrase.

Sam se racle la gorge avec incrédulité.

"Hein? Ah oui. Ce que je voulais dire c'est que les rendez-vous sont préarrangés. Je dois arriver en avance pour assister aux événements et 'faciliter une transition en douceur'. C'est dans mon contrat."

Bon. On peut dire que tout le processus semble un peu moins cérémoniel que ce que Sam a été amené à penser. Il décide d'ignorer son chagrin et de prendre avantage de la situation. En fait, c'est une occasion en or pour en savoir plus.

"Comment ça marche?" Demande-t-il, poussant vivement sa frange ruisselante de devant ses yeux. C'est bizarre– il se sent plus vivant maintenant qu'il ne l'a été au cours des dernières semaines, et il est passé de la combustion à la noyade en un laps de temps affreusement court. "Je ne suis pas mort la dernière fois et tu es quand même venu."

"Si!" Dit-il sur la défensive. "Tu es mort, mais on t'a ramené."

Sam a soudainement l'idée irrationnelle qu'il peut peut-être se débrouiller pour se sortir de cette mort certaine. "Et si je me fais encore ramené cette fois?"

Un grand silence. La Mort semble... étrangement fuyant.

"Est ce qu'on va me ramener cette fois?"

Et soudain, il inhale convulsivement et s'étouffe et de l'eau lui brûle la gorge et le nez alors qu'il tousse pour la faire sortir, et il est en vie.


Il y a un guérisseur dans le Nebraska qui vit entouré par un schéma très spécifique et très révélateur

de décès "accidentels". Un pour chaque personne guérie, en fait. Il s'avère que sa femme avait réussi à capturer et à asservir une Faucheuse, et c'est là que Sam apprend pas mal de choses importantes.

Tout d'abord, il apprend exactement ce qu'est une Faucheuse. Malgré toutes ses recherches, les mythes se contredisent fréquemment et il n'avait jamais rencontré une de ces créatures étant enfant lorsqu'il accompagnait son père– John en avait peut-être déjà vues, mais lui, ainsi que son précieux journal ont disparus depuis longtemps. Alors, Sam ne savait pas, jusqu'à présent qu'il y avait plus d'un porteur de la mort.

Ensuite, il constate que la Faucheuse n'a rien à voir avec l'apparition que Sam a vue avant. Il ne l'entrevoit que lorsqu'il se fait étrangler, mais alors que sa vision est sur le point de s'assombrir, il apparaît juste devant lui.

Il ressemble à un cadavre squelettique, d'une part, et il ne parle pas. Il lui fait penser à un automate mortel.

Sam doit détruire l'autel afin de le libérer, et la femme du guérisseur, Sue-Ann meurt avant qu'il ne puisse apprendre à invoquer une Faucheuse pour lui. Pas pour l'utiliser, bien sûr, mais... il a tellement de questions.

(Brièvement, il se demande ce qu'il ferait si quelqu'un lui offrait la vie de Jess en échange de celle d'un inconnu. Il se demande comment il supporterait de vivre avec lui-même après ça, comment il le dirait à Jess– s'il le lui dirait. Ça ne le surprend pas vraiment de se rendre compte que si ça avait été possible, il l'aurait peut-être considéré pendant ces premiers jours désespérés, sans sommeil, et imbibés d'alcool.)

Le motif des cicatrices sur son dos le démange et le brûle et lorsqu'il les touche, les sensations sont étrangement émoussées.


Ses visions sont de pire en pire. Elles deviennent plus fréquentes, plus douloureuses, et beaucoup, beaucoup plus vives.

Il est devenu bien plus doué pour le job, alors il commence à ignorer la chasse en faveur de parcourir le pays à la recherche de signes pour un démon ayant un certain penchant pour brûler des personnes aimées au plafond. Il arrive trop tard à chaque fois. Un gars appelé Max tue ses parents en déplaçant des choses avec son esprit dans une des visions plus vives de Sam, mais Max est parti depuis longtemps lorsque Sam trouve la maison, et devient impossible à retrouver, même dans ses rêves.

S'il y a un schéma, il est si ridiculement répandu que Sam ne peut pas le voir.

Il n'y a aucune expérience de mort imminente pendant des mois, et étrangement, Sam commence à se sentir à nouveau engourdi plutôt que revigoré. Il s'inquiète à ce sujet pendant un moment, se demandant si cela fait de lui un drogué d'adrénaline, si mourir peut vraiment être considéré comme une poussée d'adrénaline. Il examine les légendes sur la Mort un peu plus en profondeur, mais ne trouve presque rien d'utile, et nada pour expliquer la différence entre sa Faucheuse et celle qu'il a vue au Nebraska.

Il s'entraîne assidûment et améliore son tir, sa vitesse et sa masse musculaire. Rester concentré est plutôt facile lorsqu'il passe des jours entiers sans parler à personne. Ses conversations les plus significatives comprennent la réception du motel dans lequel il a pris une chambre lorsque les crampes dans son dos sont devenues insupportables, après trop de temps passé à dormir sur la banquette arrière de la voiture qu'il a réussie à voler.

Il évite les auto-stoppeurs en principe, mais il y a une fille qu'il ne peut pas rejeter. Elle est seule au beau milieu de nulle part et (Sam se déteste un peu pour l'avoir pensé, mais il ne peut pas s'en empêcher) beaucoup trop petite et attirante pour être en sécurité. Elle lui fait des avances après deux heures de route, avec cette nonchalance qui montre que peu importe sa réponse, ça lui ira. Elle est blonde et fougueuse et Sam ne peut pas accepter.

Elle dit 'sans rancune' avec ce sourire, comme si elle savait quelque chose que Sam ignorait.

Elle s'appelle Meg, et Sam espère vraiment ne jamais la revoir.


Il s'occupe du shtriga avec un tir mortel, sait qu'il l'a fait alors même qu'il perd tout sentiment dans ses membres; l'éprouvante sensation béante s'intensifiant à une hauteur nauséeuse alors que son âme est littéralement aspirée hors de son corps– par sa bouche. C'est pire que tout ce qu'il a eu le malheur de ressentir auparavant, pire que les brûlures pendant les premiers jours, lorsqu'il a refusé de prendre ses médicaments contre la douleur. Il y a un horrible engourdissement progressif qui le ferait vomir s'il le pouvait, s'il n'était pas en train de se faire évider par force.

Au moins Michael est en sécurité, il pense.

La chose meurt avant de pouvoir consommer Sam, mais il est déjà à moitié en dehors de son corps. Il y a le sentiment étrange d'être tiré quelque part derrière lui, et d'être vertigineusement étiré vers l'avant et après une minute qui aurait bien pu durer mille ans, il lutte et se tord désespérément jusqu'à ce que... il se retrouve assis sur le sol, regardant son propre corps.

Merde.

"Et maintenant, Einstein?" Dit une voix derrière lui.

Sam se retourne pour regarder sa Faucheuse.

La créature ressemble un peu moins à une poupée Ken dans l'obscurité de la nuit (il a toujours l'étoffe de quelqu'un retouché sur la couverture d'un magazine mais plus dans le genre GQ et moins dans celui des magazines pour ados).

"Alors, tu es tenu de me voir à chaque fois, même si je vais revenir à la vie", dit Sam.

"Qui te dit que tu vas revenir cette fois-ci?"

"Le shtriga est mort."

"Tu l'es aussi."

"Vraiment?" Sam relève le menton avec défi. Il est peut-être en dehors de son corps, mais il jurerait que son sang est en train de vibrer avec quelque chose qui pourrait bien être une réelle émotion pour la première fois depuis des mois.

Quelque chose comme de l'adrénaline.

La Faucheuse sourit légèrement. "Tu penses vraiment que je serais ici si tu ne l'étais pas?"

"Oui", répond immédiatement Sam. "Parce que la mort est relative, pas vrai? Techniquement, je ne suis mort à aucune des fois où je t'ai vu."

Un éclair de respect réticent surgit sur les traits de l'apparition. "Tu t'es noyé," dit-il, ou le pousse-t-il, vraiment, parce qu'il est clairement intéressé par la réponse de Sam.

"Mon cœur s'est arrêté," le corrige Sam, certain à cet instant. "Mes poumons étaient pleins d'eau. Mais la vraie mort, la mort clinique se produit huit à dix minutes après ça, avec la mort cérébrale."

"Pas mal, le geek."

"J'ai fait quelques recherches," reconnaît-il. "Et je m'appelle Sam."

"Je sais. Le geek."

"Alors... est ce qu'il y a un moyen pour que je puisse à nouveau être à l'intérieur de mon corps?" Demande-t-il.

Il le lorgne d'un air approbateur. "Pervers".

"Mec, tu vois très bien ce que je veux dire."

"Eh bien," la Faucheuse se rajuste plus confortablement sur le sol, un léger sourire en coin toujours sur ses lèvres. "D'après ta propre estimation, il te reste environ six minutes."

Il ne suggère rien qui aurait pu même vaguement l'aider.

"Merci beaucoup," marmonne Sam, et marche avec précaution jusqu'à son corps. Ses yeux sont écarquillés et son regard vide, sa bouche est légèrement ouverte et des veines se gonflent sur ses temples. C'est... peu flatteur. Il se surprend à s'en soucier.

Il essaie tout simplement de rentrer dans la chair, mais il ne parvient qu'à se faire flotter doucement à travers lui, le lit et le sol, et il aurait probablement continué à faire ça s'il n'avait pas réalisé ce qui se passait.

Il essaie de s'imaginer en train de se transformer en cette vive lumière pulsante et ainsi entrer dans sa bouche, mais selon la Mort, il a juste l'air constipé.

"Trois minutes," crie joyeusement le mannequin après un moment.

Sam aimerait vraiment pouvoir le frapper au visage.

"Je ne peux pas... Je ne sais pas comment faire," dit-il en serrant les dents, au bord d'une peur freinant sa détermination. "Tu ne peux pas me le dire?"

"Nan."

"Pas même un indice?" D'accord, il commence peut-être à paniquer. Juste un peu. "S'il te plaît."

Il se retourne pour le regarder, désespéré.

La Faucheuse pousse un gros soupir. "Les légendes," dit-il en expirant.

"Les légendes?"

"Ouais. Un truc évident, vraiment."

"Pas pour moi," dit Sam, les dents serrées.

La créature se relève, se frottant pour enlever une poussière invisible sur son costume. "La légende de base. Tout le monde la connaît. Comment est ce que l'on réveille la princesse endormie?"

Sam comprend où est ce qu'il veut en venir deux secondes plus tard. "Est ce que tu te fous de moi?" dit-il, fou furieux. "Parce que c'est vraiment pas le moment–"

"Je ne me fous pas de toi."

"Je dois m'embrasser?"

"Je t'avais dit que c'était pervers. Oh, et il ne te reste qu'une minute."

Sam s'avance en titubant et s'agenouille à côté de son corps, se disant qu'il ferait aussi bien de mettre fin à tout ça avant d'essayer quelque chose qui pourrait réellement marcher–

Il ne sent jamais réellement ses propres lèvres, mais tout à coup, il y a une agréable sensation d'impesanteur à travers tout son corps et puis une sorte de chute sans équivoque, comme un atterrissage.

Il se redresse brusquement et parvient à rouler sur le côté avant de rendre de la bile contre le côté du lit; c'est dégoûtant, vert et visqueux parce qu'il n'a pas mangé de la journée.

Il est en vit. À nouveau.

Génial.


"J'ai dit: est ce que tu as un partenaire?"

Sam savait, objectivement, qu'il ne pouvait pas être le seul chasseur dans le pays, mais après presque un an tout seul, il n'en avait pas croisé un seul, en avait seulement entendu parler à travers les créatures qu'il avait attrapées. Il n'y avait jamais vraiment prêté attention, à vrai dire, mais dans un coin de son esprit, l'image d'un rude mec d'âge moyen avec un fusil de chasse c'était formée. L'homme sentait l'alcool et avait une lueur maniaque dans ses yeux. Il ressemblait à son père.

Et maintenant, voilà cette fille qui ne pourrait pas faire basculer une balance trempée et elle vient tout juste de le battre avec une facilité expérimentée.

Pas... exactement ce à quoi il s'attendait.

"Hey, reste avec moi! Est ce que tu as un partenaire?"

"N-non," parvient-il enfin à dire.

Les yeux de la fille s'élargissent avec exaspération. "Tu as attaqué un nid de vampires seul? Il n'y a personne que nous pouvons appeler?"

"Oui." Il fait une pause pour respirer un peu en haillons. "Et non."

Elle resserre le tissu et se relève, avec urgence dans chacun de ses mouvements. "Alors, tu es le chasseur le plus stupide que j'ai jamais rencontré, et un danger pour toi-même et les autres." Il y a quelque chose de presque maternel dans son ton de réprimande. "Où est ce que tu avais la tête en affrontant Eli et son couvent tout seul?"

Certes, Sam a perdu un peu de sang.

"Il faut t'emmener à l'hôpital. Papa! Maman! Est ce que vous avez appelé une ambulance?"

Les vampires... ils n'arrêtaient pas de dire qu'il avait bon goût. Qu'il était différent. Ils n'arrivaient pas à s'arrêter de boire– ont fini par se battre sur ses points d'impulsion; les bouches pleines de crocs claquant les unes contre les autres, se bousculant pour avoir un peu d'espace près de ses poignets, de son cou, de ses cuisses...

D'accord, 'un peu de sang' est peut-être un euphémisme.

"On doit d'abord s'occuper des vampires," dit une autre voix féminine. Plus grave, et plus lasse. "On dirait une scène de crime, Jo, tu sais qu'on ne peut pas amener les médecins ici."

"Mais il va mourir d'une minute à l'autre!"

"Alors emmène-le à l'hôpital," un homme dit fermement. "Ta mère et moi devons rester ici. Plusieurs des vampires ne sont encore qu'assommés et le sang de l'homme mort ne les retiendra pas pour toujours."

"C'est à quinze minutes d'ici, papa, je ne pense pas que ce mec tiendra le coup."

"On n'a pas d'autre choix."

La vue de Sam commence à s'affaiblir. L'effet est curieusement doux– comme le filtre de rayonnement qu'ils mettent sur les femmes dans les DVDs de la série originale Star Trek de Jess. Ça fait ressembler cette fille, Jo, à un ange.

"D'accord. Oh merde, sa jambe– donne-moi ta ceinture," commande-t-elle à l'une des deux silhouettes qui la rejoignent. L'homme obéit immédiatement et Sam le réalise, plus tard; 'Maman! Papa!'.

Alors, il a été sauvé par une famille de chasseurs. Comme c'est... pittoresque.

"Mon Dieu. Ils l'ont vraiment lacéré... ce n'est pas ce à quoi ressemble une marque de morsure généralement, non?"

"Loin de là, non."

La pression augmente autour de sa cuisse droite et son cœur bat si fort et si vite, Sam craint qu'il ne soit en train d'abîmer l'intérieur de sa cage thoracique.

Il s'évanouit.

Et puis il est de nouveau en dehors de son corps, ce qui pourrait bien signifier que la situation est un petit peu plus grave qu'un simple 'évanouissement'.

"Comme on se retrouve, cow-boy. Tu es en voie de rapidement devenir mon meilleur client", dit une voix grave.

Sam baisse les yeux vers lui, vers le sang qui coule le long de son corps dans des quantités qui ne devraient pas vraiment être possible. Il se demande ce que signifie cet état, si c'est vraiment son âme (et si ça l'est, elle a exactement la même forme que son corps, mais il ne voit aucune cicatrice grotesque). Il veut savoir pourquoi il n'a pas vu cette apparition lorsqu'il a perdu connaissance avant. Quelle est la ligne exacte? Quand est ce qu'un corps est assez proche de la mort pour mériter une Faucheuse, un messager, ou peu importe ce qu'est la Mort de Sam?

"Je pensais que tes meilleurs clients étaient ceux qui ne revenaient jamais."

Cela lui vaut un léger rire. "Je suppose que non."

"Alors, tu sais déjà si je vais vivre ou non? Comment est ce que ça marche?"

"Eh bien, un seul regard m'a fait comprendre que tu étais un allumeur." Il ricane, mais c'est sans un grand enthousiasme cette fois-ci et il s'arrête rapidement. De l'inquiétude sur des traits comme les siens accentue vraiment ses grands yeux, pour une quelconque raison."Tu devrais vraiment faire plus attention. C'était presque un coup de kamikaze, tu t'en rends bien compte j'espère?"

C'est le même ton que Jo a utilisé. Plein de reproches. D'inquiétude.

C'est... bizarre. Sam a passé tout ce temps à chasser sans que personne ne se soucie ou ne sache où il se trouvait– c'est légèrement écrasant d'avoir deux personnes (ou bien, une personne et un serviteur humanoïde du royaume des morts) manifestant un intérêt pour son bien-être à cinq minutes d'intervalle.

"Je suis désolé, la Mort, est ce que tu es en train d'essayer de me donner des conseils de survie?"

"Non. Et tu ne peux pas m'appeler la Mort." Il semble presque offensé.

"Tu préférais Momo?"

"Mec, je ne suis pas la Mort. Je suis juste une–"

"Faucheuse?"

Sam relève les yeux vers ce visage irréel. La créature se mord une lèvre inférieure charnue et lui lance un regard incertain.

"... C'est ça."

"Tu n'as rien à voir avec les autres Faucheuses que j'ai pu voir," le pousse Sam, sentant une certaine faiblesse. Le pluriel est un risque, mais l'expression sur le visage de sa Mort lui dit que c'était la bonne chose à faire.

"Si tu veux tout savoir, je suis très spécial, nous n'avons pas les mêmes valeurs." Sam lève un sourcil sceptique, et il lâche un soupir. "Très bien. C'est vrai, je ne suis pas... exactement comme les autres Faucheuses."

A-ha.

Putain, ça ne fait que rendre Sam un million de fois plus curieux—et déterminé.

"Quoi, alors?" dit-il. "Qu'est ce que tu es 'exactement'?"

"Regardez-moi ça, ils s'en vont."

C'est vrai; la petite famille de chasseurs porte son corps jusqu'à la voiture. Sa Mort se met en route juste derrière eux et Sam le suit à la hâte, l'égalant pas incorporel après pas incorporel. Il ne peut pas s'empêcher de remarquer que la créature semble faire en sorte qu'il y ait une certaine distance entre eux. Peuvent-ils se toucher, se demande Sam, ou passerait-il juste à travers lui? Il franchit le mur crasseux de l'entrepôt avec facilité, et il pourrait sans doute s'enfoncer dans le sol s'il voulait, aussi.

"Tu n'as pas répondu à ma question," se risque Sam à nouveau.

"Et je ne compte pas le faire. Allez, on va perdre ton corps."

"Qu'est-ce qui se passerait si on le perdait?"

"Personne ne t'a jamais dit que la curiosité était un vilain défaut, George?" Son ton est censé être exaspéré, Sam le voit bien, mais il y a une touche de tendresse désemparée dans ses yeux.

"Une double référence, tant mieux pour toi. Depuis quand est ce que la curiosité est un crime? Ce n'est pas comme si j'allais le dire à qui que ce soit."

Il simule délibérément l'expression raisonnable et rassurante qu'il utilise sur les civils... et vous savez quoi, pendant un instant, on dirait que sa Mort est sur le point de céder.

"S'il te plaît. Qu'est ce qui se passerait?"

Ses traits s'adoucissent et ses lèvres roses se séparent pour répondre presque automatiquement, avant que la créature ne semble réaliser ce qu'elle est en train de faire. Ayant l'air légèrement préoccupée, la Faucheuse secoue la tête comme pour clarifier ses pensées et force un petit rire gêné. "Disons juste que tu ne veux vraiment pas le savoir. Fais-moi confiance."

"Te faire conf—" Et soudain Sam est de retour. Éveillé.

Il se sent comme pris au piège, et pas seulement parce que Jo a attaché au moins cinq garrots autour de ses différents membres. Il a du mal à respirer et il ne peut plus voir l'homme en costume et son torse lui fait si mal qu'il ne peut pas parler.

"Tiens bon, oh grand suicidaire," marmonne Jo depuis le siège conducteur. "Allez, il suffit juste de t'accrocher encore un peu, on est pratiquement—"

La douleur ne cesse de monter jusqu'à ce qu'une partie de Sam soit convaincue de vouloir revoir la Mort si fort qu'elle empiète dans la réalité au coin de son œil. S'il laisse sa tête retomber sur le côté, il peut presque imaginer le mannequin aux yeux verts, assis dans le siège avant, le regardant en retour.

S'il ignore ses sentiments et sa raison, il peut se donner l'illusion que la créature se soucie du fait qu'il va mourir.

"M..." parvient-il à dire à travers des lèvres engourdies. "M-m.."

"Ne parle pas, idiot," s'exaspère Jo. "Concentre-toi seulement sur le fait de ne pas mourir, d'accord? On y est presque."

Ils arrivent à l'hôpital quelques minutes plus tard et Jo parvient à trouver de l'aide pour porter le corps, certes, au-dessus de taille moyenne de Sam sur une civière vers le bâtiment.

Un interne le bouscule un peu durant un virage et il est à nouveau inconscient pendant une période indéterminée de noirceur appréciable avant qu'il ne reprenne ses esprits en un esprit désincarné, regardant son corps sur un lit. Ils ont mis deux sacs de fluides sur lui, un cathéter dans chaque bras, et un médecin est en train de lui faire une intubation. Il y a une quantité de sang décourageante s'écoulant à travers ses vêtements et dans les draps.

Sa Mort se tient debout au pied du lit, et Sam doit admettre qu'ils forment une sacrée image: Sam sale et pâle et maculé de rouge, tandis que la poupée Ken dans le costume parfaitement lisse le regarde avec une expression subtilement maussade.

Sam se surprend à vouloir son regard posé sur lui— le vrai lui, et non pas sur son faible corps à demi mort.

"Alors... On reste sur 'Momo' du coup?"

Ça marche; la créature sursaute et se tourne vers lui. Puis, il semble se souvenir de ce que Sam a dit, et l'inquiétude se transforme en horreur.

"Mec, non."

"Mec, oui." Sam sourit et sait que s'il était dans son corps en ce moment, ses muscles le tiraient à défaut d'usage. Il est en train de mourir et il ne s'est pas senti aussi heureux depuis très longtemps, mais le froncement délicat des sourcils du mannequin GQ pourrait presque être décrit comme attentionné et il fait naître quelque chose d'affamé et plein d'espoir dans la poitrine de Sam.

Il fait un pas vers son monstre préféré.

"Si tu n'aimes pas ce surnom, tout ce que tu as à faire, c'est de me dire ton vrai prénom."

Il lui lance un mauvais regard.

"Et si je n'ai pas de nom?"

Sam n'hésite pas une seconde. "Alors ce serait tragique, mais ce serait aussi un mensonge."

Le coin de sa bouche semble se lever sans qu'il puisse le contrôler. "Touché".

"Je vais t'appeler Momo si tu ne me le dis pas."

"Je ne peux pas te dire mon nom, Sammy."

"Ah, mais tu en as bien un."

Sam se rapproche de lui et sa Faucheuse le regarde avec méfiance, mais ne recule pas. En arrière-plan, des blouses blanches frémissent et se brouillent, les formes en blouses éclaboussées de rouge se déplacent frénétiquement autour de son corps.

"Tu ne peux pas ou tu ne veux pas?"

Plus près. C'est le plus proche qu'ils n'ont jamais été. Sam est frappé par le désir d'étendre son bras et de toucher la créature qui passe de manière si surprenante pour un homme, ne serait-ce que pour lui donner un coup de poing espiègle dans l'épaule ou pour lui donner une petite pichenette sur le bras, quelque chose.

"Pourquoi est ce que tu veux savoir?"

Sam hausse les épaules, et se force à avoir l'air nonchalant lorsqu'il dit: "Je comprends pourquoi tu ne veux pas me dire exactement qui tu es, mais refuser de me donner ton nom ne me paraît pas très poli."

"Je suis sérieux, mec", lui dit sa Mort. Ses grands yeux semblent indiquer que la partie badinage de cette soirée est terminée.

C'est le moment de sortir l'artillerie lourde, alors.

Sam adopte son expression de plaidoirie la plus touchante, se penchant autant qu'il ose le faire de telle sorte que la créature soit forcée d'incliner la tête en arrière pour rencontrer son regard. "Je veux juste... S'il te plaît," dit-il doucement, incertain lui-même de la raison pour laquelle savoir est soudainement devenu si important pour lui, mais incapable de s'en soucier. C'est la vérité cependant, il le veut vraiment; il a toujours eu un truc pour la connaissance, et il veut tellement le savoir, que c'est un peu en train de le rendre fou.

La Faucheuse recule un peu, trébuche sur quelque chose d'invisible, et passe à travers une infirmière et la moitié d'un chariot de réa. Il se stabilise dans le vide et se frotte la nuque, et Sam est ravi de constater que la créature semble à la fois troublée et embarrassée. Presque timide?

"Je-je... pas toutes les Faucheuses ont un nom," dit-il. Puis, il secoue la tête. "Mais oui, j'en ai un, alors... si tu veux tant le savoir, je suppose que je peux te le dire."

"Vraiment?"

"Ne force pas trop ta chance, mon grand." Il fait une pause pour prendre une grande respiration. "C'est ridicule," marmonne-il. "Je ne devrais probablement pas..." Puis, il secoue la tête et sourit en auto-dérision, n'arrêtant pas de changer de pied. "Oh et puis merde."

Sam attend patiemment que le vif regard vert remonte en papillonnant jusqu'au sien, puis il le fait, et sa Mort pousse un grand soupire et dit enfin:

"Dean. Je m'appelle Dean."

Sam se fige.

"Pardon?"

La créature semble sentir le changement immédiat dans l'atmosphère, parce qu'il lance un regard prudent vers Sam, comme s'il avait peur d'avoir dit quelque chose de mal. "J'ai dit... m'prénom? C'est Dean." Lorsque Sam ne répond pas, il ajoute: "J'ai aussi été appelé Dieu du Sexe mais je me suis dit que ça sonnait quand même un peu m–"

"Tu es sérieux?"

"Euh. Ouais."

De tous les noms qu'il aurait pu choisir. De tous les... ouais. Ce n'est pas comme si la Mort le savait, non? Du moins, pas cet être-là, pas la Faucheuse de Sam qui prétend avoir un patron et qui parle de contrats et de rendez-vous. Cet employé apparemment autoproclamé ne peut pas être cruel au point de choisir le nom du héros que Sam a idolâtré pendant plus d'une décennie, le symbole de tout son espoir innocent.

"Est-ce que c'est...? Tu ne– Je veux dire," la créature se racle la gorge, et l'hésitation inquiète est évidemment forcée à sortir de cette belle voix rauque lorsqu'il se remet à parler. "Je ne suis pas vraiment censé divulguer ce genre d'informations donc un peu de reconnaissance ne serait pas de trop, tu sais?"

"Je suis... non, c'est juste que. J'ai perdu quelqu'un qui s'appelait Dean." Rien que le fait de prononcer le nom semble être un sacrilège. Dean a sa place sur le même autel figuratif que Jess; il est l'une des rares (peut-être même la seule ) chose bonne et pure de l'enfance de Sam.

"Oh." Il a l'air de se sentir légèrement coupable. "Désolé, je suppose."

"C'était il y a longtemps. Je ne m'attendais juste pas à ce que..." Sam se force à éloigner les souvenirs, le léger sentiment douloureux que le mot évoque encore. "Quoi qu'il en soit, je suis celui qui est désolé. Ce n'est pas important."

Sa Faucheuse grimace. "Est-ce que ça va être bizarre maintenant?"

"Oh, définitivement." Sam parvient à sourire et lui tend la main. "Mais peut-être qu'on pourrait repartir à zéro?"

La créature– Dean, il s'appelle Dean– ne la serre pas. "Ça me va." Il tente un faible sourire en retour. "Je suis désolé pour ton ami, mec."

"Non, c'est rien."

Le silence se poursuit, même si ce n'est pas vraiment silencieux parce que les bips criards des moniteurs et les voix frénétiques du personnel de l'hôpital font un bruit de fond plutôt inhabituel.

"M'appeler Momo est toujours bizarre et hors de question, au fait," lui dit Dean.

"Ouais." Sam s'arme de courage pour ce qu'il veut dire ensuite. "Alors...un nom de famille ce serait un peu trop en demander, hein?"

La Faucheuse rit légèrement. "Oui." Mais ses traits s'adoucissent en quelque chose de plus triste, presque vulnérable. "La vérité, c'est que je n'en ai pas, en fait." Il hausse les épaules comme si ce n'était pas très important, comme si Sam ne voyait pas clair dans son jeu. "Ou si j'en avais, je ne m'en souviens pas."

Attends une minute.

"Tu veux dire que tu n'as pas toujours été une Faucheuse?" laisse-t-il échapper avant de pouvoir se retenir.

Dean croise les bras sur son torse et dit, dans la voix d'un agent téléphonique automatisé (qui travaillerait aussi au noir pour le téléphone rose parce que la voix de Dean est aussi incroyablement séduisante que tout le reste): "Je suis désolé, vous semblez avoir dépassé votre quota de questions agaçantes pour le moment. Pour continuer à satisfaire votre fétiche super-troublant de la connaissance, veuillez réessayer ultérieurement comme... hm, voyons voir..." il laisse retomber ses bras. "Jamais."

"Oh allez, c'est si important que ça? Je suis probablement mort pour de bon cette fois-ci", soutient Sam, se disant qu'il n'a rien à perdre. "Je veux dire, perdre tout ce sang va me plonger dans un choc hypovolémique à coup sûr."

Il y a un petit moment de silence.

Tout à coup, sa Faucheuse– Dean semble étrangement fuyant.

La mâchoire de Sam en tombe. "C'est pas vrai."

"A vrai dire..."

"Sérieusement? Mais j'ai perdu tant de sang! Personne ne devrait survivre après quelque chose comme ça!"

"Tu es un monstre, félicitations."

Un monstre. Ce mot a toujours été une sorte de point sensible, mais Sam ne tient pas compte de l'once de lassitude. "Super. Eh bien, merci. C'est super réconfortant. Ils ne vous donnent pas des cours ou un truc du genre avant de vous envoyer Faucher des gens?"

Quoi, comme un "Gérer Les Chasseurs Plus Grands que Nature Pour Les Débutants?"

"Allez, ça fait combien de temps que tu fais ça de toute manière?"

"Eh bien, j'ai échoué à 'l'Introduction aux Geeks aux Jolis Petits Culs Qui Refusent de Mourir' plusieurs fois, pour tout te dire. "

"Ah ouais? Est ce que le cours 'Draguer le Mort' était déjà complet quand tu as enfin réussi? "

Sa Faucheuse rit joyeusement– il rit, Dean rit– et tape dans ses mains, les yeux brillants et se plissant dans les coins. "Sammy devient insolent! J'adore!"

Sam lève les yeux au ciel, mais ses entrailles dansent et scintillent. Il ignore ce qu'il y a de spécial chez cette créature sans nom de famille– cette anomalie même dans le monde des monstres, ce messager de la Mort qui n'est pas comme les autres Faucheuses– qui l'éclaire de l'intérieur comme si quelqu'un avait lancé un pétard dans sa poitrine quelques secondes avant son explosion. Il sait seulement qu'il se sent euphorique d'une façon qui ne lui arrive jamais dans sa vie, et il souhaiterait presque—

"On a un pouls!"

"Mon Dieu, il y a vraiment quelqu'un qui tient à ce gamin là-haut–"


Le temps passe et Sam rencontre d'autres chasseurs; certains d'entre eux, comme Jo, sont les antipodes de ce qu'il avait imaginé et d'autres, comme Bobby Singer, exactement comme il les voyait. Curieusement, il reste en contact avec les deux. Apparemment, Bobby a connu son père, mais John n'avait pas dit à la communauté de chasseurs qu'il avait un fils. Pour te protéger, bien sûr, lui dit Bobby, et Sam sait que c'est vrai, mais ne peut, pour une quelconque raison toujours pas se résoudre à lui demander des histoires. Il a pardonné John pour son absence depuis longtemps, mais le souvenir de sa perte n'est pas quelque chose sur lequel Sam a envie de revenir.

C'est à ce moment-là, cependant, que, bien que plongé dans ses recherches et dans sa mission, Sam recommence à former des liens expérimentaux avec le monde extérieur. Il y a des gens qui se soucient réellement du fait que Sam Winchester existe maintenant, et ils seraient tristes s'il devait, vous savez, cesser d'exister. Ou bien, en tout cas, s'il lui arrivait quelque chose, ces gars le remarqueraient.

A vrai dire, il ne comprend pas vraiment pourquoi. Ils l'appellent pour lui proposer des affaires et l'interrogent, mine de rien sur ses habitudes alimentaires; surtout Ellen, la mère de Jo, et Bobby Singer, qui semblent être tous les deux chargés de faire en sorte qu'il prenne un minimum soin de lui. Honnêtement, Sam est plus confus que vraiment reconnaissant (parfait exemple; Bobby lui donne une amulette protectrice, il la met dans son sac de marin et oublie rapidement de la porter une seule fois).

Peut-être qu'être seul pendant un an a diminué sa capacité à reconnaître de l'affection lorsqu'il en voit, ou peut-être qu'il trouve simplement difficile de croire que quelqu'un pourrait véritablement apprécier un étrange et calme chasseur, perpétuellement morose, qui passe la moitié de ses journées le nez plongé dans un bouquin.

Quoi qu'il en soit, Sam tient à poursuivre sa mission.

Il pense encore à Jess tous les jours. Il se souvient de son père avec un élan d'amour et de pitié qu'il n'avait pas vraiment réussi à avoir avant que tout cela ne se produise. Il se permet même de repenser à Mary, et, une fois, il se surprend à imaginer son frère Dean—pas comme la sorte de Captain America qu'il avait désiré étant enfant mais comme un ami, quelqu'un avec qui partager ce qu'il traverse. C'est pour eux qu'il fait cela. Certains jours, il a l'impression que c'est pour eux qu'il est encore en vie, même s'il ne se souvient que de deux des quatre.

Pour eux, Sam parcourt les bibliothèques et surfe sur le net jusqu'à ce que le simple fait de cligner des yeux soit douloureux, utilise les utiles compétences en programmation de Ash pour traquer la seule autre personne de son âge encore en vie dont l'un des parents est décédé brûlant sur un plafond. Pour eux, Sam suit les rumeurs sur une arme à feu qui serait capable de tuer les démons à travers la moitié du pays, même s'il ne la trouve jamais.

Pour eux, Sam lit et oublie ses repas et doit acheter des lunettes et il lit encore un peu plus.


"Hélas, ese, comme on se-"

"Te repites, Dean."

"Je... quoi?"

"Tu as déjà utilisé celle-là."

"Va te faire foutre, je gagne des points pour avoir essayé."

"Peut-être, mais pas pour l'originalité."

"Alors... tu sais parler espagnol."

"."

"C'est que ça se la p... oh hey, tu as des lunettes?"

"C'est un peu évident."

"Eh bien félicitations, ton côté intello est officiellement dévoilé au grand jour."

"Tu te rends bien compte que je suis en train de mourir, hein?"

"Non, c'est faux. Cette fille, Ava, va te faire du bouche-à-bouche dans une minute."

"Vraiment?"

"...Non. C'est Bobby."

"Je te déteste."


Parfois, il est le seul chasseur dans la région ou il tombe sur un schéma évident durant une accalmie dans sa recherche sur le démon, et c'est à ces moments-là qu'il s'attaque à d'autres monstres. Enfin, jusqu'à la chasse au loup-garou à San Francisco.

Il aurait dû s'en douter, vraiment. Mais elle était si gentille et il était si seul.

Après ça, Sam boit tellement qu'il en perd connaissance, mais pendant une trouble seconde juste avant qu'il ne s'évanouisse, il croit entendre un cri lointain "–une intoxication éthylique?! Sérieusement? Ce n'est pas la façon la plus digne de s'en aller, espèce d'idiot...! "


"Pourquoi est ce que c'est toujours toi?" Demande Sam à Dean. Il espère qu'avec le temps, ça deviendra plus facile d'appeler la créature par son prénom, même dans sa tête. Ça ne reste qu'un prénom, après tout, et un mot ne peut pas être la propriété de son frère mort depuis longtemps. Il y a tout juste quelques semaines, il a vu un caissier porter le nom 'Dean' sur son badge; ça ne voulait absolument rien dire. "Je veux dire, des tas de gens meurent chaque jour, alors il doit y avoir des milliers de personnes comme toi, non? Pourquoi est ce que c'est toujours toi que je vois?"

"On est assignés à certaines personnes. C'est la politique de l'entreprise." Dean hausse les épaules.

C'est mal, mais Sam ne peut plus voir Dean comme une "chose", même s'il n'est pas humain– probablement pas même techniquement en vie.

"Mais comment fonctionne ce processus d'assignation?"

Ils doivent attendre que l'urgentiste de la prison le ramène, mais pour Sam, il n'est pas vraiment question de passer le temps, il voit plutôt cela comme une opportunité pour obtenir quelques réponses. Il a des centaines et des centaines de questions à poser, et à chaque fois que la Mort lui rend visite (même si Dean ferait probablement valoir le fait que c'est plutôt le contraire) il en a des milliers d'autres. C'est pour dire, il a même commencé à les écrire, mais au moment de les poser, il est distrait par leurs plaisanteries et par le sourire en coin de Dean qui est tellement en contradiction avec son costume bien repassé.

"Tout est une question de compatibilité. Rompre le lien entre le corps et l'esprit est une chose traumatisante, alors la Faucheuse doit être en mesure de pouvoir convaincre l'âme de la suivre ou elle erra sur la Terre comme un fantôme..." Dean descend soudainement sa voix afin qu'elle soit dramatiquement grave. "Sans jamais trouver le repos, tourmentant les vivants jusqu'à ce qu'un chasseur de la taille d'une maison ne sale et brûle ses os..."

Sam rit doucement. "Et qui décide quelle Faucheuse prend quelle âme?"

"Mon patron."

"Alors c'est ton patron qui établit les règles?"

"Bien sûr. C'est pour ça que c'est le patron, non?"

"Est ce que c'est lui Hadès?"

"La Mort a beaucoup de noms selon les nombreuses cultures, mais l'appeler 'il' est assez stupide, tu ne penses pas?"

C'est vrai. Sam s'agite avec culpabilité en sachant qu'il aurait déçu Jess.

"Alors… qui est ce que tu portes?"

"Hein?"

Il est assis sur le sol dans son uniforme de prisonnier orange vif avec une ecchymose autour de la gorge qui correspond à celle dont est dotée son corps (son corps qui est couché sur un des lits), et Dean s'est prudemment installé à quelques pas de là, dans ses vêtements plus moulants que jamais. Le fait qu'ils ne se soient pas encore touchés n'a pas échappé à l'attention de Sam, mais c'est sur la liste de 'Choses à Demander à Dean/Faucheuse(?)' de Sam qu'il a enregistré sur Google-Docs.

"Ce corps... ce n'est pas le tient, non? Je veux dire, est ce que tu as un corps? Est-ce que c'est une sorte de projection ou c'est une vraie personne? Parce que j'ai d'abord pensé à une projection, mais le souci du détail semble vraiment impressionnant, alors est ce qu'une star d'Hollywood a disparu ou bien–? "

Dean bafouille avec indignation. "Quoi? Je ne suis pas, je suis juste–mec!" parvient-il enfin à dire. "Je ne suis pas une sorte de...quoi? Ce n'est pas... ce corps est–" puis il s'arrête, et toutes ces fanfaronnades sont remplacées par un énorme sourire enfantin. "Attends, tu me trouves sexy?"

Sam est peut-être dans la forme d'un esprit en ce moment, mais il est presque certain de quand même être en train de rougir. Il n'a jamais vraiment exploré ce côté de lui-même qui peut discrètement apprécier un mec attirant (et c'est sans compter cette fois où Jess et Becky l'ont mis au défi d'embrasser son colocataire), mais bon, il n'avait jamais vu un gars aussi ridiculement beau que le véhicule de sa Mort.

"Euh."

"Tu penses que je suis tellement sexy, je devrais être à Hollywood?"

"Je–"

"Et bien putain Sammy, je ne pensais pas que tu étais de ce bord." La quantité de connotations sexuelles que Dean parvient à ajouter dans cette phrase est affreusement impressionnante.

"Ce n'est pas le cas." Ou du moins ce n'était pas le cas.

"Si tout ce que tu voulais c'était un peu d'action entre morts-vivants, tu n'avais qu'à me le dire; presque te tuer à plusieurs reprises, ce n'est vraiment pas la meilleure façon d'attirer l'attention d'un mec."

"Dean, sérieusement," Sam le coupe, un peu désespéré parce qu'au coin de l'œil, il peut voir que ses signes vitaux s'améliorent. "Quelle est ta vraie forme?"

Le sourire sordide que Dean lui lance est en harmonie avec sa voix traînante exagérée. "Désolé beau-gosse, mais ce n'est que notre sixième rendez-vous et je crains ne pas être prêt pour ce degré d'engagement."

"Mais pourquoi est ce que tu-"

Trop tard.


"Sérieusement, tu as un faible pour moi ou un truc du genre?"

Sam sursaute. "Qu'est ce que tu fais là?"

Dean lève les yeux au ciel et se montre du doigt. "Faucheuse." Il montre Sam du doigt. "Chasseur bien trop grand qui a des problèmes de vengeances suicidaires, un complexe du héros et des délires à un niveau médical. Tu fais le calcul."

"C'est pas possible. Je me suis juste fait assommé cette fois-ci," proteste Sam, parce que ouais, il est (presque) complètement sûr que c'est vrai. De plus, il a le sentiment que c'est plus un rêve qu'une expérience extracorporelle; les alentours sont vides et indéfinissables, une chambre de motel anonyme comme les millions d'autres dans lesquelles Sam a passé la nuit. "Quoi, tu apparais aussi pour les personnes qui ont des commotions cérébrales maintenant?"

Le sourire de Dean vacille pour finalement retomber, et il fait cette tête boudeuse qui est absolument hilarante. "Très bien, je m'ennuyais. Fais-moi un procès."

Comme si je passais mon temps libre à traquer des chasseurs maladroits plus grands que le yéti...

Un petit frisson passe à travers Sam en y repensant et il doit faire de grands efforts pour ne pas sourire comme un imbécile. Il est sûr que ses lunettes se sont (encore) cassées mais il s'en moque; Dean a un effet fou sur lui, dans la mesure où il le rend vraiment fou.

"Alors, comment ça se fait que je puisse te voir maintenant, mais pas quand je suis éveillé?" parvient-il à dire.

"C'est un truc avec ton état de conscience."

Sam est surpris par la réponse honnête et instructive pour une fois, mais il essaie de ne pas le montrer au cas où il ait plus de choses à dire.

Il s'avère que c'est le cas; "La plupart des Faucheuses ne sont visibles que par les morts ou par les mourants, mais je ne suis pas si exclusif. Avec moi, plus tu es proche de la mort, plus il est facile pour moi de devenir visible, mais je ne suis pas aussi limité que mes collègues. Alors, si tu étais dans le coma genre, tu sais, profondément inconscient, l'effort serait minime. Si tu es juste assommé c'est plus difficile, mais faisable. Le sommeil serait ce qu'il y a de mieux après ça, bien que je mettrais le coma éthylique à peu près au même niveau, je pense. "

"Et maintenant? Ça te prend beaucoup de puissance pour pouvoir apparaître devant moi maintenant?"

"Je suis plutôt puissant, tu sais," dit Dean, d'un ton suffisant. Puis il ajoute, avec une timide douceur inattendue qui sidère complètement Sam: "Mais avec toi, j'ai un lien plutôt fort grâce à tous tes accidents évités de justesse, ça aide. On est comme... connectés maintenant."

"Oh."

Ils sont tous deux silencieux pendant un long moment. C'est assez gênant.

Soudain, l'image de Dean clignote pendant une seconde, vacillant comme lorsque l'on a un mauvais réseau.

"Dean?" Sam dit immédiatement, en se rasseyant.

Il est de retour une seconde plus tard, mais il baisse la tête et ne rencontre pas le regard de Sam.

"Je pense que tu vas bientôt te réveiller," grogne-t-il, enlevant une poussière invisible sur sa veste de costume. "C'est bon de te voir sans aucune hémorragie grave, Sammy. C'est un agréable changement."

Il est parti avant que Sam ne puisse bredouiller: "T-toi aussi."


La fois suivante, Sam voit Dean dans ses rêves.

"J'ai un peu de temps à tuer avant qu'il soit temps pour moi de tuer quelqu'un," dit Dean sans préambule, faisant grandement sursauter Sam. "Occupe-moi, chasseur Yeti."

Ils sont dans la pièce sécurisée de Bobby, même si, en réalité, Sam est endormi dans sa voiture volée du mois, stationnée dans un parking vide quelque part dans la campagne du Montana. Depuis quelques semaines déjà, il fait des cauchemars récurrents dans lesquels il est attaché au lit qu'il a aperçu lors de sa visite chez Bobby: il rêve qu'il hurle jusqu'à en perdre la voix, suppliant qu'on lui dise ce qu'il a fait de mal pour qu'il puisse le réparer, mais personne ne vient jamais– que ce soit pour le réconforter ou pour rejeter une faute sur lui.

Il a décidé que ce n'étaient pas des visions, juste des manifestations un peu dingues de son subconscient, comme d'habitude. Il en est... sûr à quatre-vingt pourcents.

"Tu sais que ça sonne comme je si j'étais un gars qui chassait le Yéti, pas vrai?" dit-il, forçant sa voix à avoir l'air spontanée, même s'il se sent incroyablement vulnérable, retenu comme il est avec Dean planant au-dessus de lui. C'est son rêve, et Dean y est à l'intérieur. Dans sa tête.

"Ce n'est pas le cas?"

"Très drôle." Il lutte contre les lanières de cuir, mais ses bras sont encore attachés au-dessus de sa tête. Ce n'est pas... pas bon. "Euh, Dean..." commence-t-il, avant de mieux y penser.

Mais Dean a clairement compris, et il ne fait même pas la blague salace évidente. "Oh, hey, je peux partir si ce n'est pas le bon—"

"Je vais bien," ment Sam. "Reste. A vrai dire, je voulais te demander.." il se creuse la tête pour trouver une question, quelque chose de fou, n'importe quoi—"Est ce que la faux est un mythe?"

Ils savent tous les deux qu'il vient tout juste de sortir cette question de nulle part, mais il sourit légèrement et la laisse passer. "C'est plus une métaphore. Mais ce ne serait pas trop cool si j'en avais toujours une avec moi?"

Sam parvient à lui rendre son sourire. "Trop. Et quand est-il du fait de peser les âmes et les plumes?"

"Les âmes ne pèsent rien. Il y a un processus un peu moins figuratif impliqué, cependant, il résulte dans l'ascension ou dans la descente." La Faucheuse s'accroupit afin que leurs visages soient au même niveau et qu'il ne surplombe pas Sam, et Sam ne peut exprimer à quel point il apprécie le geste. "Mais ce département est au-dessus de mes compétences. Vois-moi juste comme l'huissier exceptionnellement séduisant".

"Et… le paradis et l'enfer? Le purgatoire? Ils existent?"

Dean fait le bruit 'd'erreur' d'un buzzer. "Je suis désolé, cette question n'avait aucun rapport strict avec la mythologie liée à la mort. Veuillez réessayer."

Sam rit légèrement. "Ok, Ok. Le chien à trois têtes? "

"Cerbère? Mec, je l'adore, mais la tête du milieu est un peu trop amicale avec mon entrejambe, si tu vois ce que je veux dire. "

Ils passent le temps en parlant et en plaisantant sur les mythes et légendes (bien sûr qu'on célèbre Santa Muerte!), sur la réincarnation et les âmes-sœurs (oui, ils existent) jusqu'à ce que Dean ne se remette à clignoter.

Sam se réveille bien reposé, se sentant mieux qu'il ne s'est senti depuis longtemps.

"Ok, ça devient ridicule."

"Je ne l'ai pas fait exprès!"

"Tu en es sûr? Parce que je ne rigolais pas, il y a vraimentde meilleures façon pour attirer mon attention, Sammy."

"Arrête de m'appeler comme ça."

"Arrête de mourir."

"Encore une fois, techniquement je ne suis pas m–"

"Il est vivant!"


Il y a un monde merveilleux dans lequel les couleurs sont plus vives et dans lequel le soleil ne semble jamais tout à fait se coucher. Dans ce monde, les parents de Sam sont vivants et parfaitement heureux, et ils se chamaillent gaiement au petit déjeuner en famille pendant que Sam en reste bouche bée et essaie de ne pas laisser couler ses larmes.

Jess et lui travaillent ensemble dans un cabinet de droit environnemental comme ils l'avaient toujours voulu, mais après l'avoir serré dans ses bras, elle commence à lui parler de ses plans pour le week-end avec Zack. Sam ne comprend pas; il la suit partout comme un chiot confus et pense, 'mais tu m'aimais. Je ne comprenais pas pourquoi, mais tu m'aimais dans l'autre monde'. Mais, il n'est pas égoïste; la voir en vie et rayonnante de joie le rend si douloureusement heureux qu'il lui faut un certain temps juste pour être en mesure de reprendre son souffle.

Et puis il comprend pourquoi il n'y a pas de mort ici.

Il trouve sa maison et Dean l'y attend pour l'accueillir, Dean est humain, et Dean sourit et jette la mallette de Sam sur le sol avant d'empoigner les cheveux sur sa nuque en lui donnant le baiser de bienvenue le plus obscène que Sam n'a jamais reçu.

Ils peuvent se toucher dans ce monde. Ils sont amoureux, dans ce monde. Sam trouve une bague de fiançailles dans son tiroir à chaussettes, et il se rend compte qu'il allait faire sa demande à la seule personne qui peut le faire sourire dans son horrible vraie vie. Aussi dérangé que ça peut l'être, il se rend bien compte que Dean est désormais la seule chose qu'il attend avec impatience; la seule lumière dans un tunnel autrement froid et déprimant. Et bon dieu, mais ils fonctionnent si bien, et ça paraît si simple et si bon, et il ne veut pas partir, il veut juste...

Bobby le sauve au bout du compte, et le trouble vraiment lorsqu'il pleure, puis il passe un savon à Sam pour être allé après le génie seul.

Les serviettes imaginaires dans la salle de bain imaginaire de sa maison imaginaire avaient deux W brodés dans le coin, mais Sam n'y pense pas vraiment. Il n'y pense tellement pas, en fait, qu'il parvient à se donner l'illusion d'avoir tout oublié.


Et puis, deux ans après avoir perdu Jessica—après déduction des quelques minutes après qu'il ait rencontré son ange personnel de la Mort, un an après s'être presque vidé de son sang sur le siège arrière de Jo et après avoir appris le nom douloureusement fortuit de Dean, huit mois après avoir rencontré et perdu Ava, quatre-vingt quinze jours après avoir tiré une balle dans le cœur de Madison, six semaines après s'être échappé du complexe pénitentiaire du comté de Green River et une quinzaine de jours après s'être réveillé du meilleur et du pire rêve de sa vie...

C'est vraiment parti en vrille.


Je ne sais pas quand est ce que je posterais le 3ème chapitre, mais dans un moment parce qu'il est vraiment vraiment long, merci d'avoir lu jusqu'ici en tout cas!