« Comme je le dis souvent à mes élèves, plutôt qu'essayer de rattraper une chimère, emmène la avec toi. C'est pareil avec la musique, on peut jouer de tout, ce qu'il faut c'est captiver l'oreille, lui raconter une histoire, son histoire. »

Le Big Yamato, pour The Crosswing.


Ce silence

Les premières notes résonnèrent dans la salle étriquée. C'était comme s'il découvrait quelque chose d'exceptionnel, quelque chose qui aurait pu changer sa vie. Un son venu d'un autre monde et pourtant qu'il connaissait comme si c'était sa propre mère. Un son qui lui disait qu'il était bien là et que le monde aurait pu s'écrouler que son âme serait restée fidèle à son poste. Il entendit la ligne. Sa ligne. L'intention, le corps et le mouvement. L'idée. Il entendit l'idée qui ferait de ces notes des émotions, des actions.

D'un signe entendu au batteur, ils commencèrent à jouer de concert. Il intériorisait la pulsation et la pulsation devenait plus qu'un simple battement par minute. Elle devenait celle de son cœur. Elle se propageait partout jusqu'à en devenir physique. En phase avec les autres, ils vibraient comme une seule entité.

Et tout s'accéléra. Les sons se superposaient, les harmonies dissonaient, le monde s'ébouillantait. La musique parlait, elle criait, plus fort, encore, pour se faire entendre pour qu'on la reconnaisse. Et comme un trou noir, le silence absorba cette finalité. Ce silence infini que l'on écoute plus que n'importe quoi parce qu'il nous emporte avec lui. Il emmène nos illusions, nos rêves et nos sentiments. Il oublie, on le pardonne et nous sommes triste avec lui.

« C'est pas si mal non ? T'en penses quoi Izumo?

- Euh pas grand-chose, j'écoutais pas…

- Ah, ba demandons à notre nouvelle recrue, Sasuke ?

- Izumo, il faut que tu joues plus dans le fond du temps avec moi, les cuivres doivent être devant. Et toi, Kotetsu, il faut que tu changes de son. Trouve un truc plus agressif.

- Haha ! Je vous avais bien dit qu'il fallait le choisir ! Un vrai musicien en herbe ! »

Musicien en herbe ? Un peu oui ! Ce groupe d'amateur n'avait définitivement rien compris mais il n'était pas si mauvais. Et puis...ils lui payaient des bières à défaut d'un salaire.

Après avoir quitté sa joyeuse bande, soudoyé son frère pour obtenir une liste de contact, sauvé une demi-douzaine de dauphins de féroces sacs plastiques, avoir comprit le sens de la vie en écoutant Jamiroquai, être aller voir sur wikipédia le pourquoi du comment et finalement avoir changer ses cordes, il s'était mis à la quête d'un nouveau groupe. Une audition par-ci, une audition par-là, souvent dégotées sur des coups de pot, ne lui avaient vraiment rien fait voir d'exceptionnel et il n'avait été retenu nul part. A ce rythme, il allait vraiment finir par croire qu'il était mauvais.

Il était donc parti, loin, très loin, bravant vents et marées, pour arriver sur une petite terre isolée, regorgeant de goyaves et de papayes, qu'on appelle plus communément supermarché. Là, il avait trouvée une âme assez généreuse et patiente pour l'écouter raconter ses déboires. Et de la plus merveilleuse des manières, il lui appris que lui aussi était musicien à ses heures perdues, quand il ne travaillait pas dans cette foutue baraque à vendre de la merde et qu'il recherchait justement...un bassiste !

Sasuke ne croyait ni au destin, ni au hasard, ni à sa bonne étoile, ni à rien tout court, mais là il voulait croire en cet homme. C'est ainsi que débuta ce nouveau chapitre de sa vie dans ce qui allait devenir le meilleur groupe d'afro metal jamais connu.