Chapitre 2: arrivée

J'avais mis mes lunettes de soleil sur le nez, sachant pourtant que le temps était nuageux. Mais je souhaitais garder un maximum de temps le secret sur ma cécité. Ne pas devenir la pauvre fille aveugle qu'il fallait aider. Parce que sinon, tous mes efforts fournis auprès de mon frère, Adriel, auraient été vain.

Nous avions bossés comme des dingues pour que je sois efficace dans toutes les situations possibles et inimaginables. Deux années plus tôt, il m'avait amené dans un centre commercial et m'avait laissé dans une boutique. Quelques minutes après son départ, il m'avait laissé un message sur mon portable me laissant une heure pour le retrouver dans le magasin.

J'avais alors arpenté les allées du centre, jusqu'à retrouver l'odeur de son eau de toilette. J'avais commencé par suivre une fausse piste, puis, finalement, je l'avais flairé à l'entrée d'un magasin de jeux vidéo. J'avais mis quarante six minutes ce jour là, les jours passant, je m'étais améliorée, ne mettant plus qu'un quart d'heure, deux semaines avant mon départ.

A force de travail et d'expérience, nous nous étions rendu compte que j'avais développé ce qu'Adriel appelait le « sens radar ». En fait, les sons produisent des ondes qui se répercutent sur les différents plans, c'est de cette manière que la plupart du temps, j'arrive à me déplacer dans une rue, une pièce, sans me cogner dans quoi que ce soit, à condition qu'il y est du bruit. Nous testions cela dans un gymnase avec la stéréo à fond. Dans ces moments là, je battais mon frère dans tout ce que nous testions : les sports de raquettes, de ballons, mais aussi les sports de combats, à mains nues ou en escrime. Bref, j'avais dépassé mon frère qui était considéré comme le meilleur sportif de son université. Enfin je dis ça, mais je voudrais pas non plus me vanter.

Sur le parking du lycée, je me dirigeais vers ce que je supposais être l'accueil. Le chauffeur du taxi me l'avait gentiment indiqué. Je passais les portes sans encombre et en ressortis quelques minutes plus tard avec mon emploi du temps... Mouais, ça, je ne savais pas encore comment j'allais me débrouiller pour savoir où...
-« Aïe ! Je suis désolée, je ne regardais pas j'allais. » Fis-je alors que je venais de percuter quelqu'un, de toute évidence. Arfff, je ne l'avais pas sentie approcher. Je me baissais pour ramasser les affaires de l'autre personne qui étaient tombées dans un boucan monstre.

Ad' aurait été là, j'aurais parié sur trois livres, un cahier à spirale métallique et une trousse de taille moyenne en caoutchouc. Mes doigts cherchaient rapidement quelque chose au sol et se refermèrent sur un bouquin dont je me saisie.
-« T'en fais pas, moi non plus je ne regardais pas où j'allais. Je suis très maladroite en fait. La personne ria. Je m'appelle Bella. »

Les présentations... c'est une chose que j'ai en horreur... comme beaucoup de personnes aveugles qui cherchent à le cacher, je suppose... Je ne sais jamais si la personne me tend la main, veut me faire la bise, ou rien du tout.

Dans le doute, je ne bougeai pas.
-« Amy. » Répondis-je simplement.
-« Ah, tu es la nouvelle. Me dit-elle un peu plus sèchement, bien entendu, il avait fallu qu'elle fasse un geste pour se présenter, et je ne l'avais pas vu... Bon courage. L'an dernier, c'était moi. Tous ces regards curieux braqués sur les nouveaux, je trouve cela très pesant. »
-« Eh bien, je ferais comme si je ne les voyais pas. » Répondis-je sans pouvoir m'empêcher d'en sourire.
-« Ah je vois que t'as maths en première heure, je peux t'accompagner à ta salle si tu le souhaite. On a cours ensemble. »
J'hochais la tête, trop contente d'avoir quelqu'un pour me lire mon emploi du temps.
Nous étions en chemin vers ma salle de classe quand je tentai innocemment :
-« Est-ce qu'on a d'autres cours en commun ? »
-« Fais voir, je vais te dire ça. »
Et c'est de cette façon que j'appris mon programme de l'année.

Le prof m'avait obligé à me présenter devant toute la classe, étant la seule veinarde à être extérieure à Forks.
J'avais retiré mes lunettes-de-camouflage et étais montée sur la petite estrade, sans me prendre les pieds dedans. Et j'en étais fière ! Je fixais mes yeux là d'où provenait la plupart du brouhaha et me lançais :
-« Bin bonjour à tous. Je m'appelle Amy Aiyana (remercions tous Flannel pour avoir trouvé l'identité de mon perso !) J'arrive de Séville... en Espagne. En Europe. Rajoutais-je en riant. Les américains sont bien connus pour leur faible niveau en géo !
Des rires francs et sincères arrivèrent jusqu'à moi, et j'en souriais. Contente de capter mon petit auditoire. Parmi ces rires, un retint mon attention. Grave, doux, sensuel et communicatif. Je ne pu m'empêcher de tourner la tête vers l'origine du rire.
-« Enfin voilà, si vous avez des questions... ? » demandais-je en me basculant légèrement sur mes pieds, d'avant en arrière... mal à l'aise. S'ils levaient la main et attendaient que je les interroge, on allait pouvoir poireauter longtemps !
-« Célibataire ? » Demanda un garçon, ou plutôt un homme vu la tonalité de sa voix. Il se situait près de la personne qui avait un rire envoutant.

Il avait parlé précipitamment avant d'étouffer un cri. Visiblement (ou enfin, pas vraiment...) il venait de se prendre un coup de coude. J'en souris
-« Oui, pourquoi, y'a des intéressés ? »
-« Ouais, mon pote là !» Répondit la même voix. Mais pas de bol, je ne voyais pas de qui il parlait...et il se reprit ce qui devait être un coup de coude. Et je cru distinguer, malgré le fond sonore une réplique : « t'es vraiment con, pour quoi j'vais passer moi maintenant ? » Là, je dois dire que ce fut la plus belle voix que j'ai jamais entendue. Grave, sensuelle, caressante. J'étais persuadée qu'elle appartenait à la personne qui avait un si doux rire.
Le prof reprit les choses en main en me demandant :
-« Et vos parents, ils font quoi dans la vie ? »
-« Oh, bin vous savez, un peu comme tout le monde, ils respirent, ils mangent et parfois même, ils parlent. » Ma réplique était sortie toute seule, sans que je prenne la peine de penser aux répercutions. Je ne m'étais pas attendue à ce que tous les élèves éclatent de rire.
-« Moui d'accord, vous pouvez allez vous asseoir. »

J'avais profité des éclats de rire pour repérer les places vides. Les ondes sonores se répercutant directement sur les chaises vides. Ainsi, j'avais pris une place au fond de la classe, en ayant pris soin de ne pas me prendre les pieds dans les lanières des sacs qui trainaient par terre.

Une fois à ma place, que j'avais choisie au dernier rang et sans voisin, je sortis mon portable et branchai discrètement le dictaphone. Les paroles du prof étaient directement retranscrites sur l'écran, et une fois chez moi, elles étaient imprimées en braille. Pour les apparences, je faisais semblant de taper sur le clavier.

La matinée se faisait dans la même salle, les profs se succédaient. Le repas, je l'avais passé sur le parking, assise contre un muret à manger une salade qui j'avais gardé dans mon sac. Hors de question que j'aille dans le ref ! Faire tomber mon plateau de nourriture devant tout le monde a toujours été ma hantise. Je préférais rester à l'extérieur, c'est bon pour les os !

L'après midi avait été plutôt cool. J'avais gardé ma place au fond de la salle.

Pour le cours de sport, malheureusement, on n'avait rien pratiqué ce jour, le prof nous avait passé un questionnaire anonyme sur « qu'est-ce que le sport et pourquoi le pratiquer. » Il avait lu les questions à la classe, mais j'étais pas capable d'écrire les réponses. Alors j'avais décidé de ne pas lui rendre. Merci l'anonymat.

A 16 heures, mon taxi était dans le parking, le chauffeur était venu me chercher dans les escaliers : j'avais prévenu la compagnie de taxi, j'avais payé pour.