Note : Je suis tellement fatiguée que j'essaie de démaquiller mes cernes MAIS me revoilà avec un petit OS écrit uniquement pour le plaisir de placer du Cherik. Je les aime beaucoup, beaucoup trop.
Malaise
Depuis son arrivée à l'Institut, Thomas avait passé un temps relativement limité dans le bureau du Professeur, à son plus grand soulagement.
De tout temps, les bureaux du corps professoral avaient été signe pour lui de punitions imminentes et de remontrances salées, et il ne pouvait que se féliciter de son comportement des plus exemplaires en comptant sur les doigts d'une main les fois où il avait dû rendre visite au Professeur dans son antre.
Pas que Thomas ait été un lycéen particulièrement turbulent par le passé mais… Il avait lui-même tendance à se considérer comme possédant la fâcheuse tendance à se trouver toujours au mauvais endroit, au mauvais moment. Ce qui l'entraînait dans bon nombre de situations dont il aurait largement pu se passer, merci pour lui.
Ainsi, lorsque Hank et Ben décidèrent d'interrompre l'entraînement pour se sauter l'un sur l'autre comme des chiens enragés, il fallait évidemment que Minho soit cloué au lit par une bronchite ravageuse, et ce fut à Thomas de les séparer, se prenant une ou deux balles perdues au passage.
Les rustres.
Évidemment, comme ces crétins de sportifs ne faisaient jamais rien dans la demi-mesure, ce fut également à Thomas de trottiner vers l'Institut pour aller chercher de quoi soigner les blessures superficielles que s'étaient infligé les deux garçons, qui s'étaient à présent exilés l'un et l'autre aux deux extrémités opposées du parc.
Soupirant devant ce contretemps agaçant, Thomas avait intimé à l'équipe de "continuer à s'entraîner" - terme signifiant ici "à vivre leur petite vie comme depuis le début de l'entraînement parce que Thomas n'avait aucune fucking idée d'entraînement, ayant raté sa vocation de coach sportif - et s'était dirigé vers l'Institut en grinçant des dents.
Traversant le hall sans se départir de sa moue irritée, il arriva bientôt devant la porte du bureau du Professeur, qui jouait les infirmières à temps partiel, entre deux réunions importantes et quelques dîners mondains - oui, le Professeur était quelqu'un d'extrêmement occupé. Il s'apprêtait à toquer, quand des éclats de voix en provenance de la pièce stoppèrent sa main. Tendant l'oreille, il distingua clairement la voix d'Erik Lensherr, froide et dure, et c'est alors qu'il réalisa que le battant était légèrement entrouvert.
« ... Toi qui te targue de n'effectuer aucune discrimination entre tes élèves en fonction de leur origine sociale, je te trouve bien prompt à renier tes principes Charles ! »
Le professeur Lensherr, qu'il apercevait par l'entrebâillement infime de la porte, se tenait debout, droit et austère face au Professeur, qui le fixait avec agacement depuis son fauteuil roulant de l'autre côté d'un somptueux échiquier en marbre.
« Là n'est pas la question Erik, tu le sais parfaitement. »
La voix était sèche, et les deux enseignants se fixaient d'un regard colérique que Thomas était sûr de ne jamais avoir aperçu sur le visage habituellement avenant du Professeur - certes, il ne pouvait pas en dire autant d'Erik Lensherr, et il se serait bien passé par ailleurs d'avoir été autant de fois la cible privilégiée de ce regard de tueur.
« Personnellement, je trouve que c'est exactement là où réside le fond du problème Charles. Tu connais ces gens, et ça t'ennuie de leur avouer que leur progéniture n'est pas aussi parfaite qu'ils ne le pensaient. »
Thomas fronça les sourcils, incapable de comprendre de quoi les deux hommes pouvaient bien discuter, mais quelque chose dans cette scène, un sentiment indescriptible où se mêlaient l'envie dévorante d'en savoir plus et l'excitation enfantine de voir ses enseignants si calmes habituellement s'écharper avec vigueur, le retenait de s'éloigner ou de manifester sa présence. Rajoutant à cela cet entraînement déprimant qui avait été davantage contre-productif qu'autre chose, et Thomas haussa les épaules en se calant contre le mur pour profiter confortablement de la scène.
Dans le bureau, il entendit Charles Xavier soupirer profondément, et devina sans peine le professeur Lensherr lever les yeux au ciel devant un tel entêtement.
« Je suis curieux Charles, » continua ce dernier d'une voix plus basse, aux accents doucereux, « te montrerais-tu aussi conciliant avec Brenda Moretto s'il lui arrivait de faire la même chose, parce que son père est procureur général de Paris ? Effacerais-tu si facilement les frasques de Thomas Edison, si elles venaient à dégénérer, parce que son père est ambassadeur des Etats-Unis ? »
Le ton était fielleux, et Thomas comprit que le sujet devait être l'objet de nombreuses conversations conflictuelles entre les deux enseignants quand Charles lui répondit avec verve : « Tu ne peux pas comparer les rares écarts de Thomas aux problèmes causés par Apolline Oulianov ! »
Erik ricana d'un air victorieux tandis que Thomas secouait vigoureusement la tête pour approuver les propos du Professeur, et ce dernier fronça les sourcils en réalisant qu'il venait par lui-même de démolir l'argumentaire qu'il semblait s'être donné tant de mal à construire. Sans lui laisser le temps de rebondir, Lensherr reprit la parole :
« Tu reconnais donc que son comportement est grave ! »
« Je suis directeur de cette école depuis 14 ans Erik, je sais distinguer un comportement problématique d'une passade adolescente. » marmonna Charles tout en reportant un regard sombre sur l'échiquier.
Un silence pesant envahit la pièce, avant que le Professeur ne parle de nouveau.
« Tu sais très bien que Raven et moi avons fait pire lorsque nous étions en pensionnat. Et je n'aurais jamais assez de mots susceptibles d'exprimer ma gratitude envers mes professeurs de n'avoir rien dit à nos parents. »
Erik ne répondit pas immédiatement, et Thomas profita de cet instant de répit pour réfléchir à qui pouvait bien être Apolline Oulianov. Le nom lui disait vaguement quelque chose, et il hocha la tête pour lui-même alors que le portrait d'une jeune fille blonde et élancée lui revenait en mémoire. D'après ses souvenirs – qui se révélaient relativement maigres lorsqu'il s'agissait de remettre un nom sur les dizaines de visages qu'il croisait au quotidien sans jamais échanger un mot – Apolline était en première année de sciences politiques, mais il était bien incapable d'en dire davantage sur l'étudiante qui semblait au cœur de la dispute entre ses deux professeurs.
« Vladimir Oulianov n'est pas ton beau-père Charles… » souffla finalement Erik, sortant Thomas de ses réflexions, et lui faisant hausser un sourcil intrigué alors que la pointe de tendresse largement perceptible dans la voix de son professeur lui parvenait aux oreilles.
Et c'était si curieux, d'entendre son inflexible enseignant employer ce ton si doux, presque timide, d'assister à cet échange de regard silencieux auquel se livrait les deux hommes, dans un dialogue muet qui en disait plus long que n'importe quelle réplique.
Au bout d'un long moment durant lequel Thomas n'osa pas ne serait-ce que respirer de peur de dévoiler sa présence, cet étrange échange fut rompu par le Professeur, qui hocha doucement la tête.
« J'en parlerai à Vladimir… Même si je pense que certaines choses devraient rester à l'Institut pour le moment. Notamment ce petit copain barman qu'elle rejoint tous les vendredis soir en cachette. »
Thomas manqua d'avaler de travers en repensant à la fine et douce Apolline, à la peau diaphane et à l'air timide, l'imaginant avec peine faire le mur pour rejoindre un quelconque amant chaque week-end.
« Et que comptes-tu faire pour Minho ? Tu n'es pas sans ignorer que c'est lui qui lui a expliqué comment mettre à exécution ses projets d'escapade. »
Le ton d'Erik était désormais joueur, comme s'il était parfaitement conscient de tenter sa chance en narguant Charles, agitant sous son nez les infractions au règlement que pouvaient commettre le délégué des sciences po, qu'il avait par ailleurs lui-même nommé.
Au vu du regard entendu que Charles lui lança, ce dernier était également avisé du point que venait de soulever Erik, et un sourire moqueur répondit au professeur d'histoire.
« Laissons donc monsieur Yeong-chan tranquillement au fond de son lit pour le moment. Il s'attirera probablement bien d'autres problèmes avant la fin de l'année, laissons-lui un peu de répit. »
Thomas retint de justesse un ricanement, oscillant entre une envie de rire qui lui montait à la gorge, et l'angoisse blasée de réaliser que si les étudiants pensaient être discrets quant à leurs occupations plus ou moins licites, le Professeur n'était absolument pas dupe.
La réplique suivante lui fit radicalement passer l'envie de rire.
« Oui, comme entraîner de pauvres hères dans le taudis qu'ils appellent un fumoir. » lâcha Lensherr d'un ton narquois, s'attirant un hochement de tête amusé du Professeur.
Alors que tous les voyants d'alarme du pauvre cerveau de Thomas venaient de passer au rouge, Lensherr décocha sans le vouloir le coup de grâce en embrayant sur un tout autre sujet.
« Tu as parfaitement raison Charles. Laissons donc Minho au fond de son lit, et rejoignons donc le tien. »
La voix de Lensherr avait baissé de plusieurs octaves, se faisant caressante et suave, et un bruit étouffé qui devait sans doute provenir du Professeur se fit entendre depuis le bureau.
Mayde mayde, désengagez, je répète, désengagez.
Thomas écarquilla les yeux tout en s'éloignant brutalement de la porte, incapable de savoir quoi faire dans les brumes de sa panique, tandis qu'un murmure résonnait dans la pièce : « Ce n'est vraiment pas le moment Erik… »
Thomas grimaça en reconnaissant ce ton, celui qu'il empruntait lorsque Newt se mettait en tête de le plaquer contre n'importe quelle surface dure à proximité, sans se soucier d'une éventuelle interruption inopinée. Ce ton qui voulait dire "et si quelqu'un arrivait…" tout aussi bien que "toi, moi, un lit, maintenant".
Il aperçut dans l'entrebâillement de la porte le professeur Lensherr se pencher vers Charles Xavier avec délicatesse, les grands yeux bleus du Professeur dévorant l'homme en face de lui, et Thomas se fit la réflexion qu'en effet, Erik Lensherr ne s'était pas trompé en dressant le parallèle de leur duo avec celui qu'il formait avec Newt. Il devait probablement avoir le même regard lorsqu'il fixait le blond.
L'instant d'après, Thomas toquait avec insistance à la porte, prenant soin de se placer de façon à ne pas être vu de l'intérieur de la pièce.
Un froissement de tissu lui répondit, signifiant que Lensherr devait s'écarter du Professeur avec précipitation, et un raclement de gorge se fit entendre avant que Charles ne lui intime d'entrer.
Lorsque Thomas pénétra dans le bureau, les deux hommes s'étaient sagement replacés l'un et l'autre de leur côté de l'échiquier et – bordel – Lensherr faisait même semblant de réfléchir au prochain coup qu'il comptait jouer, levant sur le nouvel arrivant un regard ennuyé.
Thomas retint avec peine un sourire sardonique, incapable de sortir de son esprit la voix enjôleuse avec laquelle l'homme aux yeux d'acier s'était adressé au Professeur quelques minutes plus tôt. Seules les pommettes légèrement rougies de ce dernier pouvaient donner un quelconque indice de leurs occupations précédentes, et Thomas resta planté sur le tapis, brusquement décontenancé de se retrouver là, sa mission initiale ayant déserté son cerveau perturbé par la scène à laquelle il venait d'assister.
Devant son silence qui se prolongeait, le Professeur lança un regard mêlant inquiétude et perplexité à Erik, qui lui renvoya un haussement de sourcils qui devait probablement signifier "je te laisse te démerder avec les cas sociaux que tu prends comme élèves."
« Oui Thomas ? » l'encouragea le Professeur, faisant se rallumer le mécanisme paresseux qui lui servait d'encéphale. La bagarre ridicule entre Hank et Ben lui revint en mémoire, et il s'empressa d'expliquer la situation en quelques mots.
Le Professeur soupira tout en se mettant derrière son bureau, feuilletant les pages de son épais carnet alors que Lensherr se levait pour lui apporter la trousse de premiers soins. Thomas ne manqua pas le sourire goguenard que l'enseignant lança à Charles Xavier, qui lui renvoya une moue dédaigneuse tout en griffonnant quelques mots sur la page portant le nom de Ben.
Thomas les remercia rapidement avant de s'éclipser hors du bureau, soudainement gêné d'avoir été le témoin involontaire de la discussion qui avait eu lieu plus tôt. Avant qu'il ne s'éloigne, il entendit Lensherr demander au Professeur « Hank, le petit frère d'Henri McCoy, l'ami de Raven ? »
La réponse du Professeur lui fut inaudible tandis qu'il accélérait le pas, conscient d'avoir été bien trop indiscret pour la journée.
Lorsqu'il parvint au terrain, les garçons étaient réunis autour de Ben, qui saignait toujours du nez, et Thomas lui lança la trousse distraitement avant de se diriger vers la clairière.
« Hey tu vas où ?! » s'exclama l'un des garçons dans son dos d'une voix outrée, et Thomas répondit d'une voix absente qu'il avait besoin de régler quelque chose.
Il ignora la réponse irritée qui fusa, et continua sa route vers le complexe hippique à pas rapides. Comme prévu, Newt se trouvait dans le manège couvert, manifestement en pleine séance de dressage, mais sa simple apparition suffit à faire dévier l'imposant cheval noir de son tracé. Newt lança un regard intrigué à Thomas, qui lui répondit d'un sourire conspirateur.
Personne mieux que Newt ne saurait apprécier la saveur des nouvelles dont il se faisait le messager. Il avait déjà hâte de voir sa réaction en apprenant le caractère pas-si-platonique-que-ça de la relation entre leurs deux professeurs – entre autres informations capitales dont il avait eu connaissance ce jour-là.
C'était une évidence, Thomas avait le chic pour se retrouver au mauvais endroit, au mauvais moment. Mais cette après-midi, il regrettait à peine son très mauvais timing.
Note bis : Au fait, pour la ref historique, Vladimir Oulianov est le vrai nom de Lénine, et Min Yeong-chan était un prince coréen. Brenda Moretto vient uniquement de l'imagination de mon bb Neviy en revanche. J'ai toujours dit qu'elle était la tête pensante de ce duo !
